‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 3 sur 109 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

Six ans avant notre Révolution de 1830 (la date est à noter), le grand Gœthe, s'entretenant avec son amiEckermann, lui dit :

(( La responsabilité d'une grande révolution quelconque ne saurait être imputée au peuple, mais au gouvernement. Les révolutions sont radicalement impossibles dès que les gouvernements veulent être toujours justes, toujours attentifs à les prévenir par des améliorations conformes aux circonstances, et à ne pas résister si longtemps que ce qui est indispensable doive être emporté d'assaut par la plèbe.

« La marche du temps est celle d'un éternel progrès, et les choses humaines prennent, tous les cinquante ans, une nouvelle forme, — en sorte qu'une institution, parfaite en 1800, est déjà peut-être, en 1850, une anomalie (1). »

Paroles bien remarquables, ayant été prononcées le 4 janvier 1824, antérieurement aux faits qui sont venus les confirmer d'une manière si éclatante.

Mais à quoi servent les avertissements les plus clairs, les signes précurseurs les plus réels? Ils n'ont certes pas manqué à la Restauration, et l'on sait quel compte elle en a tenul L'événement, du moins, lui ouvrit-il les yeux? Voici ce que nous répond l'historien qui retraçait ce tableau de ces quinze années, pendant que s'élaborait, sous ses yeux, une nouvelle et toute semblable révolution :

libre expression de la volonté nationale ; — douze gouvernements qui tous ont été usurpateurs, au sens strict et scicntilique du mot. Chacun d'eux a eu, en moyenne, une durée de sept ou huit ans.

<c Ainsi, tous les huit ans, en France, la force renverse l'autorité régulière et crée un régime de circonstance, lequel est détruit par les mêmes armes qui l'ont élevé. » (P. Jaket, de l'Institut. L'Esprit révolutionnaire en France, depuis 1789.)

(1) Entretiens de Gœthe et d'Eckermann, trad. pour la première fois par J.-N. Guarles. In-i2, Hctzel, s. d., p. 30.

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