E AUGE AU
qui depuis m'a été fait à la requête du aotniié des recherches, d'en rendis <!ompte te lendemam à la Reine, qui, pour me rassurer, me dit toujours avee bonté :
a Votre attachemeiit pour nous i^ras renfl malheniK reuk, vous voyeï tr^ en noir. 7V»DquiUisei:*-vous, M. de La Fayette nous a assuré que nous n'avions rien à craindre, que lout est préro, qu'au moindre TOouinement il se porteîx)H à Sèvres avec du canon , et fju'on en seroit quitte pour coupar deux ou trois arches du pont. »
Je demandai dans ce moment à la Reine la per^ mission d'aller à Buzancy; ma fille relevoit de cou* ches , sa santé exigeoit de rester à la campagne pour se rélablir. J'assurai Sa Majei^é que je ^erois toujours en moins de Irente^six heures à Versailles , et elle eut la bonté de m'accerder le «ongé d'un mois que je lui demandons.
Je reçus le 7 «ctobre un courrier chez moi à Buzancy , pour me prévenir de retourner à Paris sans perdre une seule minute. Je me mis sur-le-champ dans ma voiture , et à Reims j'appris que la famille royale avoit été forcée dans le chatow^e Versailles et conduite à Paris au palais des Tuileries. Je trouvai à mon hôtel un homme de la Rélne'qm me dît que Sa Majesté m'attcndoit. Je mofntai trois quarts d'heure «près au cUttean. Sa Mi^esté me fit signe de ra'ap-
procher d'elle; elle me remit une petite clef dont elle désiroit que j'eusse la garde, et me recommanda de monter tout de suite après la messe à son appartement. A peine j'y fus enlré et eus fermé la porte, qu'elle y fut elle-même voir si on ne nous écoutoit pas.
a Nous ne sommes pas bien ici, passons ailleurs. «
Même attention de sa part à la porte de cette pièce.
a Nous ne sommes pas encore bien ici. »
Elle me fait passer dans une autre où elle trouve Madame Royale.
(c Laisse-nous, mon enfant, j'ai à travailler avec M. Augeard. Voyez, me dit-elle, comme elle est couchée. »
En effet, une ottomane lui servoit de lit. Elle commença par me dire :
tt Je vous fais mes excuses; je croyois votre tête exaltée , c'est la mienne qui est aveugle ; M. le duc d'Orléans a voulu nous faire assassiner. »
Elle me raconta alors toutes les horreurs des journées des 5 et 6 octobre, et dans les plus grands détails.
tt La Reine me fait-elle l'honneur de me faire part de toutes ces atrocités pour me demander conseil?
— Oui , assurément.
— Votre Majesté est prisonnière.
— Mon Dicul que me dites-vous là!
— Madame, cela est très-vrai. Dès que Votre Ma-
jesté n'a plus sa garde d'honneur, elle est prisonnière.
— Ces gens-là, j'ose le dire, sont plus attentifs que nos gardes.
— Attention de geôliers; je ne veux i70us en donner, Madame , d'autre preuve que de vous rappeler la précaution que je vous ai vue prendre de voir aux portes si on ne vous écoutoit pas : l'auriez-vous prise avec vos gardes?
— Mais que faut-il donc faire?
— Votre position est infiniment critique, car enfin ce seroit un crime même de vous déguiser que le royaume essuie une très-grande maladie , et qui ne fera que croître de mois en mois.
— Mais enfin il doit y avoir du remède. Vous ne le regardez pas comme désespéré?
— Je ne ie crois pas. Votre situation n'en est pas moins très-fàcheuse ; l'Empereur, votre frère, ne peut vous donner aucun secours, sa vilaine guerre avec les Turcs l'occupe ailleurs, et ces scélérats lui donnent dans ses provinces belgiques du fil à retordre; il faut absolument lui faire envisager Taf-* faire de la France comme la sienne propre ; il seroit nécessaire qu'une personne sûre et fidèle, et en qui il auroit la plus grande confiance, se rendit à Vienne à cet effet.
' — Effectivement, c'est bien notre intention
im MËMOiRBS SEQftETS
^^ Je ue Qoonoia qu'une personne au mosdé capable de remplir cette mission.
— Et qui doQO?
— C'est Voire Majesté.
-**- Quoi !, je laiisserois swl lu Roi ?
