Extrait d'aune lettre de du 7 mars. « J’ai vu
les obsèques de Sa Sainteté 2. qui étaient misérables. De tous les Ordres religieux, il n’y avait à son convoi que quelques pauvres diables de Jésuites, Du reste, sa mémoire n’est pas ici en bonne odeur. On a fait parler Pasquin, qui a dit qu’à l’ouverture de son calavre on avait trouvé au feu pape ses neveux dans la tête, les Jésuites dans le cœur, le corps plein de trésors, et les'rois à ses pieds. On s’est servi, pour la cérémonie, d’un cénotaphe du feu cavalier Bernin, et comme il y avait aux quatre angles quatre places propres à recevoir les vertus du défunt, on n’a su comment les remplir, et ne trouvant à louer que sa dévotion pour les cérémonies religieuses, on l’a représenté, dans un coin, à genoux devant une chapelle ; dans un autre, recevant le plan d’une église ; d’un autre côté, faisant la canonisation d’un saint, et enfin fondant un hôpital. »
30. — Dans ce pays-ci l’émulation des faiseurs de projets enchérit sans cesse sur les derniers, et le public gagne tou-
^ FA iiifeyi uoü pîwvrilehiiiif ndiAysus eiini. IMattli , xvi, 18.
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3 février
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jours a celle concurrence. Le sieur 'J'orré. qui, Lan passé, avail ebauclie un AVauxliall où l’on courail en foule, a donné au
sieur Kuogiéri l’idée d’en élablir un à la Foire Sainl-derinain
plus pelil, a cause de l’emplacemenl qui l’agéné, niais d’une magnilicence singulière, el lelle qu’on croil elre dans un de ces clialeaux enclianlés donl les anciens romans nous donnent des descriptions si merveilleuses. De nouveaux artistes s empressent d’ellacer ce spectacle, et une compagnie entière a loimé le projet d établir aux Cliamps-Flysées un A\'auxliall perpétuel, dont l’étendue et la richesse surpasseront inliniment tout ce qu’on a vu en ce genre. On en peut juger [lar la mise de fonds que ces gens-là se proposent de faire, et qui doil . dit-on. monter jusqu’à douze cent mille livres. Il ne s’ouvrira que dans un an, au mariage de M. le Daupliin. A la tète de ce projet est un nommé Corbie, créature attachée à M. le duc de Choiseul, versé depuis longtemps dans tous les genres de spéculation, et (jui, par les lacilités que lui donne son maître, est à meme de procurer à ses confrères tous les secours et toute la ])rotection dont ils peuvent avoir besoin.
Aviul. 2. Les Comédiens ordinaires du roi. voulant proposer un encouragement à ceux qui sont dans le cas de travailler pour leur théâtre, en alfectant des récompenses à ceux qui auront contribué à sa prospérité et à son amélioration, ont arrêté de donner deux pensions viagères de huit cents livres aux deux sujets qui auront le ])lus mérité d’eux : en conséquence, ils viennent de choisir MAL Favart et Duni pour les premiers sujets de leur bienveillance. Le premier est connu par une grande fécondité de pièces, toutes assez agréables au public; le second est le premier musicien ([ui ait fait révolution dans l’espèce de composition de ropéra-comique. par le Peintre amoureux de son modèle. Ce nouveau genre d’harmonie eut peine à prendre, et ne fut goûté qu’après plusieurs représentations.
7.— AL Fabbé Laugier, très-connu par sa sortie des Jésuites quelques années avant la dissolution de cet ordre fameux et par l’esclandre que lit cet événement, auteur d’une Histoire de la république de Venise, et qui avait quelque réputation clans la république des lettres, vient de mourir d’une fièvre ma-
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MKMÔIRES SEEUETS DE BAEllAUAÎONT
ligne. Il se mêlait encore d’arclii lecture, et avait écrit sur cette matière des ouvrages qui l’avaient mis aux prises avec des gens de l’art; entin il était devenu liomme abonnes fortunes, apparemment pour foire abjuration entière de son ancien état.
14. Le roi faisait compliment à un seigneur de la cour sur le bel babit qu’il avait pour le gala indiqué auj'our des noces de M.le duc de Chartres; il en admirait le goût, l’élégance et la richesse : « Ali! Sire, cela doit, » lui répondit-il.
