‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 59 sur 109 · XLIV. — A MADAME C. B · texte numérisé non relu

XLIV. — A MADAME C. B

Paris, 20 mars 1843.

Un coup terrible vient de frapper ma famille. Nous avons perdu ma mère, jeudi dernier, 16.

Nous étions Irop heureux. Dieu a voulu, dans sa sagesse, nous ramener à la loi commune de l'humanité, et nous faire, comme à tous, notre part de malheur. Je ne murmure point. J'ai porté la coupe à mes lèvres, et je l'ai bue avec le plus de douceur et de tranquillité que j'ai pu.

Je crois vous avoir dit que ma pauvre mère n'était pas sortie de son appartement depuis dixsept années. Cela ne tenait à aucune infirmité, à aucune disposition morose; mais c'était une habitude prise, et devenue invincible. Sa santé n'en était pas moins excellente, et son humeur très-

gaie. Elle aimait aussi à recevoir du monde, et elle se tenait fort au courant de tous les faits contemporains, littéraires ou politiques. Avec les années, qui sont d'ordinaire une cause d'affaiblissement, son intelligence s'était accrue d'une manière remarquable. Et, sans craindre d'être aveuglé par mon amour de fils, je dirai qu'elle avait une force et une netteté d'esprit des plus rares.

C'est le samedi 18, à midi, que le service funèbre a été célébré à Saint-Germain-l'Auxerrois, notre paroisse. Il l'a été de la manière la plus touchante, par tout un clergé qui nous connaissait. Et les amis de choix que j'y avais invités, se sont montrés, par leur recueillement, dignes de l'entendre.

Tous les jours jusqu'à samedi prochain inclusivement, on dira, à huit heures du matin, dans la même église, une messe pour l'àme de ma chère défunte. Soyez assez bonne pour vous y unir par la pensée; je vous en serai profondément reconnaissant.

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