T. a Bourbonnaise est une chanson réivandiie dans
^ VoY. 1 T oclul'.re l TuS.
DI'lCKAiiUU-: 171 )S
toute kl France. Sous les paroles plates et triviales de ce vaudeville, les gens à anecdotes découvrent une allégorie relative à une créature ^ qui, du i*ang le plus bas et du sein de la débauclie la plus crapuleuse, est parvenue à être célèbre et à jouer un rôle. On ne saurait mieux rendre Tavilissement dans lequel est tombé ôl. de L’Averdy depuis sa chute que par l’association que le public semble en faim avec cette femme perdue, en le cliansonnant avec elle. A^oici le couplet :
Le roi, dimanche, Dit à L'Averdy,
Dit à I/Averdy,
Le roi, dimanche, Dit à L’Averd}" :
<'<: A'^a-t'en lundi ! »
Décembre. — 6. ~ Le roi de Danemark est allé samedi visiter les trois Académies. C’était le jour des séances ordinaires de celle des sciences et de l’Académie française. Celle des belles-lettres, avertie dès la veille, avait délibéré et arrêté d’en tenir une extraordinaire le même jour, pour recevoir cette Alajesté.
Ce prince a été d’abord introduit à l’Académie française, qui l’a reçu absolument à buis clos, et comme sous le manteau de la cheminée. On a trouvé singulier qu’elle ne se soit pas mise infi.occhi^ et dans sa salle d’apparat 'et de grand cérémonial. AI. l’abbé Batteux, directeur, a ouvert la séance par une harangue à ce monarque, dont le lecteur conçoit d’avance toute la teneur. Il serait difticile de donner du nouveau après les éloges innombrables dont tous les lieux publics ont retenti en sa faveur. Le fond ni la forme n’avaient rien de saillant. Ce prince, après avoir essuyé le compliment de prose, a été obligé d’en entendre un en vers de AI. l’abbé de A^oisenon, poète quelquefois agréable, mais souvent précieux et inintelligible. Il s’est surpassé cette fois-ci en galimatias, et ses plus chers partisans ne peuvent se dispenser de le reconnaître, C’est ce qu’on appelle du jargon académique dans
^ Madame Du Barry.
2 JI lut remplacé, eu septembre 1708, dans ses fonctions de contrôleur général des linances, par .M. May non d’invau, ci-devant intendant dhVmiens. — B.
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MEMUIUIlS 8ECUETS DE liAEDAE.UONT
loulo la force du terme. M. le duc de Nivernois, en courtisan délicat, s’est servi de son talent pour l’apologue. A la faveur de ce travestissement, il a fait goûter au monarque ses louanges ingénieuses. Il a lu trois fables, dont une, le Roi voyageur^ était proprement celle du jour, et a fait le plus grand plaisir. Ces pièces lues, on a fait voir au roi de Danemark les portraits de ces Messieurs, dont est décoré leur cabinet d'assemblée. On y trouve ceux des rois et des princes protecteurs de l’Académie, et l’on a pris de là occasion pour solliciter ce monarque de vouloir bien que le sien y fût mis. Ensuite, Messieurs de l’Académie française ont reconduit le roi, et ceux de celle des belles-lettres étant venus au-devant de lui, il a passé par cette double baie, et est venu siéger dans cette dernière. Son fauteuil était au milieu de la classe des honoraires, où on lui a indiqué sa place.
M. le comte de Saint-Elorentin, président, aurait dû lui faire le compliment; il s’en était remis à M. de Malesherbes. le vice-président, qui a renvoyé cet lionneur à M. l’abbé Barthélemy, le directeur, et celui-ci enfin s’en étant reposé sur àl. Le Beau, secrétaire, l’orateur a fait un petit discours succinct sur l’origine, l’institution et les travaux de la compagnie. Il a parlé de l’époque de la visite du Gzar % comme d’une des plus mémorables de ses fastes, et il est parti de là pour se féliciter d’en avoir une aussi précieuse à insérer, celle du
monarque présent.
àl. Dupuy a lu ensuite des extraits de différents mémoires du semestre dernier, ainsi qu’il est d’usage quand les Académies des sciences et des belles-lettres fraternisent ensemble et se visitent deux fois l’an. On avait abrégé cette matière, pour qu’elle ne fût point ennuyeuse. A la fin, M. le directeur dit au prince que M. de Bréquigny, membre de la compagnie, avait fait une dissertation sur un roi de Danemark,venu en France sous Louis le Débonnaire, ou il assignait des rapports singuliers et frappants entre cet ancien monarque et le monarque actuel, et où il établissait une alliance et une parenté même entre la maison de France et celle d f)ldenL'ourg.
