MÉMOIRES SECHETS ET INÉDITS
lequel se trouvait le Roi avec M. et Mme Mniszeck, et s'est entretenu un moment avec eux ainsi que l'Impératrice, qui était dans une espèce de char ouvert fort élégant, avec toutes les princesses. Le grand duc Constantin était à cheyal avec son père. Le grand duc Alexandre ne s'y est pas trouvé par ménagement pour une suite de mal de dents dont loignard, dentiste du Roi, Ta très-heureusement guéri. Comme la transition de Thiver à Tété se fait ici beaucoup plus promptement qu'en Pologne, de sorte que la saison du printemps n'y existe presque pas, on a éprouvé ce jour-là une très-grande chaleur, tandis que le jour auparavant on avait vu encore de la neige et beaucoup de glaces dans les rues de Moscou. Les feuilles commençaient à paraître ce jour-là sur les arbres.
Le 2 mai, l'Empereur a exercé dans ce même endroit son régiment des gardes à. cheval. Le soir il y a eu appartement, auquel le Roi s'est rendu pour prendre congé de LL. MM. Après l'appartement, la famille Impériale est allée au jardin attenant à présent au palais acheté du prince Bezborodko pour en voir l'illumination, malgré le froid très-vif qui a succédé à la chaleur de la veille. Le jardin se trouve placé entre ce palais et un autre grand palais que l'impératrice Catherine II a fait bâtir, mais qui n'est pas encore achevé. Une rivière, nommée Jauza, passe par ce jardin, lequel planté encore par Pierre-le- Grand, paraît l'avoir été sur des dessins français, parce qu'il ressemble
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beaucoup aux jardins plantés du temps de Louis XIV par le fameux Le Nôtre. Le 3, l'Empereur est parti à huit heures pour la Lithuanie, avec ses deux fils et le prince Bezborodko. L'Impératriceest partie en même temps pour Pétersbourg ou plutôt pour Pawlowski avec les princesses. Ce même jour l'ambassadeur Cobentzel, et le ministre d'Angleterre Withworth ont demandé à dîner au Roi, à titre de gourmands. Ils ont gracieuse M, Tremo comme ancienne connaissance; l'ambassadeur de Suède baron de Steding, le chevalier Itorla ministre de Portugal, ainsi que le comte Dietrichstein et le baron de Leykani, se sont trouvés aussi à ce dîner, ainsi* que M. Lloyd, neveu de M. Withworth. Le comte Dietrichstein, le même qui a passé par Grodno lorsque le Roi y était encore^ a été envoyé pour complimenter FEmpereur sur son avènement au trône. Il ira encore à Pétersbourg avec le comte Cobentzel, jeudi prochain. Le baron de Leykam retourne à Vienne. Le soir le Roi avec M. et Mme Mniszech sont allés voir le jardin du défunt Orloff. C'est un des plus jolis jardins dans le goût anglais qu'on puisse voir, et dans la situation la plus pittoresque au bord de la Moskowa, tout à l'extrémité de la ville. La princesse Radziwill qui a accompagné le Roi dans cette promenade, part dans peu de jours avec son mari et ses deux fils pour Boryssow, qu'ils ont obtenu en hérédité. Le Roi est invité avec sa famille le 7 mai par le général Szeremetiefi", le particulier le plus riche de
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la Euedi^i à m maison de campagne à quelque»
Terstes de Moscou où il a aussi tmté la famiUd impériale. Les incluses sout recommandées comftte • à Foxdiuaire. Le d-épart du Roi aura lieu le ^ au plus tard.