-^ Je ne cennoia qu< ua. seul moyen > et il e^t in&illible, pour aauvei: lea jours dui Roî>. les vôtres, oeux de vos eo&nts, Madiaoïe, et ceux de Ventpîre : c'est de vous en aller avec Madame Royale et }L le Dauphin habillé en petite Glle^ non paa en Reine ^ non pas en princesse , mais en simple particulière. C'est à Votre Hbjesté à. réfléchir dans sa sagesse soi le. parti que je lui propose; mais si elle s'y détef» mine, il faut qu'elle ne confie son seccet à qui que ce soit au monde. Le plan ou on ne pourroit mettre qu'une personne dans sa confidence seroit certaine* ment le meilleur; mais comme cela est impossible^ il faut en chercher un. où il ne faudra, que deux coa* fidents. Si Votre Majesté s'arxéte à qui ea exige plw de quatre^ il sera impraticable^ ei tout sera perdu» Je supplie la Reine de me donner vingt* quatre houres pour fixer mes idées làrdëssns d'une manière invariable. J'ajouterai. : Les assassinats commis sur votre personne sont une exeuse de lai mesure que jn vous conseille. Vous n'êtes pas en France Reine rér gnante, vous n'êtes qu'épouse du Roi régnant. A la Reine n'appartient pas la oonnoiasanoe dea aâaires
éo reyaune ; elle ne doit s'ca mêler (fme quand elte est Régente. Vous défouercz les factieux et le duc d'Orléans. On ne pourja plus irons accuser devons •pposer à lamoinœUe conslîtntioa qv'on veut donner à la France, et t os jours seront sauvés. »
Le lettdemain jie trouvai la Reine assez disposée. Elle me dcnaBda si j'avois arrêté qnelipie chose. Je ■M permis de lui Caire part de mon planL Je croisencore^ et saas aocun amour-propre , qu'on ne poa-^ Yoîi en concevoir de meilleur.
tt Quand Voire lllaîesté sera abedoment dsécidée, j'écrirai à ma fille de revenir ài Paris. Je ne lui ferai part de rien^ mais je lui dirai que* les parents de madame la marquise de Gimecourt, qui a une terre près des nûennes , m'asoient: cbargé de ramener la booire et ses denx enfants , et que nens partiriens à huit heures du asir. Je me trouverai dans Tappartement, de madame Thibant^ votre première femme de chandlire, h sept heures et demie; Ik ce* moment le service de M. le Dauphin est entièrement fini ; vous le fera monter par le petit escalier dérobé qui monte à votre appartement; on rhabillera en petite fille, de la même étoffe et de la même eonlear que liaAnne Royale ; pins vous oMnAeres avee madame TUImut sm haut des combfes, on est un escalier qnî se rend à la cour des Princes. Là il se trouvera un carrosse très*simple à éemc chevaux qui vous cen-
i^ MÉ.UOIRBS SEQir^TS
^-^ Je ue connoifl qu'iifl« personne f, capable de remplir celte mission. / <
-^Et quidon<j? . V. V '"^\
— C'est Voire Majesté. ^\% \ V
— Quoi l je laisserois seul le Be' ^ y. '^ r;
— Je ne connois qu'un s ru* , d \ ^ infaillible, pour aauvec lea ipur ^ 1^ \ \ ^^^ . ceux de vos enfanta, Madiam^ | €ri ^ \t ,- \ c'est de vous en aller avec ^ 1 \ ^ v \« ' Dauphin habillé en petUej t ï * *;^ \ '^ non pas ea prÎDcesse, p ^ "^ a 1
C'est à Voire Majeslé ài^ ^ < ^ . ?
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, a dix lieues de Luxembourg. 11 sera expédié
i>endant la nuit un courrier au maréchal de Broglie
pour lui demander des relais à moitié chemin et une
escorte en cas d'événement.
— Je suis très-contente de ce que vous me dites. Je ne balancerois pas un moment sans le Roi; mais je ne pourrai pas me résoudre à le laisser seul : je crains trop pour ses jours.
— Vous les sauverez, Madame, car quand ils n'auroient plus la mère et les enfants à leur disposition ,
200 IIÉMOIRES SECRETS
duira à la porte de mon hôtel , et si Votre Majesté veut, je l'accompagaerai ; si elle aime mieux, je l'attendrai chez moi avec ma fille.
