‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 42 sur 109 · XXVII. — A M. C · texte numérisé non relu

XXVII. — A M. C

* Paris, 12 janvier 1841.

Trois succès consécutifs eu matière de presse, la condamnation de la Revue démocraùque ^ de la brochure de Lamennais et de la Vérité sur le Parti démocratique, ont marqué pour moi la tin de 1840 el le commencement de 18il . Joinis au succès de mon discours de rentrée de la cour royale le 3 novembre, ils sont dans ma vie judiciaire des époques mémorables , qui ont beaucoup ajouté à la notoriété de mon nom.

L'allaire Lamennais surtout dépasse (ouïes les autres de cent coudées par son importance. Le gouvernement la regardait comme une aiTaire d'Etat, aussi le résultat m'a-t-il valu des félicitations unanimes. La manière dont j'ai présenté les variations

de ce prêtre apostat, ullra-catholiquo et ultra-monarchique jusqu'en 1830, maintenant impie et démocrate , a été considérée en particulier comme ayant dû produire sur le jury un grand effet. On a vu là en même temps du courage et de l'habilelé. Vous l'homme de l'ordre et de l'orthodoxie, vous applaudirez, je l'espère, à cette nécessaire expiation. Je savais, avant d'avoir vu le Lamennais de l'audience, que la démocratie avait sa source première dans l'envie. Mais je l'ai mieux reconnu encore après avoir vu ce petit homme maigre, ratatiné, jaune de bile, à la bouche haineuse d'où ne découle que bave et que fiel. Satan perdu par l'orgueil, voilà son symbole.

La cause principale du chaos politique dont vous vous plaignez est dans l'absurde et odieuse coalition de 1838 et de 1839; véritable conspiration contre le roi, formée, dans le sein même de la Chambre des députés , par la fureur d'ambitions mécontentes. La mauvaise comédie des restes de Napoléon, rapportés de Sainte-Hélène auxLivalides le 15 décembre 18i0 ; cet honneur injuste et contradictoire rendu au plus grand tyran qui fut jamai.-, par une France qui se dit libérale ; cette apothéose menteuse d'un conquérant qui fit envahir deux fois Paris, par des hommes qui se disent patriotes; tout celan'estqu'une conséquence de la confusion d'idées

el de langage où cette coalition nous a plongés. Car tout cela, y compris les craintes de guerre, est né du ministère Thiers (1" mars au 29 novembre 1840), ministère né lui-même de la coalition. Heureusement la sagesse personnelle du roi, bien supérieure à toutes les prétentions des vanités parlementaires, a fini par prévaloir. Et, grâce à elle, je suis convaincu du maintien de la paix avec l'Europe, qui y est intéressée autant que nous, ce qui n'est pas peu dire.

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