PARODIE
J'ai lu plus d'une fois ta triste Mêlante, Et Je n'ai ressenti ni trouble ni douleur : De tes vers si corrects la pesante harmonie A frappé mon oreille et non touché mon cœur.
En vain tu poursuis ta carrière :
Sans ailes, à la gloire on ne peut pas voler. Nous pleurerons longtemps la perte de Voltaire» S'il ne reste que toi pour nous en consoler.
(1) Il t'y présente journellement une grande affluenee de monde, pour laTOtr de ••• nouTellet. ^ B.
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&. ~- M. le duc d'Aiguillon se trouvant chez le roi^ on prétend que Salfajesté parut inquiète de sa santé^ lui demanda s'il ne se portait pas bien^ et remarqua qu'il lui paraissait jaune . On assure que le duc de Noailles, en possession de tout sacrifier à ses bons mots, dit : a Ah ! Sire, Votre Majesté voit toujours les gens bien favorablement, car le public le trouve bien noir. »
$. .^ Le sieur Darigrand est un avocat fort renommé dans son genre. Il s*est spécialement voué aux affaires qui intéressent les droits du roi, et c'est le fléau des fermiers-généraux (i). Gomme il a été anciennement à lem* service, il connaît tous les détours, tous les subterfuge» , toutes les vexations du métier. Ce zèle infatigable à combattre les traitants, lui a fait beaucoup d'ennemis. Enfin il a été déféré à l'Ordre, comme ayant prévariqué dans les fonctions de son état, comme coupable de s'être prêté à des choses illicites, comme susceptible de corruption, d'escroquerie, etc. Son affaire a été jugée mardi par ses confrères assemblés. Plus de cent ont persisté à le trouver innocent, malgré treize qui le jugeaient coupable. La séance s'est terminée par reconnaître qu'il n'était point dans le cas d'être rayé du tableau, mais bien d'être rappelé, pai* le bâtonnier^ à une délicatesse de sentiments, dont sdn éducation ou sa faconde penser ne lui avaient peut-être pas fait assez connaître l'importance, mais qui est essentielle à la noble profession qu'il exerçait.
10. — Il y a une grande fermentation parmi les gens de lettres, à l'occasion du projet singulier de quelques enthousiastes de M. de Voltaire, qui ont proposé de faire ériger une statue à ce grand poète dans la nouvelle salle de la Comédie-Française, qu'il est question de construire, sans que l'emplacement en soit encore arrêté. Us ont cru que ce monument serait placé là mieux qu'ailleurs, puisque ce lieu est le principal théâtre de sa gloire. Ils ont toujours c*ommandé à compte la statue au sieur Pigalle. Elle sera en marbre, et l'on prétend que le marché est conclu à dix mille francs. On veut que cela se fasse par une souscription, ouverte seulement aux gens de lettres. C'est M. d'Alembert qui est chargé de recueillir l'argent. On ne doute pas que la somme ne soit bientôt complète.
(0 ^^1* • janvier 1764.
AVEIL 1770. 399
12. — On a déjà composé rinscription pour la statue, projetée de M. de Voltaire. Elle portera: «A Voltaire^ pendant sa vie : par les gens de lettres^ ses compatriotes et ses contemporains. »
i3. — La Ville fait redoubler les travaux des préparatifs pour les fêtes qu'elle se propose de donner à l'occasion du mariage de M. le Dauphin. On déblaie la place de Louis XV, où Ton met les deux gros pavillons, en état de llgiu*er, par les' ornements^ avec Tillumination qu'ils doivent recevoir. Quant à celle des boulevards, il paraît qu'on a changé la forme dont elle devait être, et qu'on y a substitué trois cent soixante lanternes à réverbère, qui donneront une clarté très-brillante. Gela- s'accordera mieux avec la foire franche qui doit y durer neuf jours, etgaruir absolument le boulevard depuis la porte Saint-Honoré jusqu'à la porte Saint-Antoine ; ce qui donne lieu à un d€ ces quolibets dont le Français assaisonne ses plaisirs et se console de ses disgrâces. On sait que M. de Bornage, aux deux mariages de feu M. le Dauphin, avait fourni beaucoup de mangeailles au peuple, et, entre autres, au second, avait fait promener des. chars avec des cornes d'abondance, d'où se jetaient les cervelas, les saucissons, et autres rocamboles pour les gourmands. On dit que celui-là avait donné des indigestions, et que celui-ci donne la foire.