15. — Il court, depuis quelque temps, une anecdote trop singulière pour n’avoir pas besoin de confirmation : aujourd’liui qu’elle paraît constatée par l’arrivée du criminel dans les prisons, on peut se hasarder à la rapporter. Il est question du bourreau de Soissons, ayant une femme très-jolie dont détail fort jaloux. Le lieutenant criminel de la ville soupirait pour cette belle, et, à raison de la confraternité, avait eu accès auprès d’elle et y était très-bien. Il profitait de toutes les occasions pour éloigner le mari soupçonneux et l’obligeait d’aller pendre et rouer à droite et à gauche, toutes les fois quv- Ct^la se rencontrait. Un jour qu’il était en expédition lointaine, le jaloux, au lieu de revenir le lendemain, força de diligence et revint dons la nuit. Il trouva ce qu’il désirait voir : ledit lieutenant criminel couché avec sa femme. Il ne fait semblant ce rien, fait chauffer son fer à marquer les criminels et l’imprime sur les épaules du galant : vengeance bien douce e^t bien appliquée, sans doute, mais ciui n’a pas été vue de même par la Justice. L’exécuteur des hautes oeuvres a été condamné en première instance et est actuellement à la Conciergerie pour subir la confirmation de son jugement, qui sera le fouet, la marque, les galères et toutes les gentillesses de cette espèce.
KL Le sieur Poinsinet, jaloux d’étendre de plus en plus sa réputation et trouvant, comme Alexandre, le monde encore trop petit pour son individu, est allé en Espagne, à la tête ou à la suite d’une troupe de comédiens, pour laquelle il doit composer des opéras- comic|UGS. On attend avec impatience les nouvelles de son début à Madrid et de ses succès.
18. — Madame la duchesse de Chartres s’est prodiguée, ces jours-ci, suivant l’usage, aux regards du public empressé à la voir. Elle est allée mercredi à la Comédie Française et hier a
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la Comédie rUilienne. l^dlc élail avec madame la comlesse de La Alarclie et mademoiselle d’Orléans, On jouait le Dcserteu/' pièce nouvelle, toujours mauvaise, ({uoicpie fort courue, mais qui a des prétentions a l’attendrissement. Les princesses ont été émues à plusieurs situations, et le public a vu avec transport la sensibilité de ces belles aines; mais il n’a ]ni résister à l’émotion du moment où, aux cris de Vive le roi ! amenés par le sujet, l’auteur avait fait adroitement ajouter : Et toute la famille royale. Toutes les trois ayant fondu en larmes à ces tendres expressions de l’amour des Français, les spectateurs, les acteurs, tout a ressenti le doux plaisir do verser des pleurs de joie et d’amour.
21. — Le sieur AAelaine, jeune acteur de la Comédie Française, qo-i avait quelque talent et donnait des espérances, vient de mourir de la poitrine. C’est une nouvelle victime que s est immolée mademoiselle IIus, actrice du meme spectacle, et très-renommée entre les Alessalines de ce genre.
Ln événement, d’une espèce moins sinistre que le précédent, fait l’entretien des foyers. Le sieur Bellecour. aussi acteur de la Comédie Française, avait épousé depuis plusieurs années une ci-devant demoiselle Gogo, du même tripot, et qui, par passion, l’avait préféré à tous les agréables de la cour et de la ville, et s’était concentrée avec lui dans les douceurs d’un chaste hymen, en l’enrichissant des dépouilles d’une multitude d’amants ruinés en son honneur. Ils avaient vécu ensemble assez bien depuis (‘e temps, et même très-amoureusement. Tout récemment sa femme l a trouvé avec une sienne sœur, très-grossière et qui lui tenait lieu de femme de chambre, ou de complaisante, oude demoiselle de compagnie. Le sieurBellecoiir, très-pudibond encore, a été si honteux d’être pris en 11agrant délit, qu’il n’a osé reparaître en public et n’a pas joué depuis Pâques, -ce qui a ébruité l’aventure, jusque-là peu connue.
23. — Par différentes lettres que M. de Aœltaire a écrites dans ce pays-ci, on sait que ce grand poète a renouvelé cette année le spectacle édifiant de l’année dernière, et qu’il a encore fait ses Pâques avec beaucoup de dévotion, mais d’une façon moins publique : il a prétexté des incommodités, pour rester dans son lit et recevoir la communion chez lui.
