‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 4 sur 109 · AVANT-PROPOS, VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS, VII

« Tous les pouvoirs tombés accusent de leur chute les complots de leurs adversaires ou les intrigues de leurs successeurs. Ces reproches, invariablement renouvelés à chaque renversement de dynastie, ont été reproduits de notre temps par les partisans et par les membres euxmêmes des deux familles descendues du trône, Fune en 18U, l'autre en 1830.... Louis XVIII et Charles X mirent quinze ans à préparer de leurs propres mains les éléments de la tempête au milieu de laquelle leur dynastie disparut (1). »

« En vérité, nous sommes fi'appés d'aveuglement ! »

Voilà en quels termes un ministre de Charles X, le comte de Guernon-Ranville avait terminé une note de son journal secret, écrite à l'issue du conseil des ministres du 30 mars 1830.

Et quatre jours après, il concluait ainsi une autre note, écrite à l'issue du conseil du 3 avril :

« Cet état de choses ne peut durer. » (2)

C'est sur une question de réforme et de droit de réunion que la royauté de Juillet a été culbutée à son tour. Quand on pense que M. Guizot, ministre responsable de la culbute, avait fait, le 31 mars 1831, la déclaration suivante :

« L'association des citoyens pour l'exercice ou la défense des droits constitutionnels est indiquée dans la Charte, et elle ne peut avoir rien d'illégitime.... Ces associations

(1) Vaclabelle, 1. 1, ch, I.

(-2) Journal tl'un ministre. Œuvre posthume du comte de Guernon- Ruuville. Caen, 1873. ln-8.

Vni AVANT-PROPOS.

peuvent être graves, dangereuses pour le gouvernement, mais c^est par sa faute. Quand elles le menacent, il est dans son tort. »

Quand on pense que le même orateur avait dit le 20 février 1836 :

0 C'est un danger pour les gouvernements de ne pas avoir un sentiment vrai et juste de leur situation^ de ne pas connaître tout le mal de la société. Ces reproches trèsfondés qu'ils peuvent adresser à l'Opposition, cette exagération qu'ils trouvent dans les accusations dont ils sont l'objet, voilent à leurs yeuxle mal réel de la société; et parce qu'ils ont souvent raison contre l'Opposition qui les accuse, ils ne voient pas qu'elle a souvent raison contre eux, et qu'elle ne leur dit pas même tout le mal qui existe et tout ce qu'on aurait pu faire pour le prévenir. »

Et encore, le 27 aoi^it 1840 :

« Je vous en conjure. Messieurs, constituez les pouvoirs fortement, d'une part, et la liberté plus fortement, de l'autre. Que les deux grands éléments de notre gouvernement se trouvent en présence, libres et capables de se dire l'un à Vautre la vérité et de lutter sans crainte. »

Ou tous CCS beaux discours n'avaient pas de sens, ou apparemment c'était le cas d'en faire application, en 1847 et en 1848 î

Il a fallu du temps à l'opinion pour se faire une vue nette des circonstances qui ont amené le 24 février. Mais elle y est arrivée. Au bout de vingt années, on a pu enfin écrire dans une grande Revue, au risque de scandaliser encore certains lecteurs, cette appréciation historique :

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