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MKMOIUES SECRETS DE BAETE\UMONT
fond, traiter une matière sur laquelle il aurait eu honte, dans un autre temps, de porter même ses regards, pour prévenir les suites du libertinage, en donner un traité complet, et vouloir réduire en principes d'administration l’école du vice et de l’infamie Le dessein de l’écrivain serait de concentrer dans une même maison toutes les filles de la France, et d’en former une espèce d’ordre religieux consacré à Vénus, dont le clieflieu serait Paris, sous le nom de Parthénion, et d’ou il se ferait des émanations dans les provinces. Il évalue à trente mille sujets le nombre de celles qui composeraient la communauté, sans compter les émérites ou les surannées, les vierges ou les enfants. Les prix seraient depuis six sous jusques a un louis II prétend que cette institution, chef-d’œuvre du législateur, serait fort utile à la population, au commerce, à la culture des terres et à la réforme des mœurs. Ce projet est enchâssé dans un petit roman en forme de lettres, vif et agréable, où il V a beaucoup de naturel, de sentiment et de délicatesse : il est' singulier de voir une pareille bordure servir de cadre au tableau de la lubricité, de l’impudicité. La seconde partie, qui contient les notes, est remplie d’une éruditwn immense sur les lieux de débauche des anciens. On y a joint quantité petites historiettes, dont l’écrivain appuie ses idees. Le tout est écrit purement. Il y a des peintures très-voluptueuses, des situations chaudes et un style génémlement ^s-animé
Ce traité assez volumineux, digère avec le plus grai ,
calculé avec une précision unique, ne peut manquer, encoie un coup, d’être l’objet de l’étonnement de tous ceux qui le liront. Il a dû coûter beaucoup de travail a son auteur, qui, avec une tête très-bien organisée, un cœur tres-sensible et treshonnête, peut se vanter d’avoir produit le complément de 1 ex
tr3.vo.£RiiC6 6t du O 0 snis'ïTiB»
18 Le sieur Legouvé % avocat célèbre, avait compos
dans sa ieunesse une tragédie chrétienne intitulée : Aiirche , elle fut présentée alors aux Comédiens, qui la reçiirtn , mais firent, suivant leur usage, languir l’auteur au désespoir. • cet intervalle, il déploya ses talents pour le barreau, se livra c
1 Père de Tauleiir du Mérite des femmes.
dirimée en 1750. sous le nom in- 12, ononymo.
(les occupations plus S(3ri(.uises. Kucoiinig('* par scs succa's dans celte carrière, il ne voulut point essayer le danger (rune cliute à la Comédie, et relira sa pièce. La tendresse paternelle s’est réveillée depuis (iuelip.ie temps, et, mettant de coté toutes ses affaires, il s’est uni(]uement 0(îcupé de cette i)roduction, et a voulu la faire jouer sur un tliéatie de société. 11 clioisi celui de M. le comte de Rohault, à Auteuil, ([ui est un magnifique théâtre particulier; il a fait exécuter sa pièce en ce lieu, hier jeudi, et y a joué lui-mème un rôle. Quoique ce ne tôt point jour férié, beaucoup de ses confrères, et meme de graves magistrats, se sont rendus a la représentation, ce qui a un grand vide au Palais. L’auteur n’a pas eu la gloire qu’il espérait : on a trouvé sa tragédie très-médiocre et son jeu détestable ; ses vrais amis lui ont conseillé de taire des plaidoyers préférablement à des pièces de théâtre, et de s’en tenir à ses rôles du barreau. Ce M. Legouvé était chargé, cet hiver,, de plaider devant le roi de Danemark, lorsque ce prince vinl entendre une cause au Palais, et il fit un discours qui occasionna beaucoup de rumeur, dont on a parlé dans le temps L
29. Le sieur Poinsinet, appelé par dérision, depuis son voyage d’Espagne, don Antonio nouvelle déno-