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(.)n prétend que M. de A^oltaire, piqué des plaintes de Tévêque du Belley gémissant sur son incrédulité, sur son opiniâtreté constante a répandre des libelles contre la religion, a voulu constater cet acte de catholicité, et qu’il a eu recours à des notaires pour recevoir en ce moment sa profession de foi, (pu’il a envoyée à Monseigneur. Quoi qu’il en soit de cette circonstance sur laquelle on varie, on voit, dans plusieurs de ses lettres à différents amis, combien il est attaché à la religion, quel respect il a pour elle, et avec quelle humilité il s’est empressé de satisfaire auv devoirs de catholicité.
25. Le sieur Yelaine était un clerc de procureur fort malaisé. Mademoiselle IIus, ayant eu occasion de le voir quel-
quefois, l’avait pris dans une sorte d’affection. Sa jeunesse, sa figure, quoique n’ayant rien de rare, sa douceur et son esprit lui plurent; elle s’y attacha tellement, qu’elle lui proposa (le quitter cet état de clerc, d’embrasser celui de comédien; elle ajouta qu’elle se chargeait de tous les frais et de toutes les démarches, même de sa personne. Le jeune homme ne put résister à tant de grâces et à une perspective si riante ; il entra chez mademoiselle IIus, et depuis deux ans environ il était à la Comédie. La reconnaissance envers une femme aimable dégénère facilement en amour; celui du sieur Yelaine est devenu tel que, malgré les représentations de ses amis et des médecins, il a voulu consacrer à sa bienfaitrice jusqu’à son dernier souffle. Celle-ci, à son tour, a fait à son égard tout ce qu’on pouvait attendre d’elle, et même au delà. Elle n’a point quitté cet amant languissant, qui était depuis un mois à Sceaux. Le curé de cet endroit, qui l’a suivi, ne s’est
point opposé aux soins de mademoiselle IIus et à sa tendresse, qu’il regardait d’avance comme les fruits d’un hymen que les amants s’étaient promis, et qu’ils devaient effectuer au rétablissement du moribond. Enfin, le sieur Yelaine est mort le 19, entre les bras du curé et de mademoiselle IIus. Aussitôt celle ci s’est jetée sur le cadavre et s’est livrée à toutes les extia\agances de l’amour le plus effréné. Le curé, n’ecoutant que ses sentiments d’humanité, a arraché de là 1 actrice, a fait mettre les chevaux à son carrosse et l’a ramenée lui-meme à Paris, où depuis lors elle n’a pris aucune nourriture, pas même de
bouillon, et où elle présente ù ceux (pii la voienC le spectacle le plus tragique: elle est suibocpiée, elle étoulïe, et ne paraît avoir d’autre sentiment que celui de la douleur.
2S. — Mademoiselle H us, devenue intéressante pour le public par le spectacle (pi’elle lui présente d’une femme et d’une actrice consumée d’amour, est encore dans un état déploraljb;: elle paraît comme stupide; elle a un tressailleimml général et continu dans le genre nerveux. Sa porte est assi('gée (rincr('dules qui vont par eux-mémes savoir de ses nouvelles et s’informer de la vérité du phénomène.
29. — On apprend que ]\I. de Voltaire, avant sa communion dernière, a prononcé un beau et pathétique discours, où il s’est expli(]ué catégori({uenient sur sa foi et où il a renié toutes ces malheureuses brochures ({u’on lui attribue.
î\Pxi. — 5. — Il y a quelques jours qu’un jeune homme qui a déljuté au Théâtre Italien avmc assez peu de succès, a été trouvé pendu dans sa chambre. On prétend qu’il s’est porté à cette extrémité, de désespoir de n’avoir pas eu l’accueil qu’il se promettait. On n’aurait pas cru (pie cet anglicisme eût gagné jusque dans cet ordre de citoyens. De pareils événements se multiplient beaucoup ici depuis quelque temps, et sans compter ceux qu’on ne peut dérober à la connaissance du public, il s’en passe plusieurs qu’on lui cache par égard pour les familles, et pour empêcher d’ailleurs les progrès funestes de cet esprit prétendu philosophique, également contraire a la politique, à la raison et au véritable héroïsme.
