JEUDI, 24 FÉVRIER
Le temps a été très-mauvais toute la nuit... Il a plu assez fort et par rafales...
Je ne me suis ni couché ni môme déshabillé... J'ai à peine dormi deux heures, en trois ou quatre séances... A mimiit, je suis monté dans la chambre que je partage avec Brave et Aymé. J'ai trouvé ce dernier qui se mettait en uniforme. J'ai pensé que, dans un moment comme celui-ci, je pourrais être plus utile comme cela qu'en habit bourgeois, et j'ai mis ma pelisse et mon sabre. En descendant au salon de service j'ai aperçu M. Guizol et M. Duchàlcl, qui se promenaient en causant. Le premier, un instant après, parlait avec le général Dumas qui lui faisait des compliments de condoléance. Il était sans cravate, et dans la tenue de quelqu'un qui va se coucher...
Vers une heure du malin^ le maréchal Bugeaud est arrivé, et s'est mis en uniforme dans le salon de stuc. Il est nommé commandant en chef do la force armée, et des gardes nationales. Il est allé, immédiatement, prendre possession de l'élat-major do la garde nationale, où le général Jacqueminot
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lui a cédé la place. Le duc de Nemours, dit-on, s'est retiré aussi.
Vers deux heures du matin^ M. Tliiers est arrivé aux Tuileries. Un instant après, le duc de Montpensier est entré au salon de service, demandant un ofiicier de bonne volonté. Je me suis présenté. Il m'a dit : « Monsieur, ayez la bonté de conduire M. Thiers à l'état-major. » En arrivant à la garde nationale, où je n'ai plus vu le duc de Nemours, j'ai annoncé M. Thiers au maréchal Bugeaud, qui lui a dit qu'il était bien aise de le voir là. Il lui a annoncé qu'il venait de faire une proclamation à l'armée, dans laquelle il déclarait la formation d'un nouveau ministère que, lui, M. Thiers, était chargé d'organiser. Il a ajouté qu'il l'engageait à courir chez ses amis, non pas demain, mais, tout de suite; à les engager à faire cesser tout ceci, et à persuader à la garde nationale de prêter son concours au gouvernement. Il a ajouté : « Il serait, sans doute, très-malheureux qu'elle ne voulût pas marcher, ou qu'elle voulût marcher contre nous. Mais, s'il en était ainsi, dites-lui bien que ce ne serait pas une raison pour me faire jeter ma langue au chat ! » Je suis retourné au salon de service où j'ai inutilement essayé de dormir sur un canapé.
Le maréchal Bugeaud paraissait plein de résolution et d'énergie. Il professait la guerre des rues, tout en donnant ses ordres sur ce ton déclamatoire
qui lui est habituel, et il n'avait pas Tair de douter du succès. Il faisait des proclamations aux soldats, dans lesquelles il leur disait qu'ils savaient qu'ils pouvaient compter sur lui, et qu'il ne leur ferait pas défaut, etc.
J'ai été, une ou deux fois dans la nuit, employé par le général Dumas à des missions peu imporlantes, telles que de faire faire et de surveiller des distributions de vin , de pain , de vivres de toute espèce, fournies par le Château, à des troupes qui n'en avaient pas encore eu régulièrement.
A six heures du matin , le général Dumas me donne, à ma grande contrariété, l'ordre de me remettre en bourgeois. Quand je redescends au salon de service, il me remet une dépêche très-importante, me dit-il, queje dois aller remettre à IM.Thiers en personne. — J'y vais, à pied, par la rue de l'Echelle, la rue Sainte-Anne et la rue de Grammonl. Dans la seconde de ces rues, je rencontre quelques hommes isolés, qui commençaient à dépaver sans enthousiasme aucun, et que les voisins regardaient faire, avec assez d'indifférence, sans oser s'y opposer ou les aider. Il y avait, dans les rues, beaucoup de gardes nationaux qui circulaient l'air affairé et fort soucieux. — A sept heures et quart environ, j'arrive place Saint-Georges, chez M. Thiers, que je trouve en train de s'habiller. Il y avait déjà beaucoup de monde chez lui ; entre autres M. Ûdilon
