‹ Mémoires secretsChapitre 10 sur 15 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DB h BTAT DE L AGBICULTUAE.

Reprenons :

Point de prospérité générale sans la prospérité de Tagriculture;

Point d*agriculture florissante sans sécurité.

Dira-t-on que néanmoins la prospérité de l'agriculture a pris un essor assez haut pour manifester Tappui social donné à la propriété territoriale, et le bonheur dont la propriété est en pleine jouissance?

Je nie l'appui : je nie le bonheur.

C'est en logique un dessophismes les plus communs , et dans la politique actuelle un des sophismes les plus abusifs y que celui dont l'école a spécifié le mode en ces termes : cu/n hoc j ergo , propter hoc. Telle chose advient avec uneautre, donc elle advient par cette autre. Eh! non, malheureux logicien : souvent elle advient malgré cette autre.

Plus d*une foisj*ai observé ce sophisme en mes «mis comme en mes ennemis.

Quand sous l'empire de Bonaparte on vit les affaires renaître et les champs refleurir, ce ne fut point l'effet naturel des décrets du conquérant; bien de ses décrets furent ou mal habiles ou dévastateurs; il ravissait aux cliamps hommes et choses. Mais $tA guerres consommaient beaucoup de denrées pendant que les Uoctis

barraient les ports. Les céréales se maintinrent par cette cause à un prix élevé; et la bonté constante du prix rappela Taisance qui, des mains du propriétaire, s*épancha dans les sources du travail rut-al, les alimenta, les vivifia.

Quand sous la Restauration Tindustrie jeta un grand éclat de force et de ricbesse , on attribua ses vastes pro'* grès à tel acte du gouvernement, à tel ministre, à telle charte. Louange fausse! le principe du bién-étre fut dans la succession de quinze ans de calme à qumtiS ans de trouble , de Tordre à la violence, de la coiifnlterDtté des peuples européens à leur scission destructive; et les germes semés partout dims cette pacifique période ont fructifié en Autriche, en Prusse, en Russie comme eii France.

Dans Tune et l'autre ahemative de guerre et de ptiXi la nature a tiré de la guerre , a tiré de la paix , les con* aéqnences propres aux conjonctures diverses.

En cette position comme en tant d'autres > il J a ea eoncomitanee , et non dépendance exclusive dont Finie ou Tautre position se doive glorifier.

J'applique cette observation à la prétendue ptxMpérite où l'agriculture française s'est élevée, dit*on , â l'ombre et sous les auspices du pouvoir public.

En exprimant tout à Theure les angoisses de la pro* priété, jai déjà noté combien peu la culture du sol reçoit du pouvoir un appui sincère.

Dans l'espace de vingt ans , vit-on beaucoup de députés ou de pairs osant à la tribune proférer le seul noÉi de l'agriculture? Ils partaient des extrémités du rojatittle oà la stérilité de leurs champs fatiguait learinAgeneé; ils accouraient exaspérés jusqu a la Loire. Le flevfte

passé I ils ressentaient à l'instant cette influence du charme mortel que le Tasse attribue aux jardins d*Ar^ mide. Leur tête s inclinait; ils se glissaient dans les salons de Paris; et oubliant qu'il y a quelque part de» champs et des vignes , ils n avaient plus la force de dire un mot ou de repousser un choc. Permis aux fileurs de coton, de débiter emphatiquement à la tribune tous les procédés et tous les mots techniques de leur art. E)couter| admirer Tinintelligible langage du rouet et des broches, s imposer silence à soi-même, était le lot du proprié*taiie ahuri. La Loire ou la Saône étaient son Léthé; voter, sans mot dire, l'impôt foncier, son affaire.

M. Thaèr, célèbre agronome allemand, et M. Cmd^ célèbre agronome suisse, ont donné aux principes de l'économie rurale des fonnules en quelque sorte mathé» mathiques. Suivant eux , par exemple^ la terre qui repro» duit cinq fois la semence aurait 40 degrés de fécx>n«' dite naturelle. Un hectolitre de froment absorbe 8 de* grés. Telle autre plante en soutire davantage; telle autre, au contraire, restitue au sol plus de sucs végétatifs qu'elle n'en exige. Le sol ainsi, là amélioré, ici épuisé, ou monte à 60, à 80 degrés de fécondité; ou descend à 20, à 10. Avec plus de puissance encore, les combinaisons agricoles dont les bestiaux sont l'objet, ou élèvent ou dépriment les degrés du sol suivant qu'elles sont excitées ou restreintes par les circonstances locales ou légales. Or , si 8 degrés correspondent à un hectolitre de froment, plus le sol acquiert de degrés, plus le froment al>onde; plus il en perd, plus les moissons deviennent chétives. Avec l'abondance ou avec la disette, la population s accroît ou déchoit ; la sécurité s'affermit ou le tro uble ; la puissance générale se renforce ou se dépriae.

Voilà de la science, des chiffres, des faits. Qu*un député eût osé les énoncer à la tribune : « Ah ! des formules par A plus B , c*est fort bien , » diraient quelques géomètres sans écouter. «Que m'importe? est-ce que je suis agriculteur, moi! » dirait tout ministre de Tintérieur, évidemment digne de succéder à Sully. « Mais cest inintelligible, c*est fastidieux , c*est du grec ,» auraient dit et diront toutes les législatures avant et depuis 1830. Le tarif des douanes sera certes aussi du grec pour elles ; on pâmera d'ennui ; mais on écoutera ou on feindra d'écouter.

En ces assemblées , où Ton raffinait sur tout , a-t-on jamais sérieusement traité la question du commerce des grains ? Oui ; quatre fois, s'il m'en souvient : et d'ordinaire bien plus pour gêner que pour favoriser l'ascension du prix des céréales à un taux raisonnable. Il s'agissait toujours de mettre aux prises l'intérêt du consommateur et celui du producteur, comme si au fond ils n'étaient pas identiques, comme s'il n'était pas utile au consommateur d'aider le producteur, alin qu'il produise beaucoup et que l'abondance amène et maintienne la baisse sans effort : baisse alors réelle et non factice, avantageuse et non fatale.

Au contraire, combien de fois l'industrie a-t*elle obtenu l'aide de la science, le stimulant de Téniulation , le prestige de la gloire, les bénélices du succès? Combien d'écoles fondées pour les beaux-arts et pour les art» libéraux! Mais envers l'agriculture, silence et stérilité. C'est pourtant un grand art que celui d'arracher à la terre tous ses trésors, afin de pourvoir aux aliment, aux vèlemens, aux besoins multipliés de trente millions d'habitans. 11 suppose, il exige une foule de faits où lobservation , la mécanique, la physique, l'arithméli*

que, etc., approprient les facultés du sol à la diversité des climats et à la diversité des besoins. Contre lui luttent la terre et les saisons. Enseigner à vaincre de tels adversaires, excède les facultés individuelles. Les efforts de rindividu se traînent; des succès même se contestent ou se dissipent. Des fermes-modèles , régies en conscience, où les épreuves fussent Tobjet de calculs exacts, auraient dA multiplier des flambeaux lumineux sur tous les points du royaume. La Bretagne et le Languedoc, le Berri et le Dauphiné, le Centre et l'Est, auraient dA chacun offrir aux agronomes une école précise, un point de mire déterminé. Loin de là; tous sbolent : ils s'ignorent l'un l'autre. Dans un même canton. Ton s'ignore d'une lieue à l'autre de distance. En ces procédés où le bien doit être progressif, l'habitude n'opère ou n'essaie qu'au hasard : on^ ne perfectionne qu'à force d'années. Nulle part des foyers où les faits se comparent, d'où ils rejaillissent en faisceau irrésistible. Quelques tentatives de grands modèles agricoles ont été faites oà et là. J'ai voulu fonder aussi un établissement de ce genre dans le département de la Corrèze : il a péri faute de capitaux et faute de guides. L'administration supérieure, qui se mêle de tout, n'a voulu se mêler de lui fournir ni les uns ni les autres. Partout la défiance, !*!• n utilité, le ridicule même, ont fait choir ces tristes écoles; trois seulement ont survécu. Rambouillet et Grignon, dues, l'une à l'infortuné Louis xvi, l'autre à l'infortuné Charles x, attachent aux noms de ces deux augustes frères , un souvenir de bienfaisance active et éclairée. Une troisième s'honore assez des talens de M. de Dombasie, pour avoir enfin pris part au budget général. Mais, reléguée au Mord, si limitée dans son but,

si restreinte dans ses moyens, parfois si abusée sur Té* tat (lu midi de la France, quel progrès général peutelle obtenir du territoire fran^*ais?

Un seul objet a obtenu une organisation publique ; les haras ont attiré quelqu'intérét, et divers systèmes approfondis leur ont donné de Timportance. Ils ne Tont pas dû à un sentiment de faveur pour Tun des utiles rameaux de l'économie rurale. Ce sont deux autres motifs qui les ont tirés de 1 abandon. La chevalerie a laissé une impression noble dans nos mœurs; et les soins, les usages, les établissemens qui se rapportent au cheval s*ennoblissent de souvenirs historiques. De là vient que des hommes d*un rang distingué ont mis honneur et talent à relever de leur long abâtardissement les races cavalines. Un autre motif, c'est le service militaire. On a soigné les haras, moins avec le dessein d'enrichir la propriété foncière, qu'en vue des combats et des corp« dont le cheval est l'agent indispensable. Il a fallu des ateliers de chevaux comme des ateliers de salpêtre : TEtat s'est montré guerrier ou politique, mais non administrateur attentif et propice au bien du sol.

Et sur ce point encore, la défaveur inhérente à l'agricullure a laissé plus d'une fois ressortir ses nullités. Car, enfin, l'atelier du salpêtre est confié à des mains habiles ; on n'y appelle pas le camarade, Télecteur, l'orateur. C'est le salpétrier qui raffine le salpêtre et en forme la foudre. Pour les haras il en fut autrement. Censeur irrémissiblementvéridique, j'accuserai des temps que j'aime et des hommes qui me furent connus. Dans le temps de cette Restauration fugitive où les bonnes intentions et les fautes plus ou moins graves pullulaient comme à l'envi les unes des autres, qui sut*on mettre à la léte des

haras et de 1 agriculture du royaume ? M. de Castelbajac qui, sans aucun doute, ne confond pas le cheval et le mulet; M. Syriès de Marignac qui, pour son début , lit vendre au plus vil prix , sur un marché public , les jumens arabes réunies au haras de Uhodez; précieux débris de Texpédition d'Egypte et unique espoir delà propagation du sang arabe dans les races françaises. C'est ce même M. Syriès encore, qui, du haut de la tribune, fit entendre , assure-t-on , un bizarre anathéme : « Le sol français produit trop », disait cet étonnant directeur-général de l'agriculture. Je n*ai point ouï ces paroles : il faut parfois soi-même ouïr et voir pour croire*

Tous deux, il est vl^i , chaleureux champions du gouvernement représentatif, excellaient à soutenir un amendement, à mettre là un point, ici une virgule. Mais la charte et ses ministres ne pouvaienl^ls pas mieux gratifier leurs défenseurs quen leur livrant Tagriculture?

Et puisque mon sujet m*a porté aux chevaux et aux ministres^ je me permettrai de rapporter une anecdote relative aux uns et aux autres. Dans le dernier département que j'occupais , la Corrèze, florissait le liaraâ àe Pompadour. Là était le type de la race limousine , race dont les qualités sont célèbres, et dont lorigine, diton, date des croisades, qui ramenèrent de la Palestine en Limousin l'étalon arabe. Un des premiers soins dv 4î** recteur-général Syriès de Marignac, fut de dégrader ce baras, en y laissant désormais les races diverses se confondre à l'aventure. Des gens de lart me portèrent des plaintes. J'allai à Paris; je me rendis chez mon ministre spéeial. CVtait M. de Corbière, jurisconsulte breton, ^e le jeu de tribune, aussi clairvoyant que le jeu de dés, avait porté au miniatàre de rimériew, ainsi qu* il avait

poussé M. Syriès aux haras. Causer était le charme de ce ministre spirituel; mais causer afFaires administratives était sa mort. Comment, me disais-je en Tabordant, comment Taraener à mon haras de Pompadour.»^ Je lis tomber la conversation sur Louis xv, et ce fut bien ; de Louis XV à la marquise de Pompadour, et ce fut mieux ^ de la favorite enfin , au haras de son nom. A ce mot de haras, la glace de Tennui pétrifia le visage de Tadministrateur suprême. Pour le convaincre, j'insistai; je comparai la race limousine à la race normande, à la race bretonne... « Bretonne ! s'écria le ministre breton réveillé » en sursaut au nom de son pays; mais j'ai un cheval bre-

• ton , moi ; et il est excellent , et il s'appelle ainsi ; et je le

• monte comme cela, et il fait tant de lieues par jour. Oh ! » la Bretagne est une bien belle province; c'est un peu- » pie à part; et le duc de Rohan qui sort d'ici et qui des- » cend de nos anciens ducs, etc. etc. » L'on imagine comme j'étais loin de mon haras. Y revenir fut impossible; force fut de m'arréter à de gracieux propos, et de juger qu'à Paris le côté sérieux des affaires touche de près au côté ridicule ou plaisant.

Je viens de citer trois hommes distingués entre ceux que la Restauration éleva et préconisa. L'on s'en plaindra peut-être : on dira; pouquoi cette ironie? L'en disait de même autrefois :

Allaqacr Chapelain ! Âk ! c'est un •! bon homme ! Et Boileau répondait :

Ma muse, en TaHaquanl , charitable et discrète, Sait de riiooinic d'honneur distinguer le poëte.

IXstingiipns aussi du ministre ou du directeur,

rhomme enjoué , Thorome dévoué, rhonune loyal. Mais quand on ^songe quelle influence ont eue sur nos destins communs les tristes choix de la Restauration, quand on se représente la disparate habituelle entre l'emploi et rhomme, on sent sVIever du fonds du cœur le dédain réprobateur de la présomption. Un roi est roi de naissance. La Providence lui impose la couronne ; bon gré mal gré, fort ou faible, il doit la subir. Mais un ministre, un administrateur, un général , n*ont rien qui contraigne leur choix. Si par vanité ou par intérêt, ils ont présumé de leurs forces, malheur à eux ! Malheur aux Etats qu*ils négligent, quils troublent, quik perdent ! Et la censure amère nest pas seulement équitable de la part de Tobservateur : elle est obligatoire. Que de fois, plus tard, j^aurai à rappeler, non sans regret, ces maximes de justice et de bon sens hors desquelles Thistoire est mensonge, Texpérience puérilité.

