j Le trait historique de VHomme au masque de fer
détenu et mort à la Bastille au commencement de ce siècle, est un problème qui jusqu’à ce jour n’a pas encore été résolu. Diverses opinions ont partagé les auteurs qui en ont parle, et M de Voltaire lui-même, en rapportant les faits, ne détermine point celui que cela pourrait regarder. M. de Saint-Foix vient de publier une Lettre ^ au sujet de cet inconnu : il porte le flambeau de la critique dans cetle-matière tenebreuse;
* Il n’y a pas un mol de vrai dans loul cet aiTicle. W. , Aivwinr
2 Lettre de M. de Saint-FoU au sujet de l'homme au masque défi). Ainslcr
dam cl Taris, Vente, l7(iS, in-ri de 4i i)a;;es.
MW J7G.S
il discute les sentiments des écrivains, et conclut (|ue Vhornme ciu masque de fer n’était autre chose que le duc de i\Ionmoiitli f 111s naturel de Cdiarles II, roi d’AngleLfure, (jui voulut monter sur le trône, aiujuel il disait avoir droit j)ar sa naissance lé^dtime. Il ajoute que cet acte de clémence s’était fait de concert avec le roi Jaccjues; (jiie ce monanjue en avait donné sa parole à Charles II mourant, et qu’il n’avait pas voulu l’enfreindi-e; que, par politicjue, il avait été forcé à le faire passer pour décapité, et avait obtenu de Louis XIV qu’il fut enfermé. Il faut avouer que les raisonnements de M. de
Saint-h oixne sont })assans réplique à beaucoup près. Il serait à
souhaiter que la discussion de cette matière, (|ui ne peut plus
etie qu un objet de curiosité, engageât ceux qui ont ce secret à le divulguer.
^d. M. Linguet, auteur estimé de divers livres historiques, se trouvant maltraité dans les notes du Tacite de M. 1 abbé de La Bletterie, n a pu contenir son ressentiment; du moins, on lui impute l’épigramme suivante -, quia, en effet, l’air d’une personnalité :
Apostat 2 comme ton héros !
Janséniste signant la Bulle,
Tu tiens de fort mauvais propos.
Que de bon cœur je dissimule; Je t'excuse et ne me plains pas; Mais que t’a fait Tacite, hélas!
Pour le traduire en ridicule?
^ 28. — Les spectateurs curieux de rO])éra soulfrent impatiemment 1 absence de mademoiselle Ileinel, cette danseuse si propre à exciter leur lubricité. (In a raconté ^ commemt M. le comte de Lauraguais, enlhimmé })our elle, avait versé de 1 or avec protusion au sein de cette beauté; mais, par une fatalité malheureuse (jui empoisonne pres(|ue toujours nos
1 11 prétend qiCun serviteur fidèle s’étail substitué à orsqu’il fut condamné à mort après sa vaine tentative d’Angleterre. — I>.
2 Elle est aussi attribuée à Voltaire et se trouve dans O E livres — R.
la jilace de ce seigneur, pour s’emparer du tronc
plusieurs éditions de scs
^ I\I. l’abbé de La Bletterie a été Perc de l’Oratoire. B.
^ Il a fait la Vie de Julien V Apostat. — B.
Voy, 29 mars 1768.
MlhlOlRKS SIXKRTS DE RACDAL'xMONT
plaisirs, mademoiselle Heinel s’est trouvée cliatoiiillée d\me maladie de peau qui se communique avec rapidité, et qui a fait dire plaisamment qu’elle avait fait de son amant un prince de Galles.
— 2. — Le sieur Cfrandval, après avoir fait les beaux jours de la scène française, s’en était retiré assez à temps pour emporter les regrets du public. Obligé de rentrer depuis, par des raisons de fortune, il a insensiblement perdu toute sa célébrité, et s’est vu forcé de disparaître tout à fait à Pâques dernier. Pour mettre le comble à ses humiliations, il vient de s’enrôler dans la troupe de Lyon, et terminera probablement ainsi sa malheureuse carrière. Tel on a vu Bélisaire demandant l’aumône; ou plutôt, tel le roi de Syracuse devint maître d’école.
4. i^e sieur Poinsinet a gagné sa cause en plein. Hier ses lettres de rescision ont été entérinées; la demoiselle Le Blanc de CroLizol condamnée aux dépens, dommages et intérêts; le Mémoire supprimé.
