‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 66 sur 123 · MAT · texte numérisé non relu

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clos à tout le monde, les premières personnes qidil a vues à

Paris sont d’Alembert et moi. »

— On parle du mariage de Isl. Sedaine, qui ollre des

circonstances très-romanesques. Tl a épousé la (ille (run avocat au Conseil. Cet avocat est mort, et la mère n’ayant jamais voulu consentir à l’hymen projeté, l’amante a lait des sommations respectueuses. :\Iais le plus liéroique, c’est la façon dont elle a résisté aux offres séduisantes d une ancienne in-

clination du poète maçon h Cette femme se nommait madame Le Comte, espèce de bel-esprit lemelle avec qui \ivait M. Sedaine. Celui-ci lui ayant déclaré son projet, madame Le Comte pleure, sanglote, jure qu’elle en mourra. L’amoureux ne tient compte de ces menaces. Elle se retourne du celé de la demoiselle, va la trouver et lui demande en grâce de différer d’un an ; elle lui offre cinquante mille livres, si elle se rend à sa proposition. La jeune personne refuse, elle mariage s’est fait. Madame I.e Comte en est morte de chagrin peu de temps après.

20. — On annonce Hirza, ou les Illinois, tragédie en cinq actes de M. de Sauvigny. L’auteur réclame d’avance contre un plagiat dont il accuse M. de Yoltaire. Il prétend que lui, Sauvignv, avait donné sa pièce à examiner au sieur Le Ivain, au carême de 1760 ; que cet acteur la porta avec lui, dans la va-

cance de Pâques, chez M. de Yoltaire, qu’il alla voir; qu’en ayant parlé à ce grand poète, et lui ayant témoigné le regret qu’il n’eût pas traité un pareil sujet, il excita sa curiosité: que M. de Yoltaire demanda à voir le manuscrit; qu’il dépeça bien vite cette composition, et fabriqua en peu de temps les xScîjthes', qu’il a ensuite abusé de son crédit et de sa réputation pour retarder la pièce de M. de Sauvigny et taire passer la sienne 2.

21. — A l’occasion de ce qui s’est passé en France relativement aux .lésuites, on renouvelle les vers (pii furent faits dans le temps de leur première proscription et ({ui sont de l’abbé

î Soüainr! avait été maître maçon, avant do devenir poëte.

2 Je certine (pie tout ce (pii est dit dans cet article est de la plus grande fausseté. — W.

SECRETS DE RACirAlJMOXT

de La Bletterie. Nous les avons cités Les plaisants, qui s amusent de tout, appliquent à la centurie suivante de IVostradamus l’événement d’Espagne 2. Voici la prophétie :

Honni du coq et de Papegai A l’entonnoir dTnde hypocrite,

Quatre chilFres faisant trois sept Par C as tillan comlile détruite.

22. — M. Marchand, connu par plusieurs plaisanteries ingénieuses, a voulu s’égayer sur le compte de M. Marmontel : il a fait Hilaire, parodie de Bélisaire ». M. Marchand n’est

plus jeune, et sa plume s’appesantit ; cette facétie ne fait point rire.

Juin. — 1. — Dom Pernetti, savant Bénédictin, un de ceux qui étaient, il y a quelque temps, pour la sécularisation de son Ordre, va en Prusse comme bibliothécaire du roi. En conséquence, il se met en cavalier.

On écrit d’Angleterre que J. -J. Rousseau, après s’être lirouillé avec M. Davenport, son hôte, lui a écrit une lettre dans le goût de celle à M. Hume, où il lui dit un éternel adieu, ainsi qu’à la Grande-Bretagne Il doit s’embarquer le 22 mai. pour revenir en France, ou du moins pour la traverser, et se rendre d’abord à Amiens, où ses amis l’attendent. On assure que sa tête est bien affaiblie, et sa conduite et son silence paraissent le confirmer.

11. — On écrit d’Amiens que Rousseau s’est rendu dans cette ville; que ses partisans l’y ont accueilli avec tout l’enthousiasme qu’il est capable d’inspirer; que quelques-uns même avaient proposé de lui rendre les honneurs publics et de lui offrir les vins de ville ; qu’un homme plus sage a représenté de quelle conséquence serait un pareil éclat en faveur d’un accusé, dans les liens des décrets et dans le ressort du ])arlement qui l’a décrété. On s’est contenté de le fêtover à huis

^ Nous lie savons de quels vers veut parler le rédacteur des Mémoires. R.

- Les Jésuites venaient d’être chassés de l’Espagne. — R.

Uylaire, par uu métaphysicien. Amsterdam, 17G7, iu l2; pub. sous le nom de Desriviéres^ soldat aux gardes.

^ Sans doute celle qui est datée de Wootton, le 30 avril I7G7. — R

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clos, et il s’est rendu à l’ieurv. où il estcliez M. de AIiral)e:ui, l’auteur <le V Ami des hjymmes. On continue d’assurer (juc le moral se ressent chez lui beaucoup du pliysi(pie, (pii est en

très '■mauvais état.

