On sait aujourd’hui que riiommo de qualité, àg
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SKI* rKMliUK 1708
quatre-vingt deux ans, dont on a parlé et (pii a eoncouru pour le prix de FAcadémie IVaneaisc;, est i\I. le baron de CdiateauneuL frère du feu inaréclial de i\Iaillebois. On est surpris que FAcadémie n’ait fait aucune mention de cette circonstance. Ainsi Fon a vu, dans ce jeu littéraire, la vieillesse aux prises avec l’enfance, et. suivant l’usage, la fortune a favorisé la dernière. M. le baron de Cliàteauneuf est un courtisan épicurien. Il a payé d’abord à la patrie le tribut des services militaires auxipiels il a cru ({ue sa naissance et sa qualité de citoyen l’obligeaient, et s’est livré bientôt à un loisir philosophique ; il a coulé ses jours fortunés entre les arts et les plaisirs, passant tour à lourdes bras de Vénus dans ceux des M uses. Il s’adonne aussi à la peinture, à la musique, nt s’entend un peu à tout.
SEPTEMnuE. — O. — Madame Bontems, auteur de quelques ouvrages, et, entre autres, d’une traduction en prose du poëme des Saisons de Thompson, est morte, il y a quelques jours, des suites d’une maladie de femme, longue et douloureuse. Cette virtuose n’est point une grande perte pour la littérature. Cependant, en faveur de son sexe, on lui doit savoir gré de ses etforts, et elle mérite qu’on jette quelques fleurs sur son tombeau.
4. — La comparaison des différentes pièces imprimées qui ont concouru pour le prix de FAcadémie n’est point, au gré des connaisseurs, à l’avantage de celle de M. l’abbé de Langeac. Cela occasionne une grande fermentation dans le peuple littéraire, et bien des gens taxent FAcadémie de partialité. On sait combien la mère a de crédit auprès de M. le comte de Saint-Florentin, et l’intérêt vif que ce ministre prend aux enfants de madame de Langeac. Un caustique, s’imaginant que ces raisons n’avaient pas peu contribué à déterminer les suffrages des juges, a fait Fépigramme suivante: '
De par le roi ces vers soient trouvés beaux ! Signé Louis^ et plus bas Phelypeaux.
— On cite plusieurs traits du roi de Danemark, qui an-
1 Voy, O jiiillol (7C8.
MKMOinES SECP.F/rS DE HACDAUMONT
iioncent sa jeunesse aimable. Ils ne répondent point à la ^i'ravité dont quelques gens, qui ne connaissent point riiumanité, voudraient qu’un monarque fût toujours accompagné. Tl V a quelques jours que, dans un souper où était Tambassadeur de cette Majesté, on en parlait. Madame la marquise de Xicolaï dit fort étourdiment à ce ministre : « On assure que votre roi est une tête... — Oui, Madame, une tête couronnée, » répliqua- t'il. Tout le monde ‘applaudit à la manière honnête et polie avec laquelle cet étranger releva Tindiscrétion et Tindécence du propos.
5. M. De Parcieux, de TAcadémie royale des sciences, vient de mourir, le 2 de ce mois, d’une maladie de langueur, dans laquelle il a constamment soutenu la douceur de son caractère et la fermeté de son âme. Ce citoyen estimable et éclairé ne s’arrêtait pas à des spéculations vagues, propres seulement à exercer le génie d’un savant; il mettait ses études en pratique, et ne formait que des projets utiles et d’une exécution dont l’avantage était sensible pour tout le monde.
