I. — Jugement de Chateaubriand sur la Restauration
Combien il eût été facile de s'emparer de Tesprit de cette jeunesse !... La Restauration s'est contentée de lui donner des représentations théâtrales des anciens jours, des imitations du passé qui ne sont plus le passé... Dans une lutte misérable d'ambitions vulgaires, on a laissé le monde s'arranger sans guide. Les débris du dix-huitième siècle, qui flottent épars dans le dix-neuvième, sont au moment de s'abîmer : encore quelques années, et la société religieuse, philosophique et politique appartiendra à des fds étrangers aux mœurs de leurs aïeux. Les semences des idées nouvelles ont levé partout; ce serait en vain qu'on les voudrait détruire : on pouvait cultiver la plante naissante, la dégager de son venin, lui faire porter un fruit salutaire, il n'est donné à personne de l'arracher.
(Chateaubriand. Préface de 182G à VEssai sur les Révolutions.)