L abandon ou le mépris de la propriété foncière considérée dans son exploitation par Tart agricole, sont tels qu*ils obscurcissent à Paris les esprits les plus clairvoyans. A ce titre , je vais mentionner une seconde fois M. de Talleyrand. Plus tard, peut-être, mes qualiGcations envers cet insigne personnage seront moins douces. Je récoutais un jour causant des fonds publics. « Mais après tout , dis-je eniin, qu'importe cette hausse et cette baisse à nos départemens? — Oh, là! je le crois bien, répliqua-t-il de Tair le plus insouciant, leur bourse c'est le cours des blés : hausse ou baisse, c'est la pluie et le beau temps. • L'intérêt du sol entier de la France était une misère! le fondement de l'Etat une futilité! Tout ce qu'il y a d*erreur en ces façons de voir est incommen» surable. D'un mot, c'est peindre Vinanité des idées pari-

siennes et de leurs frivoles arbitres : les journaux les plus accrédités de Paris brillent à cet égard des mêmes clartés.

Malgré les dédains et l'oubli des hommes d'état, des lois, et de Paris, la vérité pourtant est que l'agriculture française a pris, dans un demi-siècle, un vaste développement. D'au très' hommes, d'autres causes, ont balancé les hommes ignorans et les causes contraires.

Il ne me souvient pas dans la bouche de quel roi ou de quelle académie s'est trouvé le style admiradf en honneur de l'homme qui apprendrait aux hommes le secret d'accroître d'im épi (c'était le mot) la richesse des moissons. Quen'ya-t-il un peu de bonne foi dans un tel langage! et quels honneurs en ce cas sei*aient prodigués à Arthur-Young et à Rozier, à Gilbert et à Parmentier! Rozier, se portant successeur de l'excellent Olivier de Serre , et osant , le premier, donner, nonobstant bien des fautes, un ébranlement général à l'agriculture; Gilbert, enseignant les prairies artificielles ; Parmentier, propageant rinappréciable tubercule auquel on n'a pas su même donner un nom pur et simple (f )? ^^ auquel la famine de 1794 a pu seule enfin donner vogue; Arthur- Young, surtout, soumettant à de rigides calculs la science des assoleniens ! Cet Young, un modeste fermier anglais, abandonnant son pays et ses affaires pour s'occuper profondément des nôtres, sillonnant achevai la France duns tous les sens, notant les pratiques agricoles de chaque province, les louant, les censurant, les redressant! Missionnaire d'agriculture aussi éclairé qu'infatigable, n'a-t-il pas donné un spectacle étonnant?

* Da moins ailleurs la pominc-dc-tcrrc a un nom : potaios en aocUis mmndore en gascon « etr.

M*est-il pas un bienfaiteur cligne de tous nos hommages ? La reconnaissance aurait-elle excédé ses bornes en lui dressant une statue?

Grâce à de tels hommes , Tagriculture française a pu devenir une science de faits : et ceux qui 1 ont étudiée ont pu voir clair dans leurs efforts.

Entre les causes qui ont pressé énergiquement les facultés du sol pour en faire jaillir des richesses inconnues à rinhabileté administrative, la plus admirable fut rinlroduction des prairies artificielles et des racines adaptce3 au même usage. Sans prairies, point de bestiaux; sans bestiaux, point ou peu de ces substances animales qui accroissent , par une meilleure alimentation , la puissance phvsiquc de riiomme; point ou peu de ces matières premières qui vivifient les fabriques. Jadis le nombre des bestiaux était circonscrit par la surface des pâturages; maintenant, plus de limites. Des terrains maigres et secs s'enrichissent de plantes égales ou supérieures à celles des prés naturels; les sols gras occupés autrefois par les prés naturels s'enrichissent d'abondantes céréales, l'ne circulation de vie s'établit de l'un à l'autre genre de culture. Alimens végétaux et animaux se sont doublés d'ahord, puis centuplés : et qu'en est-il provenu.^ L'aveugle honune d'étiit y a-t-il prêté la moindre atteotionPNon. Observons ceci :

Supposons que des guerres sanglantes, des négociations habiles, aient donné à la France une province de plus : en ce cas pas assez de mots n'auraient existé dans la langue française pour célébrer le diplomate ou le conquérant; pas assez d'orgueil n'eût grandi dans le cœur humain pour nourrir leur gloriole. Or, que gagne un État à l'acquisition d'une province? du terrain et des

hommes , tant de lieues carrées , tant d'habiuns.

Le terrain nu est, sauf le cas d'une fontière , peu de chose. Evaluer la surface plane du sol, peu importe, s*il s*agit de déserts. Cest par le nombre d'habitans qu'on apprécie une conquête ; et véritablement on a raison, pourvu qu'on retranche du langage diplomatique, ce vil matérialisme de compte par âme introduit dans le traité de Vienne en 1815.

La conquête hypothétique dont je parle eût donné à la France, soit, cent mille âmes de plus : n'eût<;e pas été superbe ? Le triple , le décuple , neussent-ils pas fait pâmer de joie les politiques , de gloire les ministres, d'adulation leurs serviteurs ? Eh bien ! écoutez : combien d'habitans avait la France en 1 789 , suivant M. Necker ? vingt-cinq millions. A combien d'habitans s*éiève le dernier recensement de sa population? Il excède trentedeux millions : voilà sept millions ajoutés. D'où la France les a-t-elle acquis ?

La France actuelle a-t-elle modifié sensiblement sa superGcie territoriale ? Non : elle a acquis le conitat d'Avignon , perdu Landau et ses dépendances.

Les canses de destruction , politiques et physiques , ont-elles manqué ? Hélas ! nous en avons vu la cruelle abondance. Dans le premier rang, les guerres et les échafauds; dans le second, trois famines, à la vérité factices , mais désolantes.

Néanmoins tous les vides sont comblés, et sept millions excèdent. Sept millions ! population d'un assez grand royaume, du royaume des Deux-Siciles, par exemple , population équivalente à la force de trois vieux royaumes qu'on supposerait agglomérés sous un sceptre unique, le Danemarck, la Suède et le Portugal!

Qodie conquête! Quelle nurabonàancel JMaU, nSpétons-le , à quoi l'attribuer ?

J'en attribue les deux tiers à raccroissement des sub^ sistances ; j'attribue l'accroissement des subsistances au perfectionnement de la culture alternante.

Qu'on n'oppose pas à cette opinion le fs^it dqs Iroii famines de 1794, 1812, 1817. L'hprame j eut plus à^ part que la nature. Rappelez-en les circonstances. .

La disette de 1794 fut, on le sait, une œuvre pure** ment révolutionnaire. C'est dans l'âge d'or queleschamps produisaient seuls. A un âge autre appartenait la Con«> vention. Quels bras laissait-^lle aux champs? aucun ; et ce gouvernement , non moins habile que féroce , re* cueillit dans leur stérilité le prix de ses assignats et de ses violences.

En 1812, Bonaparte avait aussi épuisé par ses coni« criptions immodérées, les bras voués à la culture; et néanmoins il mit , d'un coup de sa main rude et abso* lue, ordre à la disette que l'effroi exagérait, et la moisson subséquente trouva bientôt les greniers encore fournis de grains superflus.

En 1817, le ministère semi-libéral de Louis zrtn trouva dans une disette qui dégénéra en famine intérieure le fruit amer d'une grande et fatale présomption. L'administration intérieure était aux mains de M. Laine qui s'amusait pour lors à donner chasse aux royalistet. Ne forçons point notre talent^ lui aurait dît et crié le boa I^afontaine. Il paraît avéré que les grains auraient pu suffire. Il est avéré, du moins, qu'il est diflicile de pourvoir à une disette plus maladroitement , plus vainement, phi^ chèrement; et s'il est également vrai , ainsi que me

l'assure ua calculateur qui prétend avo^r comparé» f^ née par année, les registres de 1 état civil, quep 1817 la mortalité excéda de trois cent mille ynctàxaes le nombre ordinaire des décès, il faudrait attribuer au gouvernement représentatif, auteur des ministres , et à tel ministre né du gouvernement représentatif, une extermination d^ètres humains non moins efïîroyable que là campagne de Moscou. Je n affirme point un tel excès; je me souviens seulement que la disette fîit, sinon créée, du moins bien aggravée par une série d*ineptes mesures : et, quel quait pu être la mortalité excédante, j'écrirai ici une question qui, plus d*une fois ensuite, se reproduira sous ma plume, tant elle importune mon esprit : Qui donc oblige un homme à être ministre?

Tout en considérant comme à peu près factices les trois disettes qui , en quarante ans, ont afQigé la France, U ne conviendrait pas de s'avancer jusqu'à dire, qu'en xabon du perfectionnement de la culture, désormais une fiunine est impossible en ce royaume, car les systèmea oppresseurs , chers à l'administration , l'y appellent ; ils fertilisent le sol étranger, ils stérilisent le sol national : et les résultats d'une guerre malheureuse qui demanderaient des fruits soudains à Tarbre imprudemment mutilé, pourraient ne pas se restreindre aux destructions des sanglantes bataiUes.

Mab je dis que les progrès de l'agriculture ont fait naitre et font vivre quatre à cinq millions d'iiabitans dont s'est accrue la force collective de la nation.

J'ajoute qu*elle assurerait très probablement la subsis* tance des trente-deux millions contre tout choc des élémens, si elle n'était contrariée dans ses progrès ulté* rieurs : et eii effet , aujourd'hui croissent en aboadancO)

jTùBë'ptti, I* grftttdeluzenieqiie iHms doima rancietiné Mëdie j er le grand trèfle , précieux don de la Hollande : d-antre part, là pomme-de-terre et le maïs (jue nous envoya l'AmérkfDe ; alhnens inconnus ou peu gofttés des Ages précëdens. De ces plantes, les premières opposent un grand obstacle aux mortalités dont la sécheresse frappait les animaux qui nourrissent l'homme; les dernières suppléeraient au froment dans les disettes éTentueUes.

rajoute enfin que Tagrirulture-pratique, ayant donné h h France une conquête équivalente à dix provinces ou à un beau royaume, est en droit de rendre dédain pour dédain à ceux qui la méconnaissent, haine pour haine à ceux qui FétoufFent ou la dévorent.

LIntroductîOtï des pâturages artificiels que j*ai signalée en première ligne dans les causes des progrès agricoles , parce qu'elle a créé une masse énorme d'alimens nouveaux , a déplacé la valeur relative des terres en culture. Le prix jadis fort cher des prés naturels a déchu : le prix des champs arables s*est élevé : indice évident que la méthode alternante autrefois inusitée ailleurs qu'en Flandre , et plus tard , en Angleterre, se propage en France dans l'ensemble des propriétés rurales. Comme avec un peu d'art Tadministration aurait décuplé la vitesse du progrès! Au contraire, ou elle Tignore ou elle y met indirectement obstacle ; nous le verrons tout à l'heure.

Outre l'extension des alimens et des vètemens. Fart agricole s'est évertué à accroître les vins, les huiles, les soies, qui donnent à Tindustrie et an conmicrcc de France ses larges et véritables bases.

En exposant ses progrès et ses moyens , je n'en dois pas taire une circonslanre générale qui , approuvée dans

une certaine mesure, a dû en augmenter T^Mory-en multiplier les résultats et concourir à raccroifsement de la population. C'est la division de plusieurs propriétés dont retendue était excessive , division ^i est l'œuvre de la révolution , mais qui n'en est pas Vémannion nécessaire et qui aurait pu tout aussi bien naître sous d'autres cieux y sous de plus sages auspices.

Lorsque les climats de l'équateur voient s'élever une de ces tempêtes dont la violence, inconnue en Eun^e, fait frémir le voyageur, les plus beaux arbres sont déracinés et fracassés ; les animaux les plus féroces comme les plus doux sont attérés; l'abîme des mers s'entr'ouvre et engloutit les navires; et cependant, au terme descon* vulsions de la nature, quelques portions des arides déserts se raniment et verdoient sous l'influence des flots de pluie que les nues ont versés. Telle a été^ en des points trop rares et trop chers, l'influence de la révolution. Dans cette cathégorie des biens éventuek, je consens à mettre et la simplification delà jurisprudence et la division de certaines propriétés.

Ainsi , entre les vastes possessions arrachées au domaine royal, à la noblesse, au clergé, quelques-unes ont pu être scindées et distribuées entre plusieui^s possesseurs. Affranchis de la dime et de tous droits, ceux-ci ont pu d'abord se mouvoir à Taise. L'esprit de propriété a porté des fruits salutaires. On a remué ce sol que trop peu de mains, et des mains trop peu avides, laissaient languir. On a défriché, déboisé, desséché. Landes, forêts, marais, ont répondu aux avances d'un travail plus actif; et ce travail , s'exercant sur des denrées d'un plus grand prix ou d'une plus grande abondance, telles que le maïs et la pomme-de-terre , que je viens de nter; telles

que les vins, dont 1 Amérique du Mord a ngrandi la con* sonmiation ^ le tabac, dont le pauvre a appris l'usage^ les laines et les soieries, dont les mécaniques ont faciUlA et perfectionné les apprêts , le travail , dis-je , appliqué à des possessions , que leur subdivision distribue en es^ paces propres à admettre encore et à ne pas excéder les. procédés de la grande culture, en a obtenu des résultais qui ont fructifié au bénéfice de la terre, de la popukh tion , de TËtat.

Maiss*il est vrai que lagriculture française a accéléré ses progrès, grâce à de savans agronomes, a de précieii-) ses plan tes y et à des incidens qui, nuisibles sous bien d^ rapports, ont pu aider sous d'autres ses développemens^ il e9t vrai aussi que Tadministration publique semble avoir une in^ncihle tendance à arrêter ou à dépriraei; ce magnifique essor.

Je vais me restreindre à examiner, sous ce point de vue, trois faits :

Le résultat actuel et progressif de la division des terres ;

L'obstacle de fait â Textension des cultures alternantes;

La gène imposée aux consommations.