mina^tion qu’ds’élait donnée lui-même, croyant se décrasser par là et acquérir un vernis de noblesse catalane, après avoir déjà parcouru plusieurs villes de ce royaume avec sa troupe de comédiens, et cherché a étalfiir en différents endioits des opéras-comiques, sorte de spectacle fort a la mode aujouid hui chez toutes les nations, se regardait déjà comme un conquérant littéraire, lorsque, par un accident malheureux, il s’est enseveli, lui et toute sa gloire, dans le Guadalquivir, à Cordoue, capitale de l’Andalousie, et s’est noyé dans ce fieu^e . Cette ville est, comme on le sait, célèbre par la naissance des deux Sénèque, et va le devenir encore plus par le trépas de l’auteur dont nous parlons. Le défaut de fortune et l’inconduite avaient forcé ce bouffon de la littérature à s’expatrier . C’est un des personnages les plus singuliers (lu’on pût voir, qui, à beaucoup d’esprit et de saillies, joignait une ignorance
1 Voy. 24 novembre 176S
2 Le 7 juin 1769. Il était né 17 novembre 1735,
mémoires secrets de )lAr.ll.\UMD.NT
tiu ‘r®’ qu’on lui faisait croire
e qu on voulait en caressant sa vanité. La postérité ne
pourra jamais comprendre tout ce qui lui est arrive 0^^“^ genre Les tours qu’on lui a joués, et auxquels il s’es/livré I ans 1 iM-esse de son amour-propre, sont d’une espèce si singulière et s, nouvelle, qu’il a fallu créer un mo^ pour les caractériser, ^otre langue lui doit de s’être enrichie du terme '‘^y^ation ' , terme généralement adopté, quoi qu’en
dise M. de Voltaire, qui voudraitle proscrire, on nesai tpouriuoi.
. roi a annonce liii-meme cette mort à M. de La Borde son premier valet de chambre, et qui était fort lié avec ce
mustqur f®'» de la
30. - On a annoncé % il y a déjà du temps, que la reconstruction du Louvre était arrêtée de nouveau par un arrêt du Conseil ; quon voulait en faire un Muséum, sous le nom de 1 alais des.Arts; qu il était décidé d’y transporter la Bibliothècih- ? ’■ “®dailles, les estampes, les tableaux, les
nb n? f machines, les
1 . is des villes de guerre. Ce beau projet, suivant l’usage,
tait reste la , et sans doute, faute d’argent, il avait été oublié aussitôt que conçu. On paraît se réveiller là-dessus aujour- ( un, et les ordres sont donnés pour finir incessamment la partie du bfitiment qui donne sur la rivière. C’est dans cette exposition aussi noble que vaste qu’on doit placer la biblio- Uieqiie, demenagement le plus pressé et le plus long à faire.. De cette enceinte, il se formera une magnifique issue sur la" terrasse pratiquée dans la colonnade donnant sur la place.
Dn présume qu’on songe sérieusement celle fois à'effectuer les travail?;, parce que les artistes auxquels on avait permis de se construire des appartements dans l’intérieur des murs, avec la clause expresse de les abandonner aussitôt qu’il serait question de reprendre les travaux du roi. ont été avertis de se pourvoir de logements.
qne°"u.,cs““onl onwT"' * mislificalions de Poimhm, dont quel-
Voy. 11 janvier 1768.
31. — On ne parlait plus du célèbre J. -J. llousseaii excitoyen de Genève, errant depuis son retour d’Angleterre, et qui, après avoir parcouru une partie de la France dans un enthousiasme dont il s’était enllammè pour la botanirpie, s’était enseveli dans les montagnes du Dauphiné, et ne paraissait plus concentré que dans rétude des plantes et des simples. On ne sait comment il s’est trouvé, cet été, rapproché du Nivernais. M. le prince de Gonti va tous les ans prendre dans cette province les eaux minérales de Fougues: soit erreur de voyage, soit un reste de vanité, soit reconnaissance envers cet illustre bienfaiteur, il s’est trouvé assez à portée du prince pour qu’il ait daigné le voir encore et l’envoyer chercher plusieurs fois dans ses carrosses, ce qui a donné un grand relief à M. Rousseau auprès des provinciaux de ces cantons, qui n’avaient jamais lu ses ouvrages et ne connaissaient meme pas son nom.
— Les Comédiens Français jouent aujourd’hui V Iphigénie de Racine avec les changements qu’y a faits le sieur de Saint-Foix. On a prévenu que, sur le désir qu’en avait té^ moigné madame la duchesse de Villeroi, cet auteur, au moyen de vingt vers au moins de transition, avait retourné tout le cinquième acte, et mis en action ce qui n’était qu’en récit. La tragédie prête par là à un spectacle étonnant, et c’est en ce moment l’objet de la curiosité publique.
