‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 55 sur 123 · VERS A M. LE CHEVALIER DE ***, SUR UNE INDIGESTION DE · texte numérisé non relu

VERS A M. LE CHEVALIER DE ***, SUR UNE INDIGESTION DE

l’auteur (iM. dorât).

A'oiis avez tout, grâces, talents,

Vous Luvez des eaux d’ilippocrèiie :

Du bon Horace et de Tureniie,

Vous suivez les drapeaux brillants.

Digérez-vous ? ^’oilà l’aU'airc ;

L’honiine n’a rien, s’il ne digère.

Car, sans cela, plaisirs et jeux S’envolent au ])ays des fables.

L’esprit fait les mortels aimables.

Mais l’eslomac fait les heureux.

12. — M. de Galonné, se trouvaiU fortement attaqué dans l’éloquent Mémoire de M. de La Chalotais, vient d’en présenter un au roi, dans lequel il met sous les yeux de Sa Majesté tout ce qui s’est passé entre lui et M. de La Glialotais. Cette réponse fort détaillée contient treize pages d'impression in-4o, qu’il n’est pas possible d’analyser. On lit, à la lin, que le roi a eu la bonté d’écrire de sa main ce qui suit :

septembre.

« Je VOUS autorise à faire imprimer ce Mémoire. Tous n’avez pas besoin de justitication auprès de moi; je rends justice à vos talents et à la droiture de votre conduite. Comptez sur toute ma protection. »

Sur cette apostille de Sa Majesté, ce Mémoire a été imprimé à l’Imprimerie royale. On a mis à la suite une lettre de M. de Galonné, relative à cette discussion. L'ouvrage, comme littéraire, est d’une logique très-faible, sans énergie, sans linesse ; le style en est médiocre, et donne une fort petite idée de l’orateur et de son génie.

19. — Par des nouvelles de Varsovie, du 10 août 1700, on éciit que madame Oeollrin, qui est encore en Pologne, ne pouvant se refuser à l’invitation de l’impératrice de Kussie se dispose à partir pour Pétersbourg.

20. On mande d’Espagne que le Père Poyant, recteur des Jésuites, ci-devant secrétaire de rambassadeur en Kussie a été arrêté par ordre du ministre espagnol ; que l’on a trouvé cliez lui 1 édition, d environ trois mille exemplaires, d’une

8ECUETS DE DACllAUMOM

brochure^ très-séditieuse en faveur des Jésuites' de France, où le roi même est très-peu respecté. On ajoute que cette brocliure, quoique imprimée à Saragosse, portait le titre de Pans ; que c’est sur la plainte du ministre de France que le Père Povant a été arrêté et mis dans les prisons.

Octobre. 1. Lejeune Molé, comédien très-agréable au 1 liédtre Français, a une fluxion de poitrine, avec la fièvre maligne. Le public témoigne beaucoup d’intérêt à sa santé et demande de ses nouvelles tous les jours a l’acteur qui vient annoncei . G est un sujet clier a ses plaisirs, et dont la perte ferait un vide à ce spectacle dans les circonstances actuelles.

Ilordion, de 1 Académie française et de celle des inscriptions et belles-lettres, garde des livres et antiques du cabinet du roi, instituteur de Mesdames, est mort hier L

D. Le public continue de témoigner sa bienveillance à Molé, et la part qu’il prend à sa maladie. L’espérance renaît sur son compte, mais il est a craindre que sa convalescence ne soit très-longue. Le vin lui ayant été conseillé pour ranimer son existence, dans l’épuis-ement total où il est, il en a reçu en un jour plus de deux mille bouteilles de vins de toutes espèces, des différentes dames de la cour. Ce même acteur témoignant à mademoiselle Clairon que sa maladie lui coûtait beaucoup et le ruinerait, si l’on ne faisait quelque chose pour lui, il fut question de demander aux gentilshommes de la Chambre une représentation ou deux gratis pour lui ; mademoiselle Clairon lui dit qu’elle se chargerait volontiers de cette sollicitation, et même de jouer, si cela pouvait attirer plus de monde.

