‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 113 sur 123 · Acte de désobéissance · texte numérisé non relu

Acte de désobéissance

Qu’il est honteux que la Balance,

Du sceptre usurpant le pouvoir,

Ose, au mépris de son devoir,

Fomenter avec insolence Des troubles, dont la violence A compromis la vérité ;

Qu’il est honteux que le silence Imposé par l’autorité.

Soit taxé, par l’indépendance,

De faveur et d’iniquité ;

Que c’est un dangereux système D’oser, chez un peuple soumis.

Se jouer du pouvoir suprême Et lever sur le diadème Le glaive effronté de Thémis ;

Que ce système abominable Ferait horreur à des Anglais ;

Qu’il paraît à tout bon Français Une extravagance exécrable.

Digne de ces temps abhorrés Où l’on vit un moine coupable Séduit et poussé par degrés Au forfait le plus détestable ;

Que, pour obvier à ces maux,

A Bicêtre il faudrait conduire •

Tous ceux qui s'eUbrcent d induire I>a France eu des troubles nouveaux, Et par quebpies faibles cerveaux Se laissent mener et séduire.

Telles sont, gens du Parlement,

Les vérités qu’en conscience A cru, sur votre extravagance,

Devoir vous otfrir humblement Le plus grand roi qu’ait eu la b rance.

On voP nièce ne neut sortir que de la plume de

du desnotisine.

mulcter le journaliste par Lépigramme suivante :

^Jonsieur La Harpe, en son d/erciü’c, Blâme le feu de mes écrits.

Monsieur La Harpe, je vous Jure, D’un défaut de cette nature Vous ne serez jamais repris;

Et s’il me vient un jour envie D’abandonner ce vilain ton.

Pour bien refroidir mon génie, J’étudierai Timoléon,

Wariüick, Gustave et Mélanic.

Ce sont quatre tragédies du sieur de La Harpe.

3 Depuis le voyoge de Fontainebleau, comme il y a eu

des articles cliangés aux spectacles, on a tait ce qu on appelle

sans la lire, en disant : « V^oilà le cas que je lais de ces clioseslà » Les courtisans ont jugé ditréremment de cette action, suivant leur façon de voir. En générai , elle annonce un prince

sans

fort décidé, et qui aime à fronder hautement les choses qui

ne lui plaisent pas.

4^ On a parlé. Tannée dernière, de la visite que le sieur

Gerbier, avocat, avait reçue du prince de Gonti, dans sa terre

.'nÎMoiiiiîs sKciiKTs nie iuciiaumont

(1 Aulnoy Aladame la ducliesso de Gliartres vient de faire le meme honneur a ce jurisconsulte célèbre, qui, com.4 î’ora-

sublimr''sTdeïr 7°"" éloquence

s biime, se délassé de ses importantes fonctions en travaillant

lu -meme a son champ. Le sieur Gerbier est un grand éconÔ-

sle, qui fait beaucoup d’expériences en choses utiles, et qui

a ailleurs a singulièrement embelli son habitation par toute-

sortes de décorations nouvelles et peu connues dont 4

dïgmnll'''^ ^

lo. — Le sieur Paradis de Moncrif, lecteur de la feue reine

avant Îes1in“l“ , languissait depuis deux mois.

ans7t a, 7 I i» "vait quatre-vingt-deux

et au delà, il n a pas douté que sa lin n’approchât; mais il

1 a envisagée on vrai philosophe : il s’entretenait de ce dermer nioment avec beaucoup de présence d’esprit et sans aucun de , il a ordonne lui-même les apprêts de ses funérailles. Apres avoir satisfait à l’ordre public et aux devoirs de citoyen il a voulu semer do Heurs le reste de sa carrière; il a toujours reçu du monde : accoutumé à voir des lilles et des actrices d égayait encore ses regards du spectacle de leurs charmes; Ae pouvant plus aller à l’Opéra, où il était habituellement, il .ivait chez lui de la musique, des concerts, de la danse; en un inot, il est mort en Anacréon, comme il avait vécu. Presque ous ses ouvrages sont dans un genre délicat et agréable • i! excellait surtout dans les romances, marquées à un coin d“ naïveté qui lui est propre. Il a fait quelques actes d’opéra qid ont eu beaucoup de succès, et il a eu la satisfaction de se voir encore joué sur le théâtre de l’outainebleau, au moment de sa mort. Il avait les mœurs douces, comme ses écrits; il aimait beaucoup la parure, et a conservé ce goût jusqu’à la lin. C’était vraiment un homme de société, qualité qui s’allie rarement avec celle d’auteur, et surtout incompatible avec ce ([Ll’on appelle le vrai génie.

^ Inieiir incroyable de jouer la comédie gagne jour-

nellement, et. malgré le ridicule dont rimmortel auteur de la

^ Voy. 19 aoiU 1 7 69.

NOVK-MimK 1770

Métromanie a couvert tous les liislrioiis bourgeois, il ii est pas de procureur qui, dans sa l)aslide, ne veuille avoir des tréteaux et line troupe. Il ne faut pas mettre un rau- <le ces spectacles misérables ceux que donne M. de Iilagiianville, prde du i resoi , royal, dans son château de lu Chevrette. T,e théâtre, les auteui s et7cs acteurs y sont également diriges par le geiue et par le bon goût. Quant au local et aux décorations, tout y est entendu à merveille, et la magniliccnce n'y laisse rien a désirer. On y a joué , ces jours derniers , deux pièces nouvelles de la composition de gens de la société , qui ont eu le plus grand succès, et le méritent. L’une est Roméo el Juliette, par M. le chevalier de Chastellux. Ce drame , tiré du théâtre anglais, et accommodé au nôtre, est plein d’intérêt, et présenté dos situations neuves, conduites avec beaucoup d’art. L autre est une comédie dans le haut genre, ayant pour titre : les Deus; Orpheliris. M. de Magnaiiville en est l’auteur, et l’on y a trouvé beaucoup de gaieté, de linesse et do sentiment. La première est en cinq actes , et la seconde en trois. Dans e nombre des acteurs, presque tous excellents, on distingue madame la marquise de üléon, qui à la plus charmante ligure joint un jeu décent, aisé et noble, et surpasse de beaucoup les tons maniérés et les allures factices de nos meilleures Im roïnes de théâtre. Une demoiselle Savalette, lait les rôles de soubrette à donner de la jalousie à mademoiselle Dmigevil e. on un mot, aillant la belle nature est au-dessus de l’art le plus recherché, autant cette troupe de comédiens lienevolesl emporte sur tout ce qu’on connaît faisant le métier et athchanl

le talent. . .

Le public se porte en foule à cette campagne, quoique a trois

lieues de Paris, et l’on comptait plus de deux ceiils carrosses à la dernière représentation.

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