Tout à Theure j ai reconnu un avantage dans la divî* hion (le certaines propriétés jadis démesurées. S*ensuit-il que la prospérité de Tagriculture soit inhérente à dea climeasions exiguës? Nullement. Tout au contraire: Tcxiguité des domaines, si Tefficacité des lois divisoires ne cesse damenuiser les possessions, rendra bientôt l'agriculture impossible et la terre improductive.

Que Virgile ait écrit :

pêrmû au délicieux poète de n'être pai un proton^ politique. Les domaines qu'il préfère s^accordent mieux sans doute avec les petits soins , avec la douée quiétude^ avec le charme de la vie champêtre telle quelBOonçoi« Tent les goûts de la philosophie et les chaula de la po^ sieL Mais dans Tordre de la société et dans Tordre de ïm nature, il en est autrement. Aux grands domaines s^ila conriennent les grands efforts de l'agriculture îudaa*» trieuse et habilement systématique. Mille hectares admet» iront TaltematÎTe des plantes à racine traçante et i racine pivotante , de salubres établea, d'assex vaatea ëdifi« ces pour distribuer sans donunage les divers ptoduica, des canaux d'irrigation {venus de loin et attachés i des chaussées puissantes qui appliquent à la terre les ondes des rivières ou même des ruisseaux : fertiles ondês, si le riverain peut les assujettir au niveau; trésor inutile è tous , si tous en y aspirant ne font que manifester leur impuissance.

De mille hectares, descendez à cinq cents. Cest encore une superficie qui peut suffire à des combinaisons fécondes.

Mais que le domaine tombe à cent hectares. Ob! voici que 8 divisé par 2 ne représente plus deux fois quatre. Peut-être alors 8 divisé par 2 aurait-il peine A égaler deux fois deux. Nulle des fractions du domaine atténué ne pourra soutenir ses édifices, ni nourrir ses troupeaux, ni son pasteur. Les troupeaux s'éteignent : avec eux s'éteint la fabrique des draps; avec eux se perd un des meilleurs réservoirs de Taliment animal , même de Faliment végétal que leurs engrais obtenaient du sol par eux fertilisé.

Continuez, pousses à cinq hectares : le hmté el m

race disparaissent. Plus de laitage, plus de ^ourntaré énergique, plus de boucherie, m de tannerie.

Plus vous diviserez Thectare en menus champs, le champ en sillons , le sillon en parcelles inabordables^ et plus vous annulerez la charrue, que la bêche essaient de remplacer. La bêche enfin sera inutile. Un sol pulvé* risé en million de grains de sable ^ra aussi fertde que lei sables de Ljrbie.

C*est dans cette perspective qu*on a dit plaisamment f

• Quand tout le monde aura de quoi vivre, toutle monde mourra de faim. »

La philantropie du xviii^ siècle tendait à ce beau re« sultat : « O nature! nature! s*écriait-elle, Thumanite » tout entière na-t-elle pas un droit à tes bienfaits?

• Tous les enfans du père ne sontrils pas ses ms? Tqus les » hommes ne sont-ils pas enfans du même Dieu ? » Vérité qui conduit vite à la ruine de tous les enfans.

La politique constitutionnelle y a adjoint ses précieux calculs. Est-ce à nous, disait-elle, à nous occuper (le granges et de troupeaux ,'de la nécessité d*avoir pain, viande , laitage ? Que nous fait la répugnance du proprétaire à diviser non-seulement le château, mais la cliaumière en chambres , la cliambre en compartimensl^ Ce vain respect pour le manoir héréditaire, ce frémissement du sens commun, que nous importent?

La famille sera lésée dans ses affections morales non moins que dans ses ressources physiques. Il y faudra deux foyers sous le même toit, en attendant quatre et; puis huit* L'un et lautre et tous seront impossibles. On vendra si on peut. Sinon, Ton démolira, tout sera chaos. N'importe, continue-t-elle avec emphase, Tessentiel est de propager les droits électoraux. Plus nous di»

visons les possessions considérables , plus nous grossissons le nombre des électeurs; et Faugmentation de la matière électorale y voilà le but; voilà la grande af&ûre en ce monde.

Mais le monde se meut aussi pour donner à la race humaine, en prix de son travail, les richesses naturelles d'où Fhomme tire l'aliment, le vêtement, le logement : travail et richesses dont la loi, qui autorise indéfiniment la subdivision du sol cultivé , tarit de jour en jour les sources.

En ceci règne une telle cécité législative qu'on a cessé naguères de favoriser la rejonction des territoires. Il existait une modeste petite loi qui exemptait des droits du fisc les échanges conclus entre voisins pour agglomérer les champs juxta-posés. Cétait^trop de faveur, un violent sacrifice. Le budget de 1834 l'a supprimé. Estce aveuglement? est-ce frénésie ? jene sais.

Voilà Faction du pouvoir public considéré dans la loi civile.

Observez-la en même temps dans les lois financières.

L'extension de la culture alterne en pâturages et en céréales a été , disais^je tout à l'heure , un des grands ressorts des progrès du sol , de la richesse brute et de la population. Ya-t-il faveur pour l'agriculture, lorsque l'esprit actuel des lois financières, non moins que celui des lois civiles , tend à détendre ou même à briser ce ressort ?

En effet, créer la matière brute ne suffit pas; il faut la mettre en œuvre , l'approprier à ses fins. Que ferait l'introduction des nouvelles combinaisons*ct des plantes nouvelles dans le système agricole, si Ton ne multipliait par elles les bestiaux; par les bestiaux, les engrais; par les engrais , les substances alimentaires , oléagi-

neuses, textiles, toutes les ressources que rhomme et ses arts et ses fabriques sollicitent de la munificence du sol coltiné? La multiplication des animaux est donc, en quelque sorte, la clef des progrès agricoles. Mais ces bestiaux, il faut les acquérir; il faut les loger. Leur acquisition nécessite un appel de capitaux. Les mettre à Tabri des injures de l'air, c*est construire des édifices et appeler des capitaux encore. Le capital employé à l'achat des animaux fructifie , dans le double intérêt de la société et du propriétaire. Le capital mis à bâtir est encore plus fructueux pour le public ; il tient au sol, et à cet égard il constitue ces richesses intrinsèques , permanentes, qui, ainsi que je Vai fait observer déjà, survivent aux nations. Il tient d'ailleurs à diverses professions; il met tout en mouvement. Charpentier, maçon, scieur, forgeron, accourent, travaillent, vivent et font vivre leurs familles. Plus laborieux et plus aisés, ils consomment plus; ils appellent à leur aide le fabricant de draps, de chapeaux, de toiles, de chaussures, d'outils , etc., etc. Par l'efTet de ces constructions simples , mais multipliées , Partisan des villes est mis en jeu comme l'ouvrier des champs , et quand cette impulsion gagne de village en village, quand elle est répercutée par trente mille communes , pensez-vous que les villes perdent i l'activité des campagnes? que les consommations lointaines payées du sang des guerres on de l'argent des traites soient indispensables aux débouchés de l'industrie française? que le fisc lui-même, le fisc qui, de ses mille absorbans, repompe la richesse circulante, n'est pas favorisé par l'agriculture , âme de cette opulente et ample circulation ? Mais voici comme y correspondent les lois civile^ et les lois fiscales.

Entre les loiâ civiles , il me suffit d'ay oir noté celle qui ordonne I4 division infinie des héritages ; loin d*exi;i|er à bâtir de nouveaux édifices, elle impose aux possesseurs parcellaires la nécessité de démolir les anciens : mettre I9 sol, en table rase paraît être son but.

. Entre les lois financières, il faudrait inscrire toute la série des budgets qui, depuis que budget y a» ont pris à tâche de ratir au propriétaire du sol tout moyen d*«gglomérer, que dis-je, tout moyen de conserver des capitaux disponibles.

Le système fiscal qui régit la France est l'ennenii acharné du système agricole. Tout révèle aux yeux cette inimitié absurde ; et chaque année en propage les conséquences destructives. Où donc , en son indigence accélérée, la propriété foncière peut-elle puiser les moyens pécuniaires de bâtir les édifices nécessaires à ses progrès ou à leur durée? Dans son superflu? Timpôt Tabsorbe; dans le crédit? dans les emprunts? que Dieu Ten préserve !

Nul doute que la propagation des méthodes i*éfléchies n*eùt été bien rapide sans la pénurie des capitaux dont la formation ou le maintien sont, dans Tétat présent des lois et des préjugés, impossibles à Vagriculture. Là donc est son point d arrêt; là aussi bientôt sera son point rétrograde. En dépit des lumières acqubes , la nécessité, si on n allège son joug, la ramènera dans ses anciennes ornières. De plus en plus restreinte, appauvrie, stérile, elle suffira de moins en moins à alimenter une population dont l'excès lui doit naissance, dont le déclin signa* lera ses malheurs.

Aux effets subversifs du Code civil , aux rav«igea coiw tinus du fisc, se joint Thostilité d'une foule de régie-

mens que radminiatatioa {<ublk(ae oppose trat an^cèi et aux droits de la propriété foneièrei

Les plus funestes sont eeux qui prétendent régler le commerce extérieur des céréales.

Ccst une chose singulière qiie la peur dont le gouvernement français est saisi à là moindre apparence de hausse dans le prix du froment; il ne voit pas qu^eii ressentant la peur, il i-inspire.

C'est une chose plus étrange encore que l'énergie avec laquelle il tend, par tous ses réglemens et pai^ toutes ses manœuvres, à maintenir le froment i on prix in6me.

Deux considérations ont frappé ses regards : il ne sait en détourner les yeux.

D'abord ,[at-il dit , si les blés sont à bas prix , Fouvrier des fabriques obtiendra son pain à bon compte. Il pourra donc vendre son travail à bon marché. Le fabricant pourra donc vendre à bo^ marché aussi les produits de son industrie; il débitera beaucoup; il fera de gros bénéfices et exportera au dehors de grosses paco* tilles qui feront affluer dans le royaume de grandes richesses, lesquelles à leur tour donneront au travail une grande impulsion.

L'autre monologue est : si le prix des blés est avili , que nous importe ? le propriétaire p4tira ; mais assex lui restera toujours pour acquitter Timpôt. Il ne fournira pas du travail à l'ouvrier des campagnes; mais le peuple campagnard est éparpillé; ses murmures s'évaporent, et ses mécontentemens ne sont pas contagieux. Dans nos cités , c*est le contraire. L'ouvrier exige un travail assuré, un pain à bon marché. S'il n'a l'un et l'autre , il se ligue , îl fermente, il éclatf c il proelame ces grandes et te^

ribles paroles des Lyonnais : « Vivre en travaillant^ mourir en combattant. » Et nous avons dû à d'autres causes asses de violentes émeutes , pour redouter les troubles dont la cherté serait dans nos villes une cause surabondante.

Tel est le langage : et c'est là Tinverse des idées naturelles; c'est I comme je l'ai d^ dit, la pyramide placée sur la pointe^

Deux chiffres devraient Suffire pour résoudre les doutes, pour rendre au bon sens son empire, à la pyramide sa base.

L'hectolitre de froment vendu à 13 fr. paie tout juste ce qu'il coAte ( du moins dans les régions au sud de la lioire ) : premier chiffre. Je m'y arrête après avoir soigneusement calculé tous les élémens et tous les frais de cette culture, impôt compris.

Depuis quelques années, le prix du froment flotte entre 12et 15fr. ;à 12fr., le blé ne rend pas ce qu'il cou* te. A 1 5 fr«, il donne au propriétaire un revenu qui s élève un peu au-dessus de rien. Balançant les deux comptes^ je trouve à peu près zéro : c'est mon second chiffre.

Partant de ces deux chiffres qui sont deux faits gène* raux, je répliquerai aux funestes et imprévoyans régie* menteurs :

Pensez-vous que les possesseurs du sol doivent s'amuser long-temps à semer du blé pour l'unique plaisir de voir onduler , comme une vague agitée par le doux aephyr, une mer d'épis vainement dorés ."^

On ne peut pas admettre que huit millions d'hommea soient de leur plein gré éternellement stupidcs.

D'abord les possesseurs de sol médiocre cesseront de cultiver des terres où des frais égaux ne sont pas cou* veru pai* une moisson égale à celle d^ terraîn#.fe|^l«ai

Puis, les possesseurs du. èqI fsrtUe aviseront aux moyens d*arraclier à leurs terres, par d*autres plantas que le blé, un revenu mieux approprié au capital repré* sentatif de leurs possessions»

Je sais bien que la transposition des cultui^ , n*esi chose ni facile ni prompte ;. il, faut le temps d*y dresser les idées, les ouvriers, les bAtimens; el quand un des ni^ nistres de la Restauration répondait aux plaintes de Tagriculture sur le vil prix des hiés : «Que ne semez>vous autre chose ! » il faut l'avouer, sa réponse ne répandait pas sur la question les torrens d'une lumière éblouissante.

Mais à la longue, imperceptiblement, le déplacement s'opérera. Le froment^se restreindra ; et là est une sorte de révolution occulte et intime qui entraine à la fois des souffrances pour la propriété, du préjudice pour l'industrie, des dangers pour l'État.

La propriété déconcertée dans tes habitudes, souffre mille dommages occasionnés par des erreurs , par des non-valeurs, par les avances que l'innovation même heureuse exige. Tous ses effets pour substituer au blé mieux que le blé , n'obtiendront pas des résultats aussi briibns que la culture de la garance à Avignon , de la betterave à sucre dans les lieux du nord où elle a pu prendre racine.

