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question, c’est la tendresse adectiieuse avec laquelle mademoiselle Clairon l’a complimentée et einbi‘assé(î ; on en peut conclure qu’elle l’a jugée hors d’état de pouvoir l’atteindre ; sa jalousie n’aurait pu y tenir, mademoiselle Dubois ayant déjà l’irrémissible défaut d’étre jolie.
Il se trouve à Paris un arriére-petit-tils de Racine par les femmes : comme il ne reste aucun imlle, que le dernier mort et son fils ont très-peu joui de leurs entrées, droit héréditaire dans une famille aussi illustre pour le Théâtre, (|ue pei sonne ne recueillait cette espèce de succession littéraire, ce jeune homme a cru pouvoir se présenter et attendre cette grâce du respect et de la reconnaissance des Comédiens pour leur bienfaiteur. Leur procédé noble en faveur de son cousin, de la petite-fille de Corneille, de Crébillon, etc., lui étaient garants de leur générosité. Ces histrions ont démenti en un instant toute la bonne opinion qu’avaient conçue d’eux les gens qui ne connaissent pas les ressorts du cœur humain. Comme cette grâce a été demandée sourdement, qu’ils n’ont pas espéré qu’elle fît un grand éclat, que le faste et l’ostentation sont ce qui les détermine plus ou moins aux bonnes actions, ils ont refusé tout net les entrées à l’arrière-petit-fils de Racine, en ce que cette grâce porterait un grand tort à leurs intérêts, ont-ils dit, étant déjà trop multipliée. Leur
ame vile et sordide s’est montrée à découvert en cette occasion .
annonce déjà pour la rentrée une actrice miraculeuse, mademoiselle de Maisonneuve, petite-fille de la femme de diambre de mademoiselle Caussin. Cela fait une affaire d’Etat. Elle est engagée pour alEr à Manheim chez l’électeur Palatin; elle avait reçu cent pistoles. Heureusement qu’on a fait part à l’abbé Voisenon de cette perte procbaine; il Pu voulu voir, l’a fait déclamer, lui a trouvé les talents les plus décidés; il est parti sur-le-champ pour Versailles, en a parlé a M. le duc de Praslin, à M. le duc de Choiseul, à madame la marquise; on est convenu qu’il l’amènerait chez cette dernière, qu on la ferait jouer devant le roi, en voilant Sa Majesté pour que la jeune personne n’en fût pas éblouie. Cela s’est exécuté avec le plus grand succès. On a rendu les cent pistoles
qu’elle avait toucliées, et l’on s’attend incessamment à voir cette merveille.
24. — 14 Anglais à Bordeaux a été joué à la cour. Le roi, la reine et la famille rovale ont voulu voir l’auteur : en conséquence, Favart s’y est rendu. Il a été accueilli avec beaucoup de bonté. Au moment où on l’a conduit chez la marquise, elle lisait un écrit de Marmontel, la Bergère des Alpes. Cette grande dame a exigé qu’il en fît une pièce, ce qui sera exécuté.
25. — On commence à répandre les bons mots des Enfants de France; on en cite deux; entre autres, qui décèlent leur manière de penser. Le duc de Berry ^ en parlant, avait lâché le mot il pleuva. « Ali! quel barbarisme! s’écrie le comte de Provence^; mon frère, cela nest pas beau, un prince doit savoir sa langue. — Et vous, mon frère, reprit l’aîné, vous devriez retenir la vôtre. »
Le duc de Chartres ^ étant allé faire sa cour aux Enfants de France appelait toujours M. le duc de Berry Monsieur. (c ^lais, dit ce jeune prince. Monsieur le duc de Chartres, vous me traitez bien cavalièrement; ne devriez-vous pas me donner du Monseigneur? — Non, reprit vivement M. le comte de Provence; non, mon frère, il vaudrait mieux qu’il dît mon cousin. »
2G. M. l’abbé de Radonvilliers a été reçu aujourd’hui à l’Académie Française : il avait été élu le 14. Rien de plus plat que son discours et de plus platement débite. 11 a voulu le réciter de mémoire : c’était une suite d’éloges lourds et maladroits. Il n’y a que le pauvre Marivaux dont il a restreint les louanges, attendu le genre pernicieux et condamnable dans lequel il a écrit. C’est quelque chose d’assez plaisant, que cet auteur fameux par ses romans et par ses comédies se soit trouvé dans le cas d’être panégyrisé par un prêtre d’une part, et par un cardinal de l’autre, car c’est le cardinal de Luynes qui avait été nommé directeur. 11 faut remarquer que cet auteur avait été reçu par un archevêque, M. Languet, qui, au lieu de lui donner le tribut d’encens usité en pareil
^ Louis XVI.