Barrot. — M. Thiors, après avoir ouvert la lettre, que je lui remets, me prie d'attendre un instant et de l'accompagner au Château, pour lui en faciliter l'accès. Pendant que j'étais là , arrive le général de Lamoricière. Je lui dis qu'il y a très-mauvaise humeur contre lui au Château, parce qu'il n'est pas venu ofTrir ses services , comme quantité d'autres officiers généraux. Il me répond qu'il a écrit, il y a quatre jours, pour se mettre à la disposition du roi, si on avait besoin de lui ; qu'on ne lui a rien répondu, qu'il est resté chez lui , attendant. — Il sort, un instant après, avec M. Odilon Barrot et M. Thiers que j'accompagne. — Arrivés à la rue de Provence, M. Thiers me dit : « Allez devant, et dites au maréchal Bugeaud et au prince que je vais à la mairie pour pousser la garde nationale à intervenir, et que je serai, dans un instant, à l'état -major. « — En descendant la rue Neuve- Saint -Georges, un monsieur que je ne connais pas, serre la main à M. Thiers et lui dit : « Surtout, débarrassez -vous immédiatement du Bugeaud !... »
En relraversant les rues par lesquelles j'étais venu trois quarts d'heure auparavant , je trouve partout des barricades formidables, formant de chaque carrefour une place d'armes. — Avant d'arriver à la rue Saint -Honoré, à l'entrée de la rue des Frondeurs, do ce côté, j'en trouve une qui
monte jusqu'au premier étage des maisons, et qui m'erapeche absolument de passer. Chose curieuse : il n'y avait personne derrière elles pour les défendre ; mais il y avait une cerlaine exaltation chez quelques individus qui circulaient , en petit nombre, dans le quartier. Je suis obligé de gagner le passage Saint-Roch, les communications étant absolument fermées avec la rue Saint-Honoré, du côté de la rue de Richelieu et de celui de la butte des Moulins. J'arrive enfin, avec grand'peine, à l'état-major général. — En haut de l'escalier , que je trouve encombré de monde , j'aperçois , sur les premières marches, un monsieur en paletot, discutant, avec beaucoup d'animation, avec le maréchal Bugeaud, au milieu d'un groupe compacte d'oiliciers d'étalmajor de la garde nationale et de l'armée (I).
(1) Ce monsieur qui, le 24 février, discutait avec tant d'action avec le maréchal Bugeaud, sur l'escalier de l'état-rnajor, j'ai su qu'il s'appelait Fauvel-Delbarre. Il arrivait du boulevard , du côté de la porte Saint-Denis, où il était parvenu par ses représentations à décider le général Bedeau à suspendre l'opération militaire dont il était chargé (savoir de faire une pointe jusqu'à la Bastille, en nettoyant les boulevards, et de se lier avec Vincennes par le faubourg Saint-Antoine, si les communications étaient interceptées). U était également parvenu à se faire charger, par le général Be:!eau, de demander de nouveaux ordres au maréchal Bugeaud, basés sur la situation de ce quartier, dont la population (à ce que prétendait ledit M. Fauvel-Delbarre), ne montrait un sentiment hostile que parce qu'elle n'était pas suffisamment instruite de ce qui se passait, et parce qu'au lieu de faire distribuer les proclamations qui annon(,'aient la formation d'un nouveau ministère, sous l'influence de MM. Thiers et 0. Barrot, ou avait répandu, par erreur, celles qui conféraient au maréchal Bugeaud le commandement des troupes et de l'armée (imprimées dans la nuit), et qui (au dire du môme personnage) avaient produit le plus mauvais effet, et semblaient une menace à la population de recommencer les
a Monsieur le maréchal, disait-il, si la troupe tire un coup de fusil maintenant, tout est perdu ; toute médiation devient impossible, et Paris est noyé dans le sang ! — Mais, repondait le maréchal, vous ne pouvez cependant pas exiger que la troupe Jaisse tirer sur elle ^ans riposter ! — Monsieur le maréchal, ripostait l'homme au paletot, il vaut mieux qu'il y ait quelques soldais de tués, que de provoquer un conflit que rien ne pourra plus arrêter, et qui amènera des malheurs terribles et dont vous serez responsable. — Eh bien ! soit , dit le maréchal, en se tournant vers un of licier, faites donner Tordre que la troupe ne réponde pas , quand bien même on tirerait sur elle .'... « — En entendant cet ordre, je restai stupéfait, et me retirai fort triste, après avoir annoncé au maréchal l'arrivée de M. Thiers, qui me suivait à quelques minutes d'intervalle...
Je retournai au Château ; je montai à notre chambre quitter bien vite mon habit bourgeois , et me remettre en uniforme , pour me tenir prêt à tout événement. En arrivant au salon de service, je trouvai grand mouvement. Le salon de stuc était ouvert. MM. Thiers, OdilonBarrol, Crémieux, etc., étaient là, s'agitant avec une quantité d'autres
affaires de la ruo Transiionain. — A. B. Ces détails m'ont été Iburnis, depuis par M. Nougarède de Fayet, qui en a recueilli de fort curieux et en grand nombre).