r,. M. Mercier de La Rivière, l’auteur du livre de VOrdre naturel et essenliel des Sociétés 'politiques, est de retour à Paris depuis mercredi dernier. On sait qu’il avait été appelé en Russie pour présider à la rédaction du nouveau Gode que l’impératrice fait faire. Il paraît que ce voyage, prôné avec tant d’emphase dans les papiers publics, n’a pas satisfait l’amourpropre de ce magistmt autant qu’il l’espérait. Il est tombé malade en route, et n’est arrivé à Saint-Pétersbourg qu’au mois d’octobre. Sa Majesté Impériale était à Moscou; il a trouvé cette capitale occupée par huit cents députés arrives de toutes parts, à l’etfet de travailler au grand ouvrage en (|uestion. Il a réprouvé une loi préliminaire, par laquelle Sa Majesté Impériale s’obligeait de ne punir jamais de mort aucun des membres de cette espèce de sénat de la nation, et vraisemblablement cette opposition lui a fait des envieux. L impératrice, à son retour, l’a accueilli comme un nouveau sujet dont elle se félicitait. On lui avait lait entendre que M. de La Rivière, dans une sorte de disgrâce en h rance, ne serait pas fâché de s’expatrier : il a déclaré qu’il n’était rien de tout cela, et qu’il ne comptait point rester en Russie: en un mot, soit
.111 1.\ nos
refroidissement de Sa Majesté Impériale, soit qu’il ait prévu son inutilité, il est reparti dès (jue la saison Ta i)ermis. L’irnpératrice lui a faitun i)résent de dix mille roubles, et de mille à son secrétaire. Peut-êtr('. la grande vénération (jue les étrangers avaient conçue pour lui, sur son livre, s’est -elle un peu dissipée aux approches de sa personne.
11. —Extrait d'une lettre de Lyoyi, du juin. « Tsos comédiens ont joué vendredi sur leur tliéfitre : Ericie, ou la Vestaie h Celte tragédie, proscrite par votre Sorbonne, a eu le plus grand succès à la représentation d’avant-liier. Malheureusement M. le prévôt des marchands a été obligé d’arrêter le cours de cette nouveauté. La cabale des dévots a crié contre un drame où la vie monasti([ue est dépeinte sous les couleurs les plus effrayantes et les plus vraies. C’est devenu, comme à Paris, une affaire de religion, et il a fallu sacrifier à ces clameurs dangereuses les plaisirs du public. »
13. — Un événement à peu près semblable à celui du Tartufe se réalise aujourd’hui, et cause beaucoup de rumeur dans la finance, en ce qu’il intéresse la famille des La Borde. Le sieur de Claustre, prêtre de Lyon, après avoir été quinze ans précepteur des enfants de ùL de La Borde, ancien fermier général, est resté dans cette maison depuis son éducation finie jusqu’en 1762. Sa longue habitude dans la famille lui en a fait connaître tous les tenants 'et aboutissants; il a profité de la faiblesse, du dérangement et de l’espèce d’abandon de ses parents les plus proches, où était un La Borde Desmastres, neveu du premier, pour s’insinuer dans son esprit, se rendre nécessaire, et lui faire enfin épouser sa nièce, le 18 avril 1766. Alors il a montré les dents, et, se mettant à la tête des affaires du jeune homme, a fait des répétitions considérables contre le père et fonde de son neveu, capables de ruiner fun et faiitre si elles étaient accordées dans leur totalité. Trois Mémoires très-volumineux sont déjà éclos dam cette contestation, vrai labyrinthe où fou se perd, et d’où il résulte, en général, pour le lecteur, des impressions fâcheuses contre toute cette famille. On y trouve de chaque part une ai-
1 Par Dubois Fonlanelle; imprimée à Paris, sous la rulu’icjiie de Londres, eu 1708, sans nom d’auteur.
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.MKMOIKES SECRETS DE RAEllAUMONT
greur capable de nuire aux meilleures causes, et les parties auraient infiniment mieux fait d’ensevelir dans Foubli, àq-uelque prix que ce fut, un détail de faits peu honorables pour tous. On voit toujours avec peine un neveu provoquer son oncle, un tils son père, et un oncle et un père réduire le neveu et le hls à la cruelle nécessité de s’armer contre eux. La pièce la plus curieuse de tout ceci est un bout de Mémoire du sieur de Claustre, (|u’il a joint à celui de son neveu. Le ton cafard qui y règne, les versets de l’Écriture dont il est lardé, l’esprit de modération, de paix, de charité que ce prêtre affiche, sont une présomption forte contre lui, et le font passer, aux yeux de bien des gens, pour un monstre de chicane, revêtu de la peau d un agneau. Il ne faut point confondre ce Laborde avec le La Borde, ancien banquier de la cour, souche d’une autre famille.
23. — M.Pigdlle, cet artiste célèbre chargé de terminer les travaux de la statue équestre de Louis XV, commencée par Bouchardon, doit élever à M. de Montmartel un monument, témoignage de la douleur de sa famille. Il a imaginé de représenter un vase antique, contenant les cendres de ce citoyen estimable. Madame de Montmartel, sous la figure de la Piété, jette des fleurs sur cette urne précieuse. Un Génie, de l’autre côté, dans l’attitude de la plus grande tristesse, exprime les regrets dont tous les honnêtes gens ont honoré un financier bienfaisant. Il semblerait naturel que le personnage de la Piété étant représenté par madame de Montmartel, on eût reconnu M. de Brunoy dans la seconde figure. Malheureusement, ce dernier ne paraît pas assez agréable au public pour avoir permis au compositeur de le mettre en scène. Quoiqu’il en soit, ce dessin sage et simple est proportionné au sujêt, et marque dans M. Pigalle un homme de goût, capable de différents genres. On sait qu’il est fauteur du mausolée de M. le comte de Saxe.