„Dite8 à Bornaval que j'ai reçu hier sa lettar^ ^u 17 avril, que le prince Eepnin et toufl les mi- ,,mstres étant absents, je ne puis rien faire pour lui ,^ar eux jusqu'à leur retour à Pétersbourg et, „pour ce qu'il me demande directement à moi, j'y „fiati9ferai, écrivant sous peu de jours à M, Kicii „par Meissner, qui ira droit à Varsovie, par Smolensk ,^et Grrodno. Il partira le m^e jour que moi, „dite8 cela à Kicki. Quant à ce qui regarde l'im- „pres8ion dans la gazette de Varsovie du contenu „de mes bulletins, la raison pour laquelle je veu::^ „qu6 cette impression n'ait pas lieu, o'est que, vu „la disposition des esprits d'ici, j'ai lieu de sou- „haiter qu'il soit le moins question possible de moi „dans la gazette de Varsovie, suj laquelle sont failt „ioi souvent les raisonnements les plus inattendus. ^Personnellement, je suis toujours bien traité; mais „on me répète souvent qu'on ne voudrait pas que „je parle pour d'autres. Nos compatriotes qui ap- ^prennent les marques d'amitié que l'Empereur me „donne, m'accablent de demandes qu'il m'est très- ^douloureux de ne pouvoir effectuer. Les CzartO' „ryski sont devenus adjudants des deux grands „duc8 sans l'avoir demandé, et ils partent demain et ,ydoivent revenir au 1 septembre. — Dites à Chrep*
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^towicz, que Chominski, après avoir beaucoup soui^ „fert, après s'être pleinement justifié à Pétersbourg, ^près 7 avoir reçu les témoignages les plus fla^ «teurs âssL regret de l'Emperfeur de Tavoir affligé^ ^près avoir reçu ua ordre de revenir ici, a'a pa j^rieB effectuer finalement. Il retourne en Lithuanie „et veut revenir à Pétersbourg dans deux mois, ^^pour voir Tissue de ses demandes. Snvoyez-moi ,4)our essai le premier No. du nouveau Spectateur „du nord."
BuUetîn No. 21.
Pétcrsbourg ^ 1797.
Le 7 mai dînèrent chez le Roi le prince George Wladimir Dolgorouki, gouverneur actuel militaire çt civil de Moscou, et sa femme. C'est le même^ lequel ayant été pendant un an en quartier à La* bun en Volhynie, s'y est conduit de façon à mériter Va plus grande reconnaissance des habitants de cette province. Sa douceur et sa bonté le font honorer généralement dans Moscou, ainsi que son épouse, fille du feld - maréchal Buturlin, que le Boi a connue encore demoiselle il y a .40 ans. Ce même jour le Eoi invité avec sa famille et sa suite par le grand maréchal comte Szeremetieii^ se rendit vers les 7 heures du soir à la maison de campagne de ce seigneur, nommée Ostankine, à trois verstes hor»
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de Moscou. Il y trouva plus de 200 personnes des deux sexes de la première qualité. Cette maison n'avait au mois de novembre dernier qu'un rez-de-chaussée. Depuis, jusqu'au jour où l'Empereur y a été, il y a de çà huit jours, tout le bel-étage y a été ajouté, pendant le cours de l'hiver, le tout en bois, mais tellement masqué et décoré qu'on ne s'en douterait pas. Sur quelques centaines d'ouvriers et d'artistes qui y ont travaillé, il n'y en a que quatre ou cinq étrangers, tous les autres sont non-seulement Busses, mais ses sujets. On aurait peine à le croire, vu l'exécution aussi parfaite en tout genre. Par tout ce qui compose cette maison, le Roi n'en a jamais vu de plus propre à y donner des fêtes. Si les pièces d'en bas paraissent un peu basses, toutes celles du bel-étage sont d'une belle et grande élévation. Quant à la richesse de l'ameublement, on ne peut la comparer qu'au palais Bezborodko. Les boiseries, dorures, glaces, serrures, portes, fenêtres, parquets, tout cela a été fait sur les lieux. On ne peut décrire rien de plus fini. Six grandes tables, dont les plateaux d'une seule pièce sont de la malaquite de Sibérie, font des ornements de cette maison. Vouloir parler des tableaux, bronzes et marbres, qui la remplissent, c'est entreprendre un catalogue. L'Empereur actuel n'ayant permis qu'une fois qu'on fasse son portrait en buste, le comte Szeremetieff en a fait faire une copie en pied des mieux composée et avantageuse, et qui a le mérite d'une grande ressemblance. La richesse