habits noirs que je ne connaissais pas. Le roi était au milieu d'eux... on allait, on venait, on discutait, on ne paraissait pas pouvoir s'entendre... — Au bout d'un instant, le général de Lamoricière, qui était aussi en bourgeois , traversa le salon de service, disculanl très-vivement avec M. Crémieux, qui le suivait à grand'peine... Ils sortirent ensemble. Rien ne paraissait se décider dans le salon de stuc. Il se disait qu'on perdait inutilement un temps précieux ! — Le général Dumas demande un officier d'ordonnance en uniforme. Je me présente. Il m'emmène avec lui dans le jardin des Tuileries. Il faisait du vent , une pluie fine et très-froide. Nous visitons les portes du côté de la Seine. Le général me laisse près de la grille du Pont-Royal, avec une demi -compagnie d'infanterie, et ordre d'agir suivant les circonstances. — Il parcourt les autres portes du jardin, du côté de la rue de Rivoli et de la place Louis XV, afin de s'assurer si l'on est en si^irelé pour le Château de ces côtés-là. — Je vois revenir, de la Chambre des députés, la colonne de gardes nationaux et de peuple que j'ai vue s'y porter ce matin. — Pendant ce temps j'entends de nombreuses acclamations sur la place du Carrousel. Le calme et la sécurité se trouvant momentanément rétablis sur le quai de la Seine, je rentre aux Tuileries. Je trouve le salon de service désert. Le roi passe en revue une partie de la V légion de la
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garde nalionale et les troupes stationnées sur la place du Carrousel. Je rejoins, à moitié de la revue des troupes, le groupe des officiers d'ordonnance qui marchaient devant le roi. Il paraît que, dans la garde nationale , on a crié : Vive le roi l mais en même temps : Vive la réfonne l Au moment où le roi achevait de passer devant les troupes qui se trouvaient dans le Carrousel , et qui criaient : Vive le roi î avec enthousiasme, et, au moment où nous allions entrer dans la cour des Tuileries, où se trouvaient le reste des troupes et la garde nationale à cheval, arrive le général de Lamoricière, à cheval, vêtu, tant bien que mal. avec un uniforme de général de la garde nationale, emprunté à droite et à gauche pièce par pièce, et avec un pantalon bourgeois et des guêtres... Il me dit: «Prenez garde! laissez-moi passer; où est le roi?... où vat-il?...» Je le lui montre, — et j'apprends, en même temps, qu'il (Lamoricière) vient d'être nommé commandant des gardes nationales de la Seine. — Je ne sais pas ce qui se dit entre lui et le roi, qui achève sa revue par la garde nationale à cheval, laquelle témoigne un chaleureux dévouement à sa personne.
On commençait, dès la fin de la revue, à entendre très -distinctement, dans la direction du Palais-Royal, le bruit d'une fusillade qui s'y était ' vivement engagée. Cette fusillade, qui paraissait
également allumée sur les quais, se rapprochait de moment en moment. Il y avait une j^raridc agitalion dans le cabinet du roi, et dans le salon de stuc, où tout le monde se trouvait. Le salon de service, naguère encombré, était vide. Beaucoup de monde était rassemblé devant les marches qui se trouvent à la sortie de la petite antichambre du cabinet du roi, donnant sur la cour des Tuileries. Sur ce perron se trouvaient les princes, leurs aides de camp; des aides de camp du roi, des députés, des pairs de France, des officiers de garde nalionale de service M. Paganel, capitaine commandant l'escadron de garde nationale à cheval de service (lui à cheval), — Tout le monde paraissait fort agité. Le roi parut et se retira deux ou trois foi?. M. Vatout était près de lui... Au milieu des conversations, qui se croisaient confusément, j'entendis en cet instant, pour la première fois (et sans que cela me parût le moins du monde motivé par les circonstances, qui ne me semblaient nullement désespérées...), j'entendis prononcer le mot fatal d'ahdicalion!
Le maréchal Gérard (en bourgeois), qui avait accepté une mission pacificatrice près de la garde nationale et des insurgés, revenait, en ce moment, demander des garanties écrites, quelque chose, enfin, qu'on i)iit montrer à la foule, qui ne voulait pas se payer de paroles Au lieu des garanties qu'il
demandait, on lui remit une abdication, que le roi venait de rédiger lui-même el de signer, en faveur du comte de Paris, avec la régence de la duchesse d'Orléans.
En ce moment, un petit lieutenant de grenadiers de la garde nationale, orné d'une grande barbe rouge, et enfoui sous un énorme bonnet à poil aussi hautque lui, courut au perron, criant : « Il ne faut pas que le roi abdique!... S'il abdique, tout est perdu sans ressource!... Il ne faut pas que le roi abdique!... » — On parut hésiter un instant. Le maréchal Gérard, qui tenait le fatal papier, me parut au moment de le rendre... Je vis des mains qui se tendaient vers lui... puis, cette hésitation cessa
Le maréchal partit pour publier celte résolution terrible et inattendue.
Cette abdication fut, pour moi, un coup de foudre. Elle arriva sans transition aucune. Une demi-heure avant, le roi était encore salué par les acclamations de la garde nationale et de l'armée... Il paraît que ce malheureux petit lieutenant de garde nationale, si laid et si ridicule, a fait roilice de la goutte d'eau qui fait déborder le vase, et qu'un instant avant de dire : « Si le roi abdique, tout est perdu... il ne faut pas que le roi abdique, » il était venu crier, comme un énergumène : « Il faut que le roi abdique, ou tout est perdu!... »
On dit que le duc de Montpensier est, de tous
les membres de la famille, celui qui a été le plus impressionné, et que c'est lui qui a le plus vivement poussé le roi à abdiquer...
