‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 46 sur 123 · rademoiselle Clairon est au For-rÉvêque depuis · texte numérisé non relu

rademoiselle Clairon est au For-rÉvêque depuis

avant-hier. Molé et Le Kain s’y sont rendus du lieu de leur retraite.

Les Comédiens ont repris Iiier leur service. Comme on craignait que la scene ne fût-tumultueuse, on n’a faifamcher que tort tard en sorte qu’il y a eu très-peu de monde, comme ou le désirait, et des gens gagés qui ont applaudi un assez maigre compliment qu’est venu débiter Bellecour. M. do Sartmes, a qui on l’attribue, était présent au spectacle. Ils ont joue ensuite le Chevalier à la mode et le Babillard, et tout s est passe fort tranquillement. Le sieur Bellecour, en rentrant dans les foyers après son débit, a paru pénétré de la scene humiliante qu’il venait de jouer, et a déclaré (ju’il fallait avoir autant d’attachement pour sa compagnie, qu’il en avait, pour s’ètre prêté un pareil rôle.

20. - Molé et Brizard sont sortis aujourd’hui de leur prison pour jouer dans le Glorieux et Zénéide. On ne peut qu’attri-

P avec lesquels ils ont été reçus. Leur insolence s’en est accrue, et l’on ne peut rendre l’indignation qu’a causée aux gens comme il faut ce contraste révoltant.

Quant à mademoiselle Clairon, elle convertit en triomphe ne disgrâce qui devrait l’humilier. Elle a été conduite au

une iiiumiiier. Elle a éfé pnnrimn.. ^

For-l’Kvêqiie par madame Berthier ,1e Saiivigny, l’intendante

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de Paris: et Pexempt n’ayant point voulu lâcher sa proie, il est monté dans le vis-à-vis de cette dame, qui a pris mademoiselle Cdairon sur ses genoux, tandis que Palgnazil s est assis sur le devant. On ne peut omettre une réponse qu’il a faite à mademoiselle Clairon, en lui signifiant l’ordre de sa détention. Cette héroïne a reçu la nouvelle avec une noblesse digne d’elle; elle a déclaré qu’elle était soumise aux ordres du roi; que tout en elle était à la disposition de Sa Majesté; que ses biens, sa personne, sa vie, en dépendaient; mais que son honneur resterait intact, et que le roi lui-même n’y pouvait rien : « Vous avez bien raison, mademoiselle, a^t-il rénliqué, où il n’y a rien, le roi perd ses droits. »

Cette actrice a le logement le moins désagréable de la prison : on l’a meublé magnifiquement. C’est une affluence prodigieuse de carrosses. Elle y donne des soupers divins et nombreux; en un mot, elle y tient 1 état le plus grand.

22. — Mademoiselle Clairon est sortie, hier au soir, du Eor-l’Évêque, sur la représentation de son chirurgien, qui a déclaré que sa santé était en danger. Elle est allée de la chez madame de Sauvigny, où, après les tendres amitiés, sont venus les évanouissements. Enfin elle s’est rendue chez elle. Elle y est aux arrêts, et n’y peut recevoir que trois personnes, outre celles (jui la servent: madame de Sauvigny, M. de

Yalbelles et un Russe j^ot au feu.

25. - L’affaire des Comédiens reste en suspens, et le théâtre

ne va que cahin-caha. On fait sortir journellement les prisonniers pour jouer, et on les reconduit au For-l’Évêque. On négocie beaucoup.

29, On lit, duns une Vie de M. Rossillon de Bernex., évêque et prince de Genève, par le R. P. Boudée, chanoine régulier de Saint-Antoine, une anecdote singulière sui un prétendu miracle opéré de son vivant par ce prélat. C’est un certificat ' signé J .-J . Rousseau, par lequel ce philosophe atteste avoir été témoin d’un feu éteint à ses yeux, cet évêque s’étant mis à genoux. Il est assez singulier devoir un homme

1 Ce cei'lilical se li'Ouvc dans loiiles les eJiliuns des OCiivrcs de UuusseaU'

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qui écril contre les niiraclcs, dresser un Méinoirc coininc témoin oculaire d’un fait qui ne peut être roiivra-o du liasanL

ÉI'ItlIlAMMK CONTIU' MAflKMOISKr.l.K CI.AIIiO.N,

Quoi! mille francs ])our ma v ?

Disait DuboiS à son fraler.

bretillon V. pour beaucoup moins cher,

*V lait cent tours de casserole.

— Eh donc! répliqua le Keyser ;

Sandis, c est un exemple unique :

La belle, alors, de tout Paris Etait la meilb ure pratiipue :

J aurais dû la traiter pu'atis;

C était l’espoir de ma boutique.

a. J.e chevalier de La Morlière, personnage trcs-reiiommé pour sa causticité et ses démêlés avec les Comédiens et differents auteurs, après avoir essuyé diverses corrections de lu police à cette occasion, avait cnlin reçu, quelque temps avant la clôture des spectacles, un ordre précis de M. de Sartinos de ne plus s’y présenter, êlademoiselle Clairon avait eu l’autorite de lui faire enjoindre cette défense inouïe, sous préle.xte quelle ne pouvait jouer à la vue de ce monstre. Quoi qu il en soit, le chevalier, après avoir présenté dill'èrents Mémoires à M. le lieutenant de police et à M. de Saint-l’lorentin, veut faire un Mémoire en forme de consultation, où. en exposant 1 histoire de ses démêlés avec les Comédiens, il demandera par quelle voie se pourvoir pour jouir .lu droit .lu’u tout citoyen libre d’aller à ce spectacle.