L'industrie souffre à son tour, et les beaux raisonnemens exposés tout à l'heure sur l'avantage de fournir à Touvrier des villes beaucoup de travail et beaucoup de pain à bas prix , afin de vendre au dehors beaucoup de produits fabriqués, viennent expirer précisément contre ce vil prix de la denrée qui fait le pain. Quoi! l'industrie française a, dans ae$ propres foyers, un

fi9t

marché de plumiirs AûUions de oonsomiiuiteuft , et elle aurait Tespoir d*eii trouva* au lom cpelque a«m d'une ^gale itnponaueei d*oii lucre égal pour elle I Je porte à huit millions le nombre d'hommet mûrs qm tirent de la culture des terres leurs moyens d^eikteiiGe. Leurs familles triplent ce nombre; Voilà Tidg^dnq millions d'habitans à vétii^, à dMiusser» à loge)^ à ToitureTi etc. La France est-eHe dùnc comme la Hollande qui, si elle fabrique, est tenue de chercher à qui Yemlre? C'est à b France que la France peut vendre oommo^ dément et abondamment. Lindustrie française trouva dans la population agricole ses vingt-cinq millions do consommateurs. Que prét6nd*eUe de mieux P Ab I elle prétend ruiner d'abord ces consommateurs naturels et exiger ensuite qu'ils consomment ses produits! exigence par trop folle ; et néann^oins telle est la méprisa constante de nos gouvem^éns. Tout) à peu prèS) ont voulu commencer par la fin. Ils ont paru s'être proposés ce théoréme-ci : Ruiner le grand peuple mgricole etfim que le petit peuple industriel ^vende beaucoup a qui na pourra rien payer. Mais de rien on ne fait rien t ex as- Idlo nihil^ vieil axiome de l'école et du bon sens ! Cesc un peuple riche et non un peuple pauvre qui aok^ et consomme. Que le propriétaire du sol réalise de copieuses recettes, et il fera de copieuses emplettes. Il n*en est pas du propriétaire agricole comme du rentier spéculateur. Le rentier ne voit que l'or, n'a besoin que d'or, songe à capitaliser or sur or. Rien, au contraire , n'est moins thésauriseur que le possesseur de la terre. Soit goftt, soit nécessité, il ne recueille que pour répandre. La terre est avare , est exigeante , toujoura quelque chose d*urgent manque à ses liesoins : ton-

Jours iJ %t citiusefi plapter, bâtir. V&fii^nc^ mç<fèt}^ ^ux ouvrages pro4uqtettrs; et tçl est le ch^f;|a)S înl^i^^fit; à ta propriété de cette terre par qui le Qréatçur d9P(|f; à rhoiqme sa nourriture eu échange des sueurs de son front, de ce front, dit le poète anglais , cicatrisé par ^ foiulre^ que le possesseur résidant pro^digue, à la prospérité et à renibellissement de la glèb^ où Iç lie sa de^ tipée mortelle , les ressources dont le rentier foumientç un luxe stérile et d*oiseux loisirs. L*or yeuu desi mois: sons ne dormira pas ; il circulera vite i il passera aux ouvriers de campagnes , de ceux-ci aux artisans et aux fabriques. Mais cette effusion de salaires qu^ le riche propriétaire étend par lui ou par ses nombreux ouvriers sur les produits de Tifidustrie, se réalistra-t^le si le propriétaire est retenu par un avilissement sjsténvitique de se;^ denrées dans une désolante et improductive détresse?

J'ai ajouté qu une révolution agricole tendant à ex* dure le blé de la culture, aurait en outre de graves dangers pour TÉtat. C'est un danger sans doute el un grave dommage que Taltération d'un objet de conif mcrce qui roule sur une valeur d'environ deux nûU Uards. Mais quel danger et quel dommage quand l'objet repoussé touche aux nécessités élémentaires de la vie !

La première de ces considérations ne souffre pas dç réponse.

llépondra-t-on à la seconde, que faute de blés indigènes on se nourrira de blés étrangers? C'est la solution qui charme les liabitans et écrivains de Paris.

La dérision devrait être la réplique unique et péremptoire à ce triste subterfuge. Néanmoins ajoutons-<^i^ trois autres :

L'une, c'est que la nourriture de la France exigerai^

chaque jour Tarrivage en nos ports de deux cents naTires chargés de blé : ce serait six mille navires par mois : et où trouver tant de navires et tant de blés ?

Une antre , c'est l'exportation immense du numéraire nécessitée en cas de disette , par l'importation des blés du dehors. En 1833, blés extérieurs et intérieurs ont été à bien vil prix : et cependant n'a-t-on pas évalué à la somme énorme de cent millions, le prix soldé, comme en se jouant, aux étrangers pour les grains qu'ils nous ont vendus bien mal à propos , h nous Français dont les greniers regorgent

Une troisième réplique est plus grave. Par blés étrangers , on entend d ordinaire les blés russes embarqués dans les ports de Crimée. En efFet, aujourd'hui la Pologne verse, sous les auspices de la Russie, ses blés dans la Mer-Noire ; les contrées^oscovitcs qui s'abaissent v>*rs cette mer abondent aussi en froment : et grftce à cette double source, la Russie peut, avec avantage, vendre aux ports français pour sept francs i'hectolîtra de froment , que le sol français ne peut pas fournir à douze ou treize francs sans empiéter sur ses capitaux* L'appât est tentant pour un consommateur. Mais vienne une guerre ; vienne un jour où la Russie, prenant une attitude menaçante et sacrifiant passagèrement les intérêts de son agriculture à ceux de sa politique, veuiDè frapper le sol français , comme autrefois Dieu frappa le sol de TEgypte , de sept ans de stérilité. D'un signe, elle fermera ses ports. Le sol français, livré dès long-tempe sur des points nombeux à d'autres plantes que le fro* ment, ou à la vaine pâture, ne suffira plus à laconaonmation. Une longue désuétude ne se redresse pas à Fine* tant. En vain on tendra la main à rAmérique-dii-Noitl

qui est loin y qui ne donne rien pour rien , qui peutêtre elle aussi serait hostile envers nous. Quoiqu'il ei| fût de cet aide I quoiqu'il advînt d'une abjecte dépendance, il y aurait cherté , disette, famine peut-être : ouj si la famine est écartée par les autres alimens nutritifs que j'ai mentionnés, il y aura du moins dans les impatientes et exigeantes cités de France une telle perturbation de valeurs çu d'habitudes , qu'il sera difficile déchapper à des contre-coups terribles.

A cet égard, l'on ne sait de quoi s'étonner le plus , de U prévoyance des Russes ou de la cécité des Français. J'ai ouï dire qu'aux traités de 1814 et 1815, un article occulte assurait à la Russie la libre importation de ses blés dans les pMtf du midi de la France. Plus la faute serait grave, plus il serait injuste de l'affirmer au hasard. Mais y at-il hasard à affirmer que les ministres fra»* çais, témoins silencieux durant soixante ans des progrès russes et en Turquie et en Pologne, n'ont point aperçu l'étrange envahissement du sol français parle sot moscovite? Un poète pourrait dire avec vérité que les conquérans du Nord ont desséché la Garonne , le Rhône et la Saône pour enfler le Boristhène. Plus prosaïquement, observons la direction actuelle des blés de Pologne. Autrefois ils n'avaient d'autre débouché, à peu près, que la Vistule et les contrées septentrionales. Les blés du centre et du Sud s'encombraient ou aboa» daient moins. Maintenant que le cours entier du Borysthène coule sous les lois de la Russie, les blés du centre et du midi russes se font jour dans la Méditerranée. Ils abondent, ils affluent en Provence; ils s'y glissent même au travers de prohibitions fictives ou indulgentes. La Provence, dotée d'autres dons, est disgraciée pour

les grains ; mais ses voisins de France en surabondant , un équilibre utile à tous s'établissait par deux lignes de navigation. De TOuest, les affluens de la Garonne et le canal de Vimmortel Riquet, apportaient les fromens du Languedoc; du Nord, le Rhône et la Saône accumulaient en Provence les grains de la Bourgogne. Ainsi s'entr'aidaient trois opulentes provinces : elles échangeaient leurs richesses dans un bénéfice commun. Depuis peu d années I la Bretagne y ajoute , en tournant la péninsule espagnole , les blés plus nombreux que sa culture améliorée tire de ses défrichemens. Que la Bretagne ait ouvert une route à ses produits : rien de plus juste; la concurrence entre Françab est de droiL Mais pour la Russie, voyez où ont alxmd d'aveugles diplomates, classe d'hommes qui, dès long-temps en France, choisis sous les auspices de la cour ou des factions, Tune et les autres également aveugles, prirent pour du raffinement et pour de l'importance, l'art de ne rien faire , ou de faire des riens , ou de faire mal. Denui* ger tous les rapports de la propriété en France, fut certes œuvre mauvaise, et elle fut inaperçue de ses auteurs. Aujourd'hui il faut opter. Il faut , ou dégager sincèrement le sol français d*une lutte qu'il ne peut soutenir contre le sol vierge et fécond de la Russie méridionale, lutte qui lui enlève le marché intérieur comme le délire de la révolution lui a ravi les déversoirs lointains de St.-Domingue, des autres Andlles, de la Louisiane, etc., ou subir les conséquences d'une subversion agricole qui livrera la propriété aux chances des essais | fermera à Tindustrie ses voies les plus larges, compromettra éventuellement la sécurité de TÉtat.

Il est possible que le dernier parti obtienne la prafé-

rence. Vraiment ! H faut jouir du présent : et quel bonheur, surtout pour un gouvernement oscillatoire, quel bonheur et quel point de repos , à Taspect du froment tombé au prix de sept à huit (rancs par hectolitre , dm demi-kilogramme de pain ou même "du kilogramme entier, réduit à dix centièmes; c'est à dire, du pain réduit à deux sous ou à un sou la livre ! Quelle abondance! quelle joie! quelle activité dans les fabriques qui nour^ riront pour rien leurs innombrables ouvriers ! O heu* reux peuple! soit : mais la propriété territoriale, c*esl h dire les trois quarts du sol français et leurs posses* seurs , joueront en ces scènes, un rôle tout particulier: mais en dcfinitivei l'avenir fera payer cher au présent ses jouissances déréglées.

A ce parti fallacieux, j'opposerai deux principes qui en sont le rebours, et que je regarde conune deux vérités incontestables.

L'un, c'est qu'examen fait du capital des terres, du prix de la main-d'œuvre, du taux de l'impôt, des chances de déperdition, la législation Mative au com-^ merce des grains doit tendre à maintenir l'hectolitre de froment au prix approximatif de vingt-quatre francs dans le Midi, et d'environ dix-huit à vingt francs au Nord. Ce dernier prix peut suffire au Nord, si l'inégalité observée d'ordinaire entre ces deux zones est fondée sur des motifs solides : je les ignore. Mâb telles furent à peu près le cours et la délimitation admis sous l'empire de Napoléon. Qu'un tel cours ne soit assujetti qu'aux variations de la nature, et le possesseur du sol aura un revenu liquide et il ouvrira da toutes parts les vrais canaux de la richesse. Qu*untt telle législation soit invariable, soit sincère, soit fran^»

chement garantie des concessions occultes et contradictoires ; et le commerçant pourra spéculer à ses risques et périls, absorber en temps d'abondance les grains superflus, ouvrir en cas de disette ses magasins remplis par la sagesse et vidés par Tintérét de tous.

L'autre principe à suivre, c*est de tendre à désobstruer les villes, à accroître la race des cultivateurs per- * manens. Les bras robustes manquent aux campagnes. En vain la population générale se développe avec luxe. Dans les champs, elle est toujours clair-seraée par Teffet des causes morales. J'ai déjà noté la démoniaque ambition qui saisit le jeune campagnard et le traîne aux villes, tôtc baissée. Observons de plus la zixanie qui sépare de bonne heure les enfans et le père. Quand le père dit à ses enfans : « Un ouvrage se présente, travaillons en commun ; la famille en profitera. » Non pas, répondent les fils : chacun pour soi. Ils quittent la maison, s éparpillent, et laissent le père avec une femme âgée et une fille infirme, réalisant le triste apopbthegme qu un père nourriroit cent enfans, quand cent enfant ne nourriraient pas un père. Uégoîsme enfin, comme Tambition, comme la vanité, dépeuple les maisons rurales. A défaut d ouvriers, les cultures savantes ou variées avoitent; et même, dans Fexécution des systèmes vulgaires, le propriétaire manque l'à-propos d*une semaine ou d'un jour, que l'active nature a fixés pour les plantes et pour les saisons. Sous tous les rapports , il importe à l'Eiat que la population agricole soit progressive , que la population citadine soit restreinte au point où elle ne s'alimentera que du superflu de la première.

Toile est, vo me somblo, au!i yeux de la réflexion

et de rexpérience historique, la situalioti naturelle de la pyramide. L'imaginer autrement m*est impossible.

Or, dans cette législation que j'examine au sujet des céréales, qu'observons-nous dans les intentions, dans les actes, dans les réglemens de l'administration publique? Précisément l'inverse. C'est tantôt une législation vague, flottante, indécise; tantôt des réglemens évidemment hostiles et des actes subitement funestes.

En déduirai-je la conséquence que l'agriculture française est favorisée par le pouvoir; que, dans leur propice concert, vingt-cinq millions d'babitans trouvent l'aisance, et trente-deux millions la sécurité ? Non, non : ma conclusion est positivement contraire.

Et qu'on ne pense pas que la législation hostile envers le développement de la propriété sous le rapport le plus étendu, celui des céréales, lui soit favorable à d autres égards; en sorte que le savant agronome puisse, à son gré, reverser sur d'autres cultures les capitaux «t les soins féconds qu'il seroit contraint de refuser au froment. Non , et ceci est toujours une chose merveilleuse : en ce royaume immensément agricole, tantôt le pouvoir public désole la propriété par son abandon ; tantôt il la frappe de réglemens hérissés d'obstacles et de contre-sens. Force est de citer encore.

Lisez toutes les chartes constitutionnelles. A l'envi Tune de Tautre, elles ont dit : «Tous les Français sont é|^aux en droits. » Fort bien. Mon voisin et moi habitons une contrée absolument semblable. Nos champs se touchent : une pierre taillée les sépare seulement. Sur la face gauche de la pierre est écrit : Ijot ; sur la face opposée : Correze. Voilà ce qu'on appelle deux départemeus. Rien de plus arbitraire et de plus vagm

que leur dëlimitatioti. A Tun, permis de cultiver le tabac; pour l'autre, cette culture est prohibée ; et s il s*avise d'en planter un pied, Tamende et la force publique en font justice. Cependant, mon sol est aussi gras que celui de mon voisin : son revenu est quatre, le mien est un. Pourquoi ce dommage ? Et où donc est, non la faveur, mais la protection de la propriété? Où est surtout la pierre philosopliale, Tégalité en droits ?

Le fisc en profite | disent-ils. Mais il profiterait aussi fort et ferme si la vigne était limitée à un canton , et la soie à un autre. Est-ce qu'ils en reviennent, dans leur XIX* siècle, à la science du monopole qui supprime si bien d'un seul acte et la production et la consommation ?

