PREFACE
car la plus curieuse à tous égards, la plus homogène et la plus complète est, sans contredit, la moins étendue, c’est-à-dire celle de Bacliaumont.
La division que nous avons adoptée pour une pu- ])lication restreinte, destinée aux gens du monde plutôt qu’aux homnies d’étude, n’exclut pas, ne diminue pas la valeur de l’ensemble de ce vaste répertoire d’observations, de faits et de documents, relatifs à l’iiistoire de la société française au dixhuitième siècle. Nous croyons, au contraire, que les Mémoires secrets ne tarderont pas à être réimprimés dans leur intégrité, avec les ameliorations notables que M. Ravenel avait le projet d’introduire dairs l’excellente édition qir’il commençait à publier en 1830, et qui est restée malheureusement interrompue après lamise aujourdes quatre premiers volumes, Cette éditionsera certainement reprise etcontinuée, aujourd’hui qu’une louable émulation s’est emparée de tous les libraires intelligents, qui, pour répondre aux goûts sérieux du public lettré, remettent 'on lumière les anciens livres avec tout le soin que réclame cette espèce de restauration historique et rit-
téraire.
Nous ne pouvons mieux faire comprendre rulilité des Mémoires sec7^et s y comme monument de 1 liistoiie des moeurs et des idées sous les règnes de Louio X\ et de Louis XVI, qu’en détachant de la préface du
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savaiilM. llavcncl un passage, danslocpiel il compare ces Mémoires avec la Corrc.ywndancc îiUérnire
de Griiiini et celle de La Harpe .
(c Les Mémoires secrets, connus sous le nom do Baclianmont, occupent; sans contredit, une place distinguée parmi les monumenis les ])lus cinieux . de riiistoire littéraire du dix-lmitième siècle. Sans pouvoir rivaliser avec la Correspondance littéraire de Grirnin, pour la profondeur et Loriginalité des viieS; ou avec celle de La Harpe ; pour 1 élégante facilité du style, ils nous semblent cependant offrir à la curiosilé du lecteur un attrait pour le moins aussi vif que ces deux recueils; et surtout que le derniei. Dans Grimm, un jugement toujours sain et dégagé de préventions; des aperçus d'une liante pliilosopliie; dans La Harpe, une appréciation trop souAent rigoureuse des qualités et des défauts des auteuib, mais une critique toujours instructive de leuis ouvrages; forment un tableau animé de la littérature au temps où ils écrivaient. Sous ce rapport, 1 un et Lantre sont incontestablement supérieurs aux Mémoires secrets; mais là, selon nous, se borne leiu avantage, et nous pensons quil est loin de 1 emporter sur Lintéret que présente le recueil atiribué a Bacbaiimont; recueil qui n’est point exclusHement consacré à l'examen de productions littéraires, et oii se trouvent enregistrés, à leur date, au moment
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même do leur éclat, tous les événements politiques de quelque importance, et les anecdotes, parfois scandaleuses, de la cour et de la ville.
« Pour La Harpe et Grimm, dont les feuilles étaient envoyées dans des conrs étrangères, c’était un devoir de mettre dans leurs récits beaucoup de réserve et de retenue à l’égard de personnages que leur naissance ou leur position sociale appelait à jouer un rôle distingué dans le monde. Ce devoir, on est souvent tenté de regretter qu’ils l’aient si fidèlement rempli, car il résulte quelquefois de leur sage retenue, que des faits intéressants et bons à connaître sont passés sous silence. Bachaumont, au contraire, tient registre de tout : semblable à la Renommée, qu’on nous peint
Tam iieti praviqiie teiiax guam iiimcia veri,
il rapporte indistinctement tous les bruits, toutes les nouvelles. Son plan, il est vrai, présente bien des inconvénients, et ce n est pas sans quelque défiance que son ouvrage doit être parcouru. Cependant, ou nous sommes dans l’erreur, ou les avantages qui en ressortent les compensent entièrement. »
Il est bien à regretter que M. Ravenel n’ait pas achevé, en 1830, 1 édition annotée qu’il avait préparée avec tant de labeur ; le temps semblait mal choisi alors, pour faire entrer dans les bibliothèques