Plans le temps même où de AMltaire faisait sa profession de foi et reniait ce déluge de brochures im})ies, obscènes, scandaleuses, révoltantes, dont il inonde l’Europe, de nouvelles productions du même genre se répandaient clandestinement et attiraient la curiosité du public à la faveur de ce nom célèbre. De ce nombre est la Canonisation de saintCaciifln^ capucin d'Ascoli^ par le pape Clément XII 1, et so7i apparition au sieur Aveline, bourgeois de Troyes, mise en lumière par le sieur Avelme lui-même. Tel est le tUre de cette plaisanterie, où l’auteur disserte tantôt en pliilosophe et en érudit, tantôt s’égaye en farceur ou en homme du monde. Il commence par établir que les païens, malgré cette pluralité
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SECRKTS
DE BACflAUMOM
clos dieux qii on leur attribue, n’en croient qu’un; il compare ces (lieux secondaires à nos saints, et voudrait mettre dans ce catalogue saint L’Hôpital, saint de Tliou et saint Henri IV. H \ient a la céiémonie de la canonisation, cju’il décrit avec le ton d un àrle(|uin sur les tréteaux : du reste, il déclame contre la multitude des fêtes, et prétend c[u’il vaudrait mieux travailler (|ue s’enivrer au cabaret, axiome de morale que personne ne lui contestera. Ce pamphlet, recueil abondant de saillies, de quolibets, et de ces anecdotes comiques et impies tres-propres a amuser un cercle de fe^nmes et de petits-maîtres, est recherché avec la plus grande fureur.
10. — M. Petit, qui a succédé depuis peu à M. Ferrein dans la place de professeur royal d’anatomie au Jardin du Roi, a fini hier le cours de ce médecin, qu’il avait continué depuis deux mois. On ne saurait rendre l’aftluencequ’a attirée à cette école, presque déserte autrefois, l’éloquence du nouvel orateur. Mais ce qui l’a flatté encore plus, et ce qui est sans exemple, c’est un compliment que lui a adressé ex abrupto un des élèves, à la fin de son discours de clôture; il l’a comparé à Jésus-Christ pour la douceur, la modération, la charité et l’esprit lumineux qu’il répandait dans ses instructions. Le professeur, ému de cette apostrophe, risible en tout autre cas, n’a pu s’empêcher de verser des larmes de joie, et tous les spectateurs ont été attendris d’une scène aussi touchante.
M. Petit se plaignait, en entrant, de la difficulté qu’il avait à pénétrer, des suffocations qu’il essuyait, de sa robe qu’on déchirait; il implorait le secours d’un inspecteur de police, chargé de veiller au bon ordre et à la décence en ce lieu :
« Ma foi. Monsieur, lui a-t-il répondu, je n’y puis rien : ce n’est pas ma faute ; c’est la vôtre : Pourquoi parlez-vous si bien? »
11. — La reprise du Siège de Calais a occasionné une discussion fort vive entre les Comédiens et l’auteur. On a déjà parlé ^ de celle qui avait précédé; l’autre était encore plus importante, puisqu’elle roulait sur une affaire d’intérêt, et que les parties ont été sur le point de la porter en justice et de
1 Voy. 12 février 17G9.
plaider. On sait, eu général, (pie les honoraires d’iin auhoir de pièce en ciinj actes sont du neuvième de la recette, mais seulement tant qu’elle se joue de continuité et (pi’elle n’est pas interrompue; il est obligé desoullrir une diminution dans le cas contraire. Les Comédiens ont prétendu (|ue M. de llelloy était dans le dernier cas. Celui-ci a soutenu que sa tragédie n’avait été arretée que par un événement dont la latalit(‘ seule est due aux acteurs; que, la retraite de mademois(dle Clairon en ayant été la suite, il n’avait pu consentir à laisser reparaître son drame dénué de ce puissant secours ; ainsi il ne devait soutbrir en rien de la faute ou de 1 imper linence de
la troupe. Cette querelle a réveillé l’animosité des contendants. Heureusement M. le maréclial duc de Richelieu a interposé son autorité et a forcé les Comédiens à rendre justice au Corneille moderne. Il est à craindre que tant de tracasseries multipliées ne le dégoûtent de la carrière dramatique, et ne l’empêchent de nous donner d’autres chefs-d’œuvre.
