II. — Jugement d'Augustin Thierry sur la Révolution de
La Révolution de 1830 a fixé le sens des Révolutions antérieures. Merveilleuse par sa rapidité, et plus encore parce qu'elle n'a pas un seul instant dépassé son but, elle a attaché sans retour notre ordre social au grand mouvement de 1789. Aujourd'hui tout dérive de là : le principe de la Constitution, la source du Pouvoir, la Souveraineté,
400 LA EÉVOLUTION DE 1830.
les couleurs du Drapeau national. La fusion des anciennes classes et des anciens partis a repris son cours; elle se poursuit sous nos yeux, et se précipite par la lutte même de ces partis nés d'hier, qui ont remplacé, en la fractionnant de mille manières, la profonde et fatale division du pays en deux camps : celui de la vieille France et celui de la France nouvelle. De tous les pouvoirs antérieurs à notre grande Révolution, un seul subsiste : la royauté rajeunie et confirmée par l'adoption populaire. Si Ton regarde ce fait comme l'œuvre de la seule raison politique, on se trompe ; il a de plus sa raison historique. Notre histoire témoignait auprès de nous, société renouvelée, en faveur de la Royauté, car son développement durant dix siècles a marché de front avec celui du tiers-état; la Révolution a voulu et n'a pu l'abolir, elle n'a pu que lui faire subir une interruption de douze ans, si l'on compte jusqu'à l'Empire, et de huit ans, si l'on s'arrête au Consulat à vie, sorte d'ébauche du pouvoir royal. Elle durera sans doute, liée invariablement aux garanties de nos libertés politiques, mais c'est à des conditions expresses ; la Révolution des Trois Jours a inscrit, en regard du vœu national, le fameux Sinon, non, des Cortès aragonaises.
Cette Révolution, que l'avenir jugera dans ses conséquences sociales, a fait faire un pas au développement logique de notre histoire ; elle a rendu à la première Révolution et à l'Empire la place qui leur était contestée parmi les grands faits légitimes, et, en terminant les années de la Restauration, elle a commencé pour celle-ci l'ère du jugement historique.
(AuGDSTiN Thierry. Introduction aux Récits des temps mérovingiens, chap. V.)
(1) < .... Hos hacemus n nuestro rey , con tanto que gnardareis nuestros fueros, sino, no. » (Formule d'intronisation des anciens rois d'Aragon.)
111.— Testament du duc d'Orléans, en date du 9 avril 1840. Extrait du testament.
Cet important document fut publié par le journal VÉvéïiement, dans son numéro du 19 mai 1849, d'après une copie faite sur l'original qui avait été pris aux Tuileries le 24 février 1848. C'est d'après cette publication que nous le reproduisons :