27. — Extrait dCune lettre du Vexin français, le 4 8 juin 47 68,
« Il est très-vrai : Rousseau est ici depuis prés d’un an, c’est-àdire depuis son retour d’Angleterre. Il est sous un nom étranger, et dans le ressort du Parlement de Normandie. C’est le prince de Gonti qui lui donne un asile à Trye. Quand il y vint,
.lUILLF/r 17<5S
malgré la recommandation du prince, ses gens n’eurenl pas beaucoup d’égards pour un homme simple, sans mine, et (pu mangeait avec sa gouvernante.
«L’inconnu eut la délicatesse de ne point se plaindre; mais il écrivit à son protecteur de ne point trouver mauvais qu’il quittât ce lieu, et de lui permettre de se soustraire à ses bien^ faits. Le prince de Gonti se douta de ce (jui était; il arrive chez lui, arrache son secret à Rousseau, le fait manger avec lui, assemble sa maison, et menace de toute son indignation, dans les termes les plus énergiques, celui qui manquera à cet étranger.
«Du reste, il paraît faux que ce grand homme fasse imprimer à présent ses Mémoires, comme on a dit; sa gouvernante assure meme qu’il a tout brûlé. Il est revenu de la vanité d’auteur : à peine a-t-il une plume et de l’encre chez lui. Il botanise depuis le matin jusqu’au soir, et forme un herbier considérable; il a très-peu de relations, ne lit rien, aucun papier public, et ne saura peut-être jamais que M.de Voltaire ait fait une épître où il le plaisante. »
30.— M. l’abbé Bandeau, qui était appelé en Pologne et devait partir au mois de mai pour y mettre en pratique le système des Économistes, a changé de projet; il se rend aux instances de M. le duc de Ghoiseul, qui lui fait assurer par M. l’évêque d’Orléans un bénéüce de vingt mille livres de rentes, tel que celui qu’on lui offrait dans les pays étrangers. En attendant, ce ministre veut lui procurer une pension, soit sur les postes, soit sur les économats, ce qui n’est pas encore décidé. Cet auteur ne reprend pas la plume au journal des Éphémérides, et M. Dupont en reste en possession. Il s’occupe aujourd’hui à répandre dans le public différents écrits toujours relatifs aux principes de la Société, et se fait à luimeme des réponses sous des noms anonymes, afin d’avoir occasion de répliquer. Il se croit cette petite charlatanerie permise pour le bien de la chose et pour l’utilité générale.
Juillet. — 2. — En conséquence d’une lettre du roi, du 25 juin, où Sa M-ajesté fait part à M. l’archevêque de la mort de la reine S son épouse et compagne, et sollicite les prières
^ Marie Leczinska, née le 23 juin 1703, morte le 24 juin 1768.
de rKglise pour le repos de rCime de cette princesse, M. l’arclieveque a fait un mandement, daté du 30 dudit mois, qui, après un préambule pathétique sur les pertes successives que la France a faites, et un éloge de la reine, ordonne qu’il sera fait pour elle 'un service à Notre-Dame. La lettr e du roi et le mandement ont été publiés hier. La simplicité de la première et une sorte de désordre qui y règne forment un genre d’éloquence très-propre a peindre le trouble du cœur affligé de cet auguste époux.
5. — Le concours du prix de poésie à l’Académie française roule ordinairement entre vingt et trente pièces. Cette année, il en a été remis quatre-vingt-quatre au secrétaire. On prétend qu’un homme de qualité, âgé de quatre-vingt-deux ans, le baron deGhâteauneuf,n’a point dédaigné d’entrer en lice contre la brillante jeunesse qui court la même carrière. Les vœux seront à coup sûr pour le moderne Sophocle, et il serait à souhaiter, pour l’honneur du siècle, qu’il eût le prix.
S.— Le sieur Taconet, auteur et acteur du théâtre de Nicolet, vient de s’exercer sur un sujet plus noble; il a, de l’agrément de la police, fait imprimer des stances • sur la mort de la reine, en forme d’élégie. Il faut avouer que, si cet ouvrage fait honneur au cœur de cet histrion, il dégrade singulièrement l’héroïne. On est surpris qu après l’exemple de V Oraison funèbre du Père Fidèle ; de Pau, si fameuse par son ridicule et par l’éclat scandaleux qu’elle fit à la mort de monseigneur le Dauphin, on n’ait pas examiné de plus près la pièce burlesque du sieur Taconet. Il est des éloges qui doivent être interdits à de certaines bouches.