— Tout le public littéraire est dans l’attente de la pièce que l’Académie Française désignera pour être couronnée à la tète prochaine de Saint-Louis. On sait que le sujet proposé pour cette année était V Éloge de Molière, ce qui ne fait que redoubler la curiosité. On sent qu’une pareille matière ne peut avoir été traitée dignement par un écolier, etquepoiir ce panégyrique il faudrait avoir presque autant de génie que le héros. Quoique les juges, pour éviter les tracasseries d’une publicité prématurée, soient fort secrets sur leurs délibérations, il est toujours quelques membres plus indiscrets ou plus aisés à pénétrer, qui laissent transpirer quelque chose. On prétend qu’une pièce, entre autres, a attiré l’attention de la compagnie, mais que, sur un soupçon qu’elle pouvait être •du sieur Falissot, on l’a mise à l’écart pour ne la point cou-
MlhlOIRES SECRETS DE BAGIIAUMONT
ronner, quel qiren fût le mérite, si elle était réellement de cet auteur. Les Académiciens croient pouvoir, en cette occasion, s’élever au-dessus des règles ordinaires, et exclure du concours un aspirant indigne par ses mœurs et par sa conduite d’entrer dans la carrière. Il faut se rappeler, ou plutôt on ne peut oublier avec quelle impudence le sieur Palissot s’est adjugé le rôle d’Arétin moderne, et a versé le fiel de la satire sur les personnages les plus illustres de la philosophie et de la littérature. Par le scandale de sa comédie des Philosophes et de son poème de la Dwiciade^ il s’est condamné lui-même au triste et infâme rôle de médire dans les ténèbres du reste de ses confrères. Personne n’a daigné lui faire l’honneur de lui répondre, et son dernier ouvrage, quoique bien fait dans son genre et très-digne d’observations et de critiques, n’a pas même reçu les lionne urs de la censure.
Août. — 1. — Les Comédiens Français, qui, sur l’affiche, avaient annoncé V Iphigénie en A ulide^ sans aucune addition qui prévînt le public de l’innovation dont on a parlé, ont cru devoir ouvrir le spectacle par un petit bout de compliment, aussi mal fait que mal débité, oii ils ont déclaré que, toujours attentifs à procurer aux spectateurs de plus grands amusements, ils avaient, dans cette vue, tenté l’essai en question. Cet essai n’a point eu le succès qu’ils s’en promettaient : on a trouvé le spectacle du cinquième acte mesquin, mal amené, invraisemblable et trop brusqué. On a regretté les beaux vers du récit ordinaire, et les vers de suture du sieur de Saint-Foix ont paru tout à fait disparates ; il en a été de même du jeu des acteurs. Les uns ont joué divinement, d’autres à faire mal au cœur.
2. — Mc de Voltaire, qui trouve sans doute que soi\ Histoiredû Parlement ne perce pas assez à son gré et fait encore peu de bruit, la désavoue une seconde fois dans une nouvelle lettre insérée au Mercure de ce mois, et annonce qu’elle est indécente et hardie. Il sent bien que ces qualifications exciteront encore mieux la curiosité des lecteurs , et c’est ce qu’il souhaite ardemment.
3. — La seconde lettre de M. de Voltaire a produit l’effet qu’il en attendait. C’est une fureur pour courir] après son
llislüire du Parlement de Paris, 2)ar iM. rablx'ï que
des fous achètent jusqu’à six louis. On a tellement châtié les coli^orteurs, qu’il ne s’en trouve 2)lus (|ui osent se charger de pareille marchandise, surtout de celle-ci, contre laquelle le Parlement a demandé les jn'ohibitions les 2)lus sévéres.
