MÉMOIRES SECHETS ET INÉDITS
la plus apparente de leur cargaison était composée d'oiseaux en cages, dont ils font annuellement ici un grand débit, sans parler des perroquets, rossignols, et serins; les oiseaux les plus communs sont achetés avec avidité. Une simple alouette se paye 25 roubles. Dans la bourse, le Roi est allé voir le modèle de Téglise d'Isaac, dont le bâtiment commencé depuis plus de 15 ans n'est encore par- Tenu qu'à la corniche; tout ce qui est fait, est couvert de marbre dont la plus grande partie est tirée des carrières de Jinlondo et de Olonète; si les travaux, actuellement suspendus de cet édifice sont repris, il faudra encore huit ans pour l'achever selon l'opinion du sénateur Liontieff qui préside à cet ouvrage.
Le soir le Roi est allé à pied au jardin d'été,, peu d'arbres de ce jardin avaient déjà des feuilles. A un des côtés on fait actuellement les fondements du nouveau palais et de la nouvelle église de St. Michel, que l'Empereur va faire bâtir. Les ambassadeurs d'Autriche et de Suède, le comte Choiseul, M. et Mme Szczesna et M. et Mme Mniszech ont été dans la matinée voir le beau jardin de la Tauride et dans la soirée le joli bois de Katczynhoff, qui fait le pendant de celui de Bielani.
Le 25 mai après la messe célébrée dans l'é* glise catholique, le Roi avec M. et Mme de Mniszech sont allés voir les derniers ouvrages de Mme Le Brun, qui sont d'une grande perfection; dans la soirée ils sont allés voir la belle maison de Mme
de Ribas, cette pupille chérie de feu M. Bedzkî, ancien ami du Roi. Cette maison mérite particulièrement d'être vue par le goût singulier et la grande propreté qui y règne. Le jardin tout entier est sur des voûtes, il contient déjà d'assez grandi^ arbres, il a servi de modèle à l'imitation de tous les jardins à la Sémiramis, qu'on a faits depuis dans ce pays.
Le 26 mai, le Roi est allé voir à sept verstes de Pétersbourg le palais triangulaire de Czesme, où Catherine II a institué l'ordre de St. Georges. L'inscription du vestibule dit que l'église de ce palais a été fondée en présence de Gustave III, roi de Suède, et achevée et dédiée en présence de Joseph II, lors de sa première visite» Toutes les chambres du bel-étage de ce palais contiennent les portraits de presque tous les princes et princesses de l'Europe alors vivants. Au-dessus et en bas sont des reliefs de tous les Czars antérieurs à Michel Romanoff.
. La salle ronde du milieu contieilt en bas-reliefs les portraits de la dynastie régnante; au-dessus du portrait de Catherine II est un dais sous lequel est une table, sur laquelle est placée un écritoire d*or composé d'une infinité de pièces et décoré de tableaux en émail tous relatifs aux exploits maritimes russes. Au rez-de-chaussée de ce singulier palais on conserve un grand service de table de faïence d'Angleterre, dont chaque pièce présente en peinture grisaille la vue d'une des maisons de cam-
pagne d'Angleterre et, en guise d'armoiries, une grenouille peinte en vert sur le bord des assiettes- Cet endroit s'appelle Czesme en commémoration de i'Ineendie de la flotte turque à Kikiziki, apparemment en l'honneur des grenouilles qui y abondent. En revenant de Czesme le Roi a rendu visite à l'éléphant que le Khan du Boukarie a donné à rimpératrice défunte; quand ses conducteurs periians lui parlent indien, il leur obéit exactement L'Empereur arrive demain à Gaczyn, de là aprèsdemain à Pawlowski où la St. Paul va être célébrée.
Bulletin No. 23.
Pétersbourg le ^-^ 1797.