Le maréchal Bugeaud, un instant après, monte à cheval... plusieurs ofliciers l'entourent et essayent de l'empêcher de partir, mais, lui, persiste avec énergie. Je n'ai pu entendre ce qu'il disait, mais il m'a semblé qu'il voulait tenter un dernier effort, et qu'il devait dire qu'il voulait se faire tuer, ou réussir.
Un instant avant l'abdication, les coups de fusil se rapprochaient énormément; je pensai que le Carrousel et les Tuileries allaient être le théâtre d'une bataille décisive, je courus à mon cheval, que mon domestique tenait devant le salon de service. Je l'enfourchai rapidement, et je vins me placer devant ce malheureux perron, où se passa, sous mes yeux, la scène que je viens d'écrire... Peu de minutes après cet événement, le duc de Nemours, qui m'avait paru très -agité, pendant que tout cela se passait, monta à cheval. Il était presque seul; je vins me placer à côté de lui ei me mettre à sa disposition. Ses officiers, le colonel Borel, Courtois d'Hurbal, Reille, étaient allés porter des ordres. Les coups de fusil me parurent se faire entendre tout à fait aux abords du Carrousel.
Les troupes furent alors repliées : l'artillerie et l'infanterie, dans la cour des Tuileries. La cava-
lerie évacua aussi le Carrousel, et se porta sur la place Louis XV, par le quai, laissant cette première place entièrement libre.
Le duc de Nemours était calme; il donnait ses ordres avec sang-froid. Aussitôt que les insurgés virent le Carrousel abandonne, ils l'envahirenl de toutes parts, non sans précautions cependant, mais en se glissant le long des maisons et derrière tous les obstacles que présentait l'architecture di^ Louvre et de Fétat-major de la garde nationale.
Quelques compagnies, de garde nationale, tambours en tête et en assez bon ordre, s'avancèrent le long de ce dernier bâtiment et de la Liste civile, jusqu'à la grille des Tuileries.
Le général Magnan était venu se mettre, à cheval, à coté du prince, et se plaçait entre lui et le feu des insurgés. J'en fis autant. Le général Boyer venait d'aller à pied, très-bravement, à la grille, devant l'arc de triomphe, la fermer à clef, sous le nez et à quatre pas des insurgés embusqués derrière ce monument. M. Princeteau, officier d'ordonnance du roi, vint rallier le prince en ce moment. Tout à coup on entendit crier : Vive le roi! au guichet de la rue de l'Echelle. Quelques officiers vinrent dire au prince : « Monseigneur, c'est de la gai'de nationale de la 1'^ légion; voulez-vous qu'on lui ouvre le guichet? — Non ! répond le prince. — Mais, Monseigneur, c'est la bonne garde nalio-
nale... Elle crie : Vive le roi ! — Eh bien ! alors, ouvrez si vous voulez!... » A peine lui a-t-on livré passage, que voilà un peloton d'une trentaine de gardes nationaux qui se précipitent au-devant du duc de Nemours en vociférant, s'écriant que c'est une infamie ! qu'on avait promis qu'on ne tirerait pas, et qu'on venait de tirer sur eux ! (Effectivement on tirait en ce moment, mais c'étaient les insurgés qui tiraient sur nous, et pas un coup de fusil n'y avait répondu de notre côté.) — En ce moment, j'aperçus un gamin de quatorze ans, à l'air abruti (il venait d'entrer avec ce malencontreux peloton), coiffé d'un casque de garde municipal et armé d'un long pistolet de luxe volé chez un armurier. Ce hideux et stupide enfant se tenait sous la tête du cheval du prince, regardant toute cette scène d'un air étonné... J'éprouvai un serrement de cœur, me rappelant à l'instant le meurtre du commandant Saint-Hilaire, assassiné sur la place du Chatelet par un enfant dont personne ne se méfiait. Jejelai mon cheval entre le prince et lui, le montrant aux gardes nationaux et aux officiers qui étaient là. Les gardes nationaux ouvrirent leurs rangs, derrière lesquels ils le firent passer. Je joignis alors mes instances à celles du colonel Borel et des autres officiers pour représenter au duc de Nemours que sa place n'était pas là ; qu'il ne pouvait pas continuer à discuter avec des gens armés,
exaspérés, qui ne s'entendaient pas entre eux et ne savaient ce qu'ils voulaient. Nous nous mîmes entre eux et lui, et le forçâmes en quelque sorte à reprendre le commandement des troupes, ce qu'il fit, comme précédemment, avec beaucoup de sangfroid et de précision.