25. — Tous les princes du sang, tous les ministres, les principaux magistrats chargés de la police de Paris, se sont rendus hier à minuit chez le sieur Torré, dont le spectacle doit s ouvrir aujourd’hui sous le nom de F 6t6s de lenipcÿ on a tait un essai de l’illumination et du coup d’œil qui en résulterait. Il paraît que cet artiste ingénieux a eu les sulfrages des grands du royaume, et a reçu une approbation générale. Le public a vu avec une satisfaction complète le (Touvernenient s’intéresser à ses plaisirs, et les hommes d LLat les plus occupés se dérober à leurs travaux importants pour veiller sur cette partie de l’administration, qui en était une essentielle chez les Romains et que ne dédaignaient pas les sages et les
héros.
Ce spectacle s’est ouvert, en etfet, ce soir, avec le concours qu’attire ordinairement dans ce pays-ci tout ce qui est nouveau ou rajeuni. Les jolies femmes, les peiils-maitres, les filles élégantes de Paris, se sont empressés d’embellir à l’envi ce spectacle de volupté. Le goût et la magnihcence ont également contribué aux ornements du local, qui n est pas encore a son point dç perfection. Le salon en rotonde n’est pas assez éclairé : cette partie ne répond pas au luxe des autres, et il laudrai t mul-
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liplier les lumières et les l'aire jouer davantage. Les peintures présentent de toutes parts les attributs de la joie et des plaisirs. Les glaces répètent et reproduisent à Tinfini toutesles beautés qui viennent exciter et animer les désirs des spectateurs. La musique porte dans les sens Témotion nécessaire à de pareilles fêtes. Les allemandes, ces danses pour lesquelles nos femmes ont pris un goût décidé, qui olfrent et diversifient toutes les attitudes de la lubricité, perpétuent dans les spectateurs les premières impressions, en sorte que tout contribue à rendre ce séjour un séjour de délices, et ces fêtes, de véritables Fêtes de Tempe,
29. — Tous les arts se perfectionnent dans cette capitale à un point singulier, et celui de la filouterie est parvenu à un degré de dextérité qui aurait mérité à ses , héros des prix académiques, s’ils eussent vécu à Sparte. Il vient de s’en ])asser un trait digne d’être rapporté.
Dans le faubourg Saint-Germain, rue Saint-Dominicrue, vivait avec une gouvernante un homme d’un certain âge et retiré. Il avait la passion qui se fortifie aux dépens des autres et meurt avec nous, l’avance : tout son plaisir était d’accumuler louis sur louis. Ln jour qu’il était allé à la campagne pour quelque temps, ayant laissé sa ménagère chez lui, se })résentent des quidams en robe, rabat, etc.; ils frappent: la gouvernante ouvre; ils lui déclarent en pleurant que son maître est mort et qu’ils viennent mettre les scellés. La pau- , 1.1. t interdite, se livre à sa douleur; ce].)endant,
après avoir annoté les gros meubles, ils demandent les clefs des armoires pour serrer ce qui traînait. Ils vont au secrétaire, trouvent un magot en or de dix-huit mille livres; ils requièrent la bonne dame de se charger de cet argent, suivant Tusage; elle témoigne une répugnance qu’ils étaient bien disposés a faire naître ou à prévenir; on lui dit qu’on va lui donner une décharge et dresser procès-verbal, comme quoi M. le commissaire restera chargé de cet objet, ainsi que des bijoux et argenterie, qu’il n’est pas prudent de laisser sous les scellés. Leur coup fait, ils expédient promptement le reste de cette comédie, et prennent congé de la gouvernante, en la déclarant gardienne, en lui donnant quelque
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argent cüiiiptant et en l’exliorLanl à se/eonsoler. AiihoiUde quelques jours, le maître revient et frappe à sa porLc. La goiiyernante ouvre et referme brusquement, en se signant; clh^ croit voir un revenant. Le vieillard ne sait ce que ce manège veut dire ; il frappe de nouveau et fait grand fracas, d'ousles voisins accourent, etle bruit de sa mort étant répandu dans le voisinage, ils sont dans la meme épouvante. De plus hardis cependant entrent en pourparler: le prétendu revenant ne conçoitrien à cette histoire. La porte s’ouvre enfin une secomh' fois : il demande à sa gouvernante l’explication de cette fourberie. Elle raconte ce qui s’est passé, lui fait voir bîs scellés partout; il n’a rien de plus pressé que de courir à son secrétaire : elle lui déclare qu’il n’y trouvera plus d’argent, (]ue la Justice prétendue s’est emparée de tout. Le malheureux juge à l'instant qu’il est volé et se livre à tout le désèspoir qu’ou peut imaginer. On est à la recherche de ces mauvais plaisants.