et rexécution du cadre sont vraiment charmantes. Après avoir laissé prendre au Roi une vue générale des appartements, de la façade et du jardin, le maître de la maison a conduit le Roi au théâtre. Toute la partie destinée au spectacle est en demi cercle. Les bancs s'élèvent les uns au-dessus des autres, et sont terminés par un balcon. A la levée de la toile, on a vu donner en langue russe une représentation des mariages Samnites, musique de Grétry mêlée seulement de quelques airs d'autres maîtres. Le tout exécuté par plus de 300 personnes, tous sujets de Szeremetieff. Les gestes et la déclamation copiés sur des acteurs français, les costumes les mieux dessinés et enrichis de diamants de la comtesse Szeremetieff pour plus de 100 mille roubles. Dans le corps du ballet formé aussi de sujets on a observé surtout deux danseuses. Après le spectacle, le Roi et toute la compagnie rentrèrent dans les appartements et de là dans la grande salle de bal composée de Tamphithéâtre et du théâtre. La partie sur laquelle les acteurs avaient représenté, était ornée des deux côtés d'une colonnade ionienne laquelle pendant la pièce avait été attenante au paroi et avait été après avancée à bras d'hommes des deux côtés descendant de la salle, de manière qu'on circulait entre cette colonnade et le paroi. Le comte Szeremetieff a dit au Roi qu'il s'occupe d'un projet qui doit faire mouvoir ces colonnes plus vite et à la vue même des spectateurs. Le fond du théâtre était une décoration.
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dont le milieu était une imitation colosB^de es plâtre de la fameuse statue de Bolaud. Yers Lee euze bauree, après que le Soi eut été spectateur du bal pendant une heure, il «e rendit ainsi que toute la compagnie sur le balcon, d'où la vue donne sur le jardin illuminé de la manière la plus agréable et dont une des <3oloiines pod;ait le ehiffre du "EUÂ, ce qui fut suivi d'un souper de 100 personnes, dont toutes les tables étaient servies en vermeil et «n porcelaines les plus chères pour assiettes, h^axa^ bassadeur Gobentzel fut placé à la droite du Koi, la princesse Eepnin k sa gauche; elle doit venir à Fétersbourg dans un mois avec sa fille et sa petite fille, devenue fille d'honneur de Tlmpératrice. Mme ICniszech à la droite de l'ambassadeur, les maîtres de la maison vis-à-vis du Eoi. D'autres tables plu* petites contenaient le reste des convives» Âpr^ le eouper, le comte Szeremetieff répéta au Roi les expressions les plus affectueuses de la reconnaissance héréditaire qu'il disait lui devoir, pour le» décorations de l'ordre de Pologne que lui et son père avaient reçues, et reconduisit S. M. à sa voiture. Le chemin depuis Ostankine jusqu'à Moscou était bordé de tonneaux de poix résine en feaju Le 8, le comte Szeremetieff fit faire des excuses «e !Roi de ce que pour cause d*incommodité il ne venait pas en personne le remercier encore d'avoir honoré la fête de sa présence; le même jour le comte ei la comtesse Mniszech sont partis pour Fétersbourg, et M. Wolski pour Bialistok. Ce jour-là beaucoup
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•de peifsonned^ tant russes que polonaises, vinrent prendre congé du Broi. Le comte de Choiseul- ■GtiufSer, le même qui a été ambassadeur de France à Constantinople de la part de Louis XYT et qui a fait le Toyage pittoresque en Grèce, après les d^astres de son pays, est venu se réfugier à la cour de Russie; il a dîné chez le Roi auquel il témoigne en toute occasion les plus grandes attentions. Le soir le Roi retint à souper le comte D2ialy]&ski, revenu depuis peu de Sibérie, dont il fait les relation» les plus intéressantes, et le comte Jean Potocki, lequel n'ayant pas obtenu les passeport» généraux qu'il avait demandés pour voyager dans toute la Sibérie, compte pourtant pouvoir voyager librement en Crimée.