Id. — On rit beaucoup, à la cour, d'une 2)laisanterie que s’est permise M. le duc de Ghoiseul envers l’évéque d’Orléans, à un spectacle particulier que donnait chez elle madame la comtesse d’Amblimont. Outre ce ministre et autres seigneurs de la plus grande distinction, il y avait plusieurs prélats. Avant la comédie, M. le duc de Ghoiseul avait prévenu quelques actrices. Deux s’étaient 2)ourvues d’habits d’abbé; elles se présentèrent dans cet accoutrement à M. de Jarente. Ge prélat iPaime pas, en général, à rencontrer de ces espèces sur son chemin, parce qu’il se doute bien que ce sont autant d’imj)ortunités à essuyer. Geux-ci pourtant, par leup ligure intéressante, attirèrent son attention ; ils lui adressèrent leur petit compliment, se donnèrent pour de jeunes candidats qui voulaient se consacrer au service des autels, se renommèrent de la 23rotection et même de la 23arenté de M. le duc de Ghoiseul, qui n’était pas loin et vint a2323uyer leurs hommages et leurs demandes. Le cœur de l’évêque d’Orléans s’attendrit, 23ar sympathie, sans doute; il 23romit des merveilles, et, par une faveur insigne, ne put se refuser à donner 1 accolade a ces deux aimables ecclésiastiques. Quelle sur[)rise pour le prélat, lorsque, pendant le spectacle, il entrevit sur le théâtre des figures qui ressemblaient beaucoup à celles qu’il avait embrassées! Son embarras s’accrut 23ar une 23etite 2)arade 1 où il fut obligé de se reconnaître. On y peignait adroitement son aventure. Enün des couplets charmants le mirent absolument au fait. Il se prêta de la meilleure grâce à la raillerie. Les abbés, redevenus des jeunes tilles très-jolies et très-aimables, se reproduisirent avec toutes sortes de grâces et de minauderies. On lui rendit les baisers qu’il avait donnés . Gela ht l’entretien du souper. On s’était promis entre soi de ne point révéler les secrets de l’Église, et d’en faire un
Voy. 24 août 1769.
mi:moiui:s secki^:ts de dachau.mom
ici t
mystère aux profanes , mais il est toujours des indiscrets qui n’ont pas de scrupule de manquer à leur serment, et l’histoire perce depuis quelques jours dans le public. Tout le monde reconnaît là la gaieté fine du ministre, qui a besoin de se dérober quelquefois à ses importantes H pénibles occupations et de se dérider le front, pour les reprendre ensuite avec plus d’ardeur et de patriotisme.
14. — La crise de la Compagnie des Indes vient de fournir encore matière à plaisanterie. Un caustique a imaginé et fait exécuter une gravure où l’on a représenté l’assemblée générale des actionnaires. Autour du tapis vert sont les gens de l’administration; M. le contrôleur général préside au bout de la table; à sa gauche est M. Boutin, intendant des finances, ayant la Compagnie dans son département, et cependant riiomme le plus acbariié à son déchirement, sujet de l’allégorie en question. On voit à ses pieds un gros dogue d’Angleterre, les yeux entlammés, la gueule ouverte, les poils hérissés, dans l’attitude d’une rage prête à dévorer les actionnaires sur lesquels il s’élance. Son maître l’excite, en disant : Mors-les. pitoyable et cruelle allusion au nom de l’auteur du Mémoire [Morellet^ .
19. — Il y a quelque temps que AI. le prince de Conti, qui lionore le sieur Gerbier, fameux avocat, d’une confiance particulière, est allé le trouver à sa terre d’Aiilnoy, où, malgré ses grandes occupations, il ])asse la plus grande partie de la belle saison. L’orateur, confondu d’une telle visite, mit dans sa réception toute l’éloquence dont il est capable; mais le prince exigea qu’on oubliât le cérémonial du à son rang et (ju’on le traitât comme un ami de la maison. Son premier soin fut de parcourir les délicieux jardins du château. Ces jardins sont créés en quelque sorte par le nouveau maître, et c’est un jardinier anglais ({ui a traité celte partie dans toute la singularité du costume de sa nation. Après les premières promenades. le sieur Gerbier, laissant faire à sa femme les honneurs de sa maison, demanda au prince permission de le quitter un moment, sous quelipie prétexte. Il revint peu après,
^ i/alilx' Morxilf'l avait \>uhlié un Mémoire sur la silaatiou actuelle de la (^oiiipiKpiic (les haies. ■ Arnsterd. rl Caris, iu-a*,)
\OLT ITüO
cl conduisit iuseiisiblemeiit Son Altesse, comme pour se reposer, sous un belvédère agréable, où on lut ces vers fraîchement écrits :
Sous son humble toit Philémon
Reçut le maître du tonnerre ;
A son bonheur le mien répond :
Je vois Conti dans ma chaumière !