U. — C'est dans une société particulière (<) qu'a été enfanté le projet d'ériger à M. de Voltaire la statue dont on a parlé, entre M. d'Alembert, FabbéRaynal^et autres enthousiastes de ce grand homme. La clause de n'admettre à la souscription que des gens de lettres français est si expresse, que les particuliers même à la table desquels ces messieurs ont conçu cette heureuse idée, ont Thumiliation de ne pouvoir en être, faute d'avoir <)uelque ouvrage, bon ou mauvais, à produire ; car on n'est pas difficile sur la qualité ni sur la quantité. 11 a été arrêté que tous les membres de l'Académie Française seraient tenus pour bons, quoique plusieurs n'eussent fait que d'assez mauvais discours de réception. Pigalle, de son côté, s'anime et s'évertue pour produire un chef-d'œuvre digne du héros littéraire qu'il est chargé de tvansmettre à la postérité, et dont il espère à son tour être
(1) Che< madame Necker. Voy. 10 juin 1770.
célébré dans qaelqae épitre. Il assure que^ si Texécution répond à ses désirs^ il se regardera comme le plus heureux des artistes; mais que^ si l'ouvrage ne répond pas au chef-d'œuvre qu'il imagine^ il en mourra de douleur.
45.— Une cérémonie merveilleuse^ qui s'exécute de temps immémorial; à la Sainte-Chapelle, la nuit du vendredi au samedi saint, a eu lieu à Tordinaire, avec une alHuence prodigieuse de spectateurs. C'est à minuit que se rendent en cette église tous les possédés qui veulent être guéris du diable qui les tourmente. M. Tabbé de Sailly, grand-chantre de cette collégiale, les touche avec du bois de la vraie Croix. Aussitôt leurs hurlements cessent, leur rage se calme, leurs contorsions s'arrêtent, et i|s rentrent dans leur état naturel. Les incrédules prétendent que ces énergumcnes sont des mendiants qu'on paie pour jouer un pareil rôle et qu'on y exerce de longue main; mais on ne peut croire que des ministres de la religion se prêtassent à une comédie si indécente. Tout au plus peut-être, à défaut de vrais possédés, aurait-on recours à ce pieux stratagème, pour ne pas laisser interrompre la croyance des fidèles à un miracle subsistant depuis tant de siècles et si propre à les raffermir dans leur foi. Heureusement, les possédés sont si communs, que, sans doute, il n*est pas besoin d'en prépyer de factices.
19. — M. de La Harpe est un des principaux petits compagnons travaillant au If ercure sous le sieur Lacombe. Cet auteur, d'un génie naturellement malfaisant, paraît se plaire à profiter de celte espèce de dictature pour rendre des jugements qu'il croit souverains, et traiter de Turc à Maure les différents écrivains qui ont le malheur de lui déplaire. De ce nombre est et doit être M. de Belloy. Il a saisi assez ingénieusement quelques vers de Gaston et Bayardy de ce poète, fort obscurs comme le sont beaucoup de ceux qu'il fait, et les a insérés au Mercure comme une énigme proposée par une Société de gens de lettres (I).
(1) Voici les yers de De Belloy qui ont, en effet, tonte la clarté d*ane énigme :
Je règle lei ressorts de mon art infaillible; Je concerte si bien leur jea sûr et terrible,
( Que l'un, en se rompant, par un effort secret, , ,
De Tautre tout à coup précipite l'eflèt; :/J ' " l