® 10 jum
Le 27 mai, le Roi est allé voir l'académie des arts. Plus de 200 sujets y sont nourris et instruits dans les langues allemande et française et dans tout ce qui est relatif à la peinture, sculpture et architecture. A cette fin ce vaste édifice est rempli de modèles en plâtre de tous les bustes, statues et groupes les plus estimés, tant antiques que modsrnes, de tous les tableaux originaux les plus estimés des difierents maîtres étrangers, qui ont été successivement ici ou par les élèves de cette maison, qui servent à l'instruction des nouveaux
élèves. A Texamen annuel plusieurs prix de médailles en or et en argent sont distribués aux plus méritants, lesquels voyagent ensuite en Italie et ailleurs, aux dépens du souverain. Tout récemment venait d*arriver un grand transport de Vienne, qui contenait entre autre plusieurs plâtres nouveaux d'après Canova, et un grand tableau de Casanova.
Parmi les plâtres se distingue un- groupe de l'Amour et de Psyché par Canova d'une composition toute nouvelle et très-voluptueuse. Le tableau de Casanova représente en grandeur de demi-nature l'empereur Joseph II à cheval avec son neveu l'Empereur d'aujourd'hui et tous les généraux autrichiens les plus célèbres. Tout est beau dans ce tableau, seulement la manière défectueuse de placer l'œil et l'oreille des chevaux y fait reconnaître le cachet de Casanova.
Le 28 mai, le prince Jousoupoff, le même qu'on a vu à Varsovie, qui est ici sénateur et directeur des trois iianufactures de haute-lisse, de porcelaine et de glaces, a eu l'attention obligeante d'y conduire lui-même le Roi. Pour exprimer à quel degré de perfection la première est portée, il suffit de dire que l'on y a montré au Roi quelques tableaux déjà achevés et d'autres encore en ouvrage, dans lesquels la même image se trouve presqu'également bien exécutée des deux côtés, quoiqu'en les voyant travailler, il n'est pas aisé d'apercevoir comment Touvrier cache entre les deux images les nœuds
]142 MÉMOIRES S£CBf:XS £T INÉDITS
de chaque fil. La vue de cette première manufacture a occupé le Roi presque toute la matinée.
Dans Taprès- dîner le prince Jousoupoff a fait Yoir au Roi à sept verstes d'ici la manufacture de porcelaine. On ignore si la qualité de la masse est ^ussi forte que celle de Saxe, mais on peut dire avec vérité que Ton trouve ici, pour la beauté des formes et de peinture, presque tout ce qu'on a vu de mieux dans les fabriques de porcelaine de France et dôYienne. De là le Roi fut conduit à la manufacture de glaces, où il a vu fondre une colonne de verre violet de plusieurs archines et un miroir de plus de cinq archines de hauteur sur une demie de largeur. L'archine est une mesure qui surpasse environ d'un quart Taune de Varsovie. Dans chacune de ces trois fabriques il y a plus de 200 élèves auxquels sont données presque les mêmçs instructions, avec le même secours pour Tétude du dessin et de la peinture, comme à l'académie des arts, de laquelle plusieurs sujets des plus formés passent à ces trois manufactures pour enseigner les commençants, ©ans la fabrique de haute-lisse il ne se trouve plus un seul homme, ni maître ni apprenti, qui ne soit Russe. Le prince Jousoupoflf, depuis huit ans qu'il dirige ces fabriques, a su en acquitter toutes les dettes, subvenir à tous les besoins, encourager et perfectionner les talents d'un grand nombre de sujets d'une manière vraiment étonnante. Lea endroits où les fabriques de porcelaine et de glaces sont placées, sont des plus agréables, au bord de la Narva, aurdessus de Pé-
tersbourg. Les nombreuses habitations des ouvriers répandues au milieu d'une grande plantation d'arbres et de beaucoup de beaux gazons, donnent à ces deux endroits une ressemblance avec Tidée qu'on a des établissements des Herrnhut, en Saxe et en Hollande. Le prince Jousoupoff a fait au Eoi la galanterie de lui fair^ trouver et de lui offrir dans la fabrique de porcelaine et de glaces plusieurs moroeau^s: ornés de son chiffre. Car dans celle de glaces on ff^it BMm toute sorte de verreries, des tables, et des vases de toutes les couleurs, dont plusieurs imitent si parfi^itenient la porcelaine, qu'on n'en est détrompé que pQ,r le son. Le prince Jousoupoff 9. offert en même temps plusieurs pièces de porce- Isâne et de verrerie au comte Mniszecb pour son épouse qu'une migraine empêchait ce jour-là d'accompagner le Eoi.