13. — Mademoiselle Gaussin. cette héroïne du Théâtre Français, dont les talents et les grâces ont été si vantés, est morte, il y a (pielques jours, d’une maladie de langueur. File avait quitté la Comédie il y a plusieurs années, et celte aimable actrice n’a pas encore été remplacée. File réunissait aux

charmes de la ligure le son de la voix le plus intéressant et le jeu le plus naturel, avec cetle sensibilité d’ame quiva aucœur.

Elle avait épousé, il y a quelques années, un danseur, nommé Tavolaygo. qui la rouait de coups et est mort, heureusement.

avant elle.

15. — Mademoiselle Clairon avait pris sous sa protection un jeune homme de seize ans, de lapins jolie ligure du monde. File eh voulait faire un acteur, et lui donnait elle-même des leçons de déclamation; elle se complaisait à le former. Il paraissait répondre à ses vues; ses talents se développaient ainsi que sa beauté. Elle l’avait surnommé l’Amour. Il n’était connu que sous ce nom. Par une de ces fatalités qui corrompent toutes les joies humaines, ce jeune sujet s’est hasardé à prendre des leçons d’un autre genre et d’une autre maîtresse. La jalousie s’est allumée dans le cœur de la moderne Calypso, el, dans ses emportements, elle a renvoyé notre Amour nu comme l’est ce dieu. Une pareille expulsion a donné lieu à beaucoup de commentaires parmi l’ordre des actrices et les tilles du haut style; elles se sont répandues en réllexioiis des plus malignes sur la conduite de mademoiselle Clairon.

17. — On parle beaucoup d’un libelle intitulé : Causes de la décadence de V empire fy ayiçais sous le règne de Louis XV et sous le règyie de M. le duc de Choiseul. On attribue ce livre à un ex-Jésuite, qui l’a composé dans Avignon, et l’on assure que le Gouvernement l’a fait arrêter dans cette ville avec le plus grand éclat; que, sur le refus du légat de s’assu-

rer de la personne de cet auteur et de le livrer, on avait fait marcher le régiment de Beaufremont, qui l’a enlevé de force. On Ta conduit ici, et on le dit à la Bastille.

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la F-

21. — M. l’abbé de Gondillac est de retour de Parme. Cet auteur, connu par différents ouvrages, avait été nommé instituteur de l’infant, aujourd’hui régnant. Il se promettait beaucoup de choses de sa place. Il paraît que son ambition n’a pas été satisfaite : il n’a obtenu ni cordon, ni prélature, ni dignité, nul vestige enfin de cet honorable préceptorat. Il rentre obscurément dans la classe des hommes de lettres dont il avait voulu se tirer. On prétend que son inconduite et ses galanteries ont effarouché la cour austère dont il sort.

22. — On a repris aujourd’hui Hirza; ou les Illinois; malgré tout le temps qu’a eu l’auteur de refondre sa pièce, il n’en a pas profité : il s’est contenté de quelques changements au dernier acte. M. de Sauvignj, ayant rencontré M. Le Mière, lui demanda s’il avait pleuré. Celui-ci lui répondit que non, mais bien qu’il avait sué.

23. — Le particulier arrêté à Avignon, et dont on a parlé, est sorti de la Bastille, s’étant justifié des faits qu’on lui imputait. Il paraît qu’il a été victime de gens qui ont cherché à le perdre, en l’accusant d’être l’auteur d’un ouvrageyju’il n’a pas fait, et qui peut-être n’existe pas. On assure que le ministère, touché de ses malheurs, veut l’en dédommager en profitant de ses talents.

28. — Mademoiselle de La Ghassaigne, jeune actrice de la Comédie Française et nièce de mademoiselle de La Motte, ancienne coryphée de ce théâtre, est aujourd’hui l’objet de l’attention et de la jalousie de toutes ses camarades. Quoique peu jolie et d’un talent très-médiocre, elle a été honorée des faveurs du jeune prince de Lamballe, nouvellement marié, et elle porte dans ses flancs le fruit de cette union féconde. Le père du héros, très-religieux, a pris toutes les informations nécessaires pour constater la vérité et la légitimité du fait. En conséquence, il a fait assurer l’actrice de sa protection, et l’on est à régler son sort, ainsi que celui de l’enfant à naître.

Juillet. — 1. — J. -J. Rousseau n’a passé que huit jours à Amiens, ou, comme on l’a dit, il a été fort couru et fort célébré. M. le prince de Gonti l’a envoyé chercher à mi-chemin d’Amiens à Paris, et l’on présume qu’il est à présent à l’Ile-

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JüiLLirr 1707

Adam. 11 déclare avoir renoncé à écrire, cl paraît ne s’occuper aujourd’liui que de botanique. ^

3. — M. Baculard d’Arnaud, grand romancier, après avoir longtemps raconté les aventures de divers héros de galanterie vient de terminer les siennes ou plutôt de consommer son

propre roman par son mariage avec mademoiselle Glioucliou marcliande de modes. ’

4. — Sellius, ce savant en us, connu par de trés^grands ouvrages et par sa vaste érudition, mais surtout par le premier projet de V Encyclopédie, qu’il apporta en France, en 1743 vient de mourir i à Gliarenton, misérable et fou.

O. \ERS ^ A MADAME DE RICHELIEU, ADRESSE DE l’aDBAYE-AUX-

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