‹ Mémoires secrets et inédits de Stanislas Auguste comte Poniatowski, dernier roi de Pologne, relatifs à ses rapports intimes avec l'impératrice Catherine II et à son avénement au trone. Journal privé du roi Stanislas Auguste pendant son voyage en Russie ... Suivi d'une relation de ses funérailles, depuis le 12 février jusqu'au 8 mars 1798Chapitre 3 sur 13 · MÉMOIBES SECRETS ET INÉDITS · texte numérisé non relu

MÉMOIBES SECRETS ET INÉDITS

a vues. Le Roi a revu avec plaisir M. Bogerson^

médecin de feu rimpératrice, et qui est à présent

j attaché au petit grand duc Nicolas, et à la toute

I cadette grande duchesse^ qui sont les deux seuls

[ enfants de la famille impériale qui sont restés ici

! Le 13/25 le Roi a eu la satisfaction de revoir

chez lui le frère du baron d'Asch, qui est le chef ■ ' au collège de médecine de cet empire, et qui est : le même qui a guéri le Roi il y a 40 ans de la

petite vérole volante. Il 'jouit d'une bonne santé; c'est un homme qui, par toutes ses qualités personnelles, est bien digne d'être le frère du baron d'Asch qui est à Varsovie. Dans la matinée du même jour, le Roi est allé avec sa famille voir la belle maison du comte Bezborodko, ministre; elle fait preuve également de sa magnificence et de son goût pour les arts, dont elle contient de bien beaux morceaux en fait de peinture, sculpture, bronze,» meubles, etc. etc. Ce ministre e^t actuellement en route avec S. M. I. pour Moscou. Le général comte Bezborodko a montré la maison de son frère au Roi, qui aura la satisfaction d'être accompagné de ce digne général encore à Moscou. „Comme l'Em- „pereur et tous ses ministres sont partis, je n'ai pu „encore rien faire de mieux pour le cardinal Âlbani, „que d'envoyer dès aujourd'hui au prince Repnin la „copie du mémoire que vous m'avez envoyé à sou „8ujet Quand je serai sur le lieu, je verrai ce que ,Je pourrai eflfectuer; j'y porterai certainement la „meilleure volonté. Je m'entendrai là-dessus avec

,4e nonce Litto« mais ce ne sera pas facile à Mos- „cou, à cause des fêtes du couronnement et parce „que l'Empereur doit bientôt après faire une tournée „dans les provinces, qui sera dit-on de deux mois."

Bulletin No. 10.

,- - 28 mars , ^„

Moscou le r- -— TT 179 <. <m

9 avril ^

Après un voyage de neuf jours et demi, le Roi ^

est arrivé ce matin à onze heures ici, deux jours «.

plus tard qu'il ne l'avait compté à cause de quinze 3

voitures brisées en chemin , dont plusieurs Tout été »

deux fois, à cause des chemins gâtés au-delà de toute C

expression, par Tes variations continuelles du temps et par la quantité innombrable de voitures qui depuis trois semaines ont labouré cette route. Le gé- | néral Bezborodko ayant quitté le Roi à la dernière j couchée, est allé en avant prendre les ordres de t 8. M. l'empereur à Petrowski, maison de campagne : impériale, à six verstes d'ici. Il est revenu de là, \ au-devant du Roi , pour lui dire que 8. M. l'Empe- ; reur désirait sa bien venue, mais que, surchargé d'occupations comme il était, il ne pouvait pas le voir avant samedi ^ ^^ , jour auquel l'Empereur fera son entrée solennelle dans Moscou, pour laquelle on fait les plus grands préparatifs. Le Roi est descendu dans un palais bâti par le défunt feld-maréchal Zachar Czemiszew, et qui depuis sa mort, était devenu l'habitation du gouverneur général de

78^ HEMOIKBS SECRBTS £T lîTÉDITS

cette capitale et de cette province. Ce palais est en marbre, presque guère moins magnifique que ce-

4 lui que le Roi habite à Pétersbourg, Le Roi a :i; trouré dans cette maison le prince Gragarin, chargé

5 de la part de l'Empereur d'en faire les honneurs au Roi. Il s'en acquitte avec la meilleure volonté et ,1a plus grande attention. C'est le même qui a- passé par Varsovie, il y a de cela quelques années avec sa femme, née princesse Galitzin.

Le prince Stanislas est arrivé avec le Roi, qui a trouvé le comte et la comtesse Mniszech

|: ëtablÎB dans cette même maison. Au milieu des

•; embarras inévitables, en arrivant après un si grand

« voyage et dans une ville aussi immense et si occu-

pée des préparatifs que les circonstances amènent, j ce bulletin d'aujourd'hui ne pourra guère être

i plus long.

î „Les dcmestiques du dernier gouverneur qui a

„habité ce palais, ont foit la même chose que ceux „du grand duc Constantin ont fait au palais de „marbre, dans presque tous les logements ou Tonj „a placé la suite du Roi; ils ont emporté presque' ^tentes les tables, chaises, et serrures des portes.' „Le8 chevaux et les voitures du Roi n'ont tromvéi „d'6mplaoement qu'en partie. Dites à Eicki qu'il „ne pense seulement pas à faire imprmer mes bol- „letins, ou à les insérer dans la galette/'

BS SY4NI&LA8 ÀUfiUSTB. 79

Bulletin No. 11.

