‹ Mémoires secrets et témoignages authentiquesChapitre 7 sur 109 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Parmi tous les jugements qui ont pu être portés, en dernier lieu et à tête reposée, sur le problème de nos révolutions en général, et particulièrement sur celles auxquelles se rapporte la publication présente, se signale une étude remarquable de M. le duc Decazes, imprimée il y a sept ans (1). On nous saura gré de donner ici, pour compléter ces considérations préliminaires, plusieurs extraits importants de ce travail trop peu connu, et que recommando l'autorité non suspecte de son auteur.

(( Qu'est-ce donc qu'une révolution ?

« Dans l'histoire des nations, à certaines périodes qui se présentent d'autant plus rapides que la vie des générations antérieures a été plus laborieuse, que leur développement moral et intellectuel a été plus vif, il se produit un ensemble d'aspirations qui, d'abord vagues et hésitantes, s'imposent cependant à l'examen. Passées au creuset de la discussion, les doctrines se fornmient et demandent entrée dans la vie réelle et active; c'est leur droit incontestable. Si la constitution générale de l'Etat est telle que l'idée nouvelle puisse y trouver sa place, et, si l'on consent à la lui accorder, elle pénètre dans la loi, dans ia société qu'elle modifie ou transforme. Dès lors, elle devient à l'édifice social ce qu'est une machine plus puissante et plus économique à un établissement industriel, une création de richesse et de force; elle augmente le bien-être national.

(1) La Liberté et les Cowervateurs, par Ifi duc Decazes. Grand ia-8 de 104 pages. Paris, 1868. Ch. Schiller, édit.

ÏIl AVANT-PROPOS.

« Lorsque ce phénomène se produit de la sorte, nous nous trouvons en présence d'une simple évolution sociale; qu'elle soit aussi profonde, aussi radicale qu'on voudra la concevoir, elle ne constitue pas ce que l'on nomme une révolution.

« Mais, si l'idée dont nous avons parlé, après avoir subi ses épreuves d'examen, demande à pénétrer dans la législation, et que les pouvoirs lui en refusent l'entrée, s'ils la repoussent obstinément, systématiquement, s'ils persécutent ceux qui la portent ou la défendent, qu'arrivera-t-il ? — Une chose toute naturelle que les lois de la physique et de la dynamique déterminent et expliquent : l'idée comprimée deviendra tempête ou volcan; à une heure venue, elle couvrira de ruines, de flammes et de sang, la vieille et imprudente sociétéqui n'aura pas voulu la reconnaître et lui donner droit de cité.

« Cette fois, ce sera une révolution.

« Suivant la puissance de l'idée et la grandeur du pays dans lequel elle aura violemment éclaté, le monde sera plus ou moins ébranlé... Il y aura des déchirements, des convulsions....

« Or, à qui la responsabilité de ces longs ébranlements ? A qui la responsabilité des désastres et du sang?

a A l'idée ou à la résistance?

« Nous n'hésitons pas à répondre et à dire que, dans notre conviction, depuis quatre-vingt ans, nos révolutions ont été l'œuvre à peu près exclusive d'un système de résistance, tantôt déloyal, tantôt aveugle, toujours vaincu :

c'est SDR CE SYSTÈME QUE NOUS FAISONS PESER LA RESPONSA- BILITÉ DES RUINES ET DES MALHEURS (1).

« Tels sont cependant, après 93, après 1815, après d830, après 1848, la force des préjugés, les égarements de la

(1) En note à l'appui se trouve citée cette phrase de l'empereur Napoléon 111 :* Le plus grand ennemi de son pays est celui (jui rend une révolution nécessaire. »

A VAKT- PROPOS. XIII

passion ou de la peur, qu'il y a encore des esprits assez insensés pour donner aux pouvoirs le conseil de faire tête au flot qui monte, au peuple qui réclame ses droits.

a Recherchons les traits principaux de notre histoire politique, constatons-en le caractère, pour arriver à démontrer le fait historique que nous venons d'atiîrmer.

« Charles X, aveuglé sur le prétendu danger de la monarchie et méconnaissant la force que sa dynastie devait puiser dans cette liberté même, s'engagea dans un périlleux dessein : il tenta ce qu'avait tenté Jacques II, et son entreprise eut la même fin.

a En Angleterre, comme en France, la nation ne fit point une révolution; elle se crut, elle se vit en présence d'une contre-révolution : elle l'empêcha.

« Lorsque, placés, comme nous le sommes aujourd'hui, à un point de vue que le temps a élevé, on étudie cette page de notre histoire, on reste saisi d'étonnement.

(f Comment Charles X put-il méconnaître à ce point son temps et son pays?

« Au nom de quel puissant intérêt menacé se décidat-il à courir cette suprême aventure ?

« Quelle était-elle? Que pouvait-il chercher?

« Le pouvoir absolu? Nous ne le pensons pas.

a Ni M. de Villèle, ni M. de Chateaubriand, ni M. de Polignac lui-même ne le voulaient et n'y croyaient.

« Le gros du parti qui entraînait la royauté ou qui l'appuyait, et dont nous écartons d'abord celte masse flottante, sans principes et sans pudeur, qui appartient à Marius comme à Sylla, s'obstinait, il est vrai, à ne voir dans les faits dont il avait été témoin ou victime, que la conséquence de l'influente corruption de quelques-uns ou de la faiblesse du prince; mais ce parti conjptail dans son sciii

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