‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 72 sur 77 · TROISIÈME ÉPIGRAMME DE M. PIBON CONTRE M. DE LA HARPE · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉPIGRAMME DE M. PIBON CONTRE M. DE LA HARPE

A l'occasion DE SON SUÉTONE.

Monsieur La Harpe habille en jaanc

Les plats C^ars qu'il publie aujourd'hui.

Saves*vous bien pourquoi? C'est que son Suétone

Est bilieux et méchant comme lui.

23. — Le sieur Sénac^ premier médecin du roi^ dont la santv périclitait depuis longtemps^ vient enfin de mourir et a été enterré hier. Cet événement met toute la Faculté en mouvement. On ne sait encore <|ui sera nommé à une place aussi importante^ qui le devient de plus en plus à mesure que le roi vieillit, et pour laquelle il y a quantité de concurrents. Le sieur Sénac était un homme de beaucoup d'esprit, qui avait écrit sur son métier, mais qui surtout possédait au suprême degré l'art de la cabale et de Tintrigue, dont il avait fait Tapprentissa^e chez les Jésuites, où il était d*abord entré. Le chemin qu'il a fait depuis ce temps-là vers la foiiune, est une preuve de ses heureux talents en ce genre^ •

24. — Un nouveau critique s'est élevé sur les l'angs, et a censuré plusieurs ouvrages nouveaux, entre autres celui du sieur de Saint-Lamhert, auteur du poème des Saisons.- L'amour-propre de cet auteur a été blessé, et il a profité de son crédit pour faire arrêter le livre (1), et mettre à la Bastille le sieur Clément qui l'avait fait. Celui-ci en est sorti par [composition et à condition de mettre des cartons à son ouvrage ; mais il s'est vengé parTépigramme suivante :

Pour avoir dit que tes vers sans génie M'assoupissaient par leur monotonie, Froid Saint-Lambert, j'e me vois séquestré ; •Si tu voulais me punir à ton gré.

Point ne fallait me laisser ton poème.

(I) Ob»erv€Uion8 critiques sur la nouioelle traduction en vers françmit des Géorgiques de Virgile; et les poèmes des Saisons, de la Déclamation et de la Peinlare; suivies de quelques Réflexions sur le poème de Psyché. Paris, Lejay, 1770, iii-«.

Lai seal me rend mes chagrins moins amers : Car de nos maux le remède suprême C'est U sommeil..... Je le dois à tes vers.

30. — Le sieur Colley lecteur do M. le duc d'Orléans, avait fait imprimer depuis longtemps une cofhédie en un acte et en prose^ intitulée la Veuve, dont la lecture n'avait pas eu un grand succès. U vient de s'aviser de la faire jouer par les Comédiens Français : on en a donné hier la première représentation qui lui a valu une chute complète. Ce drame n'est autre chose qu'un assemblage de conversations à la mode, c'est-à-dire pleines de mots et vide^ de sens, sans aucune action ni intrigue, terminées par un dénoûment bizarre et romanesque. Les acteurs, d'ailleurs^ par leur mauvais jeu, n'ont pas peu contribué à rendre Touvrage encore plus ennuyeux et plus insipide.

31 . — Aux couplets, cantiques et chansons qui ont amusé les amateurs de TOpéra, a succédé une caricature qui fait l'objet de leur curiosité et de leur empressement, il faut se rappeler, pour son intelligence, ce qu^on a dit, il y a déjà du temps, que M. le prince de Soubise donnait deux mille écus par mois à mademoiselle Guimard, célèbre danseuse du théâtre lyrique ; que le sieur La Borde composait la musique des spectacles de cette Terpsichore, et présidait à leur exécution, et qu'enfin le sieur Dauberval était l'ami du cœur, ce que ces demoiselles appellent en termes techniques le greluchon. En conséquence, dans l'estampe en question, on voit d'une part le prince de Soubise jouant de la poche ; le sieur de La Borde tenant un ballet d'une main et de l'autre une règle ou bâton de mesure; le sieur Dauberval donnant du cor, et la demoiselle Guimard se balançant comme en cadence, et tenant en main un papier chargé de quelques notes de musique avec ce titre en gros caractères : Concert

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