» Nous monterons ensuite dans ma voiture; la Reine se metlra sur le devant, comme une gouvernante, avec ses deux enfants, afin d'éviter toute espèce de soupçon à mes courriers, qui sont bien connus sur la route, puisqu'on m'y voit douze fois par an. Je serai muni de mon passe-port et de ma permission de poste. Après la sortie de Paris, il faudra bien mettre ma fille dans la confidence, puisque Votre Majesté veut bien la souffrir quelquefois à son jeu, et que, par conséquent, il luiseroit impossible de ne pas reconnoitre la Reine.
)) Nous serons à la pointe du jour à Braisne, c'està-dire quatre lieues au delà de Soissons, et pour lors j'exigerai de Votre Majesté de se remettre et ses enfants sur le devant de sa voiture, de peur de donner toujours à mes gens le moindre éveil. Nous serons à Reims à neuf heures.
— Mais si j'allois y être reconnue; si nous pouvions l'éviter?
— Cela seroit facile : il faudroit dans ce cas quitter la poste à une lieue de Reims, y avoir un relais qui nous mèneroit à Saint-Thierry, maison de campagne de l'archevêque. Votre Majesté y déjeuneroit avec ses enfants, et le même relais nous mèneroit à
la posle d'Isle, quatre lieues au-dessus de Reiras. Nous prendrions une traverse de cinq lieues , trèsbonne, qui mène à la poste de Pauvre, où il n'y a que cinq ou six maisons, puis à Vouzières par la plus belle route. Pour y arriver vous ne passerez pas même par la municipalité. La Reine entrera par mon parc pour descendre au château. Pendant qu'elle mangera un morceau, on examinera la voiture pour voir s'il n'y manque rien, et, à l'effet de ne pas perdre une minute et d'éviter de prendre la poste, on mettra en même temps mes chevaux, qui nous conduiront à un petit quart de lieue de Stenay, où sera un relais à moi. Nous n'aurons plus que quatre petites lieues pour être à la frontière, sans passer par aucune ville. Votre Majesté couchera avec ses enfants au château de la Tour, appartenant au général des dragons de la Tour, situé sur terres de l'Empire , à dix lieues de Luxembourg. Il sera expédié pendant la nuit un courrier au maréchal de Broglie pour lui demander des relais à moitié chemin et une escorte en cas d'événement.
— Je suis très-contente de ce que vous me dites. Je ne balancerois pas un moment sans le Roi; mais je ne pourrai pas me résoudre à le laisser seul : je crains trop pour ses jours.
— Vous les sauverez, Madame, car quand ils n'auroient plus la mère et les enfants à leur disposition,
202 MÉ]U:ailR£S SECRETS
ils mettrokot plutôt le Roi dans du coioa que de lui iaire le moindre mal. Ces ge]is4à savent que les RoÎA aa menreut jamais en> Fraace.
— Il faudra doue que j'avertisse le Rei et que je k mette dans lacenfideoce?
— Certainement^ Madame, il n'y a pas là^dessas le moindre doute; mais il faut qua personne ne paisse dire que le Roi savoii votre dayarL Et à cet effet ^ la veille , à sept heures et demie du soir, vons remettrez à une dse vos femmes, qui est de service, et qui cependant ae couche pas au château,, une lettre, avec ordre de la remettre au Roi à son lever, c'està-dire à neuf heures. Elle pourroit être, Madama, conçue a peu près en ces termes :
tt Afon très-honoré seigneur et auguste époux,
» D'iqe^rès les assassinats commis sur oia personaa les 5 et 6 de ce mois, il m'est impossible de me dissimuler que j'ai le malheur effroyable de déplaire à vos sujets. Us s'imaginent que je m'oppose à la ca»stitution nouvelle qu'ils veulent donner à votre eav> pire. Pour oter à mon égard toute espèce de soapçon, j^'aime mieux me condamncir à une retraite profonde hors de vos Etats,, où je ne rentrenaî, mon très-honoré et auguste époux, que quand la tranquillité y seva rétablie et que la censtitution y sera entièrement achevée. »
— Vous vi^ez^ Madame, qu'avaat qu« le &oi ait envoyé ebercbi»r le ttini&ire de Vmlérieur, qu'avaat que celui-aiait été chercher le président de l'Aseea^ biée pouv Viotroduire ebez le Eoi, le teoips. nécessaire pouir h tenue d'uu petit coaseil.> celui des débats à VAi$sein^liée^ ualù^oale , il se passera, au. moins troie heures > et avant que Vwx puisse envoyer le premier cnnrrier à la. suite de Votre Majeslé , qui sera déj^ pour lors à quaranto<in4| Ueues de Parijs, elle n'en anra plus qne* quinze à faiire pour étj?e à la- frontière; e4 encore eommenl pourra-troa découvrir la vraie roule de Votre Majesté ? Je la supplie de vouloir? bien peser daa6 sa sagesse tout ce que mon dévouement m'inspire pour son bonheur et celui du BiM. »
Je lai revis la lendemain matia, ei toujours dans bs diepositioos de profiter de Favia q^e je m'étois permi» de lui donner. Elle me fit seulementi des. difficultés suj: ce qWeUe auroit préféré que je l'eusae alteadue a Busaoey avec ma fille.