Il commença à prendre ses dispositions pour effectuer, au travers du pavillon de l'Horloge et par le quai, la retraite des troupes qui étaient dans la cour des Tuileries. Au moment où il venait de faire donner l'ordre de commencer ce mouvement (après avoir contremandé un autre ordre donné un instant avant à quelques compagnies, de s'embusquer derrière le petit mur d'appui qui sert de support à la grille qui sépare la cour des Tuileries du Carrousel)... à ce moment où le prince venait de donner l'ordre de commencer la relraite, et où cet ordre s'exécutait, on vient le prévenir que la duchesse d'Orléans, qu'il croyait partie avec le roi, était encore au pavillon Marsan. — Rompant tout à coup l'enveloppe un peu glacée dont il est habituellement revêtu, le pauvre duc de Nemours laissa voir à découvert l'hoinme de cœur et d'affection : il entra dans une espèce de fureur et de désespoir à la fois, causés par l'inquiétude que lui donnait la princesse, qu'il avait été au moment d'abandonner sans le vouloir. Il renvoya auprès de la duchesse d'Orléans le duc d'Elchingen, qui était venu lui donner
cette nouvelle, avec ordre de la faire partir le plus vite possible... (lîien encore ne nous avait appris officiellement le départ du roi, et pour moi c'est par l'évacuation des Iroupes que je l'appris.)
Ce fut avec une extrême anxiété que le prince attendit qu'on vînt lui dire que la princesse était partie... Il me donna ordre de prendre la batterie d'artillerie qui se trouvait dans la cour du Château, de Vemmener dans le jardin par la grille du Pont- Royal, et de la faire mettre en batterie sur le Château, en arrière du premier bassin, pour protéger la retraite dans le cas où les insurgés envahiraient le palais avant l'évacuation complète... Après avoir accompli ma mission, non sans quelque peine (le guichet et une partie de la cour étant déjà envahis par des voitures du train des équipages qui apportaient des vivres)... après donc avoir établi la batterie dans la position indiquée, je reviens auprès du prince (au travers du pavillon de l'Horloge, dont les marches étaient garnies de terre) lui rendre compte dans la cour des Tuileries, où je le trouve surveillant la retraite et donnant des ordres avec un grand calme, sous les balles, qui commençaient à arriver assez serrées sur le Château... Nous passâmes de nouveau sous le pavillon de l'Horloge, avec les dernières compagnies, et traversâmes le jardin doucement et sans trouble aucun.
Arrivés à la grille du Ponl-Tournant, nous traversâmes une très-grande foule en dedans du jardin et sur la place Louis XV. Nous fîmes halle un instant. Toute cette foule était curieuse, mais généralement calme et même presque bienveillante. Elle accueillit tiès-bien quelques mots que le duc de Nemours leur dit pour les engager à s'écarter pour faciliter le passage des troupes et éviter les accidents.
Le prince se dirigea du côté de la rue Royale d'abord, où il y avait quelques bataillons d'infanterie... Il trouva là le général d'Arbouville à pied, qui', aux gestes que je lui vis faire, me parut peu disposé à accepter le commandement qu'il lui donna. Vers le milieu de la place, en face de l'avenue de l'Etoile, près de l'asphalte de l'Obélisque, il trouva le général Rulhièresà cheval, et me chargea d'aller lui dire qu'il avait, comme plus ancien, le commandement de toutes les troupes qui se trouvaient sur la place Louis XV, au nombre d'environ 2,500 à 3,000 hommes de toutes armes, infanterie, artillerie, garde municipale, cuirassiers et dragons...
En ce moment, le prince, qui croyait Madame la duchesse d'Orléans sur la route de Saint-Gloud, avec le roi, apprit qu'au lieu de cela elle était à la Chambre des députés avec ses enfants... Son angoisse de tout à l'heure se renouvela... Malgré les instances de tous les officiers qui l'entouraient et qui le conjuraient de rester à la tête des troupes, il
s'écria : « Non! non !... ma place est à côté de la duchesse d'Oi léans, du comte de Paris. Il faut que je me rende près d'eux!... » Il fit ciuelques recommandations au général Rulliières, et partit au grand trot pour la Chambre... Eu arrivant là, il trouva quelques centaines d'hommes d'infanterie, doul il donna le commandement au général Bedeau, sous les ordres du général Ruihières (1). — Nous n'élions plus que quatre auprès du prince lorsqu'il mit pied à terre : le colonel Borel de Brétizel, Reille, Courtois d'Hurbal et moi. — En arrivant dans la salle en rotonde qui précède la salle des Pas-Perdus, le prince me donna l'ordre de remonter achevai et d'aller dire au général Ruihières « de faire tout au monde pour couvrir la Chambre des députés, du côté de la Seine et de la place du Palais-Bouibon, et de protéger à tout prix et par tous les moyens possibles la liberté delà discussion jusqu'à la fin de la séance, en arrêtant les bandes armées qui voudraient se porter sur la Chambre, y — Je quittai un peu à contre-cœur le prince, qui allait entrer dans la salle, où je pensais qu'allaient se passer des événements importants. Néanmoins, je courus à mon cheval, et j'allai au galop porter les ordres pressants du prince au général Ruihières.