2 Louis XVIII.
2 Philippe Égalité.
AVniL 1763
cas, l’avait vivement tance sur l’usage dangereux de ses talents.
29. Il nous passe entre les mains une gazette manuscril(‘ que le sieur Fréron envoie en Piémont, et pour laquelle on lui donne cinquante louis. C’est beaucoup dire que d’assurer qu’elle lui coûte encore moins à faire que ses feuilles et qu’elle leur est inférieure. C’est une rapsodie de tous les rogatons, montes populaires, historiettes, nouvelles de Paris, digérée à ia hâte et mal écrite. On assure qu’il l’envoie en dilférents États étrangers.
30. — M. le duc de Bouillon a paru sc laisser toucher par es suppliques et soumissions du sieur Bousseau de Tououse; il doit retourner dans sa principauté, pour y continuer nn journal. Son Altesse avait mis en possession l’abbé de déhegan. Il est obligé de faire deux mille francs de pension i ce dernier et cenc pistoles à l’abbé Coyer. il en coûte touours quelque chose pour déplaire aux princes.
A\ril. 1. M. Cazotte, commissaire de la marine, a voulu aire un poëme en prose dans le goût de l’Arioste, intitulé Ihvier. Il roule sur l’ancienne chevalerie, il est aussi extraagant que 1 Orlando mais est-il compensé par les beautés .e toute espèce dont est rempli le poème italien? On croit y oir de l’allégorie, on y trouve une clef.
2. — La Gazette de France annonce pour le 13 avril prohain 1 ouverture d’une nouvelle bibliothèque qui appartient
la Ville. C’était ci-devant celle de M. Moreau, procureur du 3i de la Ville, qui en était le possesseur; il lui en a fait pré- 3nt. Elle est placée à l’hôtel de Lamoignon, rue Pavée.
[. Bonami, de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres n est nommé bibliothécaire. ’
3. —Un malheur ne va jamais sans l’autre : M. Doratayant ssuyé une disgrâce au Parnasse, elle a été suivie d’une autre à ythere. Mademoiselle Dubois l’a congédié aussi sèchement ue le public. Ce poète aimable s’est consolé de ce nouveau malheur par une Épître à un Ami :
De quel poids on est soulagé,
Lorsqu’on perd une maîtresse !
Enfin, ami, le charme cesse,
.^lÉ.^lOIRES SECRETS DE RACfïAUMONT
Je suis heureux, j’ai mon congé.
Kis avec moi de ma disgrâce,
Les regrets ne mènent à rien.
Laïs ne laisse aucune trace Dans un cœur formé sur le tien.
Tout m’amuse et rien ne me lie.
Il faut pourtant en convenir,
Laïs est jeune, elle est jolie :
C’est pour cela que je l’ouhlie ;
On risque à s’en ressouvenir.
Que je hais ce front où respire L’intéressante volupté,
Cet art de tromper, de séduire^
Si semblable à la vérité,
Et sa folie et sa gaîté,
Et la grâce de son sourire!
Que je dédaigne, que je hais Cette llottante chevelure Qui sert de voile à ses attraits.
Ou bien qui leur sert de parure 1 Ce sein qu’Amour sait embellir.
Qui s’entle, s’élève ou s’abaisse Au moindre souflle du désir,
Où la rose semble fleurir Sous la bouche qui le caresse;
Ses caprices qui sont des lois,
Ce feu dont son œil étincelle,
Et les sons touchants de sa voix Qui jure une ardeur éternelle A cinquante amants à la fois!
Je la déteste, je l’abhorre. . .
Mais c’est trop m’en entretenir ;
Car, à force de la haïr.
Je pourrais bien l’aimer encore.
0^ — Entre onze heures et midi, le feu s’est déclaré dans la salle de l’Opéra, et a communiqué avec beaucoup de violence à la partie qui la lie au Palais-Rojal. En très-peu de temps, l’incendie a été terrible : avant que les secours aient pu êtve apportés, toute la salle et l’aile de la première cour ont été embrasées. Il n’est plus question de l’Opéra. Ce feu a pris par la faute des ouvriers, et s’est perpétué par leur négligence à appeler du secours. Il avait pris dès huit heures du matin : ils ont voulu l’éteindre seuls, et n’ont pu réussir. Les portiers, qui ne doivent jamais quitter, étaient absents. Si le tait est
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