‹ Mémoires secrets et inédits de Stanislas Auguste comte Poniatowski, dernier roi de Pologne, relatifs à ses rapports intimes avec l'impératrice Catherine II et à son avénement au trone. Journal privé du roi Stanislas Auguste pendant son voyage en Russie ... Suivi d'une relation de ses funérailles, depuis le 12 février jusqu'au 8 mars 1798Chapitre 10 sur 13 · MEMOIRES SECBETS ET INÉDITS · texte numérisé non relu

MEMOIRES SECBETS ET INÉDITS

malgré les fréquentes mésintelUgences que produisent souyent deô interruptions de commerce entre la Russie et la Chine. Le Roi a rendu visite à M. et Mmes Matuszkin et lïaryszkiny première et deuxième grandes midtresses, ses anciennes connaissances, qui passaient par Zarskoselo pour se rendre à Pawlowski. Le Roi s'y est rendu avec MM. de Mniszech et le général Bezborodko à sept heures et a trouvé TEmpereur et toute sa famille et sa cour au jardin, occupés d'un goûter de fruits et de glaces dont l'Impératrice faisait les honneurs comme étant celle qui donnait la fête à l'Empereur. Le Roi, après avoir fait son compliment de félicitation à l'Empereur, lui offrit pour bouquet les deux grands groupes de marbre, qui sont encore encaissés à Lazienki, ce qui fut accepté gracieusement Le Roi pria le prince Bezborodko d'écrire au baron d'Arch, pour qu'il ait à recevoir ces groupes et prenne le soin de les faire transporter à Pétersbourg. Après le goûter LL. MM. firent monter avec elles le Roi dans une ligne pour aller au théâtre, où l'on donne un opéra comique français. Gaillard qui a longtemps joué à Varsovie le rôle de la basse, fut remplacé par Mondini, ci-devant fameux acteur de la troupe italienne de Paris. La composition des paroles est d'un nommé Gaston, Français, la musique de Martini; le trio fut répété par ordre de l'Empereur pendant et après la pièce, qui fut terminée par des couplets très-bien faits et analogues à la fête. On se transporta après sur une

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île, qui fait le milieu d'un lac, dont le toar illuminé ainsi que la tente placée au milieu de Tile faisait un brillant spectacle. Ce fut de dessous cette tente ouverte de tous côtés que la cour l'envisagea. Sept et à huit mille personnes assises sur des gradins en amphithéâtre tout autour du lac, entre lequel et le bord de Teau, passèrent successivement quatre grands chars, attelés chacun de huit chevaux blancs, remplis d'un certain nombre de personnes, qui représentaient chacun un des quatre âges de la vie, sous des berceaux de feuilles mouvantes. Ceux qui précédaient ces chars étaient armés de différents instruments propres au labourage et aux autres occupations de la vie champêtre, comme la «basse, la pêche etc. etc.

Tout ce monde exécuta ensuite des danses au son des instruments de musique répandus par bandes autour du lac, dans les bosquets qui en forment l'enceinte; les danses fiirent mêlées de chant. Il y eut encore des courses de chevaliers armés de lances. Toute la cour a joui de ce spectacle pendant le souper servi sous la tente, après lequel on passa dans une partie du jardin planchayé, où Ton dansa des danses polonaises; dans l'une l'Impératrice dansa avec le Roi. A minuit la cour se retira ; l'Empereur invita le Roi à venir dans quelques jours à Peterhoff', où la cour se rend pour célébrer le mariage du comte Dietrichstein avec la demoiselle d'honneur Schouvaloff'. Le 30 juin, l'Empereur envoya le général Mozowski (nouvellement engagé

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à son service et pour lequel il paraît avoir beaucoup de bonté) au Roi pour le prier de venir à Peterhoff le vendredi, 3 juillet. L'Empereur a donné également le grade de général-major dans «on service à un Dombrowski, cousin de celui qui est en Italie; celui-ci après Tentrée de Souvaroff à Varsovie se retira en Grande Pologne; mais lorsque le roi de Prusse lui eût fait confisquer sofii Wai pour avoir contribué à Tinsurrection de 1794^ il est allé en Prance, il a fait la campagne sous Pichegm, de là il est allé par Constantinople en Moldavie joindre plusieurs officiers polonais^ et il a amené avec lui ce Xosmowski, qui a été capitaine aux gardes à cheval de la couronne, et un autre^ auxquels l'Empereur a donné aussi du service dan» ses troupes et qui, sous Dombrowski, doivent lever un régiment de cavalerie dans eette partie de la Pologne et de la Lithuanie, qui ont passé sous la domination russe.

L'Empereur a particulièrement placé comme enseigne dans ses troupes, une vingtaine de jeunes Polonais que Morow'ski y a engagés par son ordre; il fait difficulté d'accepter des Polonais qui ont en des grades de major, lieutenant-colonel et colonel. —

Bulletin No. 31.

Kamienny Ostrdw 7/19 juiUet 1797.