1 Eu 1717.
Ce (léliiil a excité la curiosité du roi (1(î Diuiemarlc. Ilad('mau(lé à voir j\r. (le Bréquiguj, et Fa prié (F; lui douuer sa dissertation. De là ce prince est passé à FAcadéinie des sciences, où les autres Académies se sont rendues, et beaucoup d’étrangers ont pénétré à la faveur de l’aflluence, Tl a pris place audessus du directeur.
M. d’Alembert, peu louangeur de son naturel, a fait un discours sur V infJ uence et V utilité réct}wo(iues de la pJtilosôphie envers les princes, et desprinces enverslaphilosopliie. 11 a enchâssé naturellement dans sa dissertation l’éloge du roi présent, et par cette tournure oratoire a évité tout ce ({ikî pouvait avoir de fade un éloge direct dans la bouche (l’un encyclopédiste.
Le roi, émerveillé de tout ce qu’il avait entendu et vu, est convenu que le triple spectacle de ces compagnies savantes était ce qui l’avait le plus frappé en Lrance.
M. d’Alembert, en lui faisant voir les détails et les ustensiles de l’Académie, lui a fait remarquer le buste de M. Winslow. fameux académicien danois, qui semble partager les hommages de cette compagnie savante avec celui de M. de Réaiimur. 11 en a inféré combien la France était juste envers le rnérile des étrangers. Ce sont là les deux seuls bustes qu’il y ait à cette Académie.
Toutes les iVeo démies ont ensuite reconduit le roi de Danemark à son carrosse, et il a redoublé de remerciements, de révérences et de signes d’admiration.
Entre autres phénomènes, l’Académie des sciences se félicite d’y avoir vu siéger ce joiir-là M. le maréchal duc de Richelieu, honoraire, qui n’y avait point pris place depuis vingthuit ans.
9. — Les demoiselles Luzzi etDoligny, et les sieurs Lelvain. Brizard, Préville et Molé, de la Comédie Française, ont été mandés hier à l’hotel du roi de Danemark, qui a fait donner une boîte à chacune des deux actrices, dont la plus belle à mademoiselle Luzzi, et cinquante louis à chacun des hommes. Cette exception cause une grande rumeur dans le tripot. Il y a beaucoup de jalousie, et les jalousés mêmes ne sont ])as trop contents. Ils se trouvent traités avec pou de maguihcumc'e
M1-:>10]RI':S SI'.CRKTS DF. HAFHAÜMONÏ
par un prince dont la générosité s’est manifestée partout. Ils attribuent cette mesquinerie à M. le comte de Duras, qui a dirigé le monanpie à cet égard depuis le départ de son père. Du reste, il a trouvé plus digne du roi de France que celui du Danemark ne payat rien pour ses loges, et ceci estime gratification spéciale pour servir de marque de sa satisfaction. On ne sait encore comment ont été traités les autres spectacles.
12. — On parle beaucoup des spectacles magnifiques que donne, à sa superbe maison de Pantin, mademoiselle Ouimard, la première danseuse de l’Opéra, très-renommée par l’élégance de son goût, par son luxe nouveau, et par les pliilosoplies, les beaux esprits, les artistes, les gens à talents de toute espèce (|ui composent sa cour et la rendent fadmiration du siècle. M. Marmontel n’a point craint de dégrader ses talents académiques et la hauteur de son ame, en adressant à cette courtisane une Épître, si répandue il y a un an h M. Collé semble avoir consacré son T/mVh'rc de société à être joué chez elle M. de Garmontelle a fait un recueil de Proverbes dramatiques destinés au même effet. Ils ont été mis en musique par M. de La Borde, cet amateur qui ne croit pouvoir mieux employer ses connaissances que pour l’amusement de la moderne Terpsichore. Les acteurs de différents speclGcles se dérobent, quand ils le peuvent, à leurs occupations, et viennent jouer à sa maison de plaisance. Jeudi 7, fête de la Vierge, on a représenté la Partie de chasse de Henri /F, avec un proverbe des auteurs dont on vient de parler, pour petite pièce. Le public brigue l’honneur d’être admis à ces spectacles, et c’est toujours un concours prodigieux. M. le maréchal prince de Soubise les honore souvent de sa présence, et ne contribue pas peu à soutenir cette dépense tastueuse. Mademoiselle Guimard y joue quelquefois, mais son organe sépulcral ne répond pas à ses autres talents. C’est une courtisane qui fera vraiment époque par son art dans le raffinement des voluptés et dans les orgies qui se célèbrent souvent chez elle, et dont on rapporte des choses merveilleuses.