AVRIL 17G2 2M
C'est un assez beau personnage.
Tôt, tôt, tôt, battez chaud ,
Tôt, tôt, tôt, bon courage,
Je n’ai point départ à l’ouvrage.
13. — Il paraît une réponse au discours de M. de La Clialotais qu’on attribue au Père Grillet : elle est faible de preuves, et forte d’insolences. Il voudrait insinuer que tout ce qui se passe aujourd’liui contre les Jésuites n’est qu’une suite du système qu’ont formé lès nouveaux philosoplies de saper les fondements de la religion. Par où mieux commencer ({u’en détruisant les Jésuites, ce corps infatigable ({ui a toujours opposé le bouclier de la foi aux attaques réitérées des encyclopédistes! Le bruit a couru que le discours de M. de La Glialotais avait été fait par M. d’Alembert, et ce Jésuite donne par là assez à entendre que le magistrat n’a pas parié d’après lui seul.
14. — Le Jésuite Misopogon Séraphique^ ou VEyineyni de la barbe des capueins^ un volume in-12 : ampliigouri qui n’a rien de remarquable que la licence qui y règne, et une anecdote très-scandaleuse sur l’abbé de La Porte , ci-devant jésuite.
15. — On sait que depuis longtemps M. de Voltaire travail- ' lait à châtier sa Pucelle^ à la rendre pudibonde : il en paraît
enfin une nouvelle édition in-8«, en vingt chants, avec des estampes. On y a retranché tout ce qui avait trait à madame la marquise de Pompadour^, Du reste, l’auteur y regagne en impiété tout ce qu’il y perd en obscénité.
16. — Le Colporteur, histoire morale et pratiquée, par M. Chevrier, un volume in-12. Ce livre est de la plus grande rareté. Le gouvernement n’a point voulu en permettre ni tolérer l’introduction en France, ce qui désole les libraires, l’ouvrage étant assuré du plus grand débit par les atroces
y Remarques sur uii écrit iiilUulé : Compte rendu des Constitutions des Jêwi/e9;par M. de LaChalolais. 1702, in-12. Celle reruLalion est eireclivenienl due au jésuite Criitet. — R.
2 Ce passage a été conservé en variante à la suite du deuxième chant, par les éditeurs de l’édition de K,cld et leurs successeurs, il commence ainsi :
Telle plutôt cette heureuse grise'>tc, — R,
médisances ou calomnies dont il est farci, L’impudent écrivain y nomme sans égard les gens par leur nom. A travers toutes les infamies dont sa satire est pleine, il se trouve quelques anecdotes assez amusantes.
23. — Le sieur Le Kain est allé chez M. de Voltaire, en députation de la part des Comédiens pour réparer leur impertinence à l’occasion de sa dernière tragédie [OJympie], qu’il a été obligé de retirer, à couse de leur désunion. Ils sentent combien il leur est essentiel de ménager ce grand poète, leur maître et leur bienfaiteur.
25. — Le Père Griffet désavoue le livre en réponse à M. de La Gbalotais, dont il est parlé ci-dessus^. Il a été brûlé hier, par arrêt du parlement.
25. — Il court un vaudeville en quarante couplets, où l’on passe en revue à peu près toute b cour. Il est sur un air (T Annette et Lubm, dont le refrain est : Y a-t-il du mal à cela? On sent qu’il est beureux et prête beaucoup.
27. — Grébillon, malgré ses quatre-vingt-neuf ans, n’a point succombé à la longue maladie qu’il vient d’éprouver, ix est beaucoup mieux, et son grand appétit est revenu. Le loi a donné à cette occasion les plus grandes marques de bonté. Il avait chargé spécialement M. le comte de Clermont de lui apprendre tous les jours des nouvelles de la santé de cet académicien, confrère de S. A. S. ; et, en conséquence, ce prince envoyait et envoie encore savoir comment il se porte.
27. — AUX JÉSUITES, sur. LA CLOTURE DU COLLEGE LOUIS-LE-GrxAND .
N^ous ne savez pas le latin,
Ne criez pas au sacrilège Si Ton ferme votre collège,
Car vous mettez au masculin Ce qu’on ne met qu’au féminin.
Mai. — 3. — On a très-applaudi aujourd’hui un nouvel acteur, Dufresnoy, dans Gustave ^ : on a surtout été fort content du costume qu’il a introduit. Jusqu’ici, ce héros avait
^ Le seul motif du voyage de M. Le Kaia était de voir M. de Voltaire et de jouer devant lui. — W.
