RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
A Monsieur le directeur des Archives nationales.
Paris, le 25 septembre 1872.
Monsieur le Directeur, je vous autorise à recevoir des mains de M. Martin-Paschoud, pasteur de l'Eglise Réformée de Paris, un document d'une haute importance historique, dont il se trouve détenteur par suite de circonstances qu'il a pu déjà vous faire connaître, et dont la place est aux Archives nationales. Il s'agit de l'acte authentique d'abdication du roi Louis-Ptiilippe. M. Martin m'a exprimé le désir d'en faire le dépôt aux Archives.
Le ministre de l'instruction publique, des cultes et des beaux-arts,
Jules Simon.
(1) L'acte d'abdication est sur une feuille double de papier vergé, portant la marque de la papeterie de Rives (Isère), dont le nom se lit, d'un côté dans la pâte, au-dessous du lion couronné, avec la légende Pbo patria [et] ubertate ; de l'autre est le nom : Vanderley.
Le format est celui du papier écolier.
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NOTE CONSTATANT LE DÉPÔT (26 septembre 1872)
La pièce originale contenant l'abdication du roi Louis- Philippe fut confiée, presque immédiatement après qu'elle eut été écrite, au général de Lamoricière, qui sortit des Tuileries, l'ayant à la main, avec l'intention de la porter à l'Hôtel-de-Ville. En traversant la place du Palais-Royal il agita ce papier, dont il proclamait le contenu, invitant le rassemblement formé alors sur cette place à se disperser. L'un de ceux qui étaient à la tête de l'émeute, Charles Lagrange, depuis représentant à l'Assemblée constituante de 1848, s'élança à la tête du cheval du général, arracha l'acte d'abdication de ses mains, et, aux cris de Vive la République l poussa la foule à pénétrer dans les Tuileries- Peu d'instants après cette invasion, le roi Louis-Philippe prenait la fuite. Charles Lagrange conserva la pièce dont il s*était emparé ; mais, la regardant comme la propriété de la famille d'Orléans, il se proposa, à la première occasion, de la lui faire parvenir. Les événements du 2 décembre 1852 amenèrent l'exil de Charles Lagrange, sans qu'il eût pu mettre son projet à exécution. Par ses dernières volontés, il chargea M. le pasteur Martin-Paschoud, qu'il avait jadis connu à Lyon et dans lequel il mettait toute sa confiance, de transmettre à la famille du roi Louis-Philippe la pièce restée entre ses mains.
M. Martin-Paschoud, une fois en possession de l'acte d'abdication de Louis- Philippe, après la mort de Lagrange, s'enquit près du comte de Paris des intentions de la famille d'Orléans à l'égard de cette pièce. Le prince lui ayant affirmé que ni lui ni les siens n'entendaient la réclamer et qu'il la regardait comme appartenant à l'Etat, M. Martin-Paschoud la présenta à M. Jules Simon, après en avoir fait constater l'authenticité par M. Charles de Rémusat,
ministre des affaires étrangères, et en présence duquel le roi Louis-Philippe avait écrit son abdication. Le ministre de l'instruction publique décida que la pièce serait déposée aux Archives nationales, et M. Martin-Paschoud Ta remise entre les mains du directeur général, le 26 septembre 1872, avec la lettre de M. Jules Simon autorisant cet établissement à en accepter le dépôt.
Il faut relever dans cette noie deux points erronés :
J ° Le général de Lamoricière n'est pas sorti des Tuileries rabdication du roi à la main, et ce n'est pas à ce général que Lagrange prit ce papier.
2" Ce n'est pas après l'invasion des Tuileries, mais avant cette invasion, au moment même où elle allait avoir lieu, que le roi a pris la fuite.