14. — Les Égyptiens ont été les premiers qui ont eu des musées : c’était chez eux un lieu de la ville où l’on entretenait, aux dépens du public, un certain nombre de gens de lettres distingués par leur mérite, et dans lequel on rassemblait tout ce qui avait un rapport immédiat aux sciences et aux arts. A l’exemple de la ville d’Oxford, qui a un musée des plus considérables, il y a plusieurs années qu’on en a établi

^ La Uiographie îmirerst Ui’ doinu' la dalc' du ii> s<^p!eiid>rr iTr.G, roinmo (’cUe de sa niurt. — R,

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un à Londres, où non-senlemeiiL ou rassemble tous les trésors des sciences et des ar(s. mais encore qu’on (uiricliit d(;s ])ortraits et des bustes de tous ceux qui ont illustré l’An^delerre par leurs écrits ou par leurs découvertes. La garde de ce sanctuaire des muses est confiée à M. Maty, secrétaire i)er])étuel de 1 Académie royale de Imndres. Ce savant a demandé permission a juadame Du lloccage de placer dans ce musée lo buste de cette illustre Française. A^oici des vers qu’il lui a adressés a cette occasion :

D un Phidias ton buste anime le ciseau,

Ciseau fait pour les Dieux, les Aluses et les Grâces :

Du Boccage, le dieu du beau Au temple d Albion t’olfre le choix des ]:>! aces.

Entre Locke et Platon, Cbesterfield et Boileau,

Près de Milton, que ton pinceau ^ Fit admirer, en le faisant connaître,

Elè\ e de Alinerve, bâte-toi de paraître ;

bit qu en voyant cet ouvrage nouveau.

Nos Anglais étonnés doutent qui tu peux être,

D Atbénaïs, de Laure ou de Sapbo.

fameux Père La Tour, ci-devant soi-disant Jésuite, qui a ete longtemps principal du collège de Louis-le-Grand, est mort a Besançon il y a quelque temps. Ce n’était pas un 1 erateur, mais un des intrigants delà Société, et ily avait une grande prépondérance. Ayant eu Tlionneur d’avoir été préfet du prince de Conti, auprès duquel il avaitbeaucoup de crédit, Son Altesse l’avait d’abord retiré au Temple.

yovEMBHE. — 1. L’Académie française procédera jeudi p,ociain, o de ce mois, à l’élection du successeur de feu M. Hardion. 11 paraît que M. Thomas est le seul aspirant, à 1 exception d’un président du parlement do Bourgogne.

„ A ~ Aujourd’hui, jour de Saint-Charles Borroânée, fête de M.^ le president Ilénault, madame la comtesse de .Jonsac, sa

niece, lui ayant présenté un ananas, on a fait le quatrain siiivant :

Lorsqu en l’Inde je pris naissance,

Je ne me flattais pas qu’un jour,

MI'L^iOlRES SECRETS DE RACIIAUMONT

Je dusse être offert par E Amour A rAnacréon de la France E

^3. — AI. Thomas a été élu aujoiirclTiui pour successeur de Ar. ïlardion.

Id. — Aladame (leoffrin, cette femme rare, dont on a eu occasion de parler lors de son voyage en Pologne, est de retour à Paris depuis quelques jours. En passant parvienne, elle a reçu de la part de Timpératrice-reine et de Pempereur toutes les inanjues de bonté auxquelles des particuliers ne doivent point s’attendre. On y a fait trêve d’étiquette, et elle a eu l’honneur de voir ces têtes couronnées, avec les distinctions les plus flatteuses. Quant au roi de Pologne, le motif et l’objet de son voyage, on ne peut rendre jusqu’oii ce monarque a porté les attentions et les petits soins.