Le 29 mai, le Roi est allé voir le palais de l'académie des sciences, dans lequel se trouve l'observatoire; on lui a fait remarquer deux taches du .soleil justement visibles, et toutes les curiosités que pet édifice contient. M. de Eakounin lui en a fait les honn^eurs, et sous ses ordres M. Past, bibliothécaire de l'académie. La figure en cire de Pierrele-Grand bien conservée et le fameux globe de Gottorp, dans lequel le roi de Suède a diné avec plusieurs personnes ^ et dans lequel on a proposé ftu roi de Pologne de faire le tour du monde en une minute, sont des choses trop connues pour en pfirler.
144 MÉMOIBES SECBETS £T INEDITS
• Bulletin No. 24.
Pétersbourg ce 12/24 juiu 1797.
Le 30 mai, le Roi, accompagné de M. et Mme de MnisEech et de Grabowskî, est allé chez le prince Jousoupofi, pour le remercier dans sa propre inaison de Tattention si obligeante avec laquelle il Ta conduit aux fabriques qu'il dirige. La maison de ce prince est une chose des plus remarquables qu'il y a à voir ici et de particulier en Europe en ce qu'on a su et pu rassembler autant des belles choses en tous genres qu'il s'en trouve là. Mais aussi peu d'étrangers ont voyagé en Italie avec autant de goût et de connaissances que ce seigneur, d'ailleurs fort riche.
Le 31 mai, le Roi est allé en chaloupe revoir Xamienny Ostrow et y a soupe avec sa suite. On lui promet que dans huit jours il pourra y loger. Le 1 juin il est allé voir la maison du Lombard^ qui a été destinée par la défunte Impératrice au maintien de plusieurs centaines d'enfants trouvés. Comme cet établissement avait souffert quelques déchets, Tlmpératrice d'aujourd'hui s'est constituée elle-même directrice de cette maison de charité, de même qu'elle a fait à Moscou. Ensuite le prince Jousoupoff, par un nouveau trait de son obligeance est venu lui-même chez le Roi pour le conduire à l'Hermitage, que le Roi a vu cette fois plus à son
JHE STANIBLliS AUGUSTE. 145
aise que la première. Mais pourtant il n'a pu en voir bien qu'une partie, tant cette collection est grande et nombreuse. La partie des dessins originaux des plus grands maîtres remplit toute une. armoire et demandera encore une matinée entière. Peu de galeries contiennent autant de Claude Lorrain. Plusieurs des plus fameux Tenniers se trouvent ici réunis, ainsi que presque toutes les exquisflos originales de Bubens, des mêmes tableatix dont il est fait mention dans un livre de la eolleôtion des estampes du Boi, qui rend compte des fêtes données au cardinal Infant, fils de Philippe III, le jour qu'il faisait son entrée à Bruxelles. Le tableau^ que le prince Jousoupoff regarde comme le plus beau de toute la oollection impériale est de Guido Reni, représente les quatres Docteurs de FÉglise avec la Ste Vierge planant dans les airs. Ensuite le prince Jousoupoff, avec son épouse et la comtesse Skowronska, sœur de sa femme, le comte Choiseul, le comte Charles Briihl, le prince François Sulkowski, M. et Mme Szczesna ont diné chez le Eoi; il est ici de la part du prince-évêque de Lubeck, parent de l'Empereur par la maison de Holstein. Le comte Stolberg est un des seigneurs allemands, comte immédiat de l'Empire. Sa sœur a épousé le comte de Bemsdorfl^ premier ministre de Danemark, c'est un homme très - estimable et un grand litté^ rateur.