«. J'y consens très-volontiers » mais je supplie Volve Majesté d'observer que cela exigera plus de monde dans sa confidence;, dans ce eas^ il faudra que je lui! ce«ette un petit itinéraire > à ganse de la traversée de Jonchery à Saint -Thierry, de» Saint- Thierry à Ialct> el de celle d'Isl» à Pauvre., nr
L'indéci^cui oïl je La laissai me détermina à aUctr moâ^mônm dans la rue Oauphine acheter lea cartes
de Cassini pour Reims et Montmédy, que je remis le même soir avec l'itinéraire à madame Thibaut. La Reine m'avoit parlé en mal de Tévéque comte de Châlons. Ma famille avoit toujours été amie de cette maison. Je demandai à la Reine la permission de vouloir bien prendre des renseignements sur son compte. Je priai ce prélat de passer chez moi. Il se trouva que c'étoit une atrocité qui lui étoit faite, comme cela arrivoit souvent dans ce temps-là à la cour. Je rengageai à venir me voir à Buzancy, et je le priai de m'avertir deux jours auparavant pour lui envoyer des relais, à refTct de lui éviter des frais de poste le plus possible, en lui indiquant une route qui lui épargneroit du chemin.
J'avois dans la tête l'affaire de la Reine, qui m'occupoit beaucoup. J'étois obligé de faire écrire par un commis l'itinéraire que je devois remettre à Sa Majesté; je l'écrivis sous le nom de l'évèque de Châlons, afin que le commis ne se doutât de rien, et aussi pour ne pas perdre de vue l'atrocité qu'on avoit faite à l'évèque, et encore pour éviter toute espèce d'inconvénient si la Reine , par hasard , le laissoit dans ses poches ou dans son écritoire.
La Reine n'a changé d'avis que le 19; elle m'avoit beaucoup parlé la veille du départ du duc d'Orléans pour l'Angleterre, et de ce coquin de Laclos, son secrétaire, me disant que c'étoit une foiblesse de le
laisser partir, et qu'après ses délits des 5 et 6 octobre oa auroit dâ l'arrêter et s'assurer de sa personne. Je lui répondis :
tt Mais depuis quatre mois Je trône ne vit que de foiblesses.
— Au surplus, me dit-elle, quand il sera là-bas , nous serons plus tranquilles et plus en sûreté. »
C'est peut-être parce qu'elle s'est crue plus en sâreté qu'elle a changé d'avis le lendemain. Il se peut faire aussi que, comme on parloit beaucoup dans ce temps-là de la loi du divorce, elle ait craint qu'on n'eût forcé le Roi, dont elle connoissoit la foiblesse , à la sacrifier dans le cas où elle quitteroit le royaume. Au surplus, voici ce qu'elle m'a ajouté :
« Toute réflexion faite , je ne partirai pas : mon devoir est de mourir aux pieds du Roi.
— Votre devoir est encore plus de le sauver. Je n'ai jamais désiré, Madame, d'être plus que je ne suis; mais dans ce moment-ci Je voudrois avoir une place assez majeure et qui me donnât en même temps la force de vous persuader. Je ne suis que votre secrétaire, et fait pour exécuter vos ordres. Il viendra un temps où Votre Majesté voudra s'en aller, et elle ne le pourra pas. Je vous le répète, Madame, la maladie que le royaume essuie est bien forte : elle n'est pas à son dernier période , elle ne fera qu'aug-
menter àe mots en «m s, et il viendra m temps oii il n'y aura peut-être plus de remède.
— Je ne dis pas que je ne prendrai fias le parti que vous me proposez*, mais je crois que je ne peux l'exécuter qu'avec le Roi. Au surplus, jfaites^^ttoi un petit mémoire sur notre position actuelle et sur ce qui nous reste à faire.
