MÉMOIRES 6£CB£T8 ET INEDITS
poux en qualité de père. La duchesse de Sera X)apriola^ femme de Tenvoye de Naples, née princesse Wiazemski, fut la mère de Tépouse, quoique sa vé^ ritable mère fat présente. On se sépara d'abord après souper. Le 6, le Boi prit congé de LL. MM. Impériales au bord de l'eau, où elles s'embarquèrent à huit heures du matin pour Gronstadt, d'où avec deux divisions de la flotte russe ils veulent aller à Bevel pour y joindre la troisième et jouir ainsi du spectacle de 27 vaisseaux de ligne. L'Empereur a invité le Boi à revenir à Peterhoff pour la fête de l'Impératrice. Les grands ducs sont du voyage, leurs épouses sont allées passer quelques jours à Oranienbaum. Les grandes duchesses filles de LL. MM. demeureront à Pawlowski. Le Boi est revenu le même jour à £amienny Ostrow. —
Bulletin No. 32.
. Kamienny Ostrdw, 14/26 juillet 1797.
Le 11 juillet, le Boi s'est rendu avec sa suite à une campagne appartenant au procureur prince Xurakin, de l'épouse duquel on célébrait le jour de naissance, à Alexandre wski, maison de campagne de la princesse Dolgorouki son intime amie, et qui a l'usage de donner une fête ce jour -là à son amie tous les ans. Cette année cette fête a été avancée d'un mois à cause du départ prochain de l'ambassadeur Gobentzel, ami intime de ces deux
DE STANISLAS AUGUSTE. I6l
dames et dont le goût a beaucoup contribué aux amusements de cette société; on a voulu qu'il y prît part encore cette fois-ci. D'abord la compagnie se rendit dans un bosquet où étaient plusieurs boutiques composées de verdure, tenues par les enfants des deux princesses, décorées d'inscriptions servant d'enseigne, tirées des auteurs les plus connus et analogues à la personne dont on célébrait la fête. Un petit discours d'un des enfants et ensuite leurs danses terminèrent cette fête champêtre, et puis on se rendit au théâtre du château. La princesse Dolgorouki y donna avec le plus grand succès une des scènes de la FoUe par amour ; on a pu juger par ce morceau de ses talents pour le théâtre. On donna ensuite la Lanterne magique derrière un rideau de gaze à peu près comme dans le tableau magique de Zémir et Azor; d'abord le maitre de la lanterne annonce l'apparition du soleil, et ce soleil fut l'ambassadeur lui-même, habillé de drap d'or, et dont le visage enchâssé dans des rayons de carton doré, traversa la scène, ce qui représenta le commencement et la fin du jour. Mondini, premier chanteur italien, passa ensuite sous la figure de la lune, ensuite Mondini avec M. Eivière, beau-frère de M. Le Brun, représentèrent les adieux d'Oreste et de Pylade de la manière la plus comique. Puis M. Rivière représenta très-gaiment une opération de dentiste avec Mondini; après quelques autres scènes semblables de Lanterne manque furent donnés plusieurs tableaux vivants. Adiille découvert par
162 MÉMOIRES 8ECBBT8 BT INEDITS
Ulysse parmi les compagnes de Dëidamie. Mme Le Brun représenta Achille, la princesse Dolgorouki, Déidamie. Strotonice au pied du lit de son beau-âl& La princesse Dolgorouki fit le plus grand effet La tente de Darius, d'après le tableau de Le Brun, Mme Le Brun fit Sisigambise; son rêtement fut blanc au lieu de jaune comme dans le tableau. Plusieurs personnes de la société figuraient les au4;res personnages de ces tableaux, qui ftirent exécutés sous la direction de Mme Le Brun avec le plus grand effet par la disposition des lumières, des attitudes, la richesse des costumes. Un grand souper termina la fête. L'ambassadeur a déposé toutes les décorations de son théâtre chez la princesse Dolgorouki ; toute la société ainsi que tout le public de Fétersbourg regrette son éloignement. C'est sur son théâtre que la princesse Dolgorouki a joué le rôle de Camille avec un succès dont parlent encore ceux qui en ont été témoins; à un souper chez le Roi elle a récité et chanté plusieurs scènes de cette pièce, qui prouvent qu'elle a dû extrêmement briller. Une ^ autre jeune dame, nommée Mme Lilwînoff, qui chantait avec elle, a fait grand plaisir aux auditeurs. Mais la dame . qui est réputée la première pour le chant est la princesse Kourakin, femme du procureur général, et qui a bien voulu embellir par sa voix les concerts chez le Roi. Mondini et Bianchi y diantent aussi très-souvent. Un nommé Morlelair, arrivé depuis peu d'Angleterre,chante aussi souvent chez le Roi. Le projet de l'Empereur
3>E STANISLAS AUOUSTB. 163
d'aller par mer à Revel a été constamment contrarié par le vent; après plusieurs jours d'attente à Cronstadt, il s'est déterminé à retourner à Peterhoff.
Le comte Cobentzel, la veille même de son départ, a bien voulu se prêter à l'amusement de la société en se masquant en poule, et sous cette iBlgtire a défendu les enfants de la société masqués en poussins, contre les attaques de tous ceux qui menaçaient cette troupe innocente.
Kamienny Ostrdw 17/29 juillet 1797.
Le 1 4, le Eoi est allé dîner à Marrynka, maison de campagne appartenant au duc de Sera Capriola envoyé de Naples, qui a épousé la fille de cette princesse Wiazemski qui était dernièrement à Varsovie ; c'est par sa femme qu'il a cette terre ; il a bâti à neuf toutes les maisons des paysans, et a embelli cet endroit en y employant beaucoup de jardinage anglais et en y plantant une forêt de 80,000 arbres. Il a reconstruit la maison. Il marque constamment les plus grandes attentions au Roi, qui a trouvé chez lui M. de Groven, nouveau ministre de Prusse, qui a commandé langtemps le régiment des gendarmes sous le feu Roi de Prusse. —
DigitizellyGoOgle ^-
164 HÉKOIBES 6ECSET8 ET IBÉDITg
Bulletin No. 34.
P<itersbo«6 ?1^' 1797 "
Le 18 juillet, aussitôt que le Roi est arrivé le soir à Peterhoff, il fut invité avec M. et Mme Mniszech à Topera italien La MoUnora^ qui se donnait sur un petit théâtre dans une des salles du palais, après lequel on soupa.
Le 19, le Roi a assisté à la cérémonie du mariage de Mlle KoutouzofF, fille du général en chef, commandant du corps des cadets avec M. Tisenhauss; il y eu hal et souper à la cour.
