XI. — A M. C
Paris, 9 décembre 1836.
Vos réflexions sur l'esprit de destruction qui, de nos jours, prend les beaux noms de réforme et de progrès, sont d'une affligeante justesse. C'est ainsi qu'héritiers du scepticisme du dix-huilième siècle, nous nous trouvons, sous le point de vue inlellectuel, entourés de ruines. Les centres de croyances communes autour desquels nos pères se ralliaient, ont disparu, pour ne laisser place qu'à l'anarchie des opinions individuelles. Cependant il faut reconnaître que l'excès du mal en ce genre commence à produire une salutaire réaction. Le dégoût du scepticisme, le malaise que l'âme en ressent, ont ramené nombre de gens à la foi. Je n'en choisirais pas pour preuve la foule qui s'est pressée aux sermons de M.M. Deguerry, Lacoidaire, de Ravignan, 1 af-
lliiGnce (le jeunes hommes aux offices de Sainl- Rocli. Une curiosité d'artiste ou de simple badaud pourrait être au fond de tout cet empressement; mais, dans le monde comme dans les lettres, la plaisanterie voltairienne a perdu tout crédit. Rien n'est plu:, suranné, passé de mode, que l'impiété. Ces journaux si frondeurs, si violents contre les gouvernements terrestres, respectent le maître de là-haut et les formes que son culte revêt ici-bas. La forme catholique surtout est traitée avec prédilection, tandis qu'on est très-froid pour le protestantisme. Il semble que, lasse de voir tant de révolutions passer et repasser devant elle comme des ombres, notre France se soit attachée davantage à la religion dont la gloire est de ne pas changer.