‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 41 sur 109 · XXVI. — A MADAME C. R · texte numérisé non relu

XXVI. — A MADAME C. R

Paris, 30 mars 1S40.

Nous avons un mauvais roman, sorti des mauvais temps de 1791 et de la plume d'un convenlionnel, qui, sous le titre cV Amours du chevalier de Fauhlas, a été plusieurs fois réimprimé, et qui est en possession d'amuser, en les corrompant, tous les petits libertins des collèges. Une réimpression nouvelle a donné lieu à une saisie et à un procès, sur lequel j'ai porté la parole le li de ce mois. Je ne saurais vous dire à quel point j'étais heureux de celte occasion d'exprimer publiquement mon profond dédain, mon profond mépris, pour cette vile littérature, qui calomnie l'amour en le confondant avec la débauche, et qui, au lieu de seconder les généreux instincts de la jeunesse, fait bassement la cour aux portions inférieures de l'humanité. Le

moment était bien choisi pour inspirer de la conviction à mon langage. Je venais, par le spectacle des orgies populaires du carnaval, d'éprouver le dégoût que renouvellent constamment en moi, à pareille époque , ces ignobles et fausses joies de la matière. Mon front s'était courbé, sinon en réalité, du moins par la pensée, pour recevoir les cendres de l'instructif mercredi, préface imposante des sévérités du carême. Je m'étais entretenu dans ces dispositions pieuses par la lecture des plus sérieuses pages deFichte, de Rousseau, de Platon. Et je trouvais la tristesse idéaliste aussi délicieuse que le sensualisme des jours a;ras m'avait paru vide et répugnant. Lorsque de cette région pure et sereine mon œil descendait aux ordures sur lesquelles il fallait prononcer comme juge, je satisfaisais un irrésistible besoin en les balayant d'une main ferme, et en conviant le jury à témoigner hautement sa répulsion pour elles. Le jury répondit à ma voix ; et ainsi une spéculation honteuse fut frappée dans la seule chose qui la touche, l'argent.

Page 1