2d. — ' AI. le comte de Lauraguais, qui était par ordre du roi au château de Dijon, s’est sauvé avec son valet de chambre : on le soupçonne retiré en Suisse.

DÉCEMnp.E. — 1. — AL de A^oltaire, dont le zèle infatigable s’est manifesté si utilement en faveur des Galas, ne cesse d’agiter toute l’Europe pour une famille presque aussi infortunée, celle des Sirven. Il se répand une Lettre de ce grand homme à madame Geoffrin, oii il la sollicite d’exciter la commisération du roi de Pologne pour ces protestants persécutés: elle est datée du 5 juillet 176(3.

« A^ous êtes, Aladame, avec un roi qui, seul de tous les rois, ne doit sa couronne qu’à son mérite. Votre voyage vous fait lionneur à tous deux. Si j’avais de la santé, je me serais présenté sur votre route, et j’aurais voulu paraître à votre suite. Je ne peux mieux faire ma cour à Sa Alajesté et a vous, Aladame, qu’en vous proposant une bonne action; daignez lire et faire lire au roi le petit écrit - ci-joint.

« Ceux qui secourent les Sirven et qui prennent en main leur cause, ont besoin d’être appuyés par des noms respectés et chéris. Nous ne demandons qu’à voir notre liste honorée

^ Ces vers, attribués à Boiifllcrs, ont été recueillis pour la première fois dans une édition des OEuvres complètes de ce poète, publiée à Paris en 1827, chez Fume, 2 vol. in-8'’. — R.

2 au public sur les parricides impulés aux Calas et aux Sirveu.

])i:CKMnitK 1700

par ces noms qui encouragent le public. L’aide la plus légère nous sufllra. La gloire de prot(îger l’innocence vaut l(i centuple de ce qu’on donne. L’allaire dont il s’agit intéresse le genre humain, et c’est en son nom({u’on s’adn'sse a vous, Madame. Nous vous devrons l’iionneur et le plaisir de voir un bon roi secourir la vertu contre un juge de village, et contribuer à extirper la plus liorrible superstition. »

5. — Madame GeolVrin n’est point restée en arrière : elle a répondu à M. de Voltaire par une lelti-e que nous venons de

recouvrer, en date du juillet.

«Dans l’instant même que j’ai reçu votre lettre. Monsieur, je l’ai envoyée au roi, avec les cahiers c[ui l’accompagnaient. Sa Majesté me fit l’honneur de m’écrire sur-le-champ le billet que voici en original b Gomme c’est à vous, Monsieur, que je le dois, je vous en fais l’hommage et le sacrifice. Sa Majesté me fit dire que nous lirions ensemble la brochure Sa Majesté me la lut : comme le roi lit aussi parfaitement bien que vous écrivez. Monsieur, le lecteur et l’auteur m’ont fait passer une

soirée délicieuse. Sa Majesté a été très- touchée du sort des

malheureux pour lesquels vous vous intéressez. Elle m’a donné de sa poche deux cents ducats.

« Le roi a soupiré. Monsieur, en lisant l’endroit de votre lettre où vous paraissezregretter de n’avoir pu m’accompagner. Vous avez vu des rois, eh liien, l’aine, le cœur, l’esprit elles agréments de celui-ci aiiraientétépour votre philosophie et votre humanité un spectacle intéressant, touchant, agréable et peutêtre nouveau.

«Je payerai bien clier le plaisir que jai eu de voir un roi, qui était celui de mon cœur, avant d’être celui de la Pologne. Je sens que la présence réelle de ses vertus, de sa sensibilité, des charmes de sa société et de sa personne, remue mon cœur bien plus vivement que ne faisait le souvenir que j’en avais

1 « J’ai cra voir, dans la leürc (jue Voltaire vous écrit, la Raison qui s’adresse à l’Amitié en faveur de la Justice, Ouand je ferai une statue de l’Anulié, je lui donnerai vos traits. Cette divinité est mere de la Rienfaisance, vous êtes la mienne depuis longtemps, et votre fds ne. vous ref'useiait pas, quand meme ce que Voltaire me demande ne m’honorerait pas autant. »

2 Voy. le litre de celle brochure dans une note de la page précédente.

:\ikmoirks s RC r rts j)r iîaciiar \io\t

conservé, quoiqu’il me fût toujours présent et assez for( pour molaire entreprendre un grand voyage.