Le 3, le Roi avec MM. de Mniszech et le général Bezborodko arrivèrent sur les onze heures à

Peterhoff et furent coBduîts à la maison appelée mon plaisir, qui est située dans le jardin d'en bas tout auprès de la mer, dont une partie existe encore telle qu'elle fut du temps de Pierre I, mais Catherine II y a beaucoup ajouté. Le Eoi a été logé dans Tappariement même de Tlmpératrice; M. de Mniszech tout auprès.

 midiy après que la parade militaire à laquelle l'Empereur assiste tous les jours, fut finie, ainsi que la oérémonie du bapt^e d'un enfant du prinoe Szezerbatoff dont LL. MM. furent parrains, onayertit le Eoi que l'Empereur l'attendait. Il en fut reçu comme à l'ordinaire avec beaucoup de cordialité; comme c'était vendredi LL. MM. Impériales ainsi que le Roi firent maigre, mais pas à l'huile, il 7 avait aussi du gras. Le Eoi fut placé comme toujours entre LL.MM. Après dîner l'Empereur montra au Eoi tous les appartements en détail et surtout son cabinet de travail, dont les parois revêtues en boiseries brunes sont conservées précisément comtme elles étaient du temps de Pierre I. Toutes les autres pièces de ce palais ont été changées par les souverains qui lui ont succédé ; ensuite chacun est allé se reposer dans son appartement jusqu'à six heures du soir. Alors LL. MM. Impériales ont fait monter le Eoi, M. de Mniszech dans leur ligne pour se promener dans la vaste étendue de ses jardins, dont la beauté paraît avoir flatté le goût de l'Empereur préférablement à ses autres maisons de campagne; la situation de cet endroit est vrai-

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ment admirable; il s'y trouve répandus tant de bâtiments séparés qui rappellent le règne de Pierre I. Il est connu que les eaux de Peterhoff par leur pureté surpassent celles de Yersailles. Il y a surtout deux jets d'eau qui ressemblent aux deux fontaines de la place de Si Pierre. Cette promenade a fini par un souper servi au bord de la mer, sur une terrasse dont les arbres ont couvert la table comme un berceau. Après souper l'Empereur a invité le Roi à passer encore deux jours à Peterhoff.

Le 4 juillet dans l'après diner le Roi alla voir à une petite lieue de Peterhoff l'endroit où Catherine II a établi une chute d'eau qui sert à tailler et à polir les marbres et pierres fines, qui sont des productions de Russie, et à tailler les diamants que la cour de Russie y fait employer. Depuis peu on a trouvé en Russie et pris, à Peterhoff des pierres dont quelques unes ont jusqu'à deux pieds de diamètre. Un conseiller d'État, nommé Rodé, en a fait les honneurs au Roi. Dans la soirée TEmpe- ^ reur a conduit le Roi à Oranienbaum , dont il a ! fait présent à son fils aîné^ ainsi que de Strelna | à son fils Constantin. Strelna est un grand palais | situé à peu de distance de Peterhoff, que Pierre I | destinait à y tenir cour, tandis que Peterhoff et î mon plaisir devaient n'être que sa résidence per- , sonnelle; mais il n'eut pas le temps de l'achever. Le palais d'Oranienbaum, situé à sept verstes de Peterhoff, vis-à-vis de Cronstadt, fdt bâti originairement

par le prince MenczikofF sous le règne d'Elisabeth , et fut le séjour du grand duc d'alors, Pierre III. Catherine, alors grande duchesse, embellit beaucoup cet endroit; depuis qu'elle régna, elle y ayait établi les cadets de marine pendant quelques années. Elle les avait transférés ailleurs avant sa mort; à présent il va devenir la maison "de campagne du grand duc Alexandre. Au retour de cette promenade le Broi soupa avec la cour dans le salon de mon plaisir qui est resté tel que sous Pierre I; on voit encore son lit dans la pièce attenante.

Le cinq, à six heures du soir, le Roi avec toute la cour assista à la bénédiction nuptiale du comte Dietrichstein avec Mlle Schouvaloff, qui fut donnée par le nonce Litto, qui, revêtu de sa mitre et de ses habits pontificaux, commença ' la cérémonie par un petit sermon adapté à l'occasion. Après on passa dans la chapelle impériale, où une seconde bénédiction fut donnée selon le rite grec. Le bailli Litto tint la couronne au-dessus de la tête de l'époux et le comte SchouvaloflP, frère de la promise, au-dessus de l'épouse. Ensuite on alla dans la salle de bal; l'Impératrice ne dansa pas. Au souper le Roi fut placé comme ordinairement, l'épouse fut placée à côté de l'Empereur et l'époux auprès de l'Impératrice. L'Impératrice avait paré de ses mains l'épouse, de diamants pour la valeur d'un million de roubles. Le nonce et les autres ministres étrangers furent placés vis-à-vis des souverains. L'ambassadeur Gobentzel était assis auprès de l'é-

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