Le 20, le Roi est allé dans la matinée voir le jardin anglais, qui est l'ouvrage d'un jardinier anglais, que feu Tlmpératrice avait fait venir; le palais qu'elle y a joint était presque fini, lorsque la guerre de Suède survint, et il est resté sans meuhles jusqu'à présent. Comme LL. MM. Impériales avaient connu pendant leur voyage en France la princesse de Tarente, elles l'ont engagée à venir d'Angleterre ici; elle est arrivée par mer au bout de quinze jours, présentée hier, elle a dîné avec LL. MM. Elle est la dernière de la maison de Chatillon, petite -fille par sa mère de la duchesse de la Vallière, qui fut belle jusqu'à 50 ans et qui n'est morte qu'à 82. Le mari de cette dame est de la maison de la Tremouille; il est actuellement à Naples pour y plaider des prétentions qu'il a à
cette cour. La princesse de Tarente a été fort attachée à la reine de France, elle a donné sous ce rapport de grandes preuves de courage. Le même soir on a donné Topera comique italien la VUlonella, La place du Roi au théâtre comme à table est toujours entre LL. MM. Impériales. .
Bulletin No. 35.
KamienDy O&tiôyr -^-^"^ 1797.
Le 2i juillet, le Roi voyant beaucoup de fruits sur la table impériale, dit à Tlmpératrice ; „Ka- „mienny Ostrôw que Sa Majesté a bien voulu que , j'habite, produit un genre de fruits que V. M. elles- -mêmes ne connaissent pas*, permettez Madame que „je vous roflfre." Ce qui fut accepté avec curiosité. Le Roi fit apporter un trépied de bronze enrichi de figures d'or moulé, imité d'après le modèle antique d'Herculanum , lequel portait un plateau de porcelaine de Sèvre représentant une guirlande de vigne, au milieu de laquelle se trouvait un tableau représentant un sujet de la fable; sur ce plateau se trouvait une cuvette avec une aiguière aussi de Sèvre. Ce fut le présent que le Roi ofirit à rimpératrice pour son jour de nom^du lendemain et, en même temps, il lui présenta une assiette de faïence sur laquelle il y avait une grappe de raisin de verre très-bien imitée. Le Roi pria rimpératrice de faire passer ceci au petit grand
166 HEMOIBES 8ECBET8 ET INEDITS
duc Nicolas. LL. MM. Impériales tëmoignèrent dans les termes les plus obligeants leur satisfaction. Le Eoi répondit que d'après ce qu'il avait vu aux manufactures de porcelaine, de verrerie et de bronze à Fétersbourg^ tout cela serait parfaitement imité* La princesse de Tarente crut reconnaître dans ce trépied un meuble qui avait appartenu à la feu reine de France, cela la fit pleurer, et par là s'augmenta l'intérêt que Von portait déjà à cette dame, dont on savait que, se trouvant prisonnière des satellites de Robespierre, qui lui disaient „vou8 aurez votre liberté, si vous dites; „Je hais la Eeine*^ elle répondit: „Je Tai toujours aimée, aujourd'hui je l'adore...."
Dans l'après dîner la princesse de Tarente, accompagnée de la comtesse de Schouvaloff, grande maîtresse de la grande duchesse Elisabeth^ et de Mme de Mniszecb, vint dans l'appartement du Roi et lui a parlé de la duchesse de la Yallière, sa grand'mère, qui avait fait tant d'accueil au Roi lorsqu'il a été en France, et qui a continué jusqu'à sa jnoTt un commerce de lettres avec lui. Après cette visite le Roi reçut celle du prince Jousoupoff, lequel est venu de la part de l'Empereur lui dire qu'il avait donné ordre à la troupe italienne de jouer sur le théâtre de Kamienny Ostrow toutes les fois que le Roi le voudrait. Le prince Jousoupoff est aussi directeur des spectacles. Une heure après le Roi alla remercier l'Empereur. LL. MM. Impériales firent voir au Roi le petit grand duc Ni-
colas, auquel son auguste mère donna alors le présent du Roi. C'est un bel enfant gai et bien portant. Le Roi a aussi vu la petite grande duchesse plus âgée d*ua an que son frère. La soirée se passa en promenade en ligne dans le jardin de Peterhoff, le souper fut servi dans une salle attenant aux appartements du Roi.
Le 23, il y a eu table de 200 couverts; l'Empereur et le Roi ont bu à la santé de Tlmpérairice dans des verres que le maréchal Tisenhaus» leur a apportes pour cela; tous les convives ont bu la santé chacun dajîB son verre ; musique vocale pendant le dinar. Il n'y eut de canon que pendant le Te Dewmu Le jacht impérial placé en perspective du château fut pavoisé. A sept heures le bal masqué a commencé, le souper à différentes tables à neuf; après, promenade en lignes dans le jardin pour voir les illuminations; à un détour d'allée la grande duchesse épouse du grand duc Constantin reçut un petit coup au genou d'un cheval qui s'était efiarouché. L'Empereur a reconduit le Roi à son logis et en a pris congé, car il part pour Pétersboui^. Le Roi avant d-e partir a envoyé demander des nouvelles de la grande duchesse, elle a fait remercier le Roi et lui a fait dire qu'elle se ortait bien.
168 MEiMOIBES SECRETS ET INEDITS
Bulletin No. 36.
Kamienny Ostr^w ~-^^ 1797.
Le 24, les sénateurs Zawadowski et Soymonoff, lesquels dirigent la communauté d'édu<^tion des demoiselles établie par Catherine II, vinrent inviter le Roi de s'y rendre à quatre heures. 11 y trouva un grand nombre de seigneurs et de dames. LL. MM. .Impériales y vinrent une heure après; c'était Tanniversaire de la fondation de cet établissement. Plusieurs centaines de demoiselles nobles et bourgeoises y sont élevées, nourries et vêtues au dépens de la couronne. On permit par grâce spéciale à quelques parents aisés d'y placer leurs filles à leurs dépens. A l'arrivée de LL. MM. Impériales ime des élèves fit un petit discours à l'Empereur en français, ensuite une cinquantaine de ses compagnes exécutèrent une cantate. Après LL. MM. Impériales, suivies de toute la compagnie, passèrent dans le jardin assez vaste; dans une des allées trois élèves exécutèrent une sorte de conversation, dont le sujet était le désir de présenter convenablement un bouquet à l'auguste directrice, ce qui fut suivi d'un concert à plusieurs chœurs soutenus d'instruments et puis d'un ballet composé d'une soixantaine d'élèves. La fête se termina par des présents que les élèves présentèrent à LL. MM. Impériales, qui tous étaient le produit de leurs
ouvrages en broderie, dessins et en pastelle. On servit un goûter en fruits. Après que LL. MM. Impériales eurent dit adieu au Eoi, elles allèrent voir Mme de la Pond, établie première inspectrice depuis le commencement de cette fondation; mais son grand âge et ses infirmités la confinent depuis longtemps dans sa chambre; ses fonctions sont remplies par Mme Pahlenboch, veuve de celui qui a été tué en 1794 j elle est fille d'un baron Czerkasew, fia mère était née Biron, sœur du duc.
