AVANT-PROPOS. IX
« Sans être un grand politique, il est facile de voir que nos révolutions ont été plus souvent l'œuvre des conservateu7'S que des révolutionnaires. Elles sont presque toutes devenues inévitables, parce que le parti qui était le maître ne voulait pas convenir que le parti qui avait le bonheur d'être gouverné par lui pouvait avoir quelque chose à souhaiter. A ces résistances systématiques, il est naturel qu'on réponde par des emportements furieux. Cette répugnance à faire des concessions utiles, en temps opportun, a été cause que les changements les plus simples, les progrès les plus naturels, n'ont pu être obtenus que par la violence, à peu près comme dans certains climats il est impossible d'avoir de la pluie sans orage (1). »
Et l'on a pu lire, dans le Journal des Débats, du 30 août 1872, ces lignes-ci :
«Les banquets de 1847 eux-mêmes n'ont pas eu V'influence qu'on leur a attribuée. Nous avons à cet égard le témoignage d'un républicain sincère, M. Elias Kegnault ; ils étaient le signe du mal, mais ils ne l'ont ni fait naître, ni propagé d'une manière très-sensible. »
De combien de colonnes, écrites jadis en sens contraire, ce court alinéa n'est-il pas le tardif désaveu !
« Je crois de plus en plus (disait M. A. de Tocqueville à la Chambre des députés, le 27 janvier 184-8), que les mœurs, l'esprit public sont dans un état dangereux ; je
(I) Revue des Deux Mondes, du 13 juin 1868. Article de M. Gaston Boissier.
« On a peur des bouleversements, et l'on a raison (écrivait aussi Benjamin Constant en 1813), mais on provoque les bouleversements par un attachement aveugle et opiniâtre à des idées de stabilité ex.igéi'ée, comme par des innovations imprudentes. »