On écrit de Rennes que le procureur général avant
2"'8 MFhrOTRES SECRETS DE RAGHAUMONT
requis que la Lettre Lun gentilhomme de Bretagne à un noble Espagnol^ dont on a parlé, fût brûlée par la main du bourreau, un des conseillers du Parlement dit : « Eh! Messieurs, ne nous lasserons-nous jamais de faire brûler la vérité? »
20. — Le mariage de mademoiselle Mazarelli, cette virtuose également connue sur le Parnasse et à Gytlière, est enfin déclaré avec M. le marquis de Saint- Ghamond. Elle jouit de tous les honneurs et privilèges de son titre de marquise; elle a pris livrée; on lui porte la robe, le sac, le carreau à Péglise, etc.
21. — M. de Beauchamps, auteur des Recherches sur les théâtres de France, de quelques romans et pièces dramatiques, est mort, il y a déjà quelque temps dans un âge assez avancé. Avant de mourir, il avait consigné ses sentiments dans une espèce de testament qui roule purement sur sa façon de penser et est une espèce d’apologie de sa manière de vivre. Il ne dit rien de nouveau sur les motifs d incrédibilité, et répète seulement en assez bon ordre les principaux arguments qu’ont fait valoir ceux qui ont écrit sur cette matière. Get ouvrage manuscrit court dans les mains des gens du parti, et sans doute il sera imprimé quelque jour.
22. — Si la réforme que l’on se propose de faire dans les communautés religieuses a le vœu du Gouvernement et d une partie même des ordres monastiques, il y a des particuliers intéressés à la combattre, et quelques-uns se sont permis d’attaquer la Goinmission par des écrits qu’ils ont fait paraître anonymement. On vient d’y repondre sous le titre de Lettres Lun religieux à son supérieur général sur la réforme des communautés religieuses; troisième lettre sur la conventualité On ne peut présenter avec plus de décence et avec de meilleures preuves les raisons que l’auteur met en avant pour justifier son assertion.
23. — Un chat s’étant introduit dernièrement au Parlement, dans l’assemblée des chambres, cet animal a attiré 1 attention de Messieurs; M. de Saint-Fargeau, président à mortier, grand
'1 Le 12 mars 17GI.
2 Amslerdam (l’arisg 1768, in-12.
ami de celte engeance, a pris ce cliat et l’a caclié sous sa robe, croyant arrêter parla le désordre et le scandale; mais c(.‘t animal a miaulé, égratigné, lait le diable, et il a talhi le mettre à la porte. Un plaisant' de l’assemblée, M.lleron, conseiller, a dit là-dessus le bon mot, matière deFépigramme suivante:
Tandis cju’au temple de Thémis On opinait sans rien conclure,
Un chat vint sur les Heurs de lis Etaler aussi sa fourrure.
« Oh! oh! dit un des magistrats, Ce chat prend-il la compagnie Pour conseil tenu par les rats?
— Uon, reprit sou voisin tout bas ; C’est qu’il a llairé la bouillie Que l’on fait ici pour les chats. »
■ 27. — M. Fabbé Barthélemy a remis trois mille livres de pension qu’il avait sur le Mercure^ dont mille livres en faveur de M. de Guines, mille en faveur de M, de Chabanon, mille à la masse. Il en avait déjà remis deux mille, il y a quelque temps, dont mille en faveur de M. Marin, censeur de la police, et mille à la masse. Les arrangements ultérieurs du Mercure n’étant pas finis, les choses restent m ^taiu quo.
28. — Un des principaux griefs de M. de Voltaire contre M. de La Harpe, c’est d’avoir retenu de mémoire les divers lambeaux que le premier récitait à l’autre, du poëme de la Guerre civile de Genève, et de les avoir fait paraître sans son aveu; d’autant qu’il y a une tirade contre M. Tronchin, que Fauteur n’eût pas voulu rendre publique. Tel est le fait, comme le raconte madame Denis
29. — Mademoisello Ileinel, célèbre danseuse de Stuttgard, dont on a prôné les succès prodigieux à l’Opéra, où elle a débuté depuis peu, vient d’opérer une merveille plus grande encore : ses charmes ont séduit IM. le comte de Lauraguais, au jDoint de lui faire oublier ceux de mademoiselle Arnould. Il a donné trente mille livres pour présent de noces à l’Allemande, vingt mille à un frère qu’elle aime beaucoup, un
^ M. de La Harpe avait pris à M. de Voltaire non-seulement deux chants de la Guerre civile de Genève, mais encore les Mémoires sur le roi de Prusse et d’auires manuscrits, — W,
él
ameublement exquis, un carrosse, etc. On compte que la première coûte cent mille livres à ce magnifique seigneur. Mademoiselle Heinel ne s'était jugée modestement qu'à quatorze mille livres.
3D. — Tl paraît très-constant que madame Denis est à l^aris pour y rester; que sa séparation avec son oncle, M, de Voltaire, est une suite de querelles domestiques qui ne leur permettent plus de vivre ensemble. Les dépenses considérables que M. de Voltaire a faites aux Délices et dans ses châteaux de Tourney et de Ferney ont fort dérangé les affaires de ce grand homme, qui n'a pas assez compté avec lui-même. Il se trouve aujourd'hui fort en avance sur ses revenus, dont la plupart ne sont pas liquidés; ce qui l'a forcé à une réforme de maison dont l'entretien était très-cher, et sourtout entre les mains de personnes peu économes. Dans cet embarras,- M. de Voltaire, qui se trouvait un riche malaisé, a voulu, pour se débarrasser tout de suite de ses créanciers et se mettre au niveau, vendre sa terre de Ferney, comme d'une défaite plus facile, ou comme celle dont la vente rendrait davantage. Il a fallu le consentement de madame Denis, sous le nom de laquelle elle était achetée, et cette nièce l'a refusé opiniâtrément. Inde irœ ^ !
31. — Longchamps, cette promenade fort en vogue dans les jours de la semaine sainte, a commencé à s'ouvrir hier avec toute l'affluence que promettait la beauté du jour. Les princes, les grands du royaume, s'y sont rendus dans les équipages les plus lestes et les plus magnifiques; les filles y ont brillé à leur ordinaire; mais mademoiselle Guimard, la belle damnée^ comme l'appelle M. Marmontel dans son E pitre ^ peu catholique, a attiré tous les regards par un char d'une élégance exquise, très-digne de contenir les grâces de la moderne Terpsichore. Ce qui a surtout fixé fattention du public, ce sont les armes parlantes qu'a adoptées cette courtisane célèbre : au milieu de l'écusson se voit un marc d’or, d'où
1 II n’y a rien de vrai dans cet article, sinon que M. de Voltaire chassa madame Denis. Il ne se servit, dans le public, du prétexte du dérangement de sa fortune que pour sauver encore l’honneur de sa nièce. — W,
- Vov. G février ncs.
Ai