Le lendemain, le brigadier Murawieflf est venu de la part de l'Impératrice remettre un dessin colorié, ouvrage d'une des élèves.
Le 27, le chambellan prince Gralitzin est venu de la part de l'Impératrice inviter le Roi de se rendre le lendemain au soir à Zarskoselo pour y coucher afin d'assister le lendemain à Pawlowski à une fête que Sa Majesté y donne.
Le soir une trentaine de dames et de cavaliers, ainsi que le corps diplomatique et le prince Bezborodko, se rassemblèrent à Kamienny Ostrôw pour assister à la représentation de l'opéra comique italien la PastoreUa nobile, qui fut exécuté par la troupe de la cour avec • le plus grand succès ; le spectacle fut suivi d'un souper. La princesse de Tarente et son beau-frère, le duc de Crussol, s'y trouvèrent aussi ; M. de St. Priest, ci-devant ambassadeur en Turquie, aujourd'hui venu à Pétersbourg avec une commission de Louis XVIII, et le prince Bezborodko se retirèrent avant souper. L'ambassa-
170 MÉHOIRBS 8EC&ET8 £T INESITS
deur de Suède se trouva mal; les gouttes de Hofmann le rétablirent bientôt. La princesse Wia^ zemeki témoigna au Boi, combien elle ayait été touchée des attentions que le prince Casimir et sa £lle lui ont marquées à Varsovie, et Mme de Cracovie à Bialistock. —
Bulletin No. 37.
ZarskoBrfo %^' 1797.
18 août
Le 28, le Roi est allé coucher au palais de Zarskoselo et y a dîné le lendemain avec M. et Mme de Mniszech, servis par les gens de l'Empereur. .
Le 29, le Roi s'est rendu à six heures du soir à Pawlowski; Tlmpératrice a donné à TEmpereur la répétition de la fête de St. Paul, avec cette différence que, se faisant le jour, l'entrée des quatre diars, les courses, lee luttes, les danses ont été vues pleinement à la grande satisfaction de l'Empereur et des milliers de spectateurs; une circonstance rendit la fête encore plus intéressante; c'est qu'au moment qu'on entonnait l'hymne à l'honneur de l'Empereur et qu'on allumait le feu de l'autel placé devant son chiffre, il parut un arc-en-ciel qui se trouva placé si juste sur l'autel qu'il paraissait en sortir. Le souper fut servi dans la salle du théâtre. Il fut suivi d'un bal; LL. MM. Impériales se rendirent dans un autre bâtiment qui avait servi de
yolière, où Ton dansait aussi; dans nn troisième il y avait bal pour la bourgeoisie; tout le jardin était illuminé. Ce jour -là fut présenté à l'Empereur et soupa avec lui le duc de la Rochefoucault, envoyé ici par le prince de Condé, de l'armée duquel il a été quartier-maître général.
Le 30, le Roi a employé la matinée à parcourir le jardin de Peterhoff qu'il n'avait pas encore vu, le soir il s'est rendu à Pawlowski ; il a trouva l'Empereur sous un berceau, occupé à signer d^s lettres j le Roi voulut se retirer, l'Empereur le pria au contraire de venir se mettre à côté de lui, le Roi s'entretint, pendant que l'Empereur achevait ses affaires, avec l'Impératrice. Ensuite le Roi les accompagna dans leur promenade, qui dura deux heures^ et cependant ne laissa voir au Roi que le tiers des beaux jardins de Pawlowski; le terrain très-varié eoupé de vallons donne un grand avantage sur tous les autres' jardins; plusieurs cascades l'embellissent^ une partie de la forêt qui couvrait ce lieu autrefois est conservée, elle s'étend jusqu'en Sibérie. Pendant cette promenade M. et Mme de Mniszoch ont pris congé de LL. MM. devant partir pour aller au devant de Mme la palatine de Podolie.
Le Roi doit se rendre encore à Pawlowski le soir du 31 ; après qu'il aura passé quelques jours avec sa sœur, il reviendra s'établir à Peterhoff pour y jouir du reste de la belle saison et pour pouvoir venir passer les soirées avee LL. MM. Le Roi a accepté cette invitation.
Bulletin No. 38.
Pétersbourg 4/16 août 1797.
Le 31 , le Roi s'est rendu à six heures du soir à Pawlowski. L'Empereur approuTa le projet du Roi, qui est que, lorsqu'il reyiendra à Zarskoselo d'y amener aussi son médecin et de prendre les eaux de Freydenthal, et ses chevaux de monture, de sorte que, pendant qu'il prendra les eaux, il passera les matinées à Zarskoselo et fera l'exercice nécessaire à sa cure et viendra passer les soirées avec LL. MM. à Pawlowski. Dans la promenade du soir, ils firent voir au Roi une autre partie des jardins; lorsque le Roi prit congé, ils l'invitèrent de venir encore le lendemain pour voir la cérémonie de la bénédiction de Teau, solennité "qui se pratique en Russie trois fois par an; le jour de l'Epiphanie, au mois de mai, et le 1 août Le Roi s'y est rendu à dix heures du matin, il a trouvé trois bataillons des gardes à pied, le régiment Pawlowski commandé par le général Wolkowski et des détachements des gardes à cheval sous les armes, faisant en tout quatre mille hommes, rangés autour de la grande pièce d'eau. Le clergé, suivi de l'Impératrice et des princesses impériales, de toute la cour et du peuple, passa en procession depuis l'église jusqu'à l'endroit préparé pour la bénédiction. L'Impératrice avec les princesses
monta un bel escalier orné de statues de marbre jusqu'au treillage ou le Boi les attendait, et c'est de là qu'ils ont vu la cérémonia L'Empereur à cheyal a commandé en personne; après les saints, tous les drapeaux furent apportés aux prêtres qui les aspergèrent d'eau bénite, ensuite les prêtres présentèrent à baiser la croix à l'Impératrice et aux princesses et à toute la cour et les aspergèrent. Après l'Empereur vint à cheval dire à l'Impératrice de passer au balcon, d'où elle, le Roi, les princesses et toute la cour ont pu voir défiler toutes les troupes, qui étaient partagées en deux brigades, dont la première était commandée par le grand duc Alexandre et la seconde par le grand duc Cîonstantin, suivis de généraux, et du marquis d' Antichamp, lequel est chargé de tout le détail du corps des chevaliers, à cause du grand âge du feld-maréchal Pouszkin. Ensuite l'Empereur s'est occupé selon sa coutume de la toctchiparade. Après le Roi prit congé de LL. MM. et partit pour Pétersbourg.