' 10. — Le sieur Sedaine, ce maçon devenu poète et auteur
estimé de plusieurs pièces de théâtre jouées aux trois spectacles, mais plus habile encore à tracer le plan d un édifice que celui d’un drarnç, vient d’être nommé secrétaire de l’Académie d’architecture, à la place de M. Le Camus, dont on a annoncé la mort.
12. - -Un négociant de Nantes ayant écrit à M. de Voltaire qu’il avait baptisé un de ses vaisseaux du nom de ce
^ Stances, sur la mort de Marie, princesse de Pologne, reine de Hérissant, 1768, in-l".
France. Paris,
.lUIlJ.ET 17G8
grand poëte, il y a répondu par une Epître fort longue adrc'ssée au vaisseau; elle est pleina de fraîelieur, d(; ])oésie eide pliilosopliie ; mais elle est déparée Y)ar cet esprit satiricpie et burlesque, qui se mêle aujourdMiui aux plus beaux ouvrages du pliilosoplie de Ferney.
10. — Le célèbre M. Winkelman, cet homme rare par son goût et ses vastes connaissances, était revenu de Yienne à Trieste, pour se rendre à Home, où, depuis (|uelques années, il faisait son séjour ordinaire. Il a été assassiné dans Tauberge par un étranger qui, après plusieurs conversai ions, s’était insinué dans l’esprit de ce savant. Un jour, sur les dix heures du matin, ce scélérat est entré dans la chambre de M. Winkelman, et lui a demandé à voir trois belles médailles d’or dont l’impératrice-reine lui avait fait présent. Dans le moment où il ouvrait son cotfre,il lui a donné sept coups de poignard. Son domestique étant accouru au bruit, l’assassin l’a renversé sur le carreau d’un coup de poing et s’est sauvé sans avoir rien emporté. Ce savant estimable a survécu de quelques heures à ses blessures : il a eu le temps d’instituer son exécuteur testamentaire le cardinal Albani, et d’écrire à ce prélat pour le prier de remercier l’impératrice- reine de toutes les grâces dont cette auguste souveraine avait daigné le combler, ainsi que le prince de 'Kaunitz et plusieurs autres seigneurs de la cour de Vienne.
Le monstre qui occasionne aujourd’hui nos regrets est le nommé Archangelv. de Pistove; il a été arreté dans la suite, et ramené à Trieste le 15 juin.
17. — M. Bouret, cet homme ingénieux, toujours occupé de plaire à son maître, et ({ui dépense tant de trésors pour satisfaire cette noble passion, s’occupe à embellir encore le fameux Pavillon du Roi, où il compte recevoir Sa Majesté cet automne, dans le temps des fameuses chasses dans la foret de Senart. Il vient de faire en marbre la ligure de Louis X\\ avec tous les attributs de la royauté. C’est le sieur Tassart, sculpteur, reçu depuis peu à l’Académie, mais d’un mérite distingué, qu’il a chargé de ce travail. Elle doit être placée dans l’appartement du roi, au lieu du lit qui y était, et dont Sa Majesté n’a jamais fait usage. La statue sera en dedans de
la balustrade, avec des gradins au bas du piédestal. De cet appartement galant, M. BouDet en fait un appartement magnifique par les dorures et les richesses qu’il doit y répandre, sorte d’ornements analogues à l’usage qu’il veut en faire aujourd’hui. On sait que ce financier très-opulent, mais très-dérangé dans ses affaires, avait été réduit à la pension par M. de La Borde, qui s’était chargé de l’administration de ses biens, et ne lui avait laissé que quinze mille livres de rentes. Maintenant qu’il se trouve libre, la dépense dont nous venons de parler est le premier emploi qu’il fait de ses immenses revenus. Un coup d’œil favorable de son maître le dédommagera de tout et fera son bonheur.
22. — Le bruit court que M. Bousseau est sorti de sa retraite de Trje et est passé à Lyon, sans qu’on donne d’autres raisons de cette émigration que l’inconstance du personnage. On ne sait s’il restera dans cette ville, où il se trouve dans le ressort du Parlement de Paris : on présume qu’il y a conservé son nom étranger.
23. — La Comédie Italienne vient de perdre mademoiselle Camille Véronèse, morte, le 20 de ce mois, des suites d’une vie trop voluptueuse, comme il arrive assez souvent à ces demoiselles, qui aiment à la faire courte et bonne. Au reste, c'était une grande et très-grande actrice ; elle possédait la partie du sentiment dans un degré supérieur, et, depuis mademoiselle Sylvia, aucune n’avait montré tant de. talents pour la scène. Elle emporte avec elle les regrets des partisans de'Ce théâtre, qu’elle laisse absolument vide relativement à son genre. On n’y voit plus en femme que des cantatrices, et l’on sera obligé de renoncer absolument aux pièces italiennes qu’elle soutenait par son jeu : elle était l’âme d’ Arlequin même, qu’elle inspirait et dont elle échauffait la verve.