— Madame, je vais m'en occfiper. y*
Je rentrai chez moi, et je dictai à un c<»Bmis anx écritures, que j'avois donné à mon secrétaire pour l'aider dans les siennes, de petites nolcs^ afin île me servir de canevas au mémoire que la Reine me demandoit, et cela pour ne perdre aacuAe âe mes idées et les recueillir avec méthode. Cet homme étoit fils naturel d'un oncle de ieu ma femme. Je lui donnois six cents livres, et il en avoit quatre cents de son père. Je l'avois fait recevoir commis surnuméraire aux fermes. Il étoit horrihlement 'borné.
Le canevas fait, je lui dictai le mémoire. Je renfermai ensuite dans mon secrétaire ces deux expédi« tions. Lui sorti, je mis le mien au «et^ans ma poche et le remis à la Reine le soir même.
A minuit et demi, couché dans mon lit, j'entends un bruit efiroyable qui partoit de l'antichambre; j'ouvre moi-même les portes i j'aperçois un ecclésiastique en rabat et que je ne connoissoîs pas, snivi de quatre personnages, dont un avoit été derc de
DE AUGEAUD. «07
moB notaire. Us me prient de Jes mener dans siexi cabinet. Je trouvai mon buremi forcé. Je me retourne, et j'aperçois, en habit de garde natiofial, mon commis à la tête de quarrante algttiazils 4^m ve*noient m'arréter. Je demandai k M. Tabbé qui il étoit.
« le m'appelle l'abbé Fauchet, président du comité des recherches; je suis avec MM. Brissot, Agier, Garaa de Coulon et Duport-Dutertre, mes coi^frères.
— Messiom's, je devine à peu près le sujet de votre visite : ce drôle-là (en montrant le commis) a dans sa poche, ou vous, monsieur l'abbé, dans la vôtre, tin canevas, un griffonnage de mémoire que je lui ai dicté.
— Monsieur, c'est précisémenl cela, me dit l'abbé, et c'est la mise wa net que nous venons vous demander.
— Vous aurez peine à la trouver.
— Et pourquoi donc cela? Nous sommes ici pour l'avoir.
— Je l'ai brûlée.
— NoQs allons t^hercfaer dans tous vos papiers.
— Faites ce qu'il vous plaira.
— Et pourquoi l'avez-vous brûlée?
— Parce qu'en ajournant la réflexion à ma pensée , j'ai trouvé que les idées contenues dans ce griffonnage, quoique déjà corrigées dans la mise au net,
étoient encore trop vives ; et d'après les assassinats commis sur ]a personne de la Reine, ma maîtresse, il étoit di£Bcile qu'il n'existât pas en moi quelques mouvements d'indignation.
— Nous allons saisir tous vos papiers.
— Faites, messieurs. »
lis en firent en effet un gros paquet qu'ils cachetèrent, et me conduisirent, comme on pense bien, malgré moi à Thôtel de ville. Là ils me lurent ce griffonnage rempli de ratures, et, comme on vouloit m'interroger, je leur dis :
a Messieurs, ma pensée est à moi, c'est ma pro* priélé, et, d'après la Déclaration des droits de l'homme, il est défendu d'inquiéter tout citoyen à raison denses pensées, surtout quand la manifestation ne trouble point Tordre public. Certainement il n'y a pas de manifestation, puisque vous n'avez ma pensée que par un vol avec effraction qui doit conduire ce drôle-là à la corde. »
L'abbé Fauchet, comme président, prit la parole et dit :
tt L'action de monsieur est trop remplie de civisme pour qu'il n'ait point la récompense la plus distinguée.
— 11 ne peut y avoir de complot qu'autant qu'il y a communication, et à qui ai-jc communiqué mes idées?
— Au moins vous nous expliquerez ce que veut dire : a négocier avec M. de B,.. «?
