‹ Mémoires secrets et inédits de Stanislas Auguste comte Poniatowski, dernier roi de Pologne, relatifs à ses rapports intimes avec l'impératrice Catherine II et à son avénement au trone. Journal privé du roi Stanislas Auguste pendant son voyage en Russie ... Suivi d'une relation de ses funérailles, depuis le 12 février jusqu'au 8 mars 1798Chapitre 12 sur 13 · MÉMOIRES SECBETS ET INÉDITS · texte numérisé non relu

MÉMOIRES SECBETS ET INÉDITS

neveu du comte StrogonolF, fit entendre au Roi le son d'un piano-forte fait à Pétersbourg, qui surpasse tout ce que le Roi a enteàdu en instruments de ce genre.

Le 26 sept., le Roi est allé voir un brocanteur nouvellement arrivé, nommé Lioneki. Le Roi en passant a été étonné de voir combien le nouveau palais de St. MichM était déjà avancé.

Le 27 sept, le Roi est allé voir THermitage. Le prince Jousoupoff a mis en orc^re les collections.

On a fait monter Mme de Podolie en roulette par la même rampe dont feu l'Impératrice se servait. Le Roi a vu les changements que Tarchitecte Brenno a faits à ce château par ordre de l'Empereur et qui l'embelliront beaucoup.

Bulletin No. 54.

Pétersbourg 2/14 octobre 1797.

Le prince Repnin est parti inopinément pour Vilna, avec une commission particulière de l'Empereur. Un bruit se répand qu'on a découvert quelques complots en Volhynie et en Lithuanie, mais il n'y a rien de certain; le Roi est allé voir le reste des tableaux chez le brocanteur Lioneki, mais il n'a rien trouvé de remarquable. ^

Bulletin No. 55.

Pétersbourg 6/18 octobre 1797.

Le 2, le Roi est allé voir la maisonnette de bois où Pierre-le-Grand logea, lorsqu'il entreprit de fonder la ville de Pétersbourg. Pour conserver ce souvenir de Pierre-le-Grand, on a bâti au-dessus de -cette maisonnette un couvercle, ce qui la fera durer encore longtemps; on conserve une barque et des rames, dont on prétend que Pierre-le-Grand s'est servi.

Le 3, le Roi est allé voir les pompes à feu, dont Tune servira à des ouvrages de fer et Tautre donnera le mouvement à un moulin, qui non-seulement doit produire la plus belle farine, mais il séparera en trois les matières farineuses; les résultats se montrent toujours inférieurs à Tannonce, mais ce qu'il y a de curieux, ce sont les meules, qui sont d'une espèce de pierre à fusil tirée de la Champagne; combien il a fallu de soins pour les transporter jusqu'en Russie; de plus ces meules, beaucoup plus grandes que les ordinaires, ne sont pas d'une seule pièce; celle qu'on a montrée au Roi est de 64 morceaux unis avec du fer et du ciment. — Le soir la princesse Dolgorouki fit une surprise au Roi, en lui faisant trouver un théâtre dans le palais de marbre, on a joué deux pièces françaises; le comte Golowkin, la comtesse Lilwinoff, le comte Lerchenfeld, le marquis de Mont-Mort, M. Rivière,

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la princesse Bolgoroukî étaient les acteurs, une quarantaine de personnes invitées par la princesse Dolgorouki, furent les spectateurs et soupèrent chez le Roi.

Le 4, étant l'anniversaire de la consécration de l'église catholique, le Roi s'y rendit avec toute sa famille ; la messe fut chantée par le nonce Litto. — Les archevêques de Polock, le métropolitain Ro&tocki et l'évêque de Rennes furent présents.

Le 5, le Roi ayant appris que l'Empereur avait donné ordre qu'une de ses loges au spectacle ftit toujours réservée pour lui, alla le soir à la représentation de l'opéra de Didon, Le prince Jousoupoff, l'ayant reçu à la porte, lui dit: l'Empereur, sachant que vous aviez la vue basse, m'a dit de vous conduire ici pour être plus près du spectacle, c'est la loge qu'il occupait étant grand duc; cependant si vous voulez jouir bien de l'optique pour la dernière scène, j'aurai l'honneur de vous conduire à la loge Impériale; ce qui fut exécuté.