26. — Jacques -Bernard Durey de Noinville, président honoraire au Grand Conseil, est mort il y a quelques jours^ ; il était académicien libre de l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres, et membre de la Société rovale de Londres.
— M. Piron, qui, dans un âge encore plus avancé que M. de
1 Le 20 juillet.
lUILLI^T 17(kS
VoltairG, conserve, ainsi cjue lui, tout le leu de sa jeunesse, et toujours son rival quand il s’agit de faire assaut d’esprit et de Sciicasine, s est permis une saillie a l’occasion de la longue Epitre du dernier au vaisseau baptisé sous son nom; il l’adresse au négociant propriétaire du Ijatiment, et s’écrie :
Si j'avais un vaisseau qui sciioinniat Voltaire, Sous cet auspice heureux j’en ferais un corsaire.
29. — Il s’élève de toutes parts une tempête littéraire contre M. 1 abbé de La Bletterie, et les dilïerents auteurs qu’il a attaqués lui rendent avec usure les traits de satire qu’il leur a lancés. Au reste, son ouvrage prête infiniment à la censure et pour le fond et pour le style. Il aurait du être plus modeste, et se souvenir que, lorsqu’on a une maison de verre, il ne faut pas jeter des pierres dans celle d’autrui.
30. — Mademoiselle Camille est morte dans sa jolie maison de Montmartre, où M. Gromot, premier commis des finances, lui a donné jusqu’au dernier moment les marques de rattachement le plus tendre. Elle a expiré entre les bras de cet amant magnifique. En vertu du privilège qu’ont les Comédiens Italiens de n’être point excommuniés, cette actrice a reçu ses sacrements, et elle a été enterrée en l’église du lieu. G est le sieur Deliesse qui, comme doyen des comédiens ses camarades, a conduit le deuil. Par les soins de M. Gromot, il s’est trouvé un cortège magnifique au convoi; on y comptait pus de cinquante carrosses bourgeois. Mademoiselle Camille était fort aimée, et joignait aux plus grands talents toutes les qualités de l’ùme les plus précieuses. Elle a fait un testament en faveur de sa famille, qui fait également honneur à son jugement et à son cœur.
^31. — On travaille au pont qui doit suppléer à celui de Neuilly, qui dépérit depuis longtemps, et dont la débâcle des glaces de l’iiiver dernier avait accéléré la ruine. Le nouveau pont doit être au bout du Cours, en face delà place de Louis XV. On doit couper une partie de la montagne connue sous le nom de 1 Étoile, comme aussi élever de beaucoup la grille de Cliaillot. M. Perronet, ingénieur célèbre des ponts et cliaussées, est chargé de la construction de ce monument.
MI:M0IBES secrets de nACflAUMONT
Août. — 1. — Il est très-vrai que J. J. Rousseau est parti de Trye et s’est rendu à Lyon, toujours herborisant, botanisant. Cette passion l’occupe aujourd’hui tout entier. Tl est resté peu de temps dans cette dernière ville, pour y voir une dame de ses amies; il y a fait une recrue de quelques enthousiastes du même genre, et le moderne Tournefort s’est mis en marche avec eux pour faire ensemble des découvertes de plantes et de simples. Ils sont actuellement dans les montagnes du Dauphiné. On juge qu’ils pénétreront jusqu’aux Alpes. Il est incroyable à quel’ degré le philosophe genevois pousse l’ardeur de cette étude. On ne doute pas qu’il ne se distingue un jour dans ce genre, comme il a déjà fait dans tous ceux qu’il a embrassés. Ces nouvelles connaissances doivent le satisfaire d’autant plus, qu’elles le mettent à même d’exercer l’amour de l’humanité dont il est si noblement dévoré, et peut-être sera-t-il plus heureux à guérir nos maux physiques qu’il ne l’a été dans la cure de nos maux moraux.
2. — Les amateurs commencent à se préparer pour la vente de la bibliothèque de feu M. Gaignat, ce curieux si recherché qui se piquait de n’avoir que des livres uniques. L’impératrice de toutes les Russies a fait offrir, du cabinet de livres entier, d’abord la prisée telle qu’elle a été faite, le quart en sus, ce qu’on voudrait y ajouter pour la fantaisie des acneteurs et des concurrents, enfin deux cent mille livres de potde-vin. La clause du testament de M. Gaignat, portant expressément que ces livres soient vendus à l’encan, s’est opposée à des conditions aussi avantageuses. On cite, entre autres raretés de ce cabinet, un exemplaire des Contes de La Fontaine, écrit à la main et sur du vélin, dont le travail a coûté dix-huit cents livres. Enfin chaque conte est enrichi de deux ou trois estampes, plus ou moins, gravées par des jeunes gens habiles que M. Gaignat a pris chez lui, et dont lui seul a eu les planches, qu’il a fait rompre. On estime cet ouvrage complet
vingt-cinq à trente mille livres.