— Je n'ai point dicté cela à cet homme , parce que c'est incompréhensible, et cela n'a pas le sens commun, yi
Je ne mentois pas, parce que je n'aVois pas dicté : (c négocier à M. de B... », mais j'avois dicté : u négocier à M... avec M. de B... ». Mais ce n'étoit pas à moi à le leur expliquer. Us me tinrent au moins deux betires sur cet article. *
Ensuite ils me parlèrent de l'itinéraire indiqué à l'évéque de Châlons. Us me demandèrent si je ne le lui avQÎs pas remis pour le donner au Roi. Je leur dis que je n'avois jamais parlé du Roi et de la Reine à l'évéque de Châlons; que l'itinéraire que je lui avois indiqué étoit pour sa personne seule, parce qu'il devoit venir me voir à Buzancy; que si j'avois à remettre un itinéraire au Roi, ce ne seroit pas à l'évéque de Châlons que je m« serois adressé, attendu que je voyois le Roi tous les jours. Et ensuite l'abbé Fauchet se mit à vomir mille horreurs contre le Roi et la Reine et le comte d'Artois. La patience m'échappa. Après six heures d'interrogatoire, je dis à ce drôle-là :
« Écoute-moi : si je pensois que tu es un scélérat, si je pensois que tu es un monstre, si je pensois que tu es un abominable, tu n'as rien à me dire ; si je te
étoient encore trop vives; et d'après' commis sur la personne de la Reinç | étoit di£Bcile qu'il n'existât pas J^ | mouvements d'indignation. î ^ ?j — Nous allons saisir tous v^ ^ * "
— Faites, messieurs. »
lis en firent en effet un*: ^ | ^ tèrent, et me conduisir ^' ^» j.
malgré moi à Thôtel . / ^ griffonnage rempli d/ f ^
m'interroger, je le * | J /
«Messieurs, r fi ' ,ia«ec f
priété, et, d" ^ ^il. Vingt voix * i
l'homme, il. / 1
raison de ,S' se-nation qui va descendre ^
ne troubi ,oir gambiller. »
a pas d de ces douces paroles que )'ai Ira-
®^® T la place de Grève, qui me parut bien
^^ ^ de noanière que quand j'arrivai enfin au jV^llelier, je crus être le plus lieureux des
rj^mes, et on Bfte eouduisoit eu prison, iene réx^hiâ pas une minute sur mon sort, je ne poosai ^„ à l'inquiétude où devoît être la Reine de mon arrestation.
J'eus assez d'adresse, de ma prison, pour la faire avertir à quatre heures du soii* de n'en avoir aucune inquiétude. £lk m'envoya le lepdemain, à la pointe
du jour, Thibaut, fils de sa première £emme de chambre.
tt Courez chez la Reine , dites-lui que je la prie de ne prendre aucun intérêt à ma personne ; que si elle me témoigne la moindre protection je suis perdu , qu'on n'a rien trouvé dans mes papiers qui puisse la compromettre. Quant à moi , je me tirerai bien d'affaire ; qu'au surplus , s'il s'agissoit de porter ma tête surl'échafaud pour son service, j'en aurois toujours le courage. D
Je subis la même nuit un second interrogatoire par la même cohorte du comité des recherches. Ils n'en furent pas plus avancés, mais heureusement pour moi je ne fus pas mis au secret. Le lendemain l'abbé Fauchet me demanda de lui remettre les sceaux de la Reine qu'elle m'avoit donnés ; je lui dis que je n'en ferois jamais rien que sur l'ordre de la Reine. Duport-Dutertre me porta le jour d'après une lettre de l'archevêque de Bordeaux, garde des sceaux de France^ je les loi remis par obéissance, sous récépissé ; mon aifaire fut portée cinq ou six jours après au Chàtelet. J'aliois être déchargé de l'accusation, le rapporteur ne trouvant pas dans mon aifaire de quoi fouetter un chat, mais bien une infamie et une abomination de la part du comité des recherches, quand l'abbé Fauchet s'avisa de présenter au comité des recherches un mémoire anonyme dans lequel j'élois
SIO MEItfOIRES SECRETS
le disois, c'est différent. Eh bien, voilà K procès. Je pense ce que je veux. » ^
Cela dura jusqu'à midi ; on envoya^' fiacre pour me mener à TAbbaye % ^ décision de l'Assemblée nationale. Ç ^. % la porte de Saint-Jean en Grève , il; ^ ^. ^^, mortelle, qui éloit bien fondée. IV ^ % % %, raille âmes à la place de Gr^ % % i* \ ^ Si j'avois perdu la tète, c'éio'g/^ %3.% ""
sai dans la portière du fiae^ corps les deux officiers ' conduisoient eu prison. | le peuple pour domap<' v s'écrièrent : KW
ccC'estuncrimîr | l' % attendez, vous 4V t "^ ^
C'est au son^ \ \
1 ' 5 9 verse toute I? | \
longue , de , j -^
oie
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.<n , qu'on avoit
Monsieur, ainsi que
^ mis au secret dans des
,iie la femme et le mari igno-
^ire leur mutuelle arrestation, et
de camp de M. de La Fayette avoient
u cachot le concierge si, par hasard ou