VII. — A M. N
Paris, 8 juillet 1834.
Nous venons de traverser un grand événement politique qui couvre tous les autres de son importance, le renouvellement quinquennal de la Chambre. Beaucoup de gens attendaient ce moment comme celui qui déciderait de l'avenir de la monarchie de i830. Les espérances que j'ai toujours conçues pour elle, sont hautement confirmées par le résultat. Le fait le plus général qui me semble êlre sorti de ces élections , est le désir de repos qu'elles attestent. Batluedans les journées des \3 et li avril 183i plus complètement encore qu'aux 5 et 6 juin 1832, la République a été tout à fait mise hors de camp. Dans la Chambre, elle a perdu ses organes officiels. Hors de la Chambre, tous les appuis lui manquent à la fois : la Révolution , la
Tribune sont mortes, le National prospère peu, et les associations se sont dissoutes sans qu'on ait eu besoin d'appliquer la nouvelle loi.
La France est tellement lasse de l'esprit révolutionnaire, qu'elle s'est montrée en plusieurs localités moins éloignée du carlisme, je dis du carlisme pur, conséquent, et dégagé de hideuses alliances qui le défigurent. Pourquoi ? Parce que cette opinion a au moins le mérite de se rattacher à des idées d'ordre et de stabilité. Un petit discours que Royer-Collard a prononcé à Vitry comme président vient à l'appui de cette remarque. Il est tellement convaincu de la victoire de l'ordre, que, selon lui, dans l'état actuel des choses 7wus avons à nous défier du ressentiment qui iious ferait déserter la liberté, parce que Vanarchie abuse de son nom. J'avoue que je ne nous crois pas arrivés à ce degré de fanatisme conservateur. Mais cela prouve au moins combien, dans la pensée du vieux philosophe, la fièvre démocratique nous a quittés. Et j'ajoute (ju'en effet je n'aurais pas été sans craintes de mouvement réactionnaire trop prononcé, de mesures trop violentes, s'il nous était arrivé une Chambre où les forces ne se seraient pas balancées dans une juste [)roporiion. Les exemples de la Restauration nous doivent toujours être présents.
En même temps que les élections dans leur ensemble déposent du bon esprit du pays, elles sont bien propres à diminuer cette peur exagérée des journaux que beaucoup d'honnêles gens conservent, peur qui a tant contribué au coup d'Etat des ordonnances, c'est-à-dire au suicide de la branche aînée. Il est avéré maintenant par le fait le plus palpable qu'on leur suppose bien à tort une influence souveraine sur les masses, que leur influence existe seulement quand ils se rendent les fidèles échos d'opinions vraiment dominantes. La presque totalité des journaux appartient à une opposition plus ou moins vive : c'est la loi du métier. Dans les dernières élections, dont ils sentaient bien la portée, ils n'ont rien épargné pour écarter les candidats du gouvernement, pour prophétiser d'avance leur défaite. Eh bien ! en définitive, le grand jour venu, le dépouillement de l'urne a démenti les prophéties, et assuré au ministère une majorité considérable. Gela n'a pas été seulement le fait de la paisible, de l'arriérée province. Paris, la tète du mouvement, la ville de bruit et d'émeutes, le centre des criailleries imprimées, s'est montré le plus pacifique des départements, et il a jeté quatorze députés ministériels au nez de ses journalistes tapageurs, comme pour se moquer d'eux et de leurs harangues.
Je ne parle pins politique; je parle, ce qui vaut
mieux, liltéralure et art. Lisez sous ce point de vue, si vous ne les avez lues déjà, les Paroles d'un Croyant par M. de Lamennais. C'est là qu'à l'imagination la plus brillante, la plus délirante si vous voulez, est unie la pureté de forme la plus antique. Je ne sais pas de meilleure réponse à ceux qui n'ont pas assez de la langue de Pascal et de Rousseau, et qui croient le barbarisme indispensable pour produire de grands eCfets.