146 MÉMOIBES SECKETS ET nTÉDITS
BuUetin No. 25.
Pétersbourg ce 5/17 juin 1797.
Le 2 juin, le Roi a été voir la galerie du comte Strogonoff. Il était absent lui-n)iéme, mais il se trouvait dans sa maison des personnes fort en état d'en faire les honneurs. Cette collection est moins nombreuse que celle que le Roi a vue précédemment, mais elle a l'avantage de ne contenir aucune pièce de remplissage et que les tableaux de chaque maître qui s'y trouvent sont des meilleurs de chacun de ces artistes. Le soir 1& Roi est allé à cheval à Kamienny Ostrow, dont les gardiens l'ont assuré que le 6 juin tout j serait fini, de sorte que le Roi pourra s'y transporter le 8.
• Le 3, le Roi a été voir la comtesse Panin qu'il a trouvée dans l'abattement après la perte cruelle de ses enfants. Ensuite le Roi est allé voir la maison de la princesse Michel Gralitzin, née Schouvaloff. C'est un petit modèle de l'élégance la plus recherchée en tout genre, bien digne de la dame qui l'habite. Ce même soir elle a soupe chez le Roi, dans le petit jardin qui existe sur une des voûtes dans le palais de marbre, il y a eu encore pour convives le marquis d' Antichamp qui vient d'entrer au service russe; il est regardé comme un des meilleurs officiers généraux de cavalerie qu'ait eus la France; il est venu ici d'Angleterre.
DE STANISLAS AUeUSTE. 147
Le comte de Choiseul, ci-devant ambassadeur à Constantinople, a été aussi de ce souper. Le 4 juin^ le Eoi est allé à Téglise catholique pour y assister à la grand-messe célébrée par le nonce Litto; la procession n'a eu lieu que dans l'intérieur de l'église. Le même soir le Eoi avec M. de Mniszech est allé rendre yisite à son ancienne amie la comtesse Anna Nikityczna Naryszkin, étant aujourd'hui grande maîtresse de l'Impératrice^ il en a été reçu ayec la plus grande cordialité dans sa maison de campagne sur le chemin de Peterhoff. C'est peutêtre la plus belle de toutes pour le beau et vaste panorama de la mer. Le 5, le Roi est allé voir la collection du sénateur Soymonoff, qui n'est pas nombreuse^ mais dans laquelle se trouvent quelques tableaux précieux et surtout un grand Luc Giordano, qui représente le combat des amazones contre les centaures. Dans la disposition de ce tableau on aperçoit la grande fidélité avec laquelle l'artiste a suivi la description qu'Ovide a faite du même sujet. On y remarque aussi, entre les beautés communes des ouvrages de ce peintre, ^deux figures, dont l'une se trouve presque exactement dans la bataille de Constantin de Jules Romain et l'autre dans la bataille d'Orbelle de Le Brun, avec cette différence seulement que Luc Giordano a donné à des figures de femmes les mêmes attitudes que les deux autres peintres ont données .à des hommes. Outre ce tableau, M. de Soymonoff possède une décoration de dessert dans le genre de celle qu'a-
148 MÉKoiKES asemsTs et nrxDiTs
vait le Roi à Varsovie, mais avec un choix de marbres et même de pierres fines, comme jaspe, cristaux et aigues-marînes, qui rendent celle-ci supérieure d'abord pour la matière et aussi pour le travail beaucoup plus fini et des pierres et des broazes. Il y a à Gatberinebourg en Sibérie à 100 verafces d'ici en de çà de Tobolsk des carrières de presque toutes les pierres qui composent la plupart des décorations, que Ton voit ici et que l'on a employées nommément pour ce dessert. On a su fixer depuis plui^ieurs années à Catherinebourg pluûeurs artistûfi habiles auxquels il suffit d'envoyer des dessins pour ^tre sûr de l'exécution la plus exacte enpierrmes; et les ouvriers en bronze et en or travailleait ici au^si bien qu'en Erance» D'ailleurs ce M. de Soymonoff lui-même est un honune de ce pays qui mérite le plus d'être nommé par ses coanaissftuoes et sa manière d'être.