, Le prince, enchanté de cette galanterie ingénieuse, redoubla de bontés et de caresses pour son hôte, et voulut passer trois jours chez lui : faveur signalée, dont aucun particulier n’a jamais pu se vanter.
21. — M. de Yoltaire, doué d’un cœur aussi actif que son esprit, a favorisé de sa recommandation auprès du ministre de la guerre, un jeune médecin, chargé de deux petits hôpitaux dans le pays de Gex, et venu à Paris pour demander une augmentation. Voici la recommandation dont il était porteur.
KEQUÊTE DE l’ermite DE FERNEY A MONSEIGNEUR LE DUC DECHOISEUL.
« Rien n’est plus en place que la supplication d’un vieux malade pour un jeune médecin : rien n’est plus juste qu'une augmentation de petits appointements, quand le travail augmente. Monseigneur sait très-parfaitement que nous n’avions autrefois que des écrouelles dans les déserts de Gex, et que, depuis qu’il y a des troupes, nous avons quelque chose de plus fort. Le vieil ermite, qui, à la vérité, n’a reçu aucun de ces deux bienfaits de la Providence, mais qui s’intéresse sincèrement à tous ceux qui en sont honorés, prend la liberté de représenter douloureusement et respectueusement à Monseigneur, que le sieur Goste, notre médecin trèsaimable, qui compte nous empêcher de mourir, n’a pas de quoi vivre, et qu’il est en ce point tout le contraire des grands médecins de Paris. Il supplie Monseigneur de vouloir bien avoir pitié d’un petit pays dont il fait l’unique espérance. »
M. Goste, muni d’un pareil passe-port, a été très-bien accueilli de M. le duc de Ghoiseul ; il a eu l’honneur de manger avec madarde la duchesse, et ses appointements, qui n’étaient que de cinquante écus, ont été portés à douze cents
livres ; il a obtenu, en outre, une gratification de six cents livres pour son voyage .
24. — On a consacré la petite plaisanterie faite à M. l’évêque d’Orléans ^ par un divertissement allégorique intitulé : le Ballet des abbés. On sent qu’il ne peut avoir lieu que sur des théâtres particuliers : il a déjà été exécuté en plusieurs endroits.
25. — L’Académie française a tenu aujourd’hui, suivant d’usage, sa séance publique pour la distribution du prix. L’affluence augmente de jour en jour à ces assemblées, et dès deux heures la salle était garnie. Les dames paraissent s’y plaire; elles y étaient venues en grande quantité. Quand Messieurs sont entrés pour se mettre en place, on a été surpris de voir siéger parmi eux un abbé qu’on ne connaissait pas; M. Duclos, le secrétaire de la compagnie, a éclairci l’embarras général, en annonçant que M. l’abbé était unPocquelin% petit-neveu de Molière. Tout le monde a applaudi à cette distinction par des battements de mains multipliés. Ensuite M. l’abbé de Boismont, directeur, après avoir fait une espèce d’amende honorable à Molière au nom de l’Académie, qui, le comptant au rang de ses maîtres, le voyait toujours avec une douleur amère omis entre ses membres, a déclaré que, pour réparer cet outrage autant qu’il était en elle, elle avait proposé son Éloge au concours des jeunes candidats; que M. de Chamfort avait mérité le prix; que trois autres pièces avaient fait regretter aux juges de n’avoir qu’un prix à donner, et qu’une quatrième avait approché de très-près celle-ci. M. Duclos a cru devoir ajouter son mot, en disant qu’on ignorait les auteurs des accessit^ mais qu’on les invitait à faire imprimer leurs pièces, pour que les connaisseurs pussent juger, approuver l’arrêt de l’Académie ou le casser; il a ajouté modestement : « Nous nous croyons plus forts qu’un particulier, mais le public est plus fort que nous. »
31. — Le discours que M. l’abbé Le Goiisturier, chanoine de Saint-Quentin, a prononcé le jour de Saint-Louis, dans la
1 Voy. 13 août 1769.
2 Cet abbé se nommait La Fosse et non Pocquelin. Voyez VUistoire de la vie el des ouvrages de Molière, par J. Taschereau, p. 411 de la 2® édition. — R.