‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 64 sur 109 · XLIX. — A MADEMOISELLE M. DE N · texte numérisé non relu

XLIX. — A MADEMOISELLE M. DE N

Paris, 30 novembre 1845.

[J'avais reçu d'elle, le!" novembre, par Tinlermédiaire de M. Edouard Wohrmann, une lettre perlant sur l'adresse: A lui-même, et datée de Moscou, le 16 octobre. Dans cette lettre, elle me disait notamment : « Voyez pour moi, une fois seulement, la supérieure des Carmélites. Informez-vous de la vie de leurs religieuses, et combien de temps il faudrait à une prolestante pour se préparer à entrer dans leur couvent. Redevenez curé un instant, vous qui en avez rempli les fonctions dernièrement à la cour d'assises. Je crois me rappeler qu'en entrant aux Carmélites on donnait deux ou trois mille francs au couvent ; dites-moi au juste ce qu'il lui revient. Je vous ai écrit il y a quelques jours (le 30 septembre), et jo ne pensais pas vous adresier ce billet aujour*

d'hui. Ne faites aucune conjecture sur le service que je vous demande, ne portez aucunjugement sur moi, Monsieur le Président, et ne sortez pas dans celte circonstance de votre rôle de curé. Vous savez seulement que ma vie n'est pas des plus douces, et qu'on se lasse de tout. — Répondez-moi le plus vile possible. Quant à ce qui concerne le couvent, écrivezle dans un petit billet à part, et que je puisse soustraire de voire lettre. — Combien je regrette de ne pas pouvoir vous parler dans ce moment ! Il y a tant de choses que l'on dit, et qu'on n'écrit pas ! »

C'est à celte lettre que je répondis, poste restante, le 30 novembre, dans les termes suivants : ]

Votre lettre particulière du 16 octobre m'aalïligé. J'ai besoin de croire que vous avez cédé, en l'écrivant, à quelque chagrin momentané , et que déjà peut-être vous n'êtes plus placée sous la triste impression qui vous l'avait dictée.

Quand elle vous aurait été inspirée par un élat habituel , ce serait un étrange remède à une vie que vous dites n'être pas des plus douces, que de se précipiter dans la vie la plus dure, la plus mortifiée qui ait pu être infligée à des créatures humaines par l'esprit de pénitence. Il est pour une jeune fille un moyen plus naturel, plus usité, moins Ira-

giqiie, de se dérober au malheur qu'elle trouverait chezelle; etcen'estpasàvingletunans,avecunnoni et un extérieur tel que le vôtre, qu'il est permis de désespérer de ce moyen-là (J). Mais le remède fûtil bon et fiil-il unique, je ne vous transmettrais pas les renseignements que vous demandez. Je n'aime pas, vous le savez, à faire le pédant, mais il est pourtant des choses avec lesquelles on ne badine pas. Si je pouvais l'oublier, vous me le rappelleriez vous-même, en m'honorant du titre de M. le Président et en me priant d'agir comme un curé. Permettez donc au curé, au président, de remontrer, avec tous les ménagements possibles, à votre inexpérience , qu'il n'appartient pas à une demoiselle de voire âge de disposer d'elle-même à l'insu et sans le consentement de ses parents. Or, de toutes les manières de disposer de soi-même, la plus grave assurément est celle qui aboutirait à quitter à la fois son pays, sa famille et sa religion. Pour moi, si je vous prêtais en secret le plus petit commencement d'assislance dans l'exécution d'un pareil projet, je croirais manquer au plus haut degré à tous mes devoirs envers M. votre père et Madame votre mère, et plus encore à l'ancien attachement que j'ai pour eux.

J'ai voulu atlendre plusieurs jours avant de vous

(1) EUo est devenue depuis Son Excellence la générale de N... (A.l

répondre, afin de laisser à la réflexion le temps de s'interposer. Quand elle vous sera venue en aide, vous comprendrez mes raisons, vous leur rendrez justice, et vous n'y verrez qu'un motif de plus de reconnaître en moi un véritable et un sérieux ami.

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