Le 8, l'Impératrice ayant su que le Roi avait cherché à se procurer la relation de l'ambassade à la Chine de lord Macartney, a eu la gracieuse attention de lui envoyer cet ouvrage par M. Violier; le Roi le chargea de témoigner à Sa Majesté toute sa reconnaissance.

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Bulletin No. 56.

Pétersbourg 9/21 octobre 1797.

Le 6, le Roî est allé voir la cathédrale située dans la forteresse, qui est au milieu de la Neva, qui fut commencée par Pierre-le-Grand et achevée par l'Impératrice Anne. Ce qui rend cette église remarquable, c'est qu'elle contient, non pas dans un caveau, mais sur le même pavé où est l'autel au côté droit, six cercueils couverts chacun d'un drap d'or aux armes Impériales; le premier est celui de Pierre-le-Grand, à côté duquel Catherine II a fait poser à terre le pavillon de la flotte turque pris à Tchesme ; le second est celui de Catherine I; le troisième celui de l'impératrice Anne; le quatrième de l'impératrice Elisabeth; le cinquième celui de Pierre III; le sixième de Catherine IL Et dans la nef gauche se trouve le cercueil de la grand'mère de l'Empereur actuel, sœur aînée de l'impératrice Elisabeth, mariée au duc de Holstein père de Pierre III; à côté de cette église est un bâtiment voûté, qui contient uniquement le bateau sur lequel Pierre-le- G-rand, encore jeune, se contraignit lui-même à ne pas craindre Teau sur un lac près de Moscou.

Le 7, le Roi dans sa promenade du matin alla rendre visite à la comtesse Anne Nikilyczna Naryszkin, qui demeure encore à sa campagne. Le soir le Roi est allé au spectacle de société, auquel

il a été invité ; ce sont les Allemands et les Livoniens qui demeurent ici, qui entretiennent à leurs frais ce théâtre, sur lequel les personnes de leur société s'amusent à jouer, ils ont très-bien joué une pièce de Kotzebue.

Le 8, M. Borgien, banquier du Roi, lui a appris Tagréable nouvelle que les deux groupes qu'il a destinés à r£mpereur, s^nt heureusement arrivés.

Bulletin No. 57.

Pétersbourg 13 25 octobre 1797.

Le 9, le Roi avec toute sa famille a soupe chez la princesse Dolgorouki ; c'était une surprise que le Roi voulait faire à la princesse, mais elle avait été prévenue.

Le 10, le Roi dans sa promenade est allé visiter l'atelier de M. Riet, un des peintres les plus estimés ici pour la miniature.

Le 12, le Roi est allé voir la pompe à feu, mise en action; il a vu des fontes en fer, en sa présence, et de la plus grande beauté, des cheminées, des cuisines de vaisseaux etc. etc. Le même jour a dîné chez le Roi un évêque grec, né à Corfou, nommé Ugene ; il a traduit l'Enéide en vers grecs, avec grand succès. Il parle français, italien, connaît leurs littératures; sa conversation est instructive et gaie, il a déjà 80 ans.

Le 13» le Roi a fait ses dévotions et est parti pour Gaczyna. —

Bulletin No. 58.

Gaczyna 15,27 octobre 1797.

Le mauvais chemiii a tellement endommagé les Toitures du Roi qu'il n'arriva que le soir à Graczyna. Mme de Mniszech a été tellement fatiguée dans son état de grossesse qu'elle a été obligée de se mettre au lit; l'Impératrice a demandé après Mme de Podolie et sa petite-fille qui sont restées à Pétersbourg, ensuite elle a demandé au Roi s'il était vrai que le prince Stanislas se mariait? le Roi répondit, qu'il ne savait rien là -dessus; elle demanda dans quel état de santé se trouvait le prince Joseph, neveu du Roi, lequel répondit, qu'elle ee trouvait si mauvaise, qu'il n'avait pas pu accompagner sa sœur pour aller voir leur mère.

Le 14, le dîner de cérémonie se passa comme de coutume, le soir il y eut bal, le Roi joua au piquet avec l'Impératrice, les deux princes Kourakin, le comte StrogonofiP, l'envoyé d'Angleterre Withworth , lequel avec le comte Dietrichstein ont été les seuls de tout le corps diplomatique priés à Gaczyna. Le prince Kourakin et M. de Wasiliew, grand trésorier, ont reçu de l'Empereur des étoiles en diamants de l'ordre de St. Alexandre; sous le règne actuel il n'est pas* permis de

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