Bulletin No. 26.
Pétersbourg ce 7/19 juin 1797.
Le 5 au soir le Eoi avec M. et Mme de Moiszech s'est rendu à l'invitation de la princesse Dolgorouki, née princesse Baratynaka, dans un. endroit nommé Aiexandrowski à sept vertes d'ici où elle et plusieurs autres personnes et surtout Tambassadeur Cobentzel passent la saison de eajxqtagne. Après un goûter élégant dans une salle à colonnes auTerte
DE STANISLAS ArGIJSTE. 149
il y a eu promenade dans le jardin planté à Tanglaise, ensuite concert exécuté par trois bonnes chanteuses italiennes, suivi d'un fort beau souper. Ce qui a le plus relevé Tagrément de cette soirée, a été la manière infiniment, cordiale dont la princesse mère, qui demeure avec sa fille, a témoigné au Roi qu'elle se rappelle le temps qu'elle a passé à Varsovie en revenant de France.
Le 6, le Roi est allé revoir la galerie du comte Strogonoff. Le soir il est allé a Kamienny Ostrow voir s'il pourra s'établir déjà dans cette maison. Le 8, le Roi avec sa suite s'y est établi. Le même soir le prince et la princesse Dolgorouki allèrent avec l'ambassadeur Cobentzel et le comte Chreptowicz en chaloupe, suivis d'une autre remplie de musique, souper chez le Roi. M. Withworth, le comte Golowkin, qui a été ministre de Russie à Naples, avec M. Walcki y vinrent aussi.
Bulletin No. 27.
Kamienny Ostr6w 14/26 juin 1797.
Depuis que le Roi est établi ici, il a fait diverse» promenades pour faire connaissance des îles voisines et de leurs habitants. La plus intéressante a été celle qu'il a faite dan» l'île de l'apothicaire, parce qu'elle contient le dépôt des remèdes qu on y prépare pour toute l'armée. On y fabrique aussi les instruments de chirurgie qu'on distribue successive-
ment à tous les régiments. L'acier nécessaire pour ces instruments est tiré d'Angleterre, l'ouvrage en est si beau, qu'il approche des ouvrages anglais. Les ouvriers sont tous Russes.
Dans cette même île on a établi une école d'histoire naturelle et un jardin botanique. Le Roi ayant écrit à l'Empereur combien ce séjour lui est agréable, l'Empereur a envoyé aujourd'hui le chambellan Naszczokin pour en marquer sa satisfaction.
Kamienny Ostrôw 16/28 juia 1797.
Aujourd'hui le Roi est allé voir l'église du couvent de î^ewski, que Catherine II a bâti à neuf avec beaucoup de magnificence, en faisant enclore dans l'enceinte de ce couvent l'ancienne église avec toutes ses attenances, construite par Pierre I. Elle y a fait transporter la chaîne d'argent dont Elisabeth avait fait entourer le cercueil de St. Alexandre Newski, que Pierre I avait déclaré le Patron de Pétersbourg. Le palais de l'archevêque est un des édifices qu'enferme ce monastère. Le cimetière' de cet endroit contient un grand nombre de monuments en marbre et granit, dont plusieurs sont même décorés de statues de .marbre et de bronze. La première femme et la dernière fille de l'Empereur régnant sont enterrées dans l'ancienne église, mais sans aucun monument. La nouvelle est décorée de
DE STANISLAS AUGUSTE. 15l
plusieurs beaux tableaux, dont aucun n'est de la Tieille peinture grecque, et entre autres deux fort l}eaux portraits de Pierre I et de Catherine II. Dans une pièce attenante se trouve un fort beau tableau qui représente le baptême de réponse du :grand duc Alexandre, toutes les personnes de la famille Impériale s'y voient peintes en pied, ainsi que les principales personnes de la cour de Catherine II. Les vases sacrés qu'elle a donnés à cette •église surpassent presque en magnificence ceux qu'elle a donnés à Moscou.