11. — ]C Oraison f unèhre la reine, prononcée à Saint-Dc.nis, a duré cinq quarts d’heure. M. de Pompignan a mis en opposition la religion de Sa Majesté avec l’esprit d incrédulité si commun aujourd’hui. Il a paru se complaire a faire des
portraits satiriques des pliiloso})lies du siècle, et à se venger tliéologiquernent de tous les brocards que ])lusieurs lui ont prodigués. On se doute bien que M. de Voltaire n’est pas celui qu’il ait eu le moins en vue, et il l’a désigné avec les couleu,i*s odieuses que lui a fournies son zélé amer.
12. — Un particulier se promenant aux Tuileries, il y a quelque temps, un inconnu l’aborde, le salue, et lui dit qu’il a des choses importantes à lui communiquer dans un téte-à-tôte. Le premier s’écarte de sa compagnie et reste seul avec l’étranger. Celui-ci lui déclare qu’il se connaît à l’avenir; qu’il lui voit sur la physionomie les choses les plus heureuses à lui apprendre, et qu’il ne doute pas qu’il ne lui sache gré de son attention. L’autre, faible et crédule, sans doute, se livre à la charlatanerie de cet imposteur, qui, après les simagrées ordinaires, après avoir visité ses mains, observé tous les traits du visage du patient, lui étale et lui pronostique une longue suite de prospérités. La dupe enchantée remercie fort le devin, lui donne un écu de six livres, et s’en va fort contente. Le bohémien, piqué d’avoir fait tant de frais pour une si légère récom- .pense, rappelle cet homme, lui ajoute qu’il y a quelque chose qu’il ne lui a pas dit, parce que ce n’est pas un événement aussi heureux que les autres; que, toute rétlexion faite, il est pourtant essentiel qu’il en soit prévenu pour y remédier s’il est possible. Il lui confirme alors toute la bonne fortune dont il Ta flatté; mais il lui annonce qu’il aura à trois époques différentes, très-prochaines, trois accès de convulsions, dont le dernier sera si terrible qu’on ne peut savoir s’il en réchappera; que, s’il est assez heureux pour en revenir, il entrera dans un cours de félicités qui durera le reste de ses jours. Le prétendu sorcier quitte à ces mots le pauvre diable et part comme un trait. Ce malheureux, frappé, retourne à ses amis, auxquels il raconte son aventure : ils veulent en vain le rassurer. Il revient chez lui dans une consternation dont il ne peut se remettre, et, après avoir eu successivement les deux accès de convulsions pronostiqués, il entre dans le troisième, si terrible que tous les médecins n’y peuvent rien. On a recours à M. Petit, philosophe encore plus que médecin, et qui joint à de grandes connaissances de l’anatomie les ta-
MÉMOlllKS SECRETS DE BAGHAUMUNT
lents d’un mime consommé. D’après l’exposition de l’état du malade, il se dispose à jouer une farce, dont il attend plus de succès que de ses remèdes. Il se revêt de tout l’appareil d’un bohémien : accoutrement singulier, longue barbe, extérieur malpropre, baguette à la main, rien n’est omis; et, s’étant bien mis au fait de toutes les circonstances de l’aventure, il se rend chez le convulsionnaire, auquel il en impose d’abord par sa hardiesse et l’étalage de son érudition. Il écoute le récit du malade ; il convient de l’habileté du devin qui lui a prédit sa maladie; mais ce n’est encore qu’un élève dans l’art de la nécromancie, il n’a pu voir tout ce qu’un grand maître peut découvrir. Il fait alors montrer au malade sa main : il lui répète tous les heureux pronostics du premier sorcier; il en ajoute d’autres; enfin il en vient aux signes diagnostiques des convulsions, et, après bien des recherches, il trouve qu’elles ne seront plus mortelles. Il dit cela avec tant d’emphase et de confiance, qu’il frappe l’imagination du malade. Il lui prescrit quelques remèdes simples, auxquels il joint des formules précises et bizarres, qui annoncent toute la profondeur de son art. Bref, après avoir fait quelques visites à cet hypocondre, il ranime son espoir au point de faire cesser les accidents funestes qui étaient survenus. Il lui administre quelque dose de gaieté de temps à autre, et le guérit radicalement, au point (|ue l’homme est comme à son ordinaire.
Les docteurs moroses ont voulu critiquer la conduite de M. Petit: ils ont prétendu qu’il avait avili sa profession par un rôle indécent et malhonnête ; comme si leur première science n’était pas de guérir 1 comme si le plus habile médecin n’était pas celui qui emploie le moins de remèdes ! Cette cure fait inüniment d’honneur au moderne nécromancien auprès des philosophes et des amis de 1 humanité.