12. — Le Grouvernement, toujours en garde contre les livres prohibés, dont le commerce devient de plus en plus étendu, est alerte pour arrêter l’introduction qu’on pourrait faire de cette marchandise. On vient de surprendre un ballot d’une quantité très-grande d’exemplaires de la tragédie de Lothaire et Walch^ade, ou le Royaume mis en interdit On voit, à l’inspection seule du titre, combien il est sage à la police de ne point laisser pénétrer une pareille brochure, dans les conjonctures critiques de ses divisions avec la cour de Rome,
15. — On prétend que Voltaire ne marche jamais sans la Bible, sous prétexte que lorsqu’on a un procès, il faut toujours avoir sous les 3"eux le factum de ses adversaires. Quoi qu’il en soit, il est certain qu’il possède parfaitement ce livre ; il s’en est pénétré, il en est plein, il le retourne sans cesse, il le dépèce pour enrichir ses ouvrages, mais à sa manière, et non sans doute comme le prédicateur, le théologien ou le défenseur de la religion. On sait que l’Écriture sainte
’ rarijUtiiii de La Lmudloric,
ne manque pas d’y trouver.
16. — M. De Liste, fameux astronome, vient de mourir, l(i 11 de ce mois, âgé de (|uatre-vingt-un ans. 11 était pension-
Gollége royal. Son ardeur pour l’astronomie lui avait fait en-
le regardait plus que comme pensionnaire étranger. 11 demanda sa retraite. Cette espèce de disgrâce, la jalousie de ses rivaux, les tracasseries qu’ils lui suscitèrent, empoisonnèrent sa vieillesse, d’ailleurs malaisée : il est mort dans une sorte d’indigence.
17. — M. le duc de Ne vers ^ vient de s’éteindre, âgé de près de quatre-vingt-douze ans. C’était un seigneur de beaucoup d’esprit, mais dont les mœurs ont passé quelquefois à la cour pour trop pliilosopliiques. On prétend qu’il avait épousé la demoiselle Quinault, excellente comédienne, et sœur du fa-
duc de Nivernois est le plus beau trait de sa vie.
22. — 11 s’est élevé, depuis quebjues années, en France, une secte de pliilosoplies audacieux qui semblent avoir eu le svstème rétléclii de porter une clarté fatale dans les esprits, d’ébranler toute croyance, de renverser la religion et de la saper jusque dans ses fondements. Les uns, troupes légères du parti, armés du sarcasme et de l’ironie, ont d’abord, sous des alléo-ories sensibles, des üctions ingénieuses, couvert d’un ri-
dicule indélébile ses ministres, ses dogmes, sa liturgie et sa morale même. D’autres, spéculateurs profonds, cuirassés d’érudition, hérissés de métaphysique, se sont présentés le front découvert, l’ont attaquée à force ouverte, ont déployé contre elle les raisonnements les plus fc rmidabbis, et, ne trouvant
* l’liilii>ito-.lul('S-Fraiiç()is Mazarini-Manciiii, niurl le l i sei)lenil»re.
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point d athlètes dignes d’eux, sont malheureusement restés maîtres du champ de botaille. Aujourd’hui que ces incrédules regai dent leur ouvrage comme bien avancé, qu’ils attendent, du bénéfice du temps, que la lumière, gagnant de proche en proche, dissipe totalement la nuit des préjugés, de l’ignorance etde la superstition, ils attaquent leurs adversaires dans leurs derniers retranchements : ils prétendent prouver que la politique n a aucun besoin de la religion pour le soutien et le gouvei nement des lltats. C’est contre cette assertion, si ancienne, si répandue, et que les défenseurs du christianisme, poussés à bout, opposent pour dernier argument, qu’ils réunissent aujourd’hui leurs forces, et qu’ils semblent préparer un corps d’ouvrages dont plusieurs pénètrent déjà dans ce pays-ci. del est le livre intitule Ici Cofitci giofi sciCTés^ ou Histoire naturelle de la superstition h On le prétend traduit de l’anglais d’un M. Jean Trenchard.
27. — On vient de décocher encore un trait à M. l’abbé de Langeac, ou plutôt à 1 Académie. Tl y a apparence que c’est le dernier effort des mécontents. Yoici l’épigramme .*
LAcadéinie, et ab hoc et ab hac,
A tes vers plats, sans raison et sans rime,
Donnant le prix, te prouve bien, Langeac,
Plus fortuné qu’un etifant légilinie.