Le 3 août, le Roi est allé voir les deux exercirkau8 que l'Empereur fait construire Tune en bois dans un quartier éloigné, et l'autre murée près du palais; ils pourront contenir chacun un bataillon; la charpente des toits est d'une constniction remarquable. Il en bâtira un troisième près du jardin public, il y aura tout près une église dédiée à St. Michel. Le Roi reçut avis que sa sœur se reposait à Rapscha et ne doit arriver que le lendemain. Le 4, Mme la palatine de Podolie et
174 HÉMOISES »£eSBTS ET HfioiTS
révéque de Eennes sont arrivés au palais de marbre en bonne santé. *—
Bulletin No. 39.
Pétersbourg 7/19 août 1797.
Le 4, la princesse Michel Galitzin ayant invite le Boi depuis plusieurs jours à sa campagne, le Roi s'y rendit; il trouva dans le jardin un gcmter, puis la compagnie se rendit dans le salon; iiyent un concert auquel chanta une ^Française, QomméeMlle du Beuil , que la princesse connaissait encore en France et à laquelle l'Impératrice avait envoyé son chifire encore avant son arrivée. Après le concert on traversa le jardin illuminé, pour se rendre dans une salle où Ton dansa et soupa.
Le 6, Mme la palatine a fait avec sa fille et l'évêque de Rennes une grande tournée dans les principales rues de Pétersbourg; elle a été émer- , veillée de la beauté des quais et des édifices.
Bulletin No. 40.
Péter&bouig 11/23 août X797.
Le 8, le Roi, accompagné de Tévéque de Rennes et de sa suite, est allé voir l'établissement des ca^ dets à l'école des mines. Catherine H n'y avait placé d'abord que 21 élèves, aujourd'hui il y en a
118, auxquels on enseigne les mathématiques, la physique, la minéralogie et la chimie ; afin de rendre •ces -dernières études plus faciles on a construit une petite montagne dans le jardin, dans laquelle on a pratiqué toutes les espèces de galeries de mines et des puits, comme dans les mines réelles; on a inséré des veines artificielles de métaux et des couches de différentes terres. Le sénateur Soymonoff, directeur de cet étahlissoment, a conduit «le Roi dan» ces souterrains. Il a vu travailler à l'exploitation de la même manière que dans les mines, le tout à la lueur d'un grand nomhre de bougies. Ensuite le Roi fut conduit dans les salles, et a assisté à quelques leçons de physique données par M. Ilmann, et à des leçons de mécanique données par M. Krafft ; les élèves ont également bien répondu en allemand et en russe. Les logements sont propres, les tables bien servies. C'est un des beaux monuments du règne de Zatherine IL Le Roi est parti hier pour Zarskoselo^ pour y prendre les eaux. Les soirées il se rendra à Pawlowski. Mme Pcdolie et sa fille s'établissent aussi à Zarskoselo. L'evêque de Rennes reste à Pétersbourg.
Bulletin No. 41.
Zarskoselo 14/26 août 1797.
Le 13, le Roi est allé avec sa sœur M. et Mme ée Mniszech et leur fille et son médecin (idner à
176 MÉMOIRES 6ECBET8 ET INEDITS
Zarskoselo ; cette fois il ^ sa propre cuisine d'après Tavis du général Bezborodko. Le soir il s'est rendu à Pawlowski ; il fut introduit dans l'intérieur des appartements; Mme de Podolie j fut reçue de la manière la plus gracieuse. - Après un quart d'heure d'entretien LL. MM. consentirent à ce que Mme de Podolie restât dans les appartements avec Mme de Lieven, Mlle Brohussow, demoiselle d'honneur, et Mme de Mniszech, tandis que le Roi les suivit à la promenade. Au souper Mme de Podolie fut placée à côté de la grande duchesse, comme si elle était dame du portrait. La grande duchesse Elisabeth, épouse du grand duc Alexandre, se trouvant incommodée des dents, demanda au Boi son dentiste Cogniard; le Roi le fit chercher de suite. La grande duchesse Alexandre gardait la chambre ayant été soignée pour un petit crachement de sang. La grande duchesse Marie ne parut pas.
Le 11, LL, MM. soupèrent dans l'étage d'en haut, pour montrer au Roi ce bel appartement aux lumières, et témoignèrent au Roi que, s'il voulait voir les appartements le jour, il pouvait venir un matin et il trouverait tout ouvert, et que pour ne pas le gêner, 'ils feraient semblant d'ignorer qu'il s'y trouvait. Le 12, le Roi profitant de cette ofiBre obligeante se rendit le matin à cheval à Pawlowski pendant que l'Empereur exerçait les troupes, il employa près de deux heures à examiner toutes les beautés; il est difficile d'imagiuer une maison mieux entendue pour la disposition intérieure; elle
contient dix-sept appartements dans un carré de dix-sept toises. Quant au détail des statues, bronzes,, tableaux et meubles, il est 'impossible de le faire ici. On y voit tous les présents que Louis XVI a faits à LL. MM. lorsqu'elles ont yoyagé en France^ on trouve plusieurs morceaux de sculpture antique. Un tableau de Murys, et un d'Angelico sont des chefs-d'œuvre. Le soir l'Impératrice fit voir au Roi un grand livre contenant lest plans de Pawlowski; le dessinateur, M. Kuszelow, y a mis beaucoup d'art; ils sont faits à la gouache.
Le 13, Mme de Podolie n'est pas venu à Pawlowski à cause des soirées trop froides qui auraient nui à sa santé. LL. MM. s'en sont informées avec la plus grande bonté. Cette journée a donné de vives inquiétudes à cause d'une chute de cheval qu'a faite le grand duc Alexandre; son cheval effrayé par l'éclair des armes d'une troupe qu'il exerçait, l'a jeté par terre, mais heureusement de manière qu'il en a été quitte pour deux petites contusions à l'épaule et à la cuisse; il. est tout de suite remonté à cheval; on n'a pas trouvé nécessaire de le saigner. Le soir l'Impératrice a bien voulu, à la prière du Roi, montrer les mêmes dessins de Pawlowski à M. de Mniszech. Le Roi a rendu compte à l'Empereur d'une expérience dont il a été témoin. M. Idziedynoff, gouverneur de Zarskoselo, a inventé un ciment composé de brique pilée,od'os calciné, de plâtre, dé charbon, délayés et mêlées dans de l'eau froide; cette composition
178 HEHOISSS SECBSTFS BT INÉDITS
faite daBs un quart d'heure et Ters^ daas de» fentes de pierres, s'est trouTée très- dure le lendemain^ et elle est si tènaoe, que M. Idziedynoff a montré au Roi plusieurs endroits dans lesquels elle a déjà résisté à trois hivers et a maintenu l'union de plusieurs pierres au grand air. Dans les deux d^nières soirées les promenades de LL. MM. ont été raocourcies à cause de la frMcheur de l'air; rintervalle jusqu'au souper a été rempli par la conversation dont le comte de Si Prieat a fait tous les frais; il va rejoindre Louis XVIIL
Bulletin No. 42.