(1) Depuis, le gt-néral Bedeau m'a affirmé que le prince lui avait donné le commandement de la cavalerie qui était sur le quai, du côté de la place Louis XV, et qu'il ne se croyait pas sous les ordres du général Kulhièros.
Après les avoir écoutés, ce général, que je trouvai à la tête des troupes réunies sur la place Louis XV, me prit par le bras et, m'amenant à hauteur de l'Obélisque, devant le Pont-Tournant, il me montra le Château, puis me dit : « Regardez ! Vous voyez que les Tuileries sont envahies par le peuple. — Oui, mon général. — Voilà, ajoutat-il, des bandes qui descendent dans le jardin... Pareille chose va avoir lieu du côté du quai... Retournez auprès du duc de Nemours; vous lui direz que si dans un quart d'heure ou vingt minutes la duchesse d'Orléans et le comte deParis ne sont pas hors de la Chambre, je ne réponds plus de rien. . . » Je retournai rapidement à la Chambre. Je pénétrai à grand'peine jusqu'à la grille, au milieu de la foule compacte qui se pressait devant elle (foule non encore armée). Le faible poste de garde nationale en défendait l'entrée avec énergie... J'entre enfin dans la Chambre même, malgré une opposition assez vive de la part des huissiers et des garçons de salle... Je trouve le prince debout à côté de la pauvre et noble duchesse d'Orléans, qui était assise au pied de la tribune, tenant dans ses bras le pauvre petit comte de Paris, qui avait l'air effrayé d'un petit oiseau qu'on va égorger, bouleversé par le sinistre spectacle qu'il avait sous les yeux et par les violentes interpellations qui se croisaient sur sa têlo des différentes parties de la salle.
Absorbé par l'imporlance de la mission dont j'étais chargé, je ne fis pas attenlion à la discussion. Mais je n'oublierai jamais le spectacle qui venait de me frapper... La princesse avait une altitude calme, digne et résolue ; et, malgré la pâleur de ses traits, elle ne paraissait ni effrayée, ni découragée. Elle était entourée des officiers de sa maison, qui se pressaient autour d'elle dans l'hémicycle, oii se trouvaient un assez grand nombre de députés, et où s'étaient aussi faufilés quelques gardes nationaux.
Le duc de Nemours me donna l'ordre de faire partir le général Boyer (qui était resté devant le péristyle de la Chambre, avec deux voitures royales destinées à emmener la duchesse d'Orléans, après la séance) pourSaint-Cloud, afin de lui venir rendre compte de ce que le roi comptait faire, et de la position dans laquelle il se trouvait là-bas... Il me dit ensuite, après avoir entendu la réponse du général Rulhières, de retourner au galop auprès de lui, et de lui réitérer l'ordre « de défendre la Chambre à tout prix... de faire tout au monde pour la couvrir de tous les côtés, et pour protéger la liberté de la discussion jusqu'à la fin... que le salut du pays en dépendait, et qu'il fallait qu'à tout prix la discussion arrivât jusqu'à sa fin. » — Au moment où je partais, le prince me rappela et me dit : « Prévenez le général Bedeau de l'ordre que vous portez. » — En sortant, et au moment où je
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monte à cheval, je trouve le général Bedeau près des voitures de la princesse, et je lui transmets l'ordre du prince. Il me répond que les troupes ([ui sont là ne sont pas sous ses ordres. Je trouve aussi le général Boyer qui part pour Saint-Cloud, dans une des deux voitures royales.