Le 9 mai. Le Roi est parti de Moscou à neuf heures du matin avec le général Bezborodko, les deux G-raboii^ski, son aumônier, Tadjudant Byszewski et le secrétaire Vabian Poniatowski, pour aller voir le monastère nommé Woçkresenski, c'est-à-dire de la résurrection, situé à 45 verstes de Moscou. Cet édifice attire la curiosité des étrangers parce qu'on lui attribue généralement une ressemblance avec l'église ckrétienne de Jérusalem. Son enceinte extérieure flanquée de tours donne à ce monastère ainsi qu'à presque tous les convents russes, l'air de for^ teresse antique. A ce mur d'enceinte sont appuyés intérieurement les logements des moines qui desservent cette église, il n'y en a aujourd'hui que ÔO avec les élèveii*, autrefois il y en avait plus de
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100 du temps qu'ils avaient 14 mille paysans à eux. Depuis que Catherine II a uni à la couronne toutes les terres des ecclésiastiques de son empire, en asisignant sur son trésor des pensions, ce monastère ne reçoit que 3000 roubles par an dont 500 pour Tabbé, le reste pour la communauté et l'entretien de l'église. L'espace vide entre Tenceinte et le corps de Téglise est un gazon traversé seulement par quelques routes, en carreaux de fer de fonte ainsi que le pavé de l'église, elle a quelque ressemblance avec les temples indiens qu'on nomme pagodes» Un vaste cercle de maçonnerie, qui sert de soubassement, supporte plusieurs cercles concentriques de maçonnerie, qui vont toujours en se rétrécissant jusqu'au dôme, et au faite la hauteur totale est plus grande que son diamètre. Chacun de ces cercles et des arcades ouvertes ont vue sur l'intérieur de l'église, qui contient une espèce de tabernacle de bois tout doré, qui peut avoir environ quinze aunes de diamètre et vingt de hauteur. Dans ce tabernacle , est un escalier qui descend dans un caveau très- petit, où est placé une espèce de coflTre de pierre, qui doit représenter le sépulcre de Notre Seigneur j il est couvert d'une toile sur laquelle est peinte l'image de Jésus -Christ mort Dans ce caveau pend une petite lampe, qui y donne à peine assez de jour pour y distinguer les objets. Derrière ce tabernacle est l'église, composée comme il est d'usage dans les églises grecques des Carskie Dwiery et du sanctuaire, derrière lequel se trouve
une partie demi circalaire composée de plusieurs gradins en amphithéâtre couverte de drap rouge, adossée à cinq grandes arcades.
Toute cette partie doit, à ce que disent les moines^ représenter les lieux où s^assemblaient les conciles des premiers siècles de la chrétienté; le chef de ces moines soutient que les cinq arcades marquent les places qu'occupaient dans les conciles les patriarches de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople , et selon lui de Moscou, jusqu'au temps où ce dernier fut aboli par Pierrele-Grand. Dans les différentes parties du rez-dechaussée de cet édifice sont projetés en dehors différentes chapelles contenant chacune la commémoration ou la représentation des endroits où se sont passés les différents faits de la passion de Notre Seigneur.
Entre autres, l'endroit où l'impératrice Hélène, mère de Constantin-le-Grand doit avoir trouvé la vraie croix, est marqué ici par un puits surmonté d'un petit dôme qui, par sa lunette, éclaire le fond du puits. Tout ce grand édifice a été fondé par le patriarche Nicon dont on y voit le tombeau. Le Roi a demandé, si ce patriarche est réputé saint? l'abbé a répondu que non et a ajouté que ce Nicon a eu de grands démêlés avec le Czar Alexis Michalowicz, père de Pierre-le-Grand.