Zarskoselo 18/30 août 1797.
Le 14, l'Empereur fit dire le matin par le général Bezborodko, qu'il priait le Soi de ne pas venir ce soir, car il se préparait à faire ses dévoticots le lendemain, jour de l'Assomption^ selcm le ealenàrkr grec. Dams l'après dîner il envoya M» de fiostopcsrp, un de ses adjiudants, pour complimenter le Eoi sur le jour de fête de sa sœur, Mme Louise Zamoïska, à laquelle il alla ensuite faire complkaeiit de la part d&LL. MM.
Le 16, le !Roi et sa sœur allèrent remercier rSmpereur de cette gradeuse atteoition. Le 16^ le Roi et les personnes de sa ÊuiuUe prireai congé de LL. MM. Le 17, le £oi avec sa familla est
D» STANISLAS ATT^GHISTIE. 179
rettmmé en ville. Le prince Repnin est arrivé à Pëterabourg. —
Bulletin No. 43.
Pétersbourg f-^^^^^^ 1797.
L'Empereur est venu avec Tlmpératrice, tous les princes et princesses en ville. Le lendemain il a assisté à un exercice d'artillerie de siège et ensuite à la parade. L'après ^ner il est retourné k Pawlowski d'où il est parti pour Gaczyna avec toute sa famille. L'Lnpératrice a installé Mme Ceklenbach comme supérieure de la communauté des demoiselles, à la place de Mme de la Fond, morte depuis peu. Le Roi n'a pas assisté à Pexercice de ^artillerie, il a cessé de prendre les eaux, car elles ite lui ont pas fait de bien cette foi», peut-être le diangement de climat en est cause.
Bulletin No. 44.
P^e^sbourg 1-^^-^ 1797.
Le 24, M. de Wotujeff, grand maître de cérémonie, est venu de la part de l'Empereur remtettre au Roi la ohcane de Tordre de St. André, qui ne lui anpait pas été remise à Kiew en Tannée 1787, Iet«que Catherine II lui conféra la croix et Tétoile de Twdre, et en même temps il lui remit toutes les
d byGoogk
180 IcilMOIBES SECBETS ET INEPITS
marques de Tordre de St. Alexandre comme appartenant au Roi dès le moment qu'il, a eu celui de 8t. André.
Bulletin No. 45.
^ 29 août ^wAw
^^^^y^* 10 septembre l^^^'
Le général Bezborodko est venu dans la matinée montrer au Eoi une lettre de Tadjudant de service de l'Empereur, dans laquelle il lui marquait combien peu de logement il aurait à donner au Roi à G-aczyna, sur quoi le Roi engagea sa sœur, qui sans cela ne se portait pas bien, à rester à Pétersbourg avec sa petite fille. — Le Roi, M. et Mme de Mniszech, l'adjudant Gordon et le secrétaire Fabian Poniatowski se rendirent d'abord à Zarskoselo et de là après un léger repas à Gaczyna. Après avoir pris possession de leurs appartements, ils attendirent d'être avertis que l'Empereur eût achevé ses occupations. Ils se rendirent dans la salle où LL MM, assistaient à un concert de virtuoses italiens, parmi lesquels M. et Mme Maggiorletti et Mordini sont les principaux.
Le 30 à dix heures du matin le grand maître de cérémonie Wotujeff vint informer le Roi de tout le cérémonial de la fête du jour de nom du grand duc Alexandre, et en même temps de celle de l'ordre de St. Alexandre. A onze heures le prince Baratynski, fonctionnaire du jour, vint avertir le Roi
DE STANISLAS AUeUSTE.
que Theure de la cérémonie aarrivait. Le Roi re- Têtit par dessus ses habits ordinaires une dalmaiique de damas blanc galonée d'or, avec une grande •croix sur la poitrine et, par-dessus, un grand manteau royal de velours ponceau doublé d'hermine à queue, un chapeau de velours noir avec un seul clobaud relevé sur lequel étaient une petite croix ponceau en guise de bouton et un double plumet droit blanc et ponceau. Cinq chambellans qui furent MM. Strogonoff, Vorcel, Potocki (fils de Szczçsny), Demidoff et Lopouchin, portèrent la queue de manteau du Soi. Lorsque le Hoi se fut rendu dans la chambre eu se trouvaient les princes et les princesses de la famille Impériale, deux gouvernantes des grandes duchesses, filles de LL. MM., Mmes de Lieven et de Eepnin, la comtesse Schouvalofi', grande maltresse, la comtesse Mniszech, le feld-maréchal prince E.epnin, le comte Naryszkin, chambellan de service; on s'aperçut que par méprise le Roi n'avait le -cordon de St. Alexandre que sur son habit, au lieu qu'il devait être par-dessus la dalmatique. Alors le grand duc Alexandre, assisté du prince Repnin, aida le Roi à remettre le cordon selon la règle du jour. Peu après LL. MM. Impériales entrèrent et la marche commença : d'abord les hérauts d'armes et les officiers d'ordre les premiers, les plus anciens successivement jusqu'aux deux grands ducs, le Roi les suivait, avec ses cinq chambellans, après le Roi venait l'Impératrice, et après elle l'Empereur également en habit d'ordre, la couronne sur
182 MÉHOIBSS SlEOfiBTS XT UTÉDITS
la tête. (Lorsque le feu Eoi de Suède «e trouva à Bétersboufg à pareil jour, il alla devant les grands duos paroe qu'il était incognito sous le ikom lie comte de Eiaga» au lieu que le Roi a le pas sur Xee grands ducs; d'ailleurs les manteaux des grands ducs et des autres cheTaLiers n'étaient âoi^ blés que de satin blanc et ne descendaient que jusqu'aux talons.) Bans œt orâie toute la pro- <3es^on se rendit à la chapeile, le Roi fut placé à la droite de l'Empereur, l'Impératrice à gauche, les grands ducs avec leurs épouses à gauohe de rimpératriœ, les quatre grandes dudiesses^ filles de LL, MM., à la droite du Roi, lequel, quoique présent au service 9 n'j prit aucune part Après le service toute la procession retourna dans le même | c^re dans la salle à manger. i
L'Empereur, comme chef de l'ordre, se plaça au | milieu et mit le Roi à droite et l'Impératrice à gaudie; l'Impératrice fut la seule dame à table; \ le grand duc Alexandre à la gauche de l'Impé- j ratrioe et le ^and duc Constantin à la droite | du Roi; soixante chevaliers de St. AlexiUMire i^mplissaient la table, tous couverts de leurs i manteaux, leurs chapeaux selon leur ancienneté ; l'Empereur la oouronne sur la tête pendant tout le dîner. Le gra;nd maréchal Szeremetieff, les maréchaux Wittinghoff et Wielohurski tenant leurs bâtons de maréchaux, quoique revêtus des habits de l'ordre, restèrent debout vis-à-vis de l'Empereur pendant tout le dîner, ainsi que le prince Repuin;
TfE STAKIBXAS AUGUSTE. 18S