2 Voy. 13 avril 1762.
3 Tragédie de Piron.
paru sur la scène en habit galonné, etc. Il s’est montré aujourd’hui en Charles XII, dans le vêtement simple et grossier d’un héros belliqueux, et qui a intérêt à ne point se faire remarquer. On doit se rappeler sans cesse que c’est à mademoiselle Clairon qu’on doit ces heureuses innovations sur notre scène.
5^ — M. de Marmontel, qui cliansonna les autres, est cliansonné à son tour : sans doute qu’il s’y attendait. C’est une parodie de ces paroles : Non, no7i, V amour n'est point imdomptable, sur le même air :
Non, non, l’ennui n’est point indomptable :
Tout fort qu’il est, Voltaire l’a surmonté.
J’ai vu mourir ce dieu redoutable :
C’est Marmontel qui l’a ressuscité Et c’est la veine,
Du plat Cbimène,
Qui lui rendra son immortalité.
Le pauvre diable de Cbimène ^ ne s’attendait pas à faire éclore cette méchanceté.
6. — M. de Belloy triomphe enfin. Aujourd’hui sa pièce, intitulée Zelmire, a eu le plus grand succès. C’est un sujet de pure invention, plein d’absurdités et d’événements incroyables; mais les situations en sont si séduisantes que la raison se laisse facilement subjuguer. Il y règne un grand intérêt, plus de curiosité cependant que de sentiment. Les trois premiers actes sont de la plus grande chaleur : les deux derniers n’enflamment pas tant le spectateur, défaut général de presque tous nos jeunes poètes tragiques. On a demandé l’auteur avec les plus bruyantes instances. Il est arrivé, soutenu de deux comédiens. Sa modestie le faisait chanceler.
S. — Toute la littérature est consternée de la fâcheuse nouvelle qui se répand sur la maladie dangereuse de M. de AAltaire. On le dit attaqué d’une fluxion de poitrine. Tronchin écrit en même temps qu’il espère le tirer d’afl'aire : ce qui ramène un peu. On serait d’autant plus fâché de cette perte, très-grande en tout temps, que cet auteur n’a point encore fini la belle édition de Corneille, annoncée depuis deux ans. Le
1 Augustin-Marie, marquis de Ximenès (on prononce Chiniène), né à Paris le 2G lévrier 172G; mort le 31 mai 1817.
grand homme qu’il s’agit de commenter, l’excellence du commentateur, les pomj)eux éloges que l’on fait du commencement, tout contribue à piquer la curiosité. M. de Voltaire, à mesure qu il avance l’ouvrage, en envoie les cahiers à l’Académie h rançaise ; il se soumet au jugement de cette compagnie, qui trouve jusqu’à présent plus à admirer qu’à critiquer.
— L’Opéra était déjà désert aujourd’hui. Mademoiselle Guimard, nouveau sujet dont ce théâtre vient de faire l’acquisition, a doublé mademoiselle Allard, dans les Caractères de la Dayise, avec le plus grand succès ; elle est d’une légèreté digne de Terpsichore: il ne lui manque que des grâces un peu plus arrondies dans certaines parties de son rôle.
10. — Le succès de Zelmire se confirme, mais il se répand une anecdote qui ferait douter que M. de Belloy en fut le véritable auteur. Ce M. de Belloy a longtemps été élevé par un oncle avocat, nommé Buirette. Sans détailler ici toute l’histoire romanesque de la naissance et de la vie de ce poëte, il est très-certain que son oncle le disgracia pour n’avoir pas voulu suivre le barreau auquel il le destinait. Ce jeune homme passa en Russie; il y a joué la comédie, et est revenu depuis quelques années. Il avait une tragédie, dans son portefeuille, intitulée Titus. Ayant eu accès auprès de madame la marquise de Villeroy, cette protectrice s’intéressa vivement à lui, et sa pièce fut reçue des Comédiens. Avant d’être joué, M. de Belloy alla trouver l’abbé de Yoisenon pour le consulter, et lui laissa son manuscrit. Quelques jours après, l’abbé de Lacoste, alors l’homme à la mode, arrive chez l’abbé de Voisenon : il le trouve lisant ce manuscrit; il demande ce que c’esL L’autre lui répond que c’est une tragédie sur laquelle on demande un avis, « Je pense que c’est Titus^ repart le brusque abbé : c’est* ce coquin de de Belloy qui vous l’aura apportée. C’est un misérable, un drôle, etc. Sans vous en dire davantage, je vais chez moi, je vous en rapporte un semblable : confrontez-les ; vous verrez si ce n’est pas la même chose mot à mot. » Ce qui fut fait. L’abbé de Yoisenon reconnut l’identité, et attendait avec impatience, le moment d’éclaircir cette anecdote littéraire avec l’abbé de Lacoste, lorsque ce scélérat a été arrêté, et a subi le sort ignominieux que