dl. — On voit au Louvre une table volante, merveilleuse par sa construction ; elle doit être placée à Trianon, et est bien supérieure à celle de Ghoisy par la simplicité du mécanisme. Elle s’élève comme celle-là, du fond du parquet, couverte d’un service, avec quatre autres petites tables, appelées servantes^ pour fi)urnir aux convives les ustensiles dont ils ont besoin, et se passer d’officiers subalternes autour d’eux. Elle redescend avec la même facilité, et, dans l’intervalle où on la recouvre, des feuilles de métal remplissent le vide et forment une rose très-agréable au coup d’œil. Cette machine est du sieurLoriot, artiste connu par plusieurs secrets, et surtout par celui de fixer le pastel.
Juin. — 1. — Suivant les détails reçus de Rome sur l’exal- . •*
tation de Clément XIV, on est persuadé que les chaleurs devenues très-fortes, les insectes, la vermine de toute espèce, qui tourmentaient les corps délicats de Leurs Éminences dans l’enceinte étroite du conclave, n’ont pas peu contribué à précipiter cet événement et’ à les engager à provoquer puissamment l’assistance du ciel. On ne sait point encore quelles sont les conditions secrétes de la nomination du Saint-Père, conditions au reste fort illusoires, auxquelles il n’a jamais pu souscrire que comme simple particulier, et qu’il
peut se dispenser de tenir sur la chaire de Saint-Pierre, pai* la prétention ultramontaine de rinfaillibilité du souverain pontife, de son identité avec le Saint-Esprit, qui doit le faire déroger à tout ce que des vues humaines lui auraient inspiré. A.U reste, on cite une anecdote qui, en attendant qu’on juge du Saint-Père par ses œuvres, indique la gaieté de son esprit et sa finesse. Peu de jours avant son élection, quatre cardinaux vinrent dans sa cellule, et lui dirent qu’il fallait absolument qifil fut pape. Il les regarda ironiquement et leur répondit: « Si c’est pour vous moquer de moi que vous parlez ainsi, vous êtes trop ; si votre projet est sérieux, vous êtes trop peu. »
2. — Les amateurs de l’Opéra apprennent à regret la retraite de mademoiselle Arnould. Il est d’usage qu’on donne aux grands acteurs, outre trois mille livres de fixe, mille livres de gratification et mille livres encore de gratification extraordinaire. Cette dernière n’a point été accordée à l’actrice dont nous parlons, attendu la fréquence de ses absences et ses incommodités, ses caprices continuels, qui l’empêchaient de jouer les trois quarts de fannée. On lui a démontré que chacune de ses représentations coûtait plus de cent écus à l’Académie royale de musique. Elle s’est jugée au-dessus des règles ordinaires et de ses calculs; elle s’est piquée, et enfin elle a (|uitté. Cette perte très-grande sera moins sensible par les absences dont on vient de parler, qui ont presque habitué le gros du public à s’en passer et à l’oublier; mais les gens de goût, les cxurs sensibles s’en souviendront longtemps, et ne croient pas qu’on puisse la remplacer pour famé et pour l’intelligence.
3. — On a écrit, dans des Lettres sur Vétat présent de nos Spectacles^ ^ concernant leur amélioration, que le cinquième acte de V Iphigénie de Racine ferait un tout autre effet, mis en action et en spectacle, qu’en récit. On en parlait chez la duchesse de Ahlleroi, qui aime beaucoup la comédie et influe surtout dans le tripot de la Comédie Française. M. de Saint-Foix, présent à la conversation, prétendit qu’il n’y avait rien de plus facile que de faire les changements nécessaires
1 Par (le La Dixmerie.
pour cela ; qu’avec dix ou douze vers de sulure, on en viendrait à bout. Il fut chargé de rexéculion, el. réussit si l)ien que la duchesse de Yilleroi a proposé aux Comédiens de jouer VIplugénie avec cet appareil , ce qu’ils ont fort approuvé et ce qui doit avoir lieu incessamment.