Je retourne encore une fois au galop sur la place Louis XY, auprès du général Rulhicres, que je trouve, toujours à cheval, devant l'asphalte du côté du pont. Après m'avoir écouté, il me dit, avec une espèce de colère : « Cette fois-ci, ce n'est pas au duc de Nemours que vous porterez ma réponse... mais à la duchesse d'Orléans elle-même... Vous lui direz que, si dans dix minutes, un quart d'heure au plus, elle n'est pas sortie de la Cliambre, je ne réponds plus de rien !... »
Quand je veux rentrer dans la Chambre pour rapporter celte réponse, j'éprouve une diificulté
extrême — La première fois que j'étais entré
dans le palais, apportant la première réponse du général Rulhières, pendant que je luttais avec la foule pour arriver jusqu'à la porte de la grille, j'avais entendu proclamer la régence par quelques députés sur les degrés du péristyle, et celte proclamation avait été accueillie favorablement par la foule. — Je finis enfin, cette seconde fois, par pénétrer aussi, bien qu'avec beaucoup plus de peine, dans les couloirs, encombrés eux-mêmes. Ce n'est
qu'avec de grands ellbrts, et à l'aide d'indications obtenues avec peine que j'arrive dans la salle; mais celte fois par le haut... La princesse avait été enlevée de la place qu'elle occupait dans l'hémicycle déjà envahi, et placée aux sièges les plus élevés du centre, occupés habiluellement par les députés... Je l'aperçus bientôt, accompagnée d'une ou deux dames coilfées, comme elle, de chapeaux de crêpe noir; mais il y avait encore huit ou dix places entre elle et la porte par laquelle je venais de pénétrer. . . Reconnaissant bientôt l'impossibilité de franchir cet espace et d'arriver jusqu'à elle, je priai le duc d'Elchingen, le colonel de Montguyou ou M. de Saint-Aignan 'je ne sais plus lequel), de lui faire parvenir la réponse du général Rulhiôres. Je cherchai à apercevoir et à rejoindre le duc de Nemours, mais sans succès, bien qu'on m'assurât qu'il était près de la princesse. Ne pouvant absolument pas le rejoindre, et craignant de me trouver bloqué dans un coin par la foule, je me décidai à sortir, ce à quoi je ne parvins qu'avec la plus grande difficulté Je me dirigeai vers la voiture destinée à
emmener la duchesse d'Orléans, pensant que ce serait là le point de réunion infaillible, et celui où aurait lieu, probablement, un grave eft'ort, si l'on voulait s'opposer à son départ... Je remonte à cheval, et je viens me placer près du carrosse, ou je relrouve le général IJedeau, ainsi que le colonel 13orel et Prin-
ceteau, qui étaient également à cheval près de la grille.
Il y avait, en ce moment, une colonne d'infanterie d'un bataillon et demi, arrêtée sur le quai, devant l'hôtel de la Présidence. Quelques compagnies, tôle d'une colonne d'infanterie assez importante, stationnaient à l'entrée de la rue de Bourgogne. J'étais là depuis quelques minutes, lorsque nous entendons le tambour du côté du quai d'Orsay... C'était une colonne d'insurgés qui arrivait du Château, et qui était précédée par une espèce de grisette à cheval, portant un drapeau, coiflee d'un bonnet rouge, criant à tue-téte : A has Guizot! et tenant de mauvais propos contre le roi. Cependant elle ajoutait, en riant, que « ce n'était pas lui qui était le plus mauvais, mais que Guizot était un gueux, et qu'il fallait le pendre sans miséricorde. » Cette foule armée se répand au milieu de celle, déjà très-nombreuse, qui stationnait devant la Chambre, et s'y dissout presque complètement sans augmenter d'une manière sensible ses mauvaises dispositions.
Cependant quelques-uns de ces hommes nous prennent à partie, disant « qu'il faut qu'on éloigne la troupe, que cela irrite le peuple et prouve qu'on se méfie de lui que si on lui montrait de la confiance, non-seulement il se conduirait bien, mais qu'il serait, au contraire, le premier à protéger la
duchesse d'Orléans. » — Néanmoins, la voilure qui doit l'emmener a été envahie, sur le siège, derrière et devant, par des hommes et des gamins
armés Vingt minutes environ après l'arrivée
de la dernière bande armée, une autre, plus considérable, apparaît sur le quai d'Orsay, et s'avance tambour battant, et se mêlant à la foule toujours croissante qui encombre les abords de la Chambre ; elle parvient à forcer la grille des députés, qui jusque-là avait été énergiquement défendue par le petit poste de la garde nationale, et pénètre sur le grand escalier du péristyle et dans la cour d'entrée. Cette cohue armée et vociférante, d'abord indécise, se promène un instant de droite à gauche, ne sachant trop ce qu'elle voulait faire ; mais bientôt quelques individus, parmi lesquels se trouvent des gardes nationaux en uniforme, attaquent une des grandes portes vitrées à coups de crosse de fusil, la jettent en dedans et pénètrent dans la Chambre.
Quelques minutes après, des hommes du peuple et des gens en habit noir viennent proclamer la République, sur ces mêmes degrés où , peu de minutes avant, j'avais entendu proclamer légalement la régence !
