‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 52 sur 109 · XXXVII. — A M. M. E · texte numérisé non relu

XXXVII. — A M. M. E

Paris, 28 juillet 1842.

La mort du duc d'Orléans, arrivée le i 3 de ce raois ])ar raccidcnt le plus pitoyable, est la plus funeste catastrophe qui pût frapper la dynastie de 1830. C'était un prince qui réunissait tout : beauté, bravoure, haute intelligence, parole facile, aptitude merveilleuse à se plier aux goûts et aux idées de son temps. Dans un pays où le pouvoir royal est si contesté, où l'infernale presse jette son ironie et son amertume sur tout, il était parvenu à se rendre populaire dans le vrai sens du mot. Aussi le deuil est universel. Au lieu des garanties que nous offrait pour l'avenir une éducation virile et toute faite, nous voilà en face d'une éducation à faire, d'une minorité plus ou moins longue, et de tous les embarras d'une régence. Je crois la nouvelle rovauté

assez bien ancrée pour se tirer de tout cela ; mais enfin il y a là le germe de difficultés sérieuses.

L'archevêque de Paris a publié à ce sujet un mandement plein de réflexions excellentes, qui ne seront pas comprises de la foule moutonnière, mais dont vous saisirez l'importance pratique : « 0 mort, que tu es terrible quand lu arraches ces grandes existences sur lesquelles repose la paix des empires! Mais que tu es sage quand tu nous fais apprécier à leur juste valeur le pouvoir, la gloire et la fortune ! Tu ne les anéantis dans le rang suprême que pour nous avertir de ce que peuvent valoir, dans les rangs inférieurs, ces objets de nos ardentes convoitises, cette éternelle cause de nos discordes. Tu nous montres que la vie, avec laquelle disparaissent tous ces biens fragiles, peut être brisée par l'accident le plus commun. Nous savons maintenant ce que vaut la fortune la plus brillante. La société ne serait pas le théâtre des plus cruels déchirements, si tant de personnes ne se persuadaient que la mort n'a aucune révélation à leur faire, aucun conseil à leur donner. C'est là l'erreur qui désole le monde, absorbé par des soins tout matériels, et qui ôte la paix à notre cœur, à nos familles, à la France enti^re. »

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