«Cette douce nourriture, que je'^suis venue cherclier pour

mon sentiment, va se clinnger en amertume pour le reste de

ma vie, quand il me faudra, en quittant ces lieux, prononcer le moi jamais.

« Je serai de retour cliez moi à la fin d’octobre. Vous aurez

a bonté, IV^nsieur, de me faire savoir à qui je dois remettre 1 aumône du roi. J’y joindrai le denier de la veuve.

«Serez persuadé que j’ai la même liorreur que vous pour le fanatisme et ses effroyables effets, et que votre humanité, votre zele, m’inspirent une aussi grande vénération, que la beaute de votre esprit, son étendue, et l’immensité de vosconnaissances me causent d’admiration.

« La reunion de ces sentiments me rend digne, Monsieur de vous louer et de vous respecter. Sa Majesté a voulu garde! la lettre que vous m’aviez fait l’iionneur de m’écrire. Par ce sacrifice que je fais au roi, et par celui que je vous fais de son bdlet, vous devez connaître mon cœur : vous vovez qu’il préféré à sa propre gloire le plaisir de faire des heureux. »

7. — Quoique la pièce ci-jointe soit ancienne, sa rareté et son genre qui ne lui permet pas un plus grand jour, nous âutorisent a la consigner ici ; c’est une lettre de M. de Voltaire à M. le ducdeGhoiseul,surceque, dans le temps de sa querelle avecM. LeFrancde Pompignan, undesfrèresde cedernier,qui est au service, annonçait qu’il voulait donner des coups de bâton à ce grand poète :

« Je ne sais, monsieur le duc, ce que j’ai fait à MM. Le Franc :

1 un m écorclie tous les jours les oreilles, l’autre menace de me les couper. Je me cliarge du rimailleur, je vous abandonne le spadassin, car j’ai besoin de mes oreilles pour entendre ce que la Renommée publie de vous L »

lettres d Angleterre continuent à nous apprendre le profond oubli dans lequel M. Rousseau, de Genève, est plongé malgré lui. «Cet homme, est-il dit, pliilosoplie en h rance, a fait chez nous tout qui a dépendu de lui pour s’at-

la mé^rie leUrr de Voltaire uno version iin peu difTérente de

DKCRMimi-: 1701)

tiierles rGgQrds dupuljlic; iiiuis ni scs cfTorts ])liilosoj)]iiquos, ni sa mauvaise iiumeur n’onl eu aucun ellel. Il vil l'orl ténébreusement à Sommersct-sliire, dans une retraite ignorée et dans Tobscurité. Sa (|uerelle avec M. Hume a un i)eu réveillé Tattention sur son compte, plus encore par rapport à M. Hume que par rapport à lui. »

La protection que Timpéralrice de Russie accorde aux lettres et aux gens qui les cultivent n’est point une ])rotection stérile, elle s étend ]u)^(|ue sur ceux inéme (pii ne sont pas nés ses sujets. On a vu i avec (juelle générosité elle saisit, il y a quelque temps, la circonstance où M. Diderot s’est trouvé forcé, par des raisons domestiques, à faire le sacrifice de sa bibliothèque. Aujourd’liui, ayant appris qu’on avait négligé de lui payer la pension qu’elle y a attachée, elle a ordonné que, pour prévenir désormais cet obstacle, il fût payé

cinquante années d’avance, ce qui fait un objet de cinquante mille livres.

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