D*un sol riche, passez au terrain aride. Voici un champ escarpé et couvert de cailloux brûlans. Il est d'une stérilité parfaite. Je l'ouvre à grands frais; j'y plante une vigne. Cinq ans s'écoulent sans que j'aie recouvré de mes frais autre chose que des frais nouveaux et de pénibles soins. Enfin la vendange arrive ; le vin est fait et mis en vente. Dans l'intervalle, un nouveau ca* dastre a jugé qu'ayant donné au sol une valeur de plus, je dois au fisc un impôt de plus. Soit; le surcroit d'impôt est payé. Mais, en définitive, ce vin spiritueux ne va-t41 pas m'indemniser et de frais de plantation égaux à la tsleur première du terrain et d'une attente de cinq ans égale à un préjudice de vingt<;inq pour cent.*^ Non* L'ao* quéreur observe que le fisc ne lui fera grâce ni du droit de mouvement au sortir de mon domaine, ni du droit d'octroi à l'entrée dans la ville, ni du droit de détail à Jhuitres entrées dans d'autres caves. Que aaia^? tfÊô

^MtÈà

d'impôts sur oe malheureux yin ! il le» subit tous ; et aux frais (le qui ? lacquéreur les demande ou au planteur oa au consommateur. Sils sont retranchés du prix vénal offert au planteur, rien ne reste à celui-ci* S'ils sont ajoutés au prix exigé du consommateur , ce dernier se retire devant une cherté factice. Le vin n est pas vendu et rellue vers sa source et s y engorge; et de sa stérile abondance le fisc a lart de composer tout à la fois la ruine du planteur et la détresse du consommateur.

Ne croyez pas que les vins de prix soient seuls vie* tinics de ces oppressions. J*ai vu à Bourges l'impôt exigé pour des vendanges apportées dans des sacs de toile. Le contenant peut faire imaginer la qualité du contenu. De vin , nulle apparence; les grains en grappe ressemUaient à des grnppos de balles de fusil. Indigné d'une telle exaction, le paysan les brisait contre le mur extérieur, aux portes de la ville; il pleurait; et j'usai en vain mon autorité à solliciter pour lui, du lise, une justice que le fisc refusa.

L'agriculture française ne produit pas assez de laines pour satisfaire aux besoins des fabriques. Encouragez donc la multiplication des troupeaux. Alais non. Le fisc ne se borne pas à décourager l'extension des pâturages , à tarir les capitaux nécessaires à l'achat des troupeaux et à la construction de leur logement. Pour favorisery dit-il, les fabriques, il faut atténuer le prix des laines; il faut établir un concours entre les laines indigènes et les laines étrangères. Les frontières s'ouvrent aux dernières, et elles s'ouvrent ncm seulement pour suppléer à l'insuHisance des laines françaises qu'on restreint par tant de fautes, mais avec la vue très précise d*opérer une baisse dans le prix des matières. En conséfMDCtfi

l'on combine le tarif le plus favorable au fabricant, le plus ruineux pour le propriétaire. Tel est le fond du système dont lapplication entière n'a été que momentanément suspendue ou modifiée. Et l'on s'imagine que la propriété va se jeter gratuitement, pour l'avantage des fabriques , dans le système pastoral où toutefois se développerait Tune des plus abondantes veines de la ri* chesse publique !

Moins d animadversion , mais souveraine inadvertance pour une autre espèce d*animaux, les mules et mulets dont la Bretagne , le Poitou , la Gascogne abondent. Préfet des Hautes-Pyrénées , en 1814, j*ai vu les Espagnols acheter pour trois cent mille francs de ces animaux , à une seule foire dune fort petite ville, malgré que des monceaux de neige eussent déjà obstrué les passages de France en Espagne. Signaler cette abondante recette au gouvernement , fut alors de ma part peine perdue : câr, qu en retirait le fisc? et puis, était-ce un produit de percales et de casimirs? Deux vices radicaux dans les quadruples soldées par les Espagapls! Oh! nommez une manufacture de draps ou de coton. Le ministre spécial sait, du moins à peu près, où vont ces tissus, en calcule les bénéfices, en favorise Texportation. Mais demandei à tout ministre d'agriculture ou de commerce, où vont les mules de France, quels capitaux leur vente faitr^ fluer en France? Il l'ignore : s*il le sait, il n y songe» Jamais tel souci ne troubla le sommeil de MM. Laîné| Decazes, Corbières, Martignac, etc. Le régime des chambres a bien d'autres intérêts et d autres sollicitudes! Eh! quoi? devail-on dire à eux et à leurs successeurs , vous ne connaissez pas un des vingt tributs que la France lève sur TEspagne ! vous ne sai^»issez pas toutes ces

pompes aspirantes que Louis xnr avait éublies par delà les Pyrénées et par delà l'Atlantique! Quoi? tous ignorez que la France était sous les noms espgnols, le Trai pro* priétaire du Mexique et du Pérou! Par ses produits, par ses bestiaux, par ses fabriques, elle absorbait les trésors de T Amérique, quand cette Amérique, mainte* tenant désolée sous vos auspices de constitutions et de destructions, était riche en métaux, et épanchait son pactole <lans les bourses françaises. Appaisez donc le Mexique; pacifiez le Pérou : du moins, ouvrez tous vos passages vers leur métropole. La malheureuse Espagne, même à défaut de ses colonies, a encore besoin de nos mules pour labourer son sol ; de nos troupeaux pour se nourrir ; de nos étoffes pour se vêtir ; de nos rubans et de nos soies pour se parer: nous avons besoin, nous, des piastres et des quadruples de TElspagne.

Maîtresse de T Amérique, elle nous les prodiguait. Du peu qui lui reste, elle solderait encore nos denrées et nos fabriques. C'est la mine où le midi français puise svs espèces; mine à peu près seule pour lui , et meilleure que la possession de Potosi. Epuisé par les exactions des budgets parisiens , où donc le Midi retrouvera-t-il ailleurs des métaux pour assouvir vos demandes, hommes nouveaux de gouvernement? Et quand le dernier écu sonnant disparaîtra de la circulation, où retrouverez-vous ces impôts directs et indirects? Et voilà qu'aujourd'hui vous meurtrissez, vous ensanglantez, vous desséchez, pur les moyens tour à tour les plus absurdes ou les plus infernaux, cette déplorable Espagne, sans vous douter (je ne |iarle ici que d'intérêts pécuniaires), sans vous douter, dis-je, qu'appauvrir un Espagnol, c'est ruiner vingt Français, aux applaudisscmeus de mille Anglais.

On a vu des peuples courir sottemeat à leur pirta i le peuple français surtout y excelle constitutionnelle* ment : mais y courir encore criminellement ! c'est bien fort.

N'anticipons point ici les considérations sur l'impôt. Il ne s'agissait, en ce moment, que d'examiner quelle a été et quelle est rinflueace de l'administration génë* raie sur la propriété foncière : et de bonne foi, nui plume s'est-elle égarée en casant, tout naturellementi comme de plein droit, divers objets ruineux au nombre des faveurs dont le pouvoir public depuis quarante ans, tout en se jouant à travers les pbrases, écrase avec l'agriculture la propriété foncière ?

Je pourrais allonger ce dur bilan de faveurs occultes ou patentes. Le sujet abonde : mais scruter plus les détails serait trop dire. Cependant , il est un vaste objet dont l'importance s'applique à toutes les communes du royaume, même aux alentours de Paris. L'énoncer n'est pas d'abord chose facile : tant on a des idées justes sur les plus nombreux intérêts! Que n'ai-je à énoncer les routes suivies par l'armée de Cambyse en Egypte, et par les dix mille de Xénophon en Asie ! Les académies de science et les ministres savans y prêteraient Toreille. Mais comment parler à la France de ses routes intérieures, des chemins communaux f Mon sujet pourtant m'oblige à tenter l'aventure.

J'en suis à examiner le sort des denrées extraites du sol et le cours qu'elles suivent sou3 les auspices tutélaires de l'administration générale. Ces fromens, ces vins, ces laines, ces bois doivent-ils mourir sur place ? Dans cette hypothèse, à quoi bon ? Un bloc de marbre aurait autant de prix. Il faut que de la place où la n«£

ture a pr^uit les denrées, elles arrivent d*abord au. dépôt concmun du propriétaire, puis au marché du consomma;eur. D'ordinaire ces denrées sont pesantes | sont volumineuses. Comment les mouvoir si le ruisseau voisin manque de pont ; si les cotes ardues sont dénuées de contours ; si des aspérités presque insurmontables hériaent le terrain ; si les boues creusent des gouffres où les attelages sengjcmussept en hiver et s'épuisent ei été ?

Tel est poirtant 1 état de la viabilité en France dans la plupart des communes rurales : une ligne de douanes, un cordon sanitaire ne les rendraient pas, en de certains lieux , plus inaccessibles les unes aux autres. C'est là un fléau grave et continu pour lagriculture. U triple ses frais et diminue d'un tiers ses valeurs. Quelquefois il les réduit à rien , à moins que rien , puisque le zéro des receltes laisse en passif les frais de culture et d'impôt; et cette nullité se présente même à la proximité de ces magnifiques routes royales, où vole sans obstacle l'élégante calèche du voyageur insouciant qui s'écrie: Tout est bien ! Voici un exemple du mal :

Il est en France peu de routes mieux dessinées que celle dont M. Turgot dota le Limousin pour réunir, par Limoges, Paris avec Toulouse. Elle honore le nom de cet homme célèbre , excellent administrateur secondaire et mauvais ministre en son temps, bien qu'il eût été l'aigle du notre. Le dernier département que j'ai régi, est long-temps divisé par cette belle route, en deux parts. A l'Ouest, sont les vignobles; à l'Est, les monu* gnesqui s'élèvent jusqu'au Puy-de-Dôme. De ces deux parts , l'une surabonde en vin ; l'autre en eau. Ce sont deux genres de richesses fort différentes. Unir par une

route transversale, deux pays où le besoin ^'échanges réciproques est si sensible, fut une idée qui me fnppat d abord. On mit la main à Vœuvre. Mab en attendant, la nature accorda aux vignobles d'abondantes vendanges ; et les vaisseaux de bois manquèrent pour recevoir le vin : tandis que la fraction montagneuse aliondait en bois superflu et buvait de Teau en quantité. Il y eut nécessité pour celle-ci de se passer de vin; pour cellelà, d'en maudire la désolante abondance; elela maudit au point que, dans une seule de ses commues, on jeta à terre mille hectolitres de ce vin désastreux. Interroges les populeuses communes d*Alassac, de Vouteiac, etc. Oh! quà l'avenir un tel emploi des dons de la nature n'accuse plus l'impéritie ou l'impuissance des gouverne» mens pour qui, hors de Paris, la France n*est quun brouillard obscur !

En un mot, et cette expression est ancienne « abon- » dance n'est pas richesse. »

Les produits territoriaux pourront passer de Fabon* dance à la richesse, quand les chemins de dernier ordre où s'absorbe, au détriment de tous, une forte partie de leur valeur, quelquefois leur valeur entière , ne seront plus frappés de l'oubli ou du dédain ou de l'impuissance.

L'oubli des chemins communaux n'a pas été absolu. Une loi fut fuite en leur faveur, il y a dix ans; loi sage , utile, mais élevée sur de trop frêles bases. Jamais une impulsion forte, imprimée par le gouvernement supé* rieur, nen a généralisé l'application: jamais surtout la puissance des moyens ne fut mise à coté des articles de loi.

lU ne sont pas faciles, je l'avoue, ces moyens. Plus

cVune f«is, en plusieurs lieux, j'ai personnelleinent traité cette matière avec un soin particulier; je Tai maniée et remaniée* Un succès complet n*a pas comblé mes vœux. Cest qu au fond de toutes les combinaisons as» sorties à Tordre actuel des choses administratives, s*est toujours rencontré un impôt de plus. Qu on l'appelle prestation en nature^ souscriptions volontaires, centimes spéciaux; c'est toujours impôt foncier sur impôt foncier; toujours la propriété s'épuisant pour soubger la propriété; toujours un cercle vicieux et rui« neux.

Il y a , dans cet objei-ci, trois circonstances également frappantes : le gouvernement est injuste, s'il demande un impôt; la propriété est aveugle, si elle l'accorde ; Fagriculture est impossible , si l'état présent des commis nications intérieures n'est fortement amélioré.

Attendre que des Chérubins vinssent dégager partout lagriculture française des langes de douleurs où elle s'éioufTe, serait commode; et le calcul des frais serait très simplifié. A défaut, le fisc seul peut sacrifier ou pour mieux dire, restituer à la propriété foncière une partelle des trésors que la propriété lui prodigue.

Expliquons bien, à cet égard, que la pauvreté la plus complète est le partage de la plupart des communes françaises. Les unes, il est vrai, possèdent des terrains livrés à la pAture, mais sans revenu liquide. Quelques autres ont conservé leurs bois : ce sont les heureux du siècle ; ils font exception. Beaucoup possédaient des propriétés. Napoléon , dans un de ses momens de détresse et de délire , fit saisir ces biens , les vendit, mit à nu les communes : et, toutefois, il faut qu elles soldent vingt olijets d'onéreuse dépense, le bulletin des lois, le

presbytère, l'église, les actes civils, les fontaines, lliorloge, le tambour, etc.

Que de tâches ! par quels moyene y vont -elles sofSre? Le budjet national prévient leur demande. Il aggrave leurs impôts d*un vingtième ; c'est à dire^ de cinq ce^imes.

Cinq centimes sont-ils sufSsans ? llTon : dans ce cas , on les autorise à s*imposer d'autres centimes; et, Dieu sait, de centime en centime, où Ton va ! Et par exemple, voici en 1 834 qu'il prend fantaisie Jenseigner la lecture aux petits pAtres des champs par administration publique . et attendu que Tadministrition n'a pas assez de plus d'un milliard pour apprendre la lecture à qui 1>oq lui semble; attendu aussi que le capitaliste, comme le pharisien , doit imposer des fardeaux et n'y pas aider, la propriété foncière paiera de 1831 et désormais, trois bons centimes ajoutés à ceux dont elle ne portait pas quantité suffisante.

