‹ Mémoires secrets de BachaumontChapitre 93 sur 123 · Mademoiselle Cfuimard se disposait à continuer, a · texte numérisé non relu

Mademoiselle Cfuimard se disposait à continuer, a

veille et le jour de Noël, les spectacles délicieux qu’elle donne

chez elle et dont on a parlé ^ Une defense de M. de Ridielieu, aux Comédiens du roi des deux troupes, de jouer ailleuis que sur leur théâtre sans la permission de Sa Ma es e, a oirêtéle cours de ces divertissements. On applaudit tort a cette

1 Voy. la XXXe jes Lettres persanes,

2 Voy 12 tlécciiibre ,t7G8.

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prohibition. Les absences fré(pientcs cbis jneilleurs acteurs, et la liberté qu’ils prenaient de se consacrer à l’amusement de quelques particuliers, leur ont mérité à juste titre l’animadversion des gentilsbommes de la Cdiamljre. IMademoiselle (iuimard sera obligée d’avoir une troupe de comédiens a elle, et c’est un nouveau genre de luxe très-digne d(î sa magnibcence.

Janvier. — 7. — Extrait cVune lettre de Rennes^ du 2 janvier 1769. — « Il court ici une caricature dont il faut vous dire rorie:ine. Un avocat, nommé Du Parc Poulain, tout dévoué aux Jésuites et à leur cabale, a été le défenseur du prêtre Clémenceau dans l’affaire du poison, jugée débnitivement le 5 mai 1768. Ce dernier, en reconnaissance, a lait, dit-on. tirer en grand le portrait de ce moderne Cicéron. Le jurisconsnlfe est représenté en robe, avec la croix de Saint- iMicbel par-dessus; il tient d’une main ses Commentaires sur la Coutume de Bretagne, mauvais ouvrage, malgré les éloges de Fréron, et de l’autre, sa première requête pour Glémenceau. Il fixe les veux sur ses œuvres avec un air de comptaisance. Des plaisants ont fait graver ce portrait et ont ajouté les deux quatrains suivaiits. De la bouche de l’orateur, on fait sortir celui-ci en lettres d’or :

(Jn dit mes ouvrages mauvais ;

Oui, quelques sages les rejettent ; jMais plus de cent sots les achètent : C'est pour eux que je les ai faits.

Et, au bas du piortrait, on lit cet attire :

Efnanqué, long et plat, son style est son inmge :

Détestable copiste, insipide orateur,

A hauteur on connaît l’ouvrage,

A l’ouvrage on connaît hauteur.

8. — Une cause importante, portée à la grand’cbambre. a donné lieu à un Mémoire très-plaisant, répandu avec profu-

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sioii, qui fait l’entre tien du jour, et qu’on trouve également sur les bureaux poudreux des gens de loi et sur les toilettes élégantes des femmes. Il est intitulé : Pour les coiffeurs des dames de Paris, contre la communauté des Maîtres barbiers, perruquiers, baigneurs- étuvistes. Les perruquiers prétendent que c’est à eux seuls à coilfer les dames; ils ont fait mettre à Lamende et emprisonner plusieurs de leurs adversaires. Ceux-ci se défendent et veulent que le privilège exclusif soit pour eux.

10. — M. de A'oltaire vient de perdre un de ses intimes amis en la personne de M. lOamilaville b La correspondance de ce grand homme, et quelques louanges dont il l’a honoré dans ses ouvrages, lui avaient donné un sorte d’illustration. Il avait acquis ainsi une consistance dans la littérature, et s’était trouvé lié avec les personnages les plus célèbres. On prétend même qu’il a fait quelques opuscules anonymes L Quoi qu’il en soit, il est mort d’une maladie de langueur. M. Diderot a longtemps soutenu sa constance; mais enfin on l’a déterminé à avoir recours aux consolations spirituelles, et le curé de Saint-Rocb a remplacé près de lui l’encyclopédiste. Sans doute que M. de Voltaire versera des larmes sur son ami, et que le poète ornera de fleurs l’urne de ce philosophe,

L?. — Le roi vient de donner quatre mille livres de pension au sieur Goldoni, appelé en France depuis plusieurs années par les Comédiens Italiens, pour soutenir leur théâtre, et depuis nommé pour apprendre à Mesdames la langue dans laquelle il a donné des drames si intéressants, et qui l’ont fait surnommer le Molière de l’Italie II est certain que cet auteur, très-inférieur au Français du côté de la force des caractères, de l’énergie des situations, de la finesse de l’intrigue, de la gaieté soutenue de ses personnages, est admirable pour le naturel du dialogue, l’exactitude des détails et l’imbroglio que sa nation entend si bien.

^ Mort à Paris le 13 décembre 1768.

- On a de lui un article Vinglièrne, imprimé sous le nom de Boulanger dans Y Encyclopédie, ei une brochure intitulée ; Honnêteté liUéraive, formant le second cahier des Pièces relatives à Bélisaire. C’est à tort que la Biographie universelle lui attribue le Christianisme dévoilé, qui est de d’Holbach. — P».

.ia\vii:r 1701)

13. — Le Mémoire dont on a parlé en laveur des eoilfeurs des dames de Paris, a été supprimé comme ind’i^ne de la majesté du tribunal où était portée TaHaire. Les coitléurs ont gagné en plein contre les perruquiei's, et cette fois-ci les Grâces ont triomplié du monstre de la Cliicamu Toutes les élégantes de ce pays-ci avaient pris un grand intérêt au procès et formé les sollicitations les plus puissantes.