— hfîs directeurs de l’Académie royale de musique ont proposé aux curieux de cTiercher une devise - pour la salle de 1 Opéra qui n’est pas encore finie. Cette devise doit être en français et en deux vers. On n’en a encore vu que de mauvaises. M. Le Clerc de Montmerci propose les deux suivantes :
Les arts dans ce palais prodiguent leurs merveilles,
Pour enchanter les cœurs, les yeux et les oreilles.
Ou :
Dans ce palais brillant des beaux-arts et des fées, lié ros, dieux et démons, tous les être 3 divers,
^ Composé par ie })aron d’Holbach. Londres (Amsterdam, M.-M Rey), 1768, 2 vol. in-8".
Diderot avait anciennement proposé celle-ci : Ilic Marsyas ApoUiiiein. Voy. 5 octobre I7GS.
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Dociles aux accords des modernes Ürphées, Sont le tableau mouvant do ce vaste univers.
Quoique celle-ci soit contre les conditions établies, que ce soit même plutôt une description qidune inscription, les amis de l’auteur l’ont Irouvée si belle, (ju’ils lui ont conseillé de la rendre publique.
Octobre. — 2. — On a exécuté, ces jours-ci, un arrêt du Parlement, qui condamne Jean-Baptiste Josserand, garçon épicier, Jean Lecuyer, brocanteur, et Marie Suisse, femme du-
dit Lecuyer, au carcan pendant trois jours consécutifs; condamne, en outre, ledit Josserand a la marque et aux galères pendant neuf ans, ledit Lecuyer à la marque et aux galères pendant cinq ans et ladite Marie Suisse à être renfermée
pendant cinq ans dans la maison de force de l’IIopital-Général, pour avoir vendu des livres contraires aux bonnes mœurs et à la religion. Ges livres sont le Christianisme dévoilé^ V Homme aux quarayite écus, Éricie, ou la Vestale, lesquels ont été lacérés et brûlés par l’exécuteur de la haute justice, lors de 1 exécution des coupables. On s’est récrié contre la sé-
vérité d uu pareil arrêt, qu’on attribue à M. de Saint-Fargeau, président de la chambre des vacations, homme dur et inllexible, et dont le jansénisme rigoureux n’admet aucune tolé-
rance
4. Sa Majesté, qui n’avait point honoré ôl. Bouret de sa visite pendant tout le temps que le dérangemeni des atfaires de ce financier l’avait mis dans le cas de suspendre les travaux du fameux Pavillon du Boi, n’a pu se refuser cette année aux désirs de ce serviteur si jaloux des regurds de son auguste protecteur. Le roi est allé un instant, le mercredi 28 septembre, visiter ce fameux batiment. Il l’a trouvé augmenté de plusieurs choses curieuses, mais surtout de sa stalue, dont on a parlé il y a quelque temps, et qui est exécutée eii marbre par le sieur Tassard. Ce qui a le plus llatté Sa Majesté, ce sont deux vers inscrits au bas, composés par le sieur Bouret même - dans l’enthousiasme heureux de son amour
Voy. 8 octobre 17G8.
^ Ces vers sont de Voltaire. Voyez sa lettre du 13 auguste 1768 à M Bouret. — K.
3ii:.M()i[iF.s si:t;Hi<:TS df uvcüaumont
et de sa reconnaissance. Ils caractérisent à merveille les vertus du maître vît le zèle tendre du sujet. Ils sont dignes de passer à la postérité la plus reculée, et valent sans doute toutes les légendes qu’aurait pu enfanter l’Académie des belles-lettres. Les voici:
Juste, simple, modeste, au-dessus des grandeurs,
Au-dessus de l’éloge, il ne veut que nos cœurs.