— Tout Paris est en Pair aujourd’hui, pour voir le passage de Vénus sur le disque du Soleil, ce phénomène annoncé depuis si longtemps, que la génération ])résente ne verra point, et que doivent observer tant de savants répandus dans les diverses parties du monde. Les astronomes de l’Académie des sciences se sont Iransportés à l’Observatoire pour en saisir ce qu’ils pourront, car on sait que Paris n’est pas le lieu le plus propre à suivre ce spectacle. M. de Mairan, quoique nonagénaire, n’a pu se refuser à cette curiosité, et il s’est réuni à ses confrères avec toute l’ardeur d’un jeune observateur.
4. — Le Wauxliall du sieur Torré a si bien pris, que le Gouvernement paraît déterminé à accorder le privilège pour celui qu’une Compagnie s’est oiferte de construire auxGliomps- Elysées et qui doit servir aux fêtes que donnera la Cille, l’année prochaine, pour le mariage de M. le Dauphin. Il est certain qu’aucun prévôt des marchands, y comprisM. Turgot, si renommé pour les spectacles d’apparat et de magnificence, n’a rien imaginé qui approche d’un local aussi agréable et aussi susceptible de toutes les sortes de plaisirs réunis.
5. — Le mausolée qu’on va voir cliez M. Coustou est un socle immense sur lequel posent les urnes censées contenir les cendres de M. le Dauphin et de madame la Dauphine. Aux quatre coins sont quatre figures. Le Temps étend son voile sur les deux urnes, et en a déjà couvert entièrement une. La Religion, à l’opposite, semble réparer cet outrage par une couronne dont elle surmonte ce voile. L’IIymen est la troisième figure : il tient son flambeau renversé et annonce dans toute sa contenance la douleur dont il est pénétré. Au quatrième côté est l’Immortalité, qui élève à M. le Dauphin un trophée composé de ses vertus, caractérisées par leurs attributs di-
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vers, tels que la prudence, la justice, la piété, etc. Un Génie des arts est sur le devant du piédestal : il annonce par sa douleur ramour du prince pour eux et la perte qu’ils viennent de faire. Divers symboles caractérisent ceux qu’affectionnait le plus M. le Dauphin. Tout le pourtour est orné de détails et de figures secondaires, qui l’enrichissent beaucoup et augmentent cette savante composition.
8. — On voit aussi chez le sieur Coustou une Vénus et un Mars, deux figures exécutées en marbrepour le roi de Prusse, et qui sont prêtes à être envoyées à ce monarque. La Vénus, belle de ses seuls charmes, est dans une nudité qui laisse admirer la pureté du dessin du compositeur, la correction de son ciseau et le fini de son faire. Un voile, qui l’entoure légèrement por le milieu du corps, offre un nouvel ouvrage admirable par la délicatesse de ses plis et les ondulations presque flottantes de l’étoffe. Le Mars est revêtu de son armure guerrière, et l’artiste, dans sa composition, paraît s’être rempli du monarque auquel est destinée la statue. Le dieu des combats n’est pas dans l’attitude du commandement, mais semble jeter le coup d’œil du génie et de l’observation qui précède les ordres à donner. Son visage annonce un héroïsme tranquille et le sang-froid philosophique d’un guerrier obligé par état d’exterminer ses semblables, lœs critiques reprochent trop de froideur à la première statue, ainsi qu’à celle-ci. L’une n’a point cet air séducteur, attribut de la reine de la Beauté ; l’autre manque du caractère sanguinaire, essentiel au dieu des combats ; en un mot, Vénus n’est qu’une nymphe, et Mars, qu’un simple guerrier.
9. La Lrance semble être le pays de l’Europe qui rende le moins de justice au grand poète qui fait aujourd hui 1 honneur de notre pat'^ie et de son siècle. Tandis qu’il gémit sur les limites d’une de nos provinces ; que, sans être exilé, il semble dans une sorte de proscription, dans un éloignement injurieux, que ses ennemis lui reprochent, et dont il est obligé de se défendre continuellement en déclarant qu il est toujours sur les terres de France, les étrangers en foule s’empr(*ssent de lui rendre hommage et de le couronner de
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gloire ; les souverains lui écrivent, le comblent de hoirs liimi-
laits et lui consacrent des monunients durables de leur estime etde leur vénération. Dans les Ktats de rélecteur Palatin, 011 vient de frapper une médaille en riionneur de M . de Voltaire, comme à un génie divin qui a ôté au monde le bandeau de V erreur. Tel est rembleme sous lequel on a voulu le désigner avec tous les attributs qui peuvent le caractériser : la ressemblance y est parfaite, et hî coin, de toute vérité et de toute iieauté.