\) le prince Koarakin^ MM. Wolajeff et Golowkin^ tous officiers de Tordre, avec cette différence que le prince Eepnin comme chancelier de tous les ordres russes portait la diidne et le manteau de velours i ' vert de Tordre de St. André, sur un ruban bleu ^ en sautoir. Le maréchal Wittinghoff apporta trois It' fois au Roi des verres remplis de vin de Hongrie pour porter les santés du grand duc Alexandre et des chevaliers, Tusage ici n*est pas de faire choquer ses verres, seulement tout le monde se lève en même tempe et boit en même temps la tête décou- ^ verte. Un ooneert vocal italien se fit entendre '^ pendant tout le dîner. Les chambellans du Eoi Tont servi à table. Après dîner, dans le même ordre de procession, toute la compagnie retourna dans la salle d'assemblée. Un de trois évêques russes, nouveau chevalier, fit un discours à TEmpereur; il est à remarquer^ que oe n*est que sous le règne aetuel que les évêques russes ont reçu des décorations d'ordre bleu et rouge. LL. MM. ayant salué I l'assemblée et s'étant retirées dans leurs appartements, le Eoi et tous les chevaliers se retirèrent chacun chez soi, pour y déposer sa dalmatique et le manteau, en ne gardant que le cordon de St. Alexandre. La soirée fut terminée par un bal; il n'y • eut en dames que les princesses de la famille Impériale et des demoiselles d'honneur; et en hommes que les deux grands ducs et les chevaliers attachés à la cour. LL. MM. et le Eoi ne dansèrent pas. LL. MM. demandèrent au Eoi s'il aimait à jouer
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aux cartes ; le Boi s'est avoué très-ignorant et nullement amateur en fait de jeux. L'Empereur dit: j'en fais autant. L'Impératrice dit: il faut pourtant que je fasse un piquet par contenance et elle joua pendant une demi-heure avec les trois maréchaux- Soltykoff, Repnin et Kamenski. —
Bulletin No, 46.
Le Eoi ayant demandé à l'Empereur de lui donner quelqu'un qui se chargeât de lui faire voir toutes les beautés de la maison et^du jardin de Gaczyna, M. de Pleszczeyew lui fut donné. Cest un des hommes les plus estimés à cette cour; il a servi dans la marine d'Angleterre; depuis son retour il a toujours été attaché à l'Empereur et a voyagé avec lui. Il est actuellement général dans la jnarine et revêtu des ordres de St. Alexandre. M. de Pleszczeyew passe pour n'avoir jamais déguisé ses pensées. Il a accompagné le Eoi depuis les souterrains de Graczyna, vraiment curieux, jusqu'au haut d'une tour dont ce vaste château est revêtu. La disposition est restée telle qu'elle était sous le comte Grégoire Orloff, mais les décorations en marbre, bronze et peintures sont du goût de l'Empereur, qui l'a beaucoup agrandi étant encore grand duc. Un peintre polonais, nommé Labinski, élève de Bacciarelli, a peint les arabesques dans
toutes les maisons impériales, mais surtout à Gaczyna où il en a fait de fort belles sur des pilastres de marbre y qui encadrent les tapisseries de la chambre à coucher de l'Impératrice. Cinq grands tableaux de Robert et un de sept pieds de Vemet sont ce qu'il y a de plus beau, ainsi qu'un tableau représentant le diner de Charles UI roi d'Espagne, une partie de chasse au cerf que le prince de Condé a donnée à l'Empereur, alors grand duc, à Chantilly; tous les costumes sont rendus avec la plus exacte vérité dans ces deux derniers tableaux. Il y a un petit tableau d'environ un pied, qui représente les trois grâces peintes sur un morceau de marbre tiré d'Heroulanum, le coloris et le dessin sont d'un genre tout particulier, cette pièce est plus curieuse que belle. Un porterait de grandeur naturelle de Kerre^le-Grand à cheval, est un des plus beaux portraits qu'on a de ce prince; il serait à souhaiter que le cheval fut aussi bien dessiné que le héros; rhabillement est plus moderne que dans les autres portraits, le peintre a oublié l'étoile de 8t. André dont il a rendu la croix avec le plus grand soin. Dans le salon d'assemblée se trouvent deux bas-reliefs remarquables, l'un représente deux ^figures, l'une d'homme et l'autre de femme, il paraît être un ouvrage grec; le temps a rembruni le fond, ce qui fait mieux ressortir les figures qui ont jauni, cela a l'air d'un beau camée. Au-dessus de la cheminée est un Castré d'environ trois pieds de hauteur, très-bien conservé. On prétende qu'il a
gitizedbyCjUOQle
186 HÉH0IBX6 6£€X£TS £T IlfiDITS
appartenu à un des monuments de Trajan, de là il a été transféré à Tare de Constantin, duquel une troupe d'artistes brigands Font arraché , et l'ont offert au comte SchouTaloif, qui Toyageait alors en Italie; il en eut quelques scrupules, mais il l'acheta lorsque les brigands lui dirent: Si vous ne Tachetez pas^ nous le vendrons à quelqu'un autre. C^q portraits se font remarquer dans le cabinet de ^Empereur, du prince Henri de Prusse, du maréchal Szeremetieff, du fameux Munnich, de Soltykoff et de EomanEo£ Au sortir du palais qui est à trois étages^ le S.oi alla dans le petit jardin particulier de l'Empereur. Le Roi ne fit qu'une petite excursion dans le grand jardin, pour voir une fort belle terrasse qui donne sur un lac d'une eau si claire qu'on en voit le fond. L'Empereur a paru satisfait de voir le plaisir qu'a eu le Boi de cet endroit qu'il aime de préférence. Il dit lui-même qu'il lui parait ne se trouver véritablement choE lui que là. Dans Ts^rès dîner le BjOÎ accompagna la &mille Impériale dans la grande promenade qu'ils firent tout autour du grand jardin, qui dura plufr de deux heures. Un jardinier anglais y a déployé tout son talent. La rivière Ivora fournit l'eau à tous les canaux, tous les ponts sont en pierPB de taille. L'Empereur a imaginé l'emplacement d'une terrasse bordée d'un fort beau quai orné de statues, qui, vu de loin, rappelle la terrasse de St. Germain. Le château même ri^pelle le palais Eiohmond en Angleterre. En général l'Empereip a yun goût
gi ize y ^
»E STANISLAS AVeUSTE. 187
distingué en fait d'architeoinire , de plantation, de décoorations intérieures. L'architecte Breno qui a été à Varsovie, est employé actuellement. Apre» la pronoenade il y eut une représentation de tours de Pinetti.