5. Un plaisant s’est égayé au sujet de l’inscription que les directeurs ont demandée pour la nouvelle salle d’Opéra. Il en a fait une qui ne sera sûrement pas adoptée; mais elle est piquante et mérite d’être transmise au public :
Ici, les dieux du temps jadis Renouvellent leurs liturgies :
A’énus y forme des Laïs,
Mercure y dresse des Sosies.
(S, — Bien des gens ont été étonnés de la dureté avec laquelle on a sévi contre les colporteurs flétris dernièrement par arrêt du Parlement, surtout vu l’énoncé des livres prohibés qu’on les accusait d’avoir vendus. Les gens au lait prétendent que leur grand grief est d’avoir distribué un libelle qu on a craint de nommer dans un arrêt, quoiqu’il ait été annoncé, il y i\ plus d’un an, dans des gazettes étrangères. G est le pamphlet intitulé : les Sabbatines et les Florentines L Le titre seul prouve combien ils étaient coupables, et justifle l'austérité des magistrats aux yeux des gens au fait de
l’énormité des crimes politi([ues.
10. M. l’abbé d’Olivet, de l’Académie française, tombé en apoplexie-paralysie, il y a deux mois, et qui, malgré son âge de quatre-vingt-sept ans, a lutté depuis ce temps contre la mort, vient enfin de succomber après cette belle défense. Ce personnage, vraiment académique, est une perte d’autant plus grande qu’il travaillait dans un genre peu à la mode aujourd’hui et qu’on semble mépriser. Ses traductions^ de Cicéron, regardées comme un chef-d’œuvre dans leur espèce, lui })rocureront une gloire, sinon brillante, du moins solide
1 Voy. 2G jiiillel 17G7.
et durable cliez la postérilê qui en recueillera les avanlaf^es. Quant à la partie grammaticale de ce savant, (juoicpi’il n’ap-
OC'rOBRK i7(;<s
procliat pas de la métaphysique lumineuse des (lirard et des
pourtant pas d’un certain esprit; mais surtout il avait une
mémoire prodigieuse, ({iii le servait à propos et le faisait
briller avec celui des au (res au défaut du sien.
11. — M. Bernard, secrétaire du gouverneur de Choisi, et appelé, par excellence, le Gentil- Bernard^ nom que lui a donné M. de Voltaire et qui lui est resté, a obtenu du Gouvernement un terrain qu’il a approprié avec beaucoup de goût et d’élégance. 11 a fait des devises en vers pour toutes les pièces de cette agréable maison. En voici deux qui paraissent les meilleures et les plus propres à caractériser les mœurs et le goût du maître. Au-dessus d’une glacière, il a fait arranger une espèce de Parnasse, et a écrit au bas le quatrain suivant :
Sous cette voûte souterraine,
Les cœurs froids, les auteers glacés Sont avec la neige entassés,
Et ma glacière est toujours pleine.
x\u-dessus d’un boudoir délicieux, il a mis :
Habitons ce petit espace,
Assez grand pour tous nos souhaits :
Le bonheur tient si peu de place,
Et ce dieu n'en change jamais.
Tout le reste répond à cet(e aimable philosophie, et fait de
ce séjour un lieu riant et volu])tueux.
12. — M. l’abbé d’Olivet a été enterré dimanche 8, et le mercredi 11, son testament avait été ouvert, lu et exécuté. Il laisse à son neveu, président à mortier au Parlement de Franche-Comté et son légataire universel, quatre-vingts actions des Fermes, pour cinquante mille écus de terres, plus de trente mille francs d'arrérages, deux cent cinquante louis en argent comptant, trois cent cinquante marcs de vaisselle
Mi:,MO!l{!:S SECRFriS DE BAOKAUMDXT
crargent, une très-belle bi])liotlièque et des meubles de peu de valeur, etc. Cette succession paraît fort honnête pour celle d’un lioinme de lettres.