Celui qui l'a agrandi, achevé et décoré de peintures modernes intérieurement est ce métropolitain Adrien de Moscou, qui fut assassiné dans cette ca-
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pttale pendant la première guerre turque du règne de Catherine II, pour aroir touIu empêcher la populace de Moscou d'accourir en un oertain endroit de la Tille ou Ton réréraît et rérère encore une image de la Vierge, réputée miraculeuse, à cause que dans ce même quartier la peste faisait alors le plus de ravage. Après avoir tout vu dans l'église, le &oi a demandé à voir le logement de Tabbé. H j trouva une estampe représentant la coupe de l'église de Jérusalem, laquelle diffère beaucoup de celle de Woskresenski, et principalement dans la forme du dôme, lequel à Jérusalem est ouvert par le haut comme le Panthéon de Rome et ne l'est point à Woskresenski. L'abbé a dit que l'empereur Paul projette de remplacer ce tabernacle de bcHs doré par un autre de marbre. Au sortir de l'enceinte, l'abbé a conduit le Roi à un édifice qui parait être un petit temple plus haut que large, qui contient trois étages remplis de très-petites chambres où logeait ce Nicon, fondateur de cette nouvelle Jérusalem, pendant qu'on la bâtissait. A quelque distance, dans la campagne, est nu autre petit temple qui représente le jardin des oliviers ; un petit ruisseau qui serpente dans le voisinage est nommé Cédron d'après l'évangile.
Lorsque le Roi eut tout vu, il prit congé de l'abbé et alla prendre dans une maison appartenant à un gentilhomme du voisinage mais alors absent, un léger déjeuner, comptant trouver son dîner ou souper à la couchée. Deux moines apportèrent au
Roi une petite image de la Vierge qui leur valut un présent.
Vers les six heures du soir le Roi ne voyant pas arriver le prince Stanislas, qui avait promis de venir le joindre dans cet endroit, partit pour PodaolnecsmajorOcra où Tattendaient le souper et toute sa suite, qui y était allée directement de Moscou par le grand chemin. Les premières verstes le Roi fit bonne route par un paysage assez agréable, mais au coucher du soleil, par la faute du guide, il fut conduit dans un endroit si marécageux, qu41 y passa toute la nuit jusqu'au matin, par un froid très-sensible, pendant les efforts inutiles de tous ceux qui travaillaient dans l'eau à mi-jambes, pour en retirer les voitures, jusqu'à ce que des paysans et des chevaux appelés de Podsolnecznaja - G-ora, parvinrent à l'en tirer.
Le 10 mai, arrivé à sept heures du matin, il trouva le prince Stanislas, lequel par une autre erreur de guide avait été conduit droit à Podsolnecznaja au lieu d'être conduit à Woskresenski. Le Roi et tous ceux qui l'avaient accompagné à la nouvelle Jérusalem prirent du repos , et après quelques heures se trouvèrent tellement rétablis des fatigues" de la nuit, que personne n'en fut malade. Boceler auquel le Roi a défendu de l'accompagner continue à se rétablir de sa rechute.
Le commandant d'une partie du régiment des gardes de l'Empereur, qui passait justement dans sa marche pour Pétersbourg, nommé le général
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Czerkoff, voulut d'abord donner une garde d'honneur au Roi, qui le dispensa de cette surcharge de ft^tigues pour sa troupe, et séjourna le reste de la journée à Podeolnecznaja, tant pour se reposer que pour faire réparer les voitures, qui ne l'avaient pae été comme il faut à Moscou par la tromperie du charron, lequel au lieu de restaurer réellement quelques roues n'avait fait que les repeindre.