Mais par delà ces choses et bien d'autres, restent encore aux communes l'entretien ou la confection des chemins et des ponts sans lesquels les denrées de leur sol vont périr dans l'immobilité. Quels autres moyens se présentent ? La réponse à cette question n'est pas moins libérale : allons , imposez-vous encore d'autres centimes»

Voilà le point où naît l'absurde , frêle bâtard du despotisme et de l'indigence. Garrottée ainsi , l'agriculture se traîne d'abord , et puis s'arrête. Voulez-vous lui rendre le libre usage de ses membres? Dégagez-la propriété foncière de dix centimes de Timpôt qu'elle paie au trésor de Paris. Cest peu en apparence. Dans la niasse pourtant , c'est un fond de vingt millions p^r année. Vous le porterez, s'il le faut absolument, à trente millions, en demandant aux communes un concours

Tolontaire de cinq centimes , ajoutes aux dix centimes légaux que le trésor leur céderait. Comme il s'agit pour elles d'une dépense locale et salutaire, elles y consentiront probablement. Gomme il s*agit pour vous de retrancher en temps de paix , à votre état de guerre, Timperceptible nombre de dix à quinze mille hoinmes, vous n'en perdrez pas certainement une heure de sommeil.

Vingt ou trente millions par an, distribués avec art dans toutes les communes, renouvelleraient en dix ans la face du royaume; et c'est alors que l'agriculture prodiguant ses matières à l'industrie, Vindustrie les raflinant et les livrant au commerce, le commerce les distribuant sur un marché ouvert par un accès de toutes parts facile, à trente deux millions d'habitans ; c'est, dis-je, alors que l'arbre arrosé à ses racines , couvrirait le sol entier de ses fructueux ombrages.

Vain rêve ! les chemins intérieurs des communes reconstruits; par eux, les denrées du sol versées sans risque et sans frais dans les routes royales , ainsi que le sang afflue sans arrêts des veines aux artères; dix centimes de l'impôt foncier , arrachés dans son propre intérêt à l'aveugle et dévorant Trésor; la propriété stimulée en ses reproductions par l'écoulement certain de sa surabondance ; toutes les branches de la richesse publique recevant d'elle un accroissement progressif de sucs ef de fruits : tel n'est pas Tordre des destins !

Kt si j'ajoutais à ces songes rétablissement de banques territoriales comme il en existe en Ecosse et , je crois , dans l'Amérique-duNord ; banques dévouées , à peu près sans partage , au propriétaire et au marchand des denrées rurale^ ; tel non plus ne serait pas l'ordre des destins : et ou donc, s écrierait-on d'une voix solennellement énergi-

que, où seraient Xe&petits-grandsMifres? et où serait Tagiotage, âme ou flambeau des gouvememens?

Toutefois, dans Vhypothèse opposée à ces indispensables dispositions , Ton doit prévoir ces deux résultats plus réels que des songes:

Le premier, c*est la répugnance du propriétaire riche et éclairé à vivifier de sa constante présence, des domaines dont l'accès et le parcours se montrent sans cesse insurmontables ;

Le second , c'est l'inhibition effective faite i l'agriculteur, de pourvoir aux besoins multipliés de trenfedeux millions d'habitans, et par suite, l'agitation, la détresse, la décroissance ou la fougue de cette exubérante population.

Le dernier point de vue est de nature à inspirer des réflexions de salut aux hommes qui tiennent les rênes de rÉtat. Broyer l'agriculture sous les roues du charqu*ils mènent à travers champs, peut aujourd'hui leur paraître petit mal; eux ou leur successeurs j verront plus clair quand le détriment de l'agriculture aura opéré sur la France, comme il a opéré sur l'Espagne. De trente millions d'habitans qu'eut, dit-on, jadis l'Ibérie , « la populeuse , la riche , la fertile Ibérie , » car telles étaient les épithètes que lui prodiguait la poésie des Romains , populosay dii^es y /erax y de ses trente millions , la population espagnole est tombée , par la chute de l'agriculture, à neuf ou dix millions. Que le détriment du sol rétroagisse ainsi , et même en proportion moins forCe^ sur la population française; et elle se restreindra A quinze ou vingt millions ; et la rente annuelle des fortunés Parisiens se diminuera d'un semestrei peul-èlre des deux semestres !

Mais enfin jai nié que la propriété reçût des goii- ▼ememens de la France un appui propice : est-ce à tort que j ai émis une opinion négative ?

J*ai nié de même et avec trop de raison aussi, le bonheur du propriétaire ? voyons effectivement quel est le sort, quel est Timmense bonheur du propriétaire français.

Si , dans cet autre examen , j'énonçais d abord cette proposition-ci : Y a-t-il en Europe une classe de propriétaires territoriaux dont le sort puisse être, au milieu d*opulens capitaux , aussi triste et aussi pauvre que celui du propriétaire français ? Le bourgeois de Paris la trouverait excessive : mais qui, résidant sur ses terres, et suivant la propriété dans ses développemens, la pourrait contester ? Revenons aux faits.

Déjà j'ai dit les pillages qui désolent l'agriculture, les dénis de justice qui multiplient les pillages, les non-valeurs d'une abondance sans issue, les conséquences d'hostiles réglemens, enfin tous les désastres de la nature et de la société conjurées, ce semble, pour altérer simultanément le capital et la rente de la propriété territoriale. Ce n'est pas tout.

L'incrédule bourgeois de Paris que je citais tout à l'heure, fatigué des doutes sur la solidité des rentes, ou charmé de connaître en ses vieux jours la belle nature, vient d'acquérir un domaine. Il le visite ; il proit être chez lui. Voici qu'il aperçoit une troupe d'hommcf qui, le compas et l'équerre, la chaîne ou le graphomètre en main , le parcourent aussi sans sa permission. Que font-ils ? ils l'arpentent. Par quel ordre ? ordre de l'administration publique. «Eh! mais, dira le nouveau possesseur, je n'ai pas donné cet ordre, moi. •

Cest pour votre plus grand bien, lui f^lîqtlerâ*t-on| qu*on vient, bon gré où malgré vouS| courir, toiser , explorer vos domaines.

« Ceci est pour votre plus grand bieii , » disait aussi à don Carlos le bourreau prêt à supplicier ce prince.

« Nous traiterons de vous, chez vous, sans vous,» disait aussi le cardinal de Poiignac aux Hollandais, un peu surpris qu*on traitât d*eux, chez eux, contre eux, aux conférences de Gertruydemberg.

On lui cite ces grands exemples ; le norice possesseur baisse la tête : il se soumet.

Le lendemain , d'autres hommes surviennent : que veulent-ils ? ils veulent apprécier chaque lambeau de terre mesuré la veille. Leur appréciation consiste k classer chaque champ en premier, deuxième, troisième degrés : de sorte que le champ classé au premier degré paiera un impôt bien plus fort que le second , celui-d un impôt bien plus fort que le troisième. On appelle ces hommes : Classificateurs.

Qui les a nommés ? une réunion des principaux propriétaires de la commune.

Fort bien, en théorie. Mais, dira encore le rentier, non moins épris de sa bourse que de la belle nature : Les moins riches sont toujours plus nombreux que les plus riches, et il est écrit au fond du cœur humain que, dans ce concours aux voix, tous mes champs seront au premier degré , qu à peu près tous les champs des classificateurs et des moins riches seront au dernier. Ou sera mon recours ? »

Qu à cola ne tienne : on lui fournira des experlSi des contrôleurs, des directeurs; mais, en définitive, Tinipot progressif n en pèsera pas moins sur

(lé ses crintributiôhi. Ainsi le Veut, je Tai plus d'une fois observé, lespric du tethps. feôh àxidiUe, cesl d'o^primer le fbrt en hdbiiiUi* dU taîblë quand le faible est peuple et qli'il jiebt deVenir tôfï. Pis iin conseil municipal i pas uti agent dii Bàc , qiii À^ha^peht à là tentation.

Tel est le cadastre : opération colossale^ et tôt bu tard inique; car, à hicsiirS qu*il s*avance, toutes les proportions arbitrées entre les propriétaires varient d*arinéc en année. Le plus diligent croît ; le plus paresseux décroît : et Téquilibre dans la valeur intrin- S«*(jue des terres respectives est rompu.

Mais encore ici n est-ce qu une observation comparative dans les revenus territoriaux. L*un gagne ce que Tautrc perd. A la vérité, le gagndtit compte pour peu de bien un moindre mal : le perdant compte pour beaucoup le mat absolu qti*il éprouve et le mal de Finjusticc qu'on lui fait. Mais suivez-les Tuii et Tautre au moment ô(i, accablés par les fléaux de la nature, ils sont pressés et sommés simultanément de pajrêr au fisc une portion des roveniis qu'ils n'ont pu recueillir.

Le percepteur arrive, écrit ou dit : Vous avez liu revenu de trois mille francs, doht six cents francs m'appartiennent : ils sont payables par douzième cliaquc mois. Vous me devez un tertne écbu : payez : sinon , sommation, commandement^ saisie,

Cost du plus étonnant sang-froid que le percepteur tient ce langage. Il ne balbutie pas ; il évite les longs détours; il parle en conscience. Son attitude est perpendiculaire ; son regard est à Hiorizon. Il s*estime copropriétaire de toutes les propriétés. Loin de lui de songer un instant que 1 impôt est essentiellement volontaire, proportionnel, restreint à une portion que le

possesseur extrait de son revenu disponible pour s*afsurer la jouissance du reste.

Et ce fond d'idées insensées , comme cet à-plomb impératif se retrouvent parmi tous les agens immédiats de l'impôt territorial y depuis le directeur jusqu'au per« cepteur.le plus circonscrit. J'ai plus d'une fois observé avec surprise le ton et les manières que ces âpres fonctions inspirent à des hommes d'ailleurs estimables. Souples et dociles envers l'autorité , honnêtes dans leurs comptes, ils sont, envers les contribuables, d'une arrogance inimaginable. Leur bonne foi leur dit cpie le propriétaire n'est réellement qu'un qua»^ roprîétaire.

L'impôt indirect porte en soi l'assendment du contribuable et le témoignage de ses facultés. Car le paie qui veut et peut le payer.

Autrement va l'impôt direct exigé bon gré malgré de la terre féconde ou stérile.

Répondez donc au percepteur : mais mon revenu s'est évanoui. Ces bob, la licence à la mode les dévaste jour et nuit; ces prés, un débordement les a saUésî ces vignes, tour à tour la gelée, la pluie, la sécheresse en ont desséché les grappes ; ces troupeaux, la mortalité a ravi en eux et revenu et capital; ces fromens qui verdoyaient avec magnificence, ces cultures si laborieusement diversifiées, ces maïs pompeux, ces riches fourrages , tous ces fruits savoureux , hélas ! un vent du Nord s'est levé en un moment, il a glacé la pluie dans l'atmosphère ; il l'a convertie en globules de pierre ; et voyez, tout mon sol bouleversé par l'un de ces hideux

orages

« Où la grôlc Icrrible • h coaps impétaeoz, • Abat riionnpiir naiwianl den raoïeaaz fnietacvi. •

Rien absolument n'a surnage, sinon les comptes des frais et des salaires. Où donc est matière à Vimpot ?

Pathétiques, mais vains propos ! vain bon sens ! Timmobile percepteur réplique les trois mots sacramentels : Manéj fhecelj phares; sommation^ commandement^ saisie. Uabime fiscal, tel que Tenfer de Milton , répète Tanathème d'écho en écho , de percepteur en directeur. Ni pauvres ni riches ne lui échappent. Le riche, empruntant pour payer l'impôt, donna à défaut de revenu une part de ses capitaux ; le pauvre est spolié, loue ses bras, et de petit propriétaire redevient manœuvre.

De plus en plus stupéfait, le rentier parisien assiste à des spectacles qui font tort à la belle nature : il ne s'en doutait point à Paris sous les portiques de la Bourse, et

• 11 jnre no pca lard qo on ne Tj prendra plna. •

Jadis un proverbe en impots, disait : Ou ilrCya rien le Roi perd ses droits.

C'est l'inverse aujourd'hui. Où il n'y a rien, l'État veut conserver ses effroyables droits. La matière imposable est détruite. N'impoite : Timpôt [demeure. C'est l'homme qui devient imposable : car il faut que l'Etat prenne quelque part; et, joignant à Finiquité des prétentions la risée des mystifications, il laisse dans son vaste budget un article où, sous le titre de : Remise et modération^ le contribuable doit trouver un prompt dédommagement des (léaux naturels. Payer en ce cas, n'est qu*une forme, dit le budget : c'est la lettre de la loi. Mais, soyez tranquilles ; je ne prendrai que pour rendre ;

priélé pu d'autrei toîm plus dir^^ei, et «tw «iu telle répétition, avec un tel Kharnement, qu'usurper de fait la propriété entière du territfûre françù , partit ûlrc l'objet calculé des lois fiscales.

Un père de faoùUe meurt. Qrdve aoudain aux enfiuw de DotUier au fisc la succession qu'ils recueillent et de lui payer l'équivalent d'uo^ ou deux année» de leuic rerenus,

A défaut d'en&ns , des neveux héritent ! ils paieront deux ou trois ans.

Ces terre* ne sont pas snsc^tibles de sulnr matérid' tement le partage ordonné par la loi entre les enCuis. U faut vendre. Un acquéreur sa présente et paie au fisc environ encore deux années de revenu- Do produit des ventes, on acquitte les dettes j on lève tes hypothèques; on fait face aux créanc«*i on achète ailleurs quelques champs : le papier timbré va et vient j et le» sommations, et le^ t^pôtUtiont^ et \m consultationSf distillent l'héritage soumis à la pression de l'alambîa U en résulte «ncqre pour le fisc te revenu d'une années *

Cinq ans de revenu sont le quart du capital au denier vingt.

Que les successions s'ouvrent par périodes de vingt* anq ans, il en résulte qu'à chaque aiède le fisc en France dévorera, par le seul jeu de ses droits sur lei héritages, tout le lerritùre français. Si les luccessioa» directes de père à fds le retardent un peu , Jl ne s'igin que d'ajouter au siècle qudquea années.

Mous parlons ici des suceeinons ordinaires, des hé»' lages à peu près liquides. Il en est où U méf:aniaiBa fiscal joue mieux encore. Trop souvent il arrive, surtout dans l'état désordonné où les vicissitudes des révo*

lutions entraînent la plupart des familles , depuis la famille du général en chef subitement mis en retraite , jusqu'à celle du conscrit qui achète un remplaçant , il arrive, dis-je, quen la succession ouverte, les apparences sont tout à fait contraires à la vérité. L'apparence annonce une belle terre. La vérité en a dévolu la moitié à des dettes trop réelles. Sur cent hectares, les hypothèque^ prélèvent le produit de cinquante. Ceci n'importe. La succession est franche pour le fisc. Il saisit les terres comme le soleil y luit , sans exception.