14. __ Quelqu’un se plaignant, devant l’abbé de Yoisenon, du grand chaud qu’il faisait à Saint-Denis, celui-ci répliqua : « C’est d’autant plus étonnant que vous aviez la fraîcheur du puüs.y> Cette mauvaise pointe a pris dans ce pays à quolibets, et fait beaucoup parler de V Ovctisou juyièhvc de M. Le franc de Pornpignan, évêque du Puy, qui, en ellet, était, de la\eu de tous les auditeurs, d’un froid a glacer.
ADL'r 1708
15. ~ La république des lelLres vieiiL de perdre le si(uir Delorges, uiort subileinenL à labié, il j a (pieUpies jours. CLélait un auleur moins célèbre par ses opuscules (]ue par ses mallieurs. En 1749, il était à LOpéra, lors(|ue le Lrétendant lut arrête. Il lut indigné de cet acte- de violence; il crut (pie riionneiir de la nation était compromis, et exhala ses plaintes dans une pièce de vers Tort courue alors, qui commence ainsi :
Peuple jadis si lier, aujourd'hui si servile,
Des princes malheureux vous idètes plus l’asile. . .
Il ne put prendre sur son amour-propre de garder Viacognito; il se conlia à un ami prétendu, qui le trahit: il fut arreté et conduit au Mont-Saint-Michel, où il resta trois ans dans la ccige^ ipii n’est point une labié, comme bien des gens le prétendent. C’est un caveau creusé dans le roc, de huit pieds en carré, où le prisonnier ne reçoit le jour que par les crevasses des marches de l’église. M. de Eroglie, abbé de Saint-Michel, eut pitié de ce malheureux. Il obtint enlin (|u’il eut l’abbaye pour prison. Ce ne fut qu’avec des précautions extrêmes qu’on put le. faire passer à la lumière, de cette longue et profonde obscurité. Le caractère de M. Deforges, son esprit et ses qualités personnelles, lui gagnèrent les bonnes grâces de cet abbé, au point d’obtenir son élargissement au bout de cinq ans. Il le donna à son frère, M. le maréchal, en qualité de secrétaire, et, madame la manquise de Pornpadour étant morte, il fut fait commissaire de guerre, de la nomination de ce général, suivant le droit de tous les maréchaux de France. M. Deforges avait supporté courageusement sa longue et cruelle captivité. Son esprit n’était point alfaibli de tant de disgrâces, et M. le maréchal en faisait grand cas.
16. — La Grève n’a point désempli depuis quelque temps, et les supplices de toute espèce se sont succédé sans relâche. C(3 spectacle allligeont pour l’humanité a réveillé la question si importante de savoir si un homme ale droit d’en faire périr un autre. On discute de nouveau le code criminel; on en démontre l’alisuialité, l’atrocité. On s’étonne ([ue nos magisirats n’aient jos encore ]3or(é au pieél du trom; leurs représenla-
lions sur cette nnitière. Nos pliilosoplies voudraient qu’on tournât au profit du bien public les bras dont on prive l’État par tant d’exécutions. Ils prétendent avoir résolu toutes les objections que l’on pourrait faire, et nous donnent, pour exemple de la possibilité de concilier cette indulgence avec la sûreté générale, celui de la feue impératrice de Russie qui, pendant son régne, s’était imposé la loi de ne point signer un arrêt de mort: ils trouvent honteux qu’il nous vienne du Nord de pareilles leçons de morale et de législation.
n. — Mademoiselle Dangeville, cette héroïne émérite du Théâtre Français, l’amour et les délices de tous les gens de goût, a une très-belle maison de plaisance à Vaugirard. C’est lâ qu’avant-hier, jour de sa fête, on lui en a donné une aussi agréable que magnifique. Elle a fait l’entretien du jour. Il y a d’abord eu un dîner de dix-neuf personnes, composé, en beaux esprits, de MM. de Saint-Foix, Le Mière, Dorât, Rochon et Duclairon, tout récemment arrivé de son consulat de Hollande ; en gens de la Comédie, des demoiselles La Motte, Fannier et de madame Drouin. Le reste était des anciens amis ou amants de la maîtresse de la maison. Il ne faut pourtant pas oublier M. de Saint- Aubin, peintre, qui n’a pas le moins contribué aux divertissements. A la fin du dîner, après avoir beaucoup tos:é en l’honneur de la reine de Vaugirard, M. de Soint-Foix a commencé des couplets sur la fête : tous ses émules l’ont suivi, jusqu’à ce qu’une symphonie, partie du jardin, ait annoncé quelque chose de nouveau. On s’est transporté vers les lieux d’où elle s’annonçait; on est entré dans un bosquet délicieux, ou s’est trouvée la statue de mademoiselle Dangeville sous la figure de Thalie, avec tous les attributs de son art. On lisait, au bas du piédestal, un hymne de la composition de M. de Saint-Foix. On a procédé a l’inauguration de cette statue, et tous les beaux esprits sont venus en cadence, des guirlandes de fleurs à la main, lui rendre leurs hommages. On a encore chanté des couplets : on a joué différentes petites parades, courtes, spirituelles et délicates. Ensuite, le jour tombant, tous les bosquets se sont
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trouvés illiiiuiiiés : on a introduit le peuple : il s’est Ibriné des danses partout. On avuit établi des ralraîcliisseinenls pour cette populace, qui bénissait sans cesse Tillustre Marie. Enfin, un feu d’artilice trés-brillant a terminé le spectacle. Un grand sou})er a suivi, et le cliampagne et l’esprit ont recommencé à couler avec la meme abondance.