11. — Les T^Iuses sont faites pour chanter les (traces. Cependant, depuis que Télévation de madame la comtesse Du Barrv à la cour a mis en spectacle la beauté, les talents et les vertus de celte dame, restés jusquTci dans une obscurité injurieuse, de tous les gens de lettres retenus par Tadmiration ou le respect, aucun n’avait fait encore fumer son encens pour cette nouvelle divinité. M. le chevalier de La Morlière, plus hardi ou plus heureux, vient de lui dédier un livre intitulé : le Fatalisme^ espèce de recueil d’historiettes romanesques, dont le résultat est d’établir qu’on ne peut se soustraire à sa funeste destinée. Par cette adresse. Tauteur échappera au fatalisme des méchants livres, et celui-ci, plus que médiocre, est enlevé avec une rapidité singulière : cJiacun s’empresse de voir la dédicace. Du ne doute pas (|ue le sieur de La Morlière n’ait eu une jiermission tacite delà modestie de cette dame, et que son exemple ne soit suivi par des panégyristes plus dignes de l’héroïne.
16. — Il y a {[uelques années qu’il se répandit sourdement une méchanceté contre la cour, intitulée: Fôs/on de M. le cardinal de Bernis, Elle fut attribuée, dans le tenijis. assez à juste titre, à M. le marquis de Gboiseul, (*apitaine de vaisseau. Mlle lui attira des disgrâces et des cliagrins (lui al)régérent ses jours. Quelqu’un vient de renouveler ce genre de satire sous le titre de Vision de M. de Dutre
qu’elle paraît absolument calquée sur l’autre, elle n’a pas meme le mérite de ces soldes d’ouvrages, celui de présenter des anecdotes piquantes et peu répandues. Cependant, comme elle a trait a des gens de la cour, à d('S ministres, et à des femmes très-connues ; ipie d’ailleurs sa clandeslinité
MlLMOIilES SECRETS DE BACilAU.HOXT
lui sert de voliiciile. on la reclierclie avec empressement, et cliaciin est curieux d’en orner son portefeuille.
18. — Extrait cVune lettre de Bouillon^ du 10 juin 176^ii. ~ Rien de plus singulier, de plus louable que la fortune de M. Pierre Rousseau, de Toulouse, qui, d’auteur médiocre et méprisé à Paris, est devenu un manufacturier littéraire trèsestimé et très-riche. Il préside, comme vous savez, au Journal eyicyclopêdique^ à la Gazette salutaire et à la Gazette des Gazettes ou Journal politique, etc. A"ous ne sauriez croire, Monsieur, combien ces trois entreprises lui rendent : pour le concevoir, imaginez qu’il est à la tête d’une petite république de plus de soixante personnes, qu’il logOj nourrit, entretient, salarie, etc., dans laquelle tout travaille, sa femme, ses enfants, sa famille ; que le manuscrit, l’impression, la brochure, la reliure de ces ouvrages périodiques se font chez lui, et que, malgré les frais énormes de cette triple production, il met encore vingt mille francs net de côté, au point d’être aujourd’hui en marché d’une terre de cent’quatre-vingt mille livres qu’il est à la veille d’acheter, et qu’il compte payer argent comptant.
20. — On sait que le roi, ami de tous les arts et initié aux spéculations les plus sublimes, a observé, à Saint-Hubert, le ‘passage de Vénus sur le Soleil. Madame la comtesse Du Barry accompagnait Sa Majesté à ce voyage, et le roi a daigné donner à cette dame quelques éléments d’astronomie capables de lui rendre ce phénomène intéressant. Un courtisan a fait, à cette occasion, les vers suivants, restés d'abord dans les portefeuilles de quelques amis, et qiii se répandent aujourd’hui. Le poète s’adresse aux autres courtisans qui accompagnaient Sa Majesté et observaient avec elle:
Que nous diront ce télescope,
(iette AVnus et ce Soleil?
Ami, sans ce vain appareil,
Cherchons un plus sûr horoscope.
En ces délicieux jardins Brillent nos astres véritables ;
C’est dans leurs regards adorables Que nous trouverons nos destins !