La dernière perfection, et il en est des exemples, appartient aux transmissions des terres où le passif égale Tactif. Le fisc n*en perd pas une obole; etl*hériùer paie pour avoir ce qu*il n*a pas.

Croyez-vous que dévorer par le simple jeu des droits successifs tout le sol français en un siècle, soit beaucoup? Oh ! pour le fisc , ce n'est qu'un léger surcroît : sa voracité ne s'arrête pas à si peu. Remarquez bien que l'impôt courant, établi sur ces terres où le fisc saisit d'une main si large ses droits éventuels, n*en renaît pas moins chaque année. Évalué en théorie au cinquième du revenu , il en représente le tiers dans la pratique qui ne distingue pas les années tolérables des années désastreuses. Tous les trois ans le fisc absorbe ainsi tout le revenu territorial ; en sorte qu'il dévore une fois par siècle tout le capital de la propriété des Français, et trente-trois fois par siècle tout le revenu ! merveilleux tour de force! capital et revenu renaissans sans cesse pour être sans cesse dévorés !

Si je n'attribuais au fi.sc que 1<: quart au lieu du tiers du revenu, je serais moins exact, mais soit : mettez au quart du revenu la part de rim(>ot. Sa voracité n en

serait guère moins effroyable. Au lieu de 34 fois^ ce serait 26 fois que le revenu du sol français serait la proie du fisc pendant la durée du siècle : est-ce un destiA supportable? Est-il au monde vautour si dévorant et proie si féconde ?

Sans doute, quand la mythologie nous peignit le géant Tityus enfant de la terre, grand comme neuf arpens, et livré au vautour qui lui rongeait éternellement des entrailles éternellement renaissantes , sans doute elle devina la propriété française et Faction du fisc sur la propriété. Quelle vigueur et quelle vérité dans cette allégorie prophétique :

• Rotlroqve îmmaDÎs t altar obanco

• Iromortale jccor tUDdcDt, fccundaqoe pœuU

• Vlscera • rîmatarqae cpalit • habUatqoe tub alto

• Pcctoro ; ucc fibrit reqnîet datar nlla renatis ! •

Un Taiitoar sur ton cœar s'acharne înceiMiDiDent ,

Do ta faim élertielle élerncl alimeDl

Il péril pour reoattro; il renaît poar souffrir; 11 joint l'horreur de titre à rhorrenr de mourin El son cœur immortel et fécond en tortures Pour les ouf rîr encor referme s«s blessures.

L'émule français de Virgile a trop décoloré dans ses vers le martyre du fils de la terre. Soyons plus prosaïques , maïs plus tranchans envers le décorateur de la terre française. A Taspect du fisc continuement appliqué à ravir tous les fruits passés, présens et futurs du sol, les pompant dans les grêles, les explorant dans les tombeaux , les arrachant aux débiteurs et aux créanciers, aux mendians et aux enfans, pressurant et tordant jusqu au néant stérile, et prétendant encore inipri-

- '% fm^t^:,

mer ainsi un vigoureux essor aux fabriques, au commerce, à la prospérité commune , il ne reste qu'un mot pour caractériser l'administration française dans ses rapports avec la propriété : mot dur , dont les thèses de logique usent souvent, mais jamùs mieux j c'est: aùsurdo abturdiùs : plut absunUqite l'absurditi mêma.

Et tandis que la propriété territoriale s'éraaouit comme une illusion dans l'impôt, dans les non-valeun, dans les lléaux et vimaires , il est bon d'observer et diflioile de s'expliquer comment plus elle décroît, plus eu stsns inverse croît et s'élève la richesse qui puise ailleurs que dans le sol sa sève et ses prétentions, A Paris, tel cliirurgien pour une opération , tel avocat pour un plaidoyer, telle cantatrice pour léchant de quelques ariettes, dcuianderont, exigeront dix mille francs. A la cour de I^uisxiv, ils auraient difficilement obtenu millefrancs, et les auraient reçus avec autant d'humilité que de reconnaissance. Le froment sousLouisxivavaîtà peu près lîi valeur actuelle : ainsi quatre-vingts hectolitres de froment auraient libéralement rétribué la dextérité du plus liabilc chirurgien , l'éloquence du plus pompeux avocat, le gazouillement de la plu» gentille cantatrice. Maintenant la rétribution exigée à Paris par ces virtuoses, repn'-sentc huit cents hectolitres. Une moisson de huit cents hectolitres, bon Dieu ! cueillie dans un tour da main ou de gosier! Mais ces huit cents hcctolitros, quittes de tout frais quelconque, affranchis de tout ris* que, vendus au cours actuel, réalisés en bel or et remis à domicile, c'est le produit net d'une terre d'an demimillion : et le revenant bon d'un tel doroune sera pour l'opéruteur on pour le plaideur, l'acte d'un seul jour!

Le chirurgien a voué sa jeunesse i des étndM; fl a

reçu de la nature un liaient ppfciftux ; ^ preuve du ts^ Uni ei deikétndeê^ il remet om awpul^ uu bras fractum Un tel senrica mérita aon prix*

L avocat a obtenu le gain d'un point litigieux. Est-ce à tort ou à raÎAop ? A tort ? ce \(ç4X pa$ un prix qu il mérite. A bon droil? le bon seaS| la iK^^nce, Tintégrité des juges ont leur part en ce gain. Néanmoins, Tavocat a étudié son affaire; et hi^ que tout bomme exercé au travail, trouve en quinze joui^ plH' dç loisir qu il n*en faut pour éclairer laffaire la plus scabreuse et en rédiger la défense, admettons que spn temps, son talent, ses efforts doivent être libéiralement rétribués.

Est-oe à dire que la revenu anuM^l d*ua fort domaine doive être absorbé par l'un eu Vautr§ d^ c^ deux ser«

vices ?

Un notaire récJigo un. eioiitiai d^ piariaga* Ici, ni art ni style ; clarté t:t habitude suffî^nt. Il (aut, à Paris, le produit net d'un bien rura), il fauti en province, la part qui échoit au propriétaire en ce# fractions de domaine appelées métairies, pour rétribu ejr hoimôtemwt le no* taire rédacteur et gardien de quelques pagas qu i|p>propriétaire lettré aurait écrites en quelques heures, aus^i nettement sans doute, plus élégamment sauf contredit.

Est-ce à dessein que la propriété foncière, essence de l'Etat , se ruine et se déprime ainsi f

On dira : c est la propriété qui donne. Il est plus exact de dire : c^eat de la propriété qu on exige ; et l'exaction est si manifeste, qu'à Pari^ plus d*un avocat se fait payer d'avance.

La vérité toutefois est que, par une étrange bizarrerie, la propriété tend de son plein gré à s'anéantir elle-même en se forgeant une sorte d'émulation d'or-

gueîl qui ravilissC) pour enrichir et enorgueillir les professions dont elle invoque l'assistance. Dans la dëgénération actuelle des idées, elle s*estime peu ; les professions qu'elle appelle, s'estiment beaucoup. Elle se croit obligée de leur donner son capital : à peine, elles, daignent-elles voir en ce capital une portion de leur revenu.

Qui fait mouvoir des calculs si faux? De part et d'autre il y a vanité, en langage exact, inanité. Le propriétaire veut paraître avoir plus ou autant que son voisin , avoir ce qu'il n'a pas ; la profession rétribuée veut valoir plus qu'elle ne vaut.

C'est toujours ce triste et fatal orgueil qui se retrouve au fond du cœur humain dans toutes ses métamorphoses.

Mais réfléchissant sur ces méprises, fatales dans leurs conséquences par le bouleversement continu où dles jettent les classes de la société , j'en entrevois une cause plus générale. L'observer est utile et rentre pleine* ment dans mon sujet. Elle concourt à montrer comme en tout la société française maintenant gît d2ns un état faux, comme tout y est violent, comme tout y contredit la nature.

De tout temps, il a fallu un type à toutes les valeurs. La monnaie métallique n'est que le signe d'un type» Elle varie suivant sa rareté ou son abondance; elle disparaît même au gré de la volonté humaine qui , des conjonctures propices, lui substitue, sans ment, des billets de banque, la plus futile et la moins substantielle des choses chétives : feuilles de pa^er, que le feu, que le tact, que l'opinion usent ou consument. C'est dans la nature que les valeurs ont letir

type primitif. Quelle est la valeur la plus naturelle et la plus générale ? Cest la subsistance de Thomme. Quel objet représente mieux , et par tout pays, la subsbtance des hommes ? Cest le froment.

Posséder du froment , c*est donc posséder la richesse naturelle. Suivons dans l'application naturelle, cette denrée qui devrait constituer la richesse même.

L'homme qui possède assez de froment pour suffire à sa subsistance personnelle et à celle de sa famille , doit vivre à Taise.

L'homme qui peut en céder aux autres, doit être riche; et plus il possédera la faculté de disposer des autres en leur donnant la nourriture, plus il sera riche, fort y puissant. Six hectolitres de blé constituent la nourriture annuelle d'un ouvrier français. Autant de fois donc qu'on pourra mettre en jeu cette quotité de grains alimentaires, autant de fois la puissance devra s'accroître. Les huit cents hectolitres donnés au chirurgien ou a l'avocat cités tout à l'heure, mettaient conséquemment à leur disposition les alimens de cent trente ouvriers pendant une année entière : vous voyez quelle puissance ils acquéraient d'un seul fait ! Jugez s'il est possible de reconnaître quelqu'équilibre entre une opération chirurgicale ou un plaidoyer, et la puissance active qu'une telle rétribution confère !

Si, à défaut de froment, vous avez des bestiaux ou des étoffes, vous les échangez avec le possesseur du froment, et la puissance passe alors de ses mains dans les vôtres.

Mais vous n'avez que de l'argent monnoyé ? En ce cas, c'est à vous d'offrir le signe fictif pour acquérir la valeur réelle.

Si pour un niàrc cl*ârgéht Toiis obtenez deux hectolitres dé frothëiit, lé prix de Thectolitre s'éleTe à 25 fr. d aujourd'hui; éh sbldâht 230 tr. , vous ne donnez que dix hectolitres.

Si le niàrc d'argchf procure trois hectolitres, le froment est tombe à 17 fr. : solder 170 Fr., c'est donner encore dix hectolitres de froment.

Le prix vénal du froment flottant aujourd'hui (fin de i834) entre 12 et 13 fr. ; c'est quatre hectolitres pour un marc d'argent; le don de dix hectolitres est représenté par le solde de 1 25 fr.

Ainsi te marc d'argent a doublé sa puissance, puisqu'il acquiert le double de la denrée dont il est le signe.

Par contre , l'hectolitre de froment voit sa puissance diminuée de moitié, puisqu'en suivant l'ancien prix qui devrait être le prix constant , uu possesseur de grains donnant dix hectolitres exerçait une action de 250 fr. de valeur métallique, et quà son prix actuel, il n'obtient (le dix hectolitres qu'un levier de 125.

Le propriétaire conséquemment double son fardeau y en acquittant ses charges, non avec la denrée naturelle , mais avec le signe nominal, ce signe étant renchéri de la denrée réduite à la moitié de son ancien taux d'échange.

En d'autres termes, quand le propriétaire autrefois voulait reconnaître un service par 250 fr. , il envojrait au marché dix hectolitres : il en envoie vingt maintenant.

Diminuer de moitié la quotité du froment qu*on échange avec le marc métallique , serait donc ramener réquilibre au point du départ. Donc il faudrait que l'impôt, que les services des professions libérales, que les

fiàlaifeâ ^es ouvriers fbsseiit rectùîEI à la ihoitie dti solde atiqùél ils avaient droit ^arid le froment s*élevait à 94 ou à i3 fr. : et tout àii contraire.

La main-d'œuvre, rendue plus rare par la multiplicile des travaux, se renchérit dans les campagnes.

On pousse Timpôt foncier âiix bornes du possible; on la poussé au-delà du possible méraé, comme il advint en 1830, où 30 centimes ajoutés à Timpot par le ministre Lafljtte, qui simaginàitaînsi désobstruer le commerce, durent rappeler ou apprendre au ministre, meilleur banquier que financier, i*ahcien adage « qu en finances deux et deux ne font pas quatre. »

EnGn les professions libérales , excédant toute mesure dans leurs prétentions, toute décence dans leurs exactions : Il n*y a plus proportion aucune entre la rétribution et le service , entre la denrée valeur réelle , et le signe monétaire valeur factice.

Loin donc de tendre à rétablir la balance, on achève de la renverser; et pourquoi? parce que le type des valeurs a passé de l'ordre naturel à l'ordre artificiel. Le froment n'est plus la richesse. C'est l'argent monétaire qui seul constitue l'homme riche. Jusqu'à ce siècle on cherchait de l'argent pour acquérir la denrée. Elle était le hut : Targent était le moyen. Elle était la chose : l'argent était le signe. Maintenant le signe est devenu la chose. Car avec le ^gne, avec l'argent, on obtient et beaucoup plus de froment et beaucoup plus de puissance. L'argent achetait jadis le froment : aujourd'hui le propriétaire s'estime heureux lorsqu'avec du froment il peut acheter l'argent. Le bouleversement est si complet, la situation si violente que des mouc^eaux de froment sont aujourd'hui compatibles avec l'indigence et

avec ses calamités. Considérez ce propriétaire dénué du signe de la richesse et se morfondant sur d'inutiles tas de pur froment et de tonnes de vin : il les offre inutilement : il ne peut les réaliser : mot technique qui seul indiquerait, parce que la langue se plie aux idées, à quel point les réalités sont interverties. Réduit à la dé* tresse réelle au sein des richesses naturelles), il faut qu*il subisse et du collecteur et du créancier , tous les affronts et tous les dommages qui sont le lot de la pauvreté.

Près de ce tableau , placez Timage de lliomnie assis en face de rouleaux d*or : comparez dans tous leurs rapports les deux possesseurs; et jugez si la richesse peut aboutir, dans ses applications, à des termes plus distans de celui où la nature a placé la source des biens, le principe de la durée sociale, et les occupa* tions essentielles de la vie humaine.

En un mot , propriété déprisée signifie propriété méprisée.