18. — Des quatre-vingt-(|uatre pièces ([ui ont concouru pour le prix de l’Académie IVançaise, neuf ont été choisies et ont suspendu longtemps les sulfrages des juges. i\r. de La Harpe était du nombre. Son Epîire. qui roule sur les avantages de la Philosophie^ avait beaucoup de partisans, et vraisemlilablemeiiL il l’aurait emporté; il a mallieureusement eu l’imprudence de se vanter d’avance qu’il avait le prix. Le bruit ’ en est revenu à l’Académie, qui, instruite de cette présomption contraire aux règlements et aux lois du concours, a formé une délibération par laquelle M. de La Harpe a été déclaré exclu du concours. Seconde délibération., en même temps, qui décide que. pour éviter dorénavant de semblables indiscrétions, on n’ouvrira les billets des noms des concurrents (|ue le jour même de la Saint-Louis, ou dans la séance qui doit le précéder.
11). — Entre les circonstances qui rendent remarquable le concours de cette année pour le prix de poésie de l’Académie française, on en rapporte une des plus singulières. Un auteur a eu l’impudence d’envoyer une pièce érotique dans le genre le plus infâme, et très-propre à servir de pendant à la fameuse Ode à Priape. M. Duclos, le secrétaire, a été chargé, de la part de la compagnie, de lui écrire une lettre très-forte, de lui faire la réprimande qu’il méritait, et de lui déclarer que l’Académie voulait bien, par indulgence, ne pas le dénoncer à la police, et lui épargner le châtiment qu’il aurait subi infailliblement.
24. — M.Dudoyer de Castel, ex-Oratorien, est depuisplusieurs années très-respectueux adorateur de mademoiselle Dohnnv cette virtuose de la scène française, que ses camarades admirent lieaucoLip sans être assez sottes pour l’imiter, lui verve de cet auteur s’est écliautfée auprès de cette beauté angéli(|ue, et. ne pouvant s’évaporer autrement, elle s’est condensée en un
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petit drame composé exprès pour y faire briller notre héroïne. Le sujet est tiré d’un conte de M.Marmontel, intitulé Lauretlc. (3n attend avec impatience la représentation d’un pareil drame, véritable production de l’aniour le plus pur.
25. — La foule empressée d’assister à la séance publique de l’Académie française, le jour de Saint-Louis, augmentant d’année en année, et la garde ordinaire de six Suisses ne suffisant pas, on l’a renforcée cette fois-ci d’un détachement d’invalides, commandé par un officier. Malgré cette barrière formidable, le tumulte augmentait; la salle ne pouvait plus contenir les spectateurs, lorsque M, Luclos, secrétaire, maître des cérémonies de l’Académie, a fait fermer les portes, et. Messieurs étant en place, M. de Cdiâteaubrun, directeur, a déclaré ({ue la pièce qui a remporté le prix cette année avait pour titre : Lettre cVim fils parvenu^ à son père^ laboureur . M. Marmontel a lu, ou plutôt déclamé’ l’ouvrage couronné. M. le directeur a repris la parole, a nommé l’auteur : M. l’abbe de Langeac; il l’a invité de paraître, et ce jeune élève d’Apollon est venu prendre la médaille. Tout le monde a applaudi à sa modestie et aux grâces ingénues de la mère répandues sur la physionomie du fils.
Il est arrivé, à cette assemblée, un petit incident qui, tout puéril qu’il soit, mérite d’étre rapporté. Les portes de l’Académie étant fermées et les Suisses de l’extérieur retirés, il est survenu beaucoup de monde, et l’on a pénétré facilement jusque dans l’Académie des belles-lettres, dont la salle précède celle de l’Académie française. Vains efforts pour aller plus loin. MM. Le Miére et Dorât, courroucés de rester à la porte du sanctuaire des Muses, ont proposé de tenir l’Académie. Tout le peuple littéraire a applaudi; on s’est rangé autour de la table, et quelqu’un, qui avait la pièce couronnée imprimée, ayant proposé d’en faire lecture, on a parodié la grande assemblée. C’étaient des éclats de rire, des brouhahas, dont le bruit retentissait jusque dans l’autre salle; ce qui a beaucoup incommodé les lecteurs, et surtout ^L Marmontel, dont les accents passionnés se perdaient quelquefois dans le tumulte.