Le 1 seqpi, à knit heures du mâtin, on se rassembla dans rappartement de TLaipératrioe ; le Roi monta dans le carrosse avec l'Impératrice et toute» les princesses pour aller à l'endroit qoe l'Empereur avait désigné. La manœuyre militaire fat exécutée par 7600 hommes; nombre de Toitures contenaient les personnes de la cour. Les troupes étaient parlées en quatre divisions, la première commandée par le prince fiepnin, sous les ordres de l'Empereur^ la seconde par le grand duc Alexandre, la troisième par le grand duc Constantin, la quatrième par le feld-maaréchal Kamenski. La manœuvre a doré trois heures, 'l'infanterie occupait un petit bois, la cavalerie a fait plusieurs attaques. Outre les ohangemente que l'Empereur a introduits, il a fait faire des genouillièree aux fantassins pour garantir les genoux, quand ils doivent mettre genoux en t^re pendant les charges. L'Empereur, pour montrer sa satisfaction aux officiers, les a, fait dîner dans la même galerie où s'est donné le repas. Le Roi accompagna la famille dans une promenade pour voir la maison de Mlle Nelidoff, au faubourg de Gacsyna; tout est mignon, petit et propre, comme cela se voyait dans les logements des abbesses en Erance. On servit un goûter de fruits,^ thé et café; attenant
188 uéHOIKES SECBSTS ET INÉDITS
« ce jardin est un champ cultÎTé en toutes sortes de grains et légumes, tout auprès se trouvent les nouvelles casernes et beaucoup de maisons des seigneurs de la cour. Le soir il y eut Topera de Zêmir et Azov,
Le 2y le Eoi visita une seconde fois Tappartement de l'Empereur qui lui fiit ouvert par Koutouzoff; son valet de chambre de confiance; né Turc, il fut pris encore enfant et élevé avec beaucoup de «oins; il a accompagné l'Empereur dans tous ses voyages. La soirée fut terminée par la représentation d'un vaudeville français, Renaud cPIkistie, Oaillard, malgré son grand âge, joue encore, en att<»idant l'arrivée de plusieurs acteurs célèbres que Ton fait venir.
Le 3, le Roi a assisté à cheval à la manœuvre; on a exercé les pontonniers à construire un pont fiur la rivière, qui a été achevé en moins d'une heure. L'Empereur en parut content et fit manger à sa table tout Tétat-major. Le soir on donna deux pièces françaises le Franc Breton et Crùpin mé-
Bulletin No. 47.
Gaczyna 7/19 septembre 1797.
Toute la cour a ôté le deuil pour faire les félicitations à la grande duchesse Elisabeth, femme du grand duc Alexandre, pour sa fête du lendemain; Tusage est de féliciter la veille, i
SE STANISLAS AUeiTSTE. 189
lie 5, le chevalier Harta, ministre de Portugal, a eu audience de l'Empereur pour lui notifier la naissance d'une princesse de Portugal; cette audience a été suivie de celle de M. Blohm, envoyé de Danemark, il jouit d'une grande réputation; le soir il y a eu bal à la cour, le Roi a joué au piquet avec l'Impératrice.
Le 6, le Eoi est allé entendre la messe dans une église du bourg de Gaczyna où le service se fedt tantôt par un prêtre catholique, tantôt far un ministre luthérien. En revenant le Roi est allé Toir un obélisque de pierre de taille que TEmperenr a fait élever près du grand chemin; il est haut, d'environ 40 pieds; tout auprès il y a un mnr,^ sur lequel on a traôé toutes les heures du jour, sur lesquelles l'ombre de cet obélisque sert de gromon et rappelle un pareil gromon érigé par Auguste à Rome, qu'un tremblement de terre renversa. Le duc de Crussal, qui a accompagné ici sa sœur la princesse de Tarente, a pris congé de LL. MM. et retourne en Angleterre* Le comte de St. Priest va chercher sa femme en Suède; la soirée a été terminée par la représentation du Franc Breton. Le prince Jousoupoff a présenté à l'Empereur un vase de porcelaine de Pétersbourg, imitant parfaitement- les vases étrusques. L'Empereur a fait réloge du prince sous la direction duquel cette faorique s'est perfectionnée.
Le 7, il y a eu manœuvre ; l'Empereur a fait passer son infanterie par un bois ; elle . l'a fait avec tant
190 HÉH0IBB6 »£OBirPS ST INBDITS
d'ardre, qu'elle est sortie en front de ligna Le soir on a donné l'opéra de Nina.
Bulletin No. 48.
Gaczyna 11/23 septembre 17d7.
Le 8, on a donné en russe une pièce de Kotzeibue.
Le 9, la cour a dîné dans une salle du jardia; après une promenade elle a goûté ohes le forestier Handins, dans le paro aux cerfs. Le soir râpera eomique de Eenaud en russe.
Le 10, manoeuvre dans la matinée. Le soir représentation eau russe d'une pièce de Eotzelme intitulée les InàieM h Londres,
Bulletin No. 49.
Gaczyna 14/26 septtmbre 1797.
Le 11, comme c'est l'ufsage à la cour, on ôta le deuil de €ati&erine li la veille pour faire les baise -main» de fêtioitations à la grande duchesse Anne, femme du grand d«c Gonetantin; le Eoî ne e'y troQ7a pae.
Le 12, comme jour de gala, toutes les priiir cesses et princes dînèrent aree LL. MM. Le maréchal Wielohurski présenta le y^rre de vin à LL. MM., un ohambeUan et tous les conviTes se levèrent pour boire à la santé de la grande duchesse. Le
J>B STANISLAS AUeVSTS. 191
MÎT il y^eut bal, le Roi joua au piquet avec l'Impé^ ra^irice. L'Empereur ne joue jamaû.