Concluons donc en reconnaissant :

Que le type originel des valeurs est déplacé ;

Que la propriété engagée dans une lutte inégale avec le type factice, y doit succomber;

Que la mobilité et, si j'ose ainû dire, l'élasticité du type artificiel doivent irriter au dernier point la cupidité des chiffres et allumer dans les cœurs épris des faux trésors, une soif inextinguible ;

Que la société, transposée ainsi de l'ordre réel de la nature dans la sphère des fictions où nul ne sait plus ni ce qu'il possède ni ce qu'il demande, se débattra dans des tourbillons, tombera dans b subversion , et expirera dans le chaos.

Ah! maintenant I comprenons sous ce ra|^rt k profonde sagesse de Lycurgue. Roi législateur, il prohiba dans Lacédénione tout autre moyen d*échange que la monnaie de fepL Sa principale intention fut, il est vrai, d'oter à Tor Timpression ic#bnte qui s*attache à son fatal aspect ; mais n'avait-il pas aussi pour motif de conserver aux denrées naturelles leur prédominance en valeur dans les relations communes ? Qu*il ait ou non pressenti ce résultat, U a dA l'obtenir.

S'il fut moins sage en écartant ses compatçotes de • ragriadtere, pour les vouer sans distraction au coite de la guerre, combien plus blâmables sont ceux qui vouent Paris au culte de Tor ! La situation respective des petits états de la Grèce peut excuser Timpulsion exclusive donnée par Lycurgue à sbn pays : et puis , i Sparte, comme en tous les états qui ont précédé Favénement de Jésus-Christ, la liberté la plus jalouse s*accom^ modait de l'esclavage le plus dur. Les Spartiates avaient dans leurs Ilotes des esclaves qui, bon gré malgré, cultivaient les terres, et en exprimaient, n'importe à quel prix, du froment, de Thuile, du vin et des laines.

Mais où est l'Elos de Paris? où sont ses Ilotes? où est , hors des révolutions que Paris.eqpiomme en coupant des têtes ou en expulsant des i*<^|||fe dévouement de cette population efféminée aux iflli guerrières? Sparte avait conquis Elos : mais des Ilotes à Sybaris ! D'où lui vient donc cela audace de transformer le reste des Français en mM dociles qui cultivent ses terres et lui en apportent les denrées, sans en recevoir d'autre prix qu'une valeur vile et vaine ?

I)ira-t-on ^ue la transmutation de b richesse natnrclle en signes métallique est un progrès de la civilisa-

tltm? Singullet- pi^grM, qui convertit ^n In^^éott b pftsMssion (lu sol, et en superFluîtes onéreuses \*a dca* fées prettiitres dont l'homme civilisé, bien moins quft riionune barbare, ne peut asâei stimuler l'abondattce !

Kh! vraiment, il va sans dire qu'il n'est que^ond'e^ dure ni la monnaie ni l'impôt; il ne s'agit que de rspv peler l'une et l'autre à l'humilité de leur rang. C'est la subversion qui fait prévaloir sur la ten'e productrice cCt deux choses, dont l'une est le signe, et Tautre, le fruil de sa fécondité. C'est le renversement de la nature , c'est le despotisme fiscal et parisien annulant, de toute leur oppression , la propriété territoriale qui pourtant résume en elle , au simple aspect des cartes géographique», tout l'empire français ; c'est enfin le désordre substitué k Tordre, dont je pèseici les dommages et les conséquenceii

lï n'est pas de pays oi^ la circulation de h monnaie, soit en métal , soit en papier , ait la vélocité ni Tatililê ^'elle a acquises en Angleterre. Mais la soin-cc des valeurs n'y a point été tarie ou transposée. En cette cothtrée , la propriété foncière est en grande partie occupa par les lords ou par leurs adliérens dans l'autre chan> bre. Ik sont la partie agricole de la nation ; et proprement, ib sont IcittTe anglaise, le fonds de la nation an* glaise. Ainsi ia^fûse des céréales a-t-elle sans cesse rencontré dans le» lois un frein salutaire. Les lords et propriétaires ont senti qu'il y allait de la vie dans crttn gestion ; et ils font débattue autrement que les niû • provinciaux députés à Paris. L'hectolitre de froment s'est maintenu au taux moyeu de 28 à 29 fr. ; de sorte qu'un marc d'argent n'y sunit pas pour .irhcter dcur bectolitras. Par ce prix la propriété obtient de ses fermiers des baux Sevés. A son tour le fennier obrient du

•a culture Am prix ■iflluns pofirptyartli mAm rèhte» à bi dMkiii-d'œuTre un bon salaire , en recueillant de m propre industrie un bon bëntf ce. Qes résuluii einfei complets y Tagriculture anglaise les acquiert dans des oscillations à peu près détermina , sans hausse m haisK excessives. Sécurité ^ abondance, richesse, se maii i lie » netit sans eflbrt : tons j sont conriés à la proqséritéagri* cole ; et le sol anglais , moins fiiTorisë du ciel , offre à ses maîtres autant de fleurs et de fruits , que le sol frànfaia, comblé des grftces de la nature, porte aus siens d'épints poignantes. , ^

A la vérité , la main«d*ttUTre af^Uquée mu faMfMs est renchérie par le prix des céréales. Hais le contaipoids de cet inconvénient se trouve largement dans Tcxtcnsion et dans la perfection des mécaniques. Grèoe à elles , le &bricant angkùs , occupant moins d'ouvriers ^ a pu soutenir pour eux les salaires à un taux suffisant; grice à elles en même temps , il a multiplié ses produits; et alors il a éprouvé Theureuse reaction de la richesse agricole. Lords, fermiers, ouvriers, ont^payé et consommé abondamment les produits de l'industrie. Excitée par de tels succès , Vinduttrie a redoublé encoi^. Chaque fabricant , aidé de ses machines , a océlipé nioinft d'ouvriers, il est vrai. Mais le nombre desftbriques s'est multiplié; et de conséquence en conséquencei par une action et réaction continuées et vivifiantes, se sont accrues d'un commun essor la masse des ouvrien ^ la nia&se des produits industriels, fai nasse des consommations agricoles et des consommateurs ruraux : tandis qu*à Torient de la Manche, les contre-sens françds jettent et la culture et l'industrie dans des angoises alternatives ou simultanées.

Heureuse 1* Angleterre , heureux le inonde entier, si l'Angleterre avait su ou pu s'arrêter en ses naUirelles limites ! Mais la richesse de la propriété anglaise a tellement favorisé Topulence et la population des professions industrielles et libérales , que la propriété consommatrice a senti qu elle ne pouvait suffire a celles-cL Elle en était débordée. Creuser à cette opulence progressive des canaux plus nombreux et plus larges , est devenu comme une nécessité de son administration. De là , en partie, cette politique constamment agressive, turbulente, usurpatrice; de là, des comptoirs dans tour le globe; de là , cet égoïsme national , tant de guerres iniques , tant de traités artificieux , tant de sang et de pleurs versés aujourd'hui en Amérique, en Portugal, en Espagne; car, du moment que les canaux regorgeront, le trop plein refluera vers sa source; et la propriété anglaise subira à son tour , subit déjà peut-être aujourd'hui, le choc du torrent des nouveaux riches qui se disputeront ses fragmens.

Spectacle étonnant que le sort contraire et peut-écr<? semblable de ces deux nations rivales! Celle qui devait fleurir par Tagriculture a méconnu sa destination et tend à périr de marasme. Celle qui , moins destinée aux faveurs de l'agriculture , a rompu par elle Téquilibre de Tindustrie et du commerce , s est trop enivrée de son bien-être et tend à périr de réplétion : tant la droite €^ juste raison entre excès contraires est difficile aux peuples comme aux individus !

A ce dernier sujet , rappelons en passant un mot de lord Bolingbroke : il exprime qu'il y a déjà plus d'un siècle r Angleterre éprouvait le besoin d'épancher, hors d'elle, à tout prix, le trop plein de l'opulence. Suivant cet

liomnic d'Etat, « la biasie de rintérét^n France était » pour F Angleterre une cause de guerre lé^time. »

Légitiniç en ce sens que la défense de la vie est un droit naturel; que l'Angleterre est tenue , sous peine de la vie, de maîtriser exclusivement les canaux de la richesse, et que la baisse de l'intérêt, ouvi^antà la France accès dans ces canaux, devait à Tinstant provoquer l'agression de l'Angleterre.

Mais rassurons-nous sur l'effet de cette maxime. La France y a pourvu avec une docilité admirable, avant et après la révolution. Jadis avec quelle grâce elle a su perdre , l'une après l'autre, ses vastes colonies depuis le Canada Jusqu'à l'Ile-de-France, et j'allais dire jusqu'à Alger j ruiner tous ses comptoirs en Orient ; bouleverser dans rindostan tout lés succès des Labourdonnais et des Dupleix ! Et à présent que l'Angleterre est encore senrée de plus près par la nécessité, les folies de la France ouvrent à la maxime de lord Bolingbroke une autre issue. C'est dans le grand art de ruiner son sol que la France veut exceller. Ses passe-temps se consument i f&txjer des jeux d'équilibre entre un large budget et la propriété foudroyée de lob fiscales , de réglemens insensés* Sa politique s'use à complaire à une nation qui la hait. Mais au fond, en rendant à la nature son invincible cours , qu'adviendra-t-il bientôt d'un état de choses ou le globe est obligé d'être b proie d'un peuple? et où de deux peuples voisins la vie de l'un est la mort de l'autre.'

Liiiara liUonkëê fontrétria, fiuHi^ê mulmâ ,

t àïx f hiatoii^ anoîennei tt Di^u tevîUe émxiu fjSn^

rayenir de Tun et de Tautre cette imprécatioii terriMe et trop souvent accomplie! Mais le présent et les fautes des deux parts n en pressent que trop encore Tesëcution terrible.

Chez les autres voisins de la France, les mœurs Ussent à la nature son cours plus libre et plus fiidle : on s*y applique moins aux tours de force ; et l'équilibre rationel entre la propriété et la richesse métaUique se maintient encore. Néanmoins, le déclin de l'un, Tascendant de Fautre , sont déjà sensibles. La tentation k laquelle si peu d*États résistent, celle des emprunts, celle d*avoir, aux dépens de la postérité, un bon nombre de gros millions sur le champ dispouîUes au prix de quelques petits millions à payer par année, commence à bouleverser les idées et les rapports. Voici qui est assez singulier ! On peut, en quelque sorte, personnifier la substitution d*une importance à 1 autre. Dans Tancien et hautain langage , on disait : < La maison {F Autriche; » et sous ce grand nom, que d'immenses rapports ! C'était , en quelque sorte , l'expression de l'empire romain ; c'était en représentation la plus grande image de la possession territoriale. Il est aujourd'hui peu de jours où Ion n'entende dire : « La maison Rotsehild » ; et Fattitude d'égal à égal entre les deux maisons, ne suffit mcnie plus. L*infériorité de la première se décèle par fois. Ecoutez le grand banquier de FEurope, en 1830 : n La maison d* Autriche, disait-il, veut la guerre ; mais » la maison Rotsehild ne la veut pas » : et la gueire ne s'est pas faite. Chose assez singulière encore ! Le chef des Rotsehild a été métamorphosé par le chef de la maison d'Autriche en baron allemand, en chambdlrin impérial. Le premier titre de la noblesse téoèJtt con-

féré à IIS hQWjff^ 4e religion jnîvd ei ^û.jpcohuiûia II orgenc l Cesi l'^Muamige-lig^ du 90I à Tqc» C'etf WV effiftymie «ubv^on de f ordre admis, éefvitk mU» ai|B cUiw la répitUi^e «bréûenoe , et de to«s Je» tempHi dans la hiàrarcUe dit idée», des rai^ et dei richeMI" U me semble ici qv'un rideau se soulève à mes yemu Une sorte de force intérieure me presse à porter pkis loin ks conséquences de cette obsenration. Le sol, e*eft le priaoipe e» quelque sorte religieux appliqué à Fordjoe matériel de la vie ; car c*est là où Thommis accomplît Tanathéaie qui l'oblige à « gaj^ier soa piôn par les > sueurs de soii front ^ Au contraira, Ipr, c#st \e prindpe judaïque : c est par hû que la nation juive aeeomplit lautre anathAma qui la ccmdamne à ne plus manier le soc béréditaire» U faut aum Juifs des moi|naies, des lettres de obauge , fagio, la aradit : moyens par lesquels la postérité du peuple déioida est cosmopolite, se conserve luaUéndile eatte les aulffas peuplas, et propage avec sa niee, sur tous les pointa dH globe, la sceau parfieiilîer dont elle est empreinte» Mn ees lieux aumières d'être, et sous tous les rapparia, YmténoÊtté vraie écbott aux Juifs ) ta supériorité appartient aux autres honunea; car, on la dit assaa» le sol asi la substanoa mâme ; les mélaw f!% la mdit nm acf^t que l'image ou la fiction. Mais voici qu'aux sîèolKi au noua sommes, l'ordre se renversa, el qiia le priicipe jndaiqne prévaut sur le priqaipt valigieiia« L'e# m le créfMt sont les idoles di» tanifs présenti 1^ aol M ust Tesdave { tt les gouvememens eiTrénés ou dévoyés ée précipitent dans cette voie invarfe. Je considère au k|in b dircolîon que ka nati ons pnainfftt an dépit dfs Ipis do la natnaa ; el f a la» daf aHfMM ffir W »f0IRi t «Mlle

agraire mise en exécution très réelle P Vastes et ténébreux sujets ! J'ai tftché d'y faire luire deux flambeaux , les faits et les raisonnemeos. Qu'on juge maintenant à leur sinistre clarté , si l'eut matériel et politique de la propriété foncière, base terrestre de la société française, mine principale où ce grand peuple doit rencontrer suivant les veines qu'il ysuit, soit l'abondance, soit la détresse, répond mieux que Féiat de la religion, mieux que l'éducation, mieux que llcstniction, aux lois d'brdre général qui déterminent la durée ou la perte des nations !

De l'agriculture montons 1 l'iDdustrie, puis au commerce; antres moteurs de la fortune privée, autres matières ardues, mais bien plus analogues que l'agriculture aux idées dominantes. C'est pour moi, je l'ai dit assez, remonter simplement de la racine aux branches; ce va être pour la plupart des lecteurs, (véridique et déplorable image!) sortir des flanav. creux etsotnbres de la terre pour revenir i la lumière habituelle du

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