Moscou le ?? ^ 1797. î

11 avril ^

f Le 27 mars le Boî avec les personnes de sa fa- '

I i&ille et 8a suite est allé voir la maison du comte 3i

Bezborodko ministre, destinée à l'habitation de VEm- î

perenr. Elle mérite bien d'être vue, car de l'aveu i^

de tontes les personnes qui ont voyagé et de L. M. I. 2

m^es, il n'existe pas dans l'Europe une makon, m l'on ait employé plus de magnificen<» et plixs 3

de goût^ surtout en bronze, tapisseries et en meubles, ^

dont les formes sont aussi belles que riches. On S

a évalué le prix de cette mîdson à sept cent mille roubles. Elle est l'ouvrage de neuf années à ce |

que dit le comte Bezborodko, qui s'y est trouvé lui- |

même, pour en faire les honneurs au Roi. Sa mai- i

son de Pétersbourg contient plus de tableaux précieux, mais à cela près elle est très-inférieure à : eeUe-cL Les personnes qui ont vu St. Gloud au \ moment où la Eeine de France venait de Tacheter, i dtaent qu'elles trouvent les ornements de cette maison encore plus riches et plus finis. La plus grande partie des boiseries dorées et les chaises ont été &ltes à Vienne, La plupart des bronzes- ont été Tendus au comte Bezborodko par les émigrés français les. pln^ riches. Bans la salle à manger il y a uoa buffiat de parade> dont les gradins sont gar- Bts de plus de 200 vases d'or, d'argent, d'ivoire,

80 HÉHOIRSS SICCBETS £T INEDITS

de corail etc; tous aussi précieux par Touvrage que par la matière; outre de fort belles hauj, tes lisses étrangères, il y en a de très-belles fa- [.' briquées en B^ussie. Il y a surtout une tapisserie \ en soie chargée d'un dessin en arabesque, faite en ^ Russie, vraiment charmante. Les meubles chinois s'y trouvent en profusion. Un péristyle en colonnes précédé d'une quinzaine de marches forme l'entrée. Un jardin embellit cette maison, d'ailleurs très-bien située, ouverte de tout côté; mais elle est placée à l'extrémité de la ville de Moscou opposée au palais Petrowski, de sorte que l'Empereur a eu environ six verstes à faire, pour venir de Petrowski jusqu'au centre de Moscou et autant du centre de la ville jusqu'au palais Bezborodko, c'est-à-dire près de deux lieues d'Allemagne. Le 28 mars l'entrée solennelle de LL. MM. Impériales s'est faite de la manière suivante : La marche a commencé entre midi et une heure, de Petrowski. Une centaine de cosaques en uniformes bleus, armés de piques peintes en rouge, ouvrirent la marche; ils étaient suivis du régiment des hussards du corps ; après venait le régiment des gardes à cheval, cuirassiers, aujourd'hui habillés en blanc au lieu de bleu, comme iLa étaient autrefois. Venait ensuite le corps dos chevaliers gardes habillés en blanc, suivi d'une oemtaine de carrosses des principaux seigneurs ; les dep- 1 nières voitures étaient ouvertes et portaient les mab^ ■ / réchaux de cour Tysenhauss et Wiel/Dhorski quito-i naient leurs bâtons d'argent surmontés d'aigles, «^

le grand maréchal comte Szeremetieff. Ensuite ont passé à cheval et revêtus de surtouts brodés et chaussés de guêtres de satin blanc^ une quarantaine de gentilshommes de la chambre et de chambellans. Après a passé Sa Majesté TEmpereur à cheval de-

! vaut la maison que le Roi habite, à deux heures 1

I après midi, les deux grands ducs étaient également à cheval à ses côtés, un peu en arrière le feld- >

maréchal prince Eepnin Tépée à*ia main, comme cQmmandant en chef des 40 mille hommes de troupes îl

actuellement réunis dans cette capitale. Une qua- J

rantaine de généraux et d'adjudants de différents |

grades précédaient et suivaient l'Empereur, lequel a î

salué avec une attention très-marquée le Roi qui ï

se tenait dans une fenêtre, qui, ainsi que le balcon du bel étage, était couverte de tapis de velours et S

autres étoffes. Outre toute la suite du Roi, beau- 1

coup d'autres personnes, tant polonaises que russes, s'étaient rassemblées dans cette maison, pour jouir de ce grand spectacle, entre autre Mlle JSTelidow, ]

première fille d'honneur de S. M. l'Impératrice, avec plusieurs personnes de sa famille.

Immédiatement après le groupe qui entourait l'Empereur, marchait le premier régiment des gardes Preobrazenski; après venait le grand carrosse de parade dans lequel se trouvaient S. M. l'Impératrice assise seule dans le fond, et devant la grande duchesse épouse du grand duc Alexandre, et la grande duchesse Hélène fille de LL. MM. Impériales, toujours remarquable par sa beauté et qui paraissait en avoir encore

Page 1