Le 11, le prince Stanislas prit congé du Roi pour retourner à Moscou d'où, après un séjour d'une Bemaine, il compte aller visiter ses terres en Ukraine et aller de là à Varsovie au mois d'août. Ce jourlà le Roi fit par Xlin, Zawidowo jusqu'à Starod^ia 75 verstes, le 12 -par Twer, Miednoï et Tarjok, 91 verstes. Il est à remarquer, que dans les àew^ voy^es de Pétersbourg à Moscou et de Moscou à Pétersbourg le Roi qst descendu à chaque station,, et chaque gîte dans deux maisons que Catherine II a fait bâtir et meubler pour elle. d'Empereur Paul a ordonné que le Roi et toute sa suite fussent reçus par les officiers civils et militaires ainsi que lui-même l'a été. Dans les mêmes endroits M. et Mme de Mniszeçh ont été reçus comme faisant partie de la suite du RoL Ces maisons, excepté deux ou trois, sont toutes bâties en briques avec un étage, spacieuses et biesi conditionnées dans tous les points. Des autres voyageurs qui changent de chevaux aux niêm^s stations, descendent dans les maisons de paysans, lesquelles sur toute la route sont construites en bois, de la maniôre suivante: Sur la rue on ne voit point de
porte d^ns les maisons, mais à côté d'elles il y en a une cochère par laquelle on entre dans une petite cour, qui contient Técurie du paysan, par là on trouve sur le derrière de la maison un escalier d'une dizaine de marches, qui mène à la chambre du paysan qui a sept o,u huit pas en carré, un banc fixé au paroi dont il fait le tour, une table à tiroir et deux fenêtîres, dont l'une environ' d'une aune en carré et l'autre à sa droite d'un pied en carré; une pareille petite fenêtre à j^auche éclaire une cbambrette où se trouve la cuisine, dont la cheminée est ordinairement en maçonnerie, et une trappe avec une échelle qui descend dans un rezde-chaussée sombre. Le toit généralement composé de rondins avance environ d'une aune sur la rue, pour couvrir le banc extérieur. Les bords de cette espèce de fronton sont ornés d'i^ne planche d'environ un pied de large et qui se termine par une découpure de cette même planche qui a l'air d'une dentelle. Les paysans plus aisés augmentent cette dentelle en différentes formes et entourent leurs fenêtres avec d'autres découpures quelquefois peiptes en couleurs. Ordinairement les greniers de ces paysans sont assemblés à quelque distance de leurs habitations. Celles-ci ont généralement l'inconvénient qu'elles se touchent, puisqu'il n'y a que la porte qui les sépare, ce qui augmente le danger des incendies. L'aisance du paysan de cette route est attribuée à ce que presque tous ces villages sont du domaine impérial, et comme tels sont nommés
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Jamy et les paysans Jemczyki et qu'ils payent dèsredevances plus légères, en place desquelles ils^ sont obligés d'entretenir des chevaux qui servent à la poste, non seulement pour le souveirain, maiff aussi pour les autres passagers. Le prix de la poste est de deux kopecks par versite. Les verstes depuis Riga jusqu'à Narva sont de 700 toises, chaque toise un peu plus de trois aunes. De Narva à Pétersbourg et de là à Moscou les verstes sont de 500 toises. Dans les endroits de cette route-ci, qui ne sont pas des terrains bas, on roule bien vite sur le grand chemin partout fort large; tous les pont» sont bons. Dans les endroits marécageux le chemin est pavé de rondins, ce qui ruine les voitures. La cause qu'il y a beaucoup d'endroits marécageux est que depuis Pierre I on a voulu assigner et abréger le chemin depuis Pétersbourg, Moscou et Nowogrod. Dans tout ce qui porte le nom de ville on voit les églises et les édifices du gouvernement construits en briques sous le règne de Catherine II; leur forme les fait distinguer d'avec les autres ; à Twer il y a 18 mille habitants et trois églises, à Tarjok 8 mille habitants et vingt-quatre églises.