i/'tP Mercure de ce mois, une Lettre de

M. 1 iron au sieur de La Place, auteur du Mercure, où il annonce sa conversion dans son stylo ordinaire et avec la tournure d’esprit qui lui est propre. Ou ne peut encore décider si cest sincérité, hypocrisie ou pcrsillage. Cetio éiiîtro est occasiounee par l’envoi do la traduction d’un psaume. Ou se doute bien que cet ouvrage, qui est le plus édiliant n’est pas le meilleur de l’auteur. Quoi .jii’il on soit, cette d'émar-

che est des plus originales, et la Lettre y répond on ne peut inieux. ^

^ Sobriqiu'î lie maéemoiscüc (’laiioa,

.>IE3101KES SEEUETS DE liACllAEMOM'

Nous apprenons que M. Piron est furieux de l’impression de sa Lettre. Il l’avait jointe au Psaume pour lui servir d’in« troduction, mais il ne comptait pas que M. de La Place la rendrait publique.

10. — L’affaire des Comédiens est enfin terminée. Elle s’est traitée avec une importance qu’on ne s’imaginerait pas devoir apporter à la vilité des personnages. Dubois a paru demander sa retraite et l'a obtenue. On lui a accordé quinze cents livres de pension, quoiqu’il n’eût que vingt-neuf ans de service, et que, selon la règle, il en faille trente. En conséquence, pour ne point déroger à l’usage, il est encore censé au théâtre une année, et il jouira de sa part, quoiqu’il ne joue plus. On lui accorde, en outre, cinq cents livres de pension extraordinaire, comme ayant fait une élève, sa lille; ce qui est de l’étiquette. Les détenus en prison ont été élargis hier au soir.

12. — On fait V Histoire de la raaison^ ville et duché d'Orléans. On doit trouver â la tête le portrait de S. A. S. Monseigneur le duc d’Orléans, avec ces vers remarquables :

Vous qui d'un œil surpris comptez dans cette Histoire Tant de héros, d’exploits et de vertus,

Si vous doutiez, ne doutez plus :

Ce prince vous les fera croire.

24. — L’Académie des sciences s’étant employée pour faire avoir à M. d’Alembert la place vacante par la mort de M. Glairaut L le ministre a répondu aux députés de cette compagnie, que Sa Majesté était trop mécontente des derniers ouvrages de M. d’Alembert pour lui accorder aucune grâce. On croit que ce discours tombe sur le livre concernant la destruction des Jésuites.

Juin. — 15. — Mademoiselle Clairon continue âne point paraître; il y a même à parier qu’elle ne jouera plus. Malgré toutes ses lettres hypocrites oii elle parle de son attachement et de son zèle pour le public, elle vient de tenter l’impossible auprès de M. le maréchal de Richelieu pour obtenir une retraite

Alexis Claude Clairaut, l’un des grands géomètres français, né le 7 mai 1713, mourut d’une lièvre putride, le 17 mai 17ü5. Il avait enseigné les mathéinatiques à madame Da Châtelet. — U.

tibsolue. Ce supérieur a refusé; il lui a seuiemciU accordé un congé jusqu’à Pâques, afin qu'elle eut le lenips d’aller à Genève et de s’j faire raccommoder ce qu’elle a de malade, sauf à voir ensuite si sa santé exige absolument cette grâce.

2ü. — M, l’abbé de La Tour du Pin, i)rédicateur célèbre dont on a quelques ouvrages imprimés dans ce genre, vient d’étre arreté au milieu de sa carrière : il est mort, ces jours-ci, d’une lièvre maligne, plus en pliilosoplie qu’en orateur chrétien. La chronique scandaleuse publie qu’il ii’a ni reçu ses sacrements, ni voulu les recevoir.

Juillet. — 1. — Il se répand une Requête des Bênèdietias au roi. imprimée, et qui a été présentée à Sa iMajesté par M. le duc d’Orléans. C’est une feuille de quatre pages, signée par un grand nombre de religieux de Saint-Germain des Prés et autres. Elle paraît être l’ouvrage des plus savants de l’Ordre. Ils se plaignent sommairement d’être astreints à des pratiques minutieuses, à des formules puériles, aune règle gênante et qui n’est d’aucune utilité à l’État. Ils demandent à n’être plus tondus, à faire gras, à porter l’habit court, à ne plus aller à matines à minuit, etc., en un mot, à être comme séculiers. Ils prétendent la réunion des petites maisons en grandes, et se regardent dès lors comme plus en état d’êire utiles au public. Ils offrent d’instruire et entretenir gratis soixante gentilshommes. Cette requête fait grand bruit.

5. — La république des lettres vient de perdre M. Panard, âgé desoixante-onze ans.Il est mort à Paris, le 13 juin dernier L On peut le regarder comme le père du vaudeville français. M. MarmonteU’a surnommé le La Fontaine du vaudeville. M. Eavart l’a très-bien caractérisé dans ce vers heureux:

11 chaiisonna le vice et chanta la vertu.

Lephilosoplie poète vivait de troiscentslivres de pension, que lui faisaient madame Carré de L’Orme, madame de^*^ et M. de... Il avait surtout enrichi de ses productions le Théâtre Italien et encore plus l’Opéra-Comique.

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