14. — Quoique les diverses Reynontrances du Paidement sur les édits bursaux, enregistrés au Lit de justice, ne soient pas imprimées, Messieurs en laissent transpirer des copies pour que la nation apprenne au moins jus(|u’à quel point s’est enflammé le zèle de cette compagnie dans une crise importante où il était si essentiel de ne pas prêter son ministère à cet enregistrement, et de conserver les bornes prescrites par son arrêté vigoureux. Les peuples lisent avec avidité ce double ouvrage, triste tableau des malheurs de la France et du désordre de ses finances. Les Itératives Remontrances sont surtout remarquables par la multiplicité de faits qu’elles contiennent, dénués de tout l’accessoire d’une éloquence frivole et de ces lieux communs qui énervent la vérité, et qu’on ne saurait montrer en pareille occasion avec trop de force

et d’austérité. On attribue ces deux chefs-d’œuvre àM. l’abbé Terray, qu’on a regardé jusqu’à présent comme un membre trop voué à la cour. Ce trait de vigueur et de patriotisme lui a valu un compliment qui court dans les cercles et que chacun répète avec plaisir. M, Pierron, premier substitut de M. le procureur général, étant allé voir ce Démosthènes, peu après les phrases d’usage : « Monsieur l’abbé, lui a-t-il dit, je viens vous demander votre amitié pour cette année, mais non votre protection. » M. rabl)é a senti la finesse de cet éloge, qui fait honneur à ces deux bons citoyens et serviteurs du roi.

19. — M. de Trudaine, intendant des finances, vient de mourir, après une maladie de langueur longue et douloureuse. Les regrets du public sont le plus grand éloge qu’on en puisse faire. La partie des chemins et celle des manufactures du royaume lui doivent beaucoup. Il avait des vues étendues, de

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’ V^oy. 8 janvier 1769.

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rexacLitiide, de la constance au travail, une fermeté que les mécontents nomment dureté. Sa perte devient moins irréparable en ce qu’il a eu le temps de former un élève et un digne successeur en la personne de M. Trudaine de Montigny, son fds, qui, très-jeune encore^ a déjà eu l’iionneur d’imiter la modestie de son père, en refusant le Contrôle général, otîert depuis longtemps au premier et tout récemment à celui-ci. Aux principes et à l’art de la manutention, M. de Montigny joint des connaissances théoriques de plusieurs sciences, étrangères en apparence à son administration, mais trèsutiles en effet, et qui lui ont valu une place à l’Académie des sciences, dont M. Trudaine était aussi honoraire.

20. — Les libraires de Paris se proposent de faire une nouvelle édition du fameux dictionnaire de V Encyclopédie, On ne peut qu’applaudir à cette grande entreprise, si les éditeurs savent profiter des justes critiques qu’on a faites de ce célèbre ouvrage, dépôt éternel des connaissances et des délires de l’esprit humain. On sait avec quelle négligence beaucoup d’articles ont été rédigés; combien d’autres ont été dictés par la passion et l’esprit de parti; comment la cupidité a introduit dans cette société une quantité de manœuvres inaptes à ce travail : en sorte que les deux tiers de cette compilation

immense ont besoin d’etre refondus ou du moins revus et corrigés. Mais le lieu de l’impression fait craindre qu’on ne laisse pas aux auteurs toute la liberté qu’exige un livre de cette espèce. L’impression de Paris est sujette à tant de gênes, tant de gens se mêlent de cette partie de la police, on y est si facile à donner accès aux plaintes des mécontents de tout genre, de tout ordre, de tout caractère, qu’il est presque impossible qu’une entreprise de cette étendue y arrive a sa perfection.

25. Quoique les fêtes pour le mariage de M. le Dauphin soient encore éloignées de près de deux ans, on se dispose de loin à les rendre aussi brillantes et aussi magnifiques que l’exige une pareille cérémonie. On travaille à force à la nouvelle salle de spectacle commencée depuis si longtemps à 0 ersailles, et qui, restant à demeure, dédommagera bien de 1 argent immense qu’elle doit coûter. Au lieu d’éleve^x a grands

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irais, des éclialaudages mobiles et ({ui ne serveiil que pour le moment, on aura toujours dans cet emplacement un local orné et très-propre à tous les services ({u’oii voudra lui donner. On assure que le roi suit ces travuux avec plaisir, et voit de temps en temps leurs progrès. On répété, aux Menus- Plaisirs, divers opéras déjà projetés.

27. — M. le- comte d’Esseville, capitaine au régimentde Touraine, vient de recevoir de la cour une commission importante et batteuse : il a été nommé pour visiter les communes du royaume et en faire faire le partage. Sa réputation parmi les économistes, Tétendue et la profondeur de ses lumières dans ce qu’ils appellent la scieyice oui mérité cette distinction.

On sait que, par communes^ on entend des terres restées en commun aux habitants des villages, bourgs, villes, etc. Il est question de les répartir par égales portions entre les habitants de chaque lieu, à qui chaque part appartiendra en propriété. On espère par là exciter Pindustrie et Pamour de Pagriculture, dont le gouvernement continue à s’occuper avec le plus grand soin, et par contre-coup on espère augmenter l’impôt et étendre la taille. Les intendants ont ordre de seconder ce commissaire en tout ce qui dépendra d’eux, et de lui procurer les détails et les secours nécessaires. Il a commencé sa tournée.

30. — Il se répand au Palais une épigramrne enfantée vraisemblablement dans son sein, mais qui jusqu’à présent y était restée dans l’obscurité. C’est une débauche d’esprit, très-condamnable, sans doute, de la^part de l’auteur, mais ou le cœur ne peut avoir eu départ. Il est question du discours de M« Cterbicr au Parlement, en présentant les lettres de M. le chancelier ' :

G est à bon droit que Pon renomme L’éloquent avocat Gerbier,

Puisqu’il a fait un honnête homme De monseigneur le- chancelier.

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