Le 13, le Roi est venu par Widropusk à Wysznî- Woloczok, ce qui fait 71 verstes. Après les chaleurs déjà éprouvées à Moscou, deux heures de neige dans ce jour ont eu de quoi étonner. Cet endroit est remarquable par la jonction de plusieurs rivières et canaux qui font communiquer le commerce de Sibérie et de plusieurs autres provinces
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éloignées avec le port de Pétersbourg. On compte ^nnée commune 4000 barques qui déposent au comptoir d'ici leur charge, dont on estime la valeur à 44 millions de roubles. Les principaux objets sont le chanve, le fer, les cuirs. Chaque barque qui n'a que 17 toises de longueur, paye à ,peu près 1 ^2 rouble au comptoir, pour en défrayer les gages des employés et autres menues dépenses du comptoir. Cette mesure de 17 toises est fixée -comme la mieux proportionnée à la grandeur des -écluses qui environnent cet endroit. Si un marchand veut employer une plus longue barque, on l'oblige à payer 2 roubles de plus pour chaque toise qui dépasse la longeur de 17. Plusieurs marchands subissent volontiers cette redevance additionnelle afin de pouvoir charger davantage sur ^ln même vaisseau, quoiqu'ils risquent davantage au passage des écluses. On compte à peu près six, -sept barques sur 100, qui périssent annuellement dans ce passage. Le 14 mai dans la matinée, le Hoi alla voir le jeu d'écluse, où Ton fit passer les barques devant lui sous la direction d'un nommé Vogt, ingénieur directeur né en Russie, d'un père saxon, qui fut ingénieur lui-même. Les révêtements du quai de cette écluse, ainsi que les maisons attenantes, sont construits de granit, dont une carrière est voisine dô cet endroit ; cet ouvrage a été achevé en 1792. Originairement le tout était en bois. Celui qui présida . le premier à cette entreprise mé- •canique et commerciale fut un Ealmouk, nommé
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Serdukow, auquel Pierre-le-Grand accorda en récompense de grands droits- sur cette navigation, ce qui le rendît lui et ses descendants fort riches, jusqu'à ce que Catherine II rachetât ces droits d'un de ses petit-fils avec 260 mille roubles. Les barques qui passent par cette écluse sont gouvernées par quatre grandes rames, dont deux sont attachées à la poupe et deux à la proue, elles servent en même temps d'atiron et de gouvernail.
Le Roi continua sa route par Chotilowo, pouî^ aller coucher à Jedrowo à 72 verstes de là par Valdai, Jagelbiu; il alla coucher à Kresteyi à 81 verstes, et de là par Raycowo à Bronnica à 59 verstes. Depuis Wyszniwstoczok jusqu'à Bronnica la contrée est beaucoup moins plate et produit des situations pittoresques, elle est mêlée de beaucoup de bois et de marais dans les parties basses. On voit beaucoup de ces moulins qu'on appelle mogûy; en général dans toute la traversée entre Moscou et Pétersbourg on voit peu de terres labourées, beaucoup de prairies et presque continuellement à droite et à gauche du grand chemin des forêts de sapins et de bouleaux. Il est rare d'y voir d'autres arbres.
Il faut que les grandes récoltes de grain se fassent en de là de ces forêts plus avant dans le pays, et par des cultivateurs qui ne sont pas chargés de l'entretien des chevaux pour la poste. Pendant le voyage ils ont dû fournir jusqu'à 800 chevaux aux postes.
