‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 41 sur 123 · PAR M. LE M. DE · texte numérisé non relu

PAR M. LE M. DE

Les deux jumeaux de la Fable Font le charme de Paris :

Ils retirent tout leur prix Des vers ddine iNluse aimable.

Elle avait chanté l'amour,

Son ivresse- et son délire :

De la beauté qui soupire,

Le plaisir et le retour.

L’Amitié monte, la ljue :

Elle donne un nouveau tour Aux transports qu’elle respire ;

Elle chante, et tour à tour Les éprouve et les inspire.

Avril. 1. L cclipsc tant annonccc pour aujourd’liui et qui avait attiré l’attention de tout Paris, n’a pas fait une sensation considérable. L’obscurité a été de peu de durée et très-médiocre, à peu près comme lorsqu’il va pleuvoir. Toute la cour était à l’Observatoire. M. de Cassini s’était persuadé que la nuit serait épaisse; en conséquence, l’heure venue et le jour pâlissant un peu, il a demandé des bougies, sous prétexte qu’on n’y voyait plus clair. Tous les spectateurs l’ont assuré qu’on voyait très-bien ; lui d’insister et d’assurer qu’il

ne voyait goutte, et le monde de rire, et l’astronome d’être Ilué.

5. — Le Corneille, tant attendu, est enfin arrivé dans ce pays-ci. Il est en douze volumes in-S», coûte deux louis de souscription, trois livres pour le transport, et trente-six francs pour la brochure. On voit, en général, que M. de Voltaire a

visé à faire un ouvrage volumineux. Il est dédié ù messieurs de 1 Academie française.

. 6. - M. Palissot, de son exil de .Toinville, a prématurément

M{^moi[u:s secu!^:ts de baciiau31oat

célébré la convalescence de madame la marquise de Pompadour. On se doute bien qu’un satirique aussi effronté est un adulateur servile.

Vous êtes trop chère à la France,

Aux. dieux des Arts et des iAmours,

Pour redouter du sort la fatale puissance :

Tous les Lieux veillaient sur vos jours,

Tous étaient anfmés du zèle qui m’inspire ;

En volant à votre secours,

Ils ont affermi leur empire.

9.— On a déjà parlé de M. d’Éon de Beaumont^, ex-ministre plénipotentiaire de France à la cour de Londres. On a parlé de son aventure singulière. L'asile qu’il s’tst procuré lui assurant l’impunité, il vient de publier un in-T^ contenant les instructions etlettres particulières de M. le duc de Praslin à M. de Aivernois, à lui adressées, et toute la correspondance relative au traité de paix. Il y a joint des notes et des portraits qui rendent cet écrit très-précieux. Il n’y en a que très-peu d’exemplaires à Paris : il porte pour épigraphe ces vers de Sémiramis de M. de Voltaire :

Pardonnez ! un soldat est mauvais courtisan :

Nourri dans la Scy thie, aux plaines d’Arhazan,

.l’ai pu servir la cour, et non pas la connaître,

II. — On répand, depuis quelques jours, une plaisanterie assez plate; elle a pour titre Décalogue du Dieu du Goût : on la peut juger d’un partisan du sieur Palissot.

Page 1