Le 13, le Roi^ avec le comte de 3t. Prieet et le comte de Keaaelrode, est allé entendre la meese &u bouig de Gaezyna. Le soir opéra italien àt Midtnora, —
Bulletin No. 50.
Gaezyna 18/30 septembre 1797.
Dans la matinée s'est faite la dwnière manQBUYre, rEmpereur' n'étant pas content, Ta recommencée jusqu'à trois fois. Le soir opéra italien la JPàstoreUa nobile.
Le 16, le temps continuant à être beau, l'Empereur dîna en plein air sous une tente qu'il fit dresser dans son petit jardin. Le soir on donna la première représentation de degli chiaviper amare. Le prince d'Hplstein, lieutenant général en chef au aerriee de Prusse, est venu à Oaczyna et a assisté à la manoeuTTQ^ l'Emperenr le traite comme un prince du sang. Loinis XYUI a eu un présent de 200 mille rofubles de l'Empereur et so& agrément d'allé demeurer à JoTern, sd^gineurie appartenant à l'Emperwir piar anKsoession après sa mère princesse d'Anbalt^ et qui est aitué entre Brêm^ et Emibden. Le revenu actuel de Louis XVIII ne consiste qu'es ce que l'Espagne et Iffaptos lui foumiasent ; ce n'est que huit mille ducats; son frère qui d^n^eiire à
192 HÉHOIKES S£CB£T8 ET UTÉDITS
Edimbourg, reçoit du roi d'Angleterre 70 mille ducats. Le prince de Tarente reçoit de la Russie une pension de 3000 roubles. Le corps des chevaliers-gardes va être diminué; on ne sait si le marquis d'Anticbamp restera ou s'il sera ^ansféré ailleurs. Les deux feld-maréchaux Repnin et Kamenski ont reçu chacun une bague avec le portrait de l'Empereur entouré de diamants. Les généraux inférieurs ont eu des boites , des bagues avec le chifire de l'Empereur en diamants.
Le 17, une grande partie des régiments qui ont manœuvré ont reçu un ou deux roubles par tête de gratification et sont repartis. Le soir l'opéra degli chiam per amore a été répété.
Bulletin No. 51.
Gaczyna.
Le 18 y dans l'après diner le Roi a accompagné la cour qui est allée voir une carrière de pierre qui sert à toutes les constructions de Gaczyna; on taille de très-grands blocs et des détriments; on y brûle de la chaux pour les casernes et maisons des seigneurs habitués près de la personne de l'Empereur. Le soir il y eut représentation de l'opéra italien la lanterne de Diogène,
Le 19, selon l'usage la cour ôta le' deuil; dès huit heures on se rassembla dans les appartements
de TEmpereur, le Roi fut le premier qui complimenta l'Empereur pour son jour de naissance. Après que le Roi se fut retiré, les baise-mains eurent lieu, il ne remdnta que pour le souper, quoique LL. MM. l'en dispensèrent à cause d'un gros rhume.
Le 20, le Roi avec sa suite alla entendre la messe à l-église du faubourg, le prêtre chanta un Te Deum à cause de la fête du jour. Le prince Stanislas, le comte Mniszech, le maréchal Tyszkiewicz et le comte Moszyriski, furent déclarés conseillers privés d'état, ce qui donne le rang de général en chef. Le prince Stanislas a eu le cordon de St. Alexandre, M. Tyszkiewicz est maréchal de Lithuanie dans tout le gouvernement du prince Repnin, excepté Minsk, qui reste sous le gouvernement de M. Berleszew, ainsi que les provinces méridionales de la Pologne. M. de St. Priest a reçu en don pour lui et ses fils une starostie après M. Pac. Le comte Choiseul a reçu de l'Empereur six mille ducats de rente; un de ses fils devait épouser la troisième fille de Mme Szczçsna Potocka, appelée Constance, qu'on dit plus jolie et plus instruite que ses deux sœurs aînées, mais boiteuse; pourtant cela a changé et le jeune Choiseul épouse Victoire, la seconde fille. Mme Szczçsna sollicite toujours la confirmation du règlement de Catherine II, savoir que son mari lui rende un revenu égal à celui dont elle avait hérité en propre de son père; cette afiaire est renvoyée à la décision de M. Berleszew. Mme Szczçsna témoigne les plus grandes attentions
au Roi et aux personnes de sa famille. La femme du prince Xavier, née Rzewuska, s'est séparée de son mari, poijr vivre avec M. Hogner, ci-devant ministre de Hollande, à présent négociant à Odessa.
L'Impératrice a donné à TEmpereur pour bouquet une tête à Thuile peinte par elle d'»après Charles Muratte, un cheval et deux grands vases de marbre blanc, ornés de bras de bronze. Le soir il y eut bal, le Roi joua au piquet avec l'Impératrice.
Le 21, le comte et la comtesse Mniszech et le comte de St. Priest retournèrent à Pétersboui^; l'Empereur ayant témoigné au Roi le désir de faire avec lui une promenade à cheval, la journée étant belle, ils partirent, accompagnés des deux grands ducs, du prince Repnin et de plusieurs généraux jusqu'à un moulin situé à sept verstes de Graczyna; l'Impératrice avec les princesses s'y rendit en carrosse. L'on y dîna. Le soir il y eut représentation française de V Avocat pcutelin et du Déguisement inîUile. Après souper le Roi prit congé de LL. MM. en témoignant le désir de venir à Gaczyna pour la fête de l'Impératrice, ce qui fut très-gracieusement accordé. —
DIS SIAKISLAS A17&USTB. 195
Bulletin No. 52.
' ' P^tersbouxg ?5j^E^ 1797.
Le 22, le Roi est rerenu à Pétersbourg.
Le 23, il est allé avec sa famille voir la nou* Telle collection de tableaux du chancelier Bezbo- Todko; il a eu l'attention pour Mme de Pûdolie de lui préparer un fauteuil à roulette pour monter Fescalier.
Le 25, le £oi est allé voir le nouvel établissement de charité que l'Impératrice vient d'instituer pour des orphelins et pour accoucher des personnes indigentes.
Bulletin No. 53.
Le 26, le Eoi est allé avec sa sœur et MM. de MnÎBzech revoir la galerie du comte Strogonoff, qui a eu cette fois-ci la satisfaction de la lui montrer luimême; il a fait descendre tous les tableaux pour les bien faire voir au Koi. Le nonce Litto et son frère y ont été aussi.
Après, le comte Strogonoff a fait voir au Boi sa collection d'histoire naturelle, et toute sa maison; l'appartement de sa belle -fille a étonné par son élégance l'évêque de Bennes. M. Nowosielcow?