Bulletin No, 29.
Kamienny Ostr<$w Î-Vtt^ 1797.
'' 6 Juillet
Le 17, le B;oi est allé voir des machines destinées à filer le coton et la laine; c'est l'abbé Os- «owski qui est parvenu à avoir connaissance de oette invention, dont les Anglais ont fait mystère •depuis plus de vingt ans. Les machines sont telles •que deux hommes peuvent faire dans le même espace de temps ce que cent hommes feront. Les machines ont déjà été examinées et approuvées par le collège des manufactures d'ici, qui en prépare le rapport à l'Empereur, pour qu'il en ordonne l'usage. Les Anglais tirent le coton de l'Orient par leur navigation. On suppose que la Eussie pourra tirer le coton de la Boucharie. —
152 MÉMOIKBS 6ECBET8 ST IV±DITS
Bulletin No. 30.
Kamienny Ostr<$w 3/15 juillet 1797.
Pendant les premiers jours de juillet, le Roi fit joumelli^nent quelques exeursions pour aller voir ou quelques ateliers d'artistes, ou quelques magasins de broeanteure, ou quelques campâmes dont un grand nombre embellissent les enviro»» de Pétersbourg. Parmi les premiers, un des meilleurs est un peintre, nommé Gruttenbrun, Viennois qui a voyagé en Italie et dernièrement en Angleterre. Il s'est appliqué particulièrement à imiter la manière et le coloris du Titien. Il fait assez joliment aussi les paysages; il fait àes portraits en figure entière, mais en petite proportion. Bans cette manière il fait des ressemblances fort beuretiises et des attitudes et des draperies très-bien composées. Parmi les brocanteurs, il y en a nn nommé Labencki, Polonais, dont le frère est garde des tableaux de rHermitage, il a été un des élèye» de Bacciarelli ; le brocanteur Labencki, revenu récemment de Hambourg, en a apporté beaucoup dft tableaux dont la plnpart proviennent des émigré» français; chez nn autre brocanteur, Anglais de nation,. le Roi a trouvé un portrait de Louis XIV peint par Mignard, si beau qu'on le compare aux migna* tures en émail de Petiteau. Le comte Strogonoff ayant su que le Roi avait été frappé de la beauté
DE STANISLAS ATJeUSTE. 153
d'un portrait du cardinal de Richelieu par Philippe Champagne, le lui a offert. Le portrait de Louis XIV paraît être de la même main que le portrait de Colbert, que le Roi avait acheté de M. Meilhau. Lorsque le Roi a été le 28 juin à Zarskoselo, il y a trouvé le général-major Kadlubicki, adjudant de l'Empereur, lequel l'y a complimenté de la part de FEmpereur. Le Roi a invité à souper chez lui le conseiller d'État Izoff, qui est comme le gouverneur de Zarskoselo, et le prince Metcherski, commandant du riment de cavalerie, qui y est en garnison. La beauté de la soirée a engagé le Roi de faire encore après souper une promenade avec M. et Mme de Mniszech et sa suite.
L'Empereur a voulu que le Roi occupât dans ce palais les mêmes appartements qu'il occupait du temps de sa mère. Le 29 juin la grande chapelle se trouvant tout à côté du logement du Roi, il passa dans sa tribune d'où il a vu une partie du service de cette fête. Il a fait connaissance avec M. Pouszkin, nouvellement créé sénateur, qui a été directeur de l'académie des arts; il a pris de lui un plan de la ville de Pékin, gravé dans cette capitale et l'a fait copier, il aura l'avantage sur Foriginal en ce que les noms des rues seront eu langue européenne; l'original a été apporté en [Russie par un des élèves de l'école que la Russie entretient depuis longtemps à Pékin, tant pour y élever des interprêtes, que pour y desservir une <5hapelle russe; cet étabUssement subsiste toujours^