En sortant de Jedrowo, un des Jemczyki ivre depuis la fête de la veille tomba du siège et se cassa la jambe. Le Eoi le fit mener sur une charrette louée exprès et remplie de paille à Valdai et le remit là entre les mains du Horodniczy et du médecin de la province avec 100 roubles, . dbnt la moitié jfour le chirurgien et la moitié pour le Zwoszdzyk. Catherine II a institué ces chirurgiens provinciaux et ces Horodniczy et des capitaines Sprawnik dans toutes les petites villes des cercles. Ils y président à la police et au grand chemin. Le long de cette route se trouvent plusieurs familles de Eoskolszczyki que Ton regarde ici comme hérétiques. Il y a beaucoup de sectes différentes. Les unes diffèrent de Téglise russe dans les dogmes et d'autres seulement dans les pratiques. La plupart sont très-industrieux, entre autres ils font beaucoup de vaisselle d'un bois très-léger, vernissé en noir et doré, dans laquelle ils mangent. On trouve entre eux beaucoup de charrons et maréchaux ferrants, mais on prétend qu'ils ont pour maxime de raccommoder vite, mais faiblement les voitures endommagées des passants, afin de procurer de Fouvrage à leurs camarades des autres villages.
Plus on approche de Nowogrod et plus on rencontre des lacs à côté du chemin et des rivières à passer. Ce voisinage pourra probablement faciliter un jour le dessèchement de cette quantité de marais par des découpures, d'autant plus facilement qu'elles seront très-peu longues. Une vraie curio-
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site que Ton voit à Bronnica où ^e Roi a couché, c'est une montagne toute ronde et seule dans une plaine, dont la coupe est fort douce et couverte de gazon et dont la hauteur perpendiculaire parait être à vue de pays de 30 toises. Presque tout au haut se trouvent deux puits assez profonds, mais dont la surface touche à celle de la montagne ; comme à plusieurs lieues à la ronde il n'y a aucune montagne ni plus haute ni approchant de sa hauteur, on conçoit difficilement d'où provient Teau de ces puits. La tradition du pays porte, que ces puits sortirent autrefois par miracle. Catherine II a fait construire au haut de cette montagne une église russe, la vue porte de là à plusieurs milles.
Plus on approche de Pétersbourg et plus souvent >on trouve du pavé en pierre sur le grand chemin, près des ponts et à l'entrée et sortie des petites villes.
Le 19 mai, le Roi arriva à Sofia, dernière poste devant Pétersbourg; cet endroit tout attenant à Zarskoselo, a été érigé en ville par Catherine LE. Elle y a fait construire une église dont le dôme est soutenu par huit colonnes de marbre du pays, la sacristie a été garnie par elle de vases sacrés, lesquels, aux diamants près, sont aussi riches et aussi beaux que ceux de la cathédrale de Moscou. M. et Mme de Mniszech y sont venus de Pétersbourg au devant du Roi, après avoir vu ensemble avec le Roi tout le palais da Zarskoselo et celui du grand duc Alexandre, achevé peu avant la mort
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de Catherine II ; ils retournèrent en ville, et le Roi employa le reste du jour à parcourir tout le jardin de cette résidence impériale; presque toutes les statues et bustes les plus célèbres de Rome se voient à Zarskoselo, imités en bronze d'après des moules pris sur les originaux. Comme le reste 'des magnificences de cet endroit sont fort connues par une infinité de descriptions, on ne s'étendra pas ici sur les détails. Le même soir le Roi et toute sa suite sont arrivés à Pétersbourg.
Bulletin No. 22.
Pétersbourg le %?^ 1797.
° 7 juin I
Le 22 mai, le Roi est allé voir la maison de campagne de Kamienny Ostrôw, que TEmpereur lui destinait. Il l'a trouvée belle et agréable en tout sens, mais les - réparations, surtout pour les domestiques, ne pourront pas être prêtes avant le 15, En attendant le Roi s'occupe tous les jours à voir quelques maisons et jardins qui ornent cette capitale.
Le 23 mai, le Roi accompagné de M. et Mme de Mniszech est ' allé sur le port où les vaisseaux débarquent près de la bourse, laquelle n'était pas fréquentée ce jour-là, ne Tétant communément que les mardis et' vendredis. Ce jour-là les vaisseaux dantzicois étaient en plus grand nombre; la partie