Un quart d'heure plus lard, un valet de pied sortait de la Chambre, à la faveur de son habit de deuil, et venait nous diic (pic « tout était fini; que nous n'avions plus rien à faire là ; que .Madame la
duchesse d'Orléans cl le duc de Nemours venaient d'être enlevés de la Chambre ; qu'on les avait fait passer par une fenêtre, dans le jardin et dans l'hôlel du Président de la Chambre, d'où ils avaient pu gagner une retraite sure, et que nous n'avions plus qu'à nous en aller. » — On assurait que deux coups de fusil avaient été tirés, des tribunes, sur le comte de Paris et sur la duchesse d'Orléans. — Les troupes qui étaient devant l'hôtel du Président, et quelques pelotons du iO^ dragons qui étaient venus se placer sur le même quai, le dos à la rivière, s'en vont dans la direction de Saint-Cloud (par les ordres du général Bedeau, à ce qu'il me semble). Le général Bedeau veut renvoyer à leurs casernes les détachements placés sur le quai, à l'entrée de la rue de Bourgogne , mais , pressés de toutes parts, par la foule armée qui crie : Vive la ligneî ils sont rompus et désarmés au moment où ils mettaient les fusils sur l'épaule pour s'en aller. — Nous demandâmes alors au général Bedeau ce qu'il voulait faire. Il nous répondit qu'il allait rentrer chez lui. Toutes les troupes étaient parties ou désarmées. Les douze ou quinze dragons qui tenaient nos chevaux, un instant auparavant, venaient de se voir enlever leurs armes. Les canonniers qui étaient sur le pont, laissaient piller leurs caissons, ne pouvant lutter seuls contre l'immense populace armée qui nous entourait. Nous tînmes conseil. J'émis l'avis de
partir pour Saint-Cloud, où je croyais que le roi s'était arrêté, et devait rallier les troupes. Le colonel Borel nous dit qu'il allait, lui, rentrer chez lui. Je demandai à Princeteau s'il voulait que nous partissions tous les deux. Il me répondit : « Mais, qu'irons-nous faire à Saint-Cioud? Voilà le colonel de Brétizel, l'aide de camp du prince, qui vous dit qu'il rentre chez lui. Si lui, qui a l'oreille du duc de Nemours, agit ainsi, c'est qu'il sait qu'on n'a besoin, ni de lui, ni de nous, et qu'il pense que nous serions plus nuisibles qu'utiles... » Cette raison me paraissant concluante, je me décidai aussi à rentrer chez moi. Il était temps de prendre un parti ; nous étions au milieu d'une immense foule, en grande partie armée, enivrée de son succès et de la facilité avec laquelle elle l'avait obtenu. Bien que peu violente, elle avait désarmé tous les soldats autour de nous, et la fantaisie pouvait lui prendre, d'une minute à l'autre, de nous traiter comme eux... Je traversai, au pas, la place Louis XV, oii les troupes que commandait naguère le général Rulhières étaient remplacées par une foule assez compacte... J'arrivai, sans encombre, chez un de mes cousins qui demeure dans une des maisons faisant pendant au ministère de la marine ; j'y déposai mon cheval et j'y échangeai mon uniforme contre des habits bourgeois. Puis j'allai chez le général Bedeau, rue Richepanse, lui demander des nouvelles, savoir ce
qu'il y avait à faire, cl me mettre à sa disposition en cas de besoin. Il ne put me rien dire. J'appris chez lui que le général de Lamoricière avait été grièvement blessé. — On disait même d'abord qu'il avait été tué... Je courus aussitôt chez lui, rue du Bac. — En passant devant le Château, je le vis envahi parla populace... C'était un spectacle navrant. On jetait tout parles fenêtres. Une énorme colonne de curieux, formée sur huit ou dix de front, entrait cependant , avec une espèce d'ordre , pour visiter les Tuileries, pendant que, dans d'autres endroits, une foule déguenillée et efîrénée pillait, brûlait, ou jetait par les fenêtres tout ce qui lui tombait sous la main.
En arrivant chez le général de Lamoricière, j'appris qu'il était dans son lit avec la fièvre ; qu'on venait de lui mettre les sangsues, et que bien qu'il eût été violemment contusionné et qu'il eût eu les deux bras percés de coups de baïonnette , sa vie n'était cependant pas en danger. Rassuré un peu de ce côté, je retournai chez le général Bedeau, que je ne trouvai pas, non plus que quelques autres personnes de la maison du roi.
Vers quatre heures seulement j'appris par Aymé, oilicier d'ordonnance du roi, qui revenait de Saint- Cloud , où il avait rejoint le roi , que la famille royale était dispersée ; que le roi était reparti de Saint-Gloud [jcu d'instants après y être arrivé,
el, très à l'improvisle, laissant toute sa maison derrière lui... qu'on croyait qu'il s'était dirigé sur Dreux. — Le soir, j'allai chez le général Gourgaud, lui répéter ce que j'avais dit au général Bedeau : que je venais me mettre à la disposition de la famille royale ou de ses délégués , si je pouvais être bon à quelque chose. Il me répondit qu'il n'en savait pas plus que moi à cet égard. Il me proposa, ainsi qu'au commandant Chapotin, son aide de camp, ancien officier d'ordonnance du roi, de nous en aller demander des instructions au colonel Borel de Brélizel, l'aide de camp du duc de Nemours, qui seul, pensait-il, était à môme de savoir les intentions qu'on pouvait avoir à notre égard.
Il était onze heures du soir ; nous eûmes beaucoup de peine à pénétrer jusqu'à lui. Il nous dit qu'il était chargé de dire à tous les officiers qui avaient été attachés aux membres de la famille royale, qu'on nous rendait notre parole et notre liberté, et que, tout ce qu'elle désirait, c'était que toutes les personnes qui lui avaient appartenu se ralliassent franchement au premier gouvernement qui parviendrait à s'établir et promettrait au pays existence, ordre et sécurité.
34i2 LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER.