‹ Mémoires secretsChapitre 9 sur 15 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DB LA raorailtTlt FOKClilB 8H FlAlfCB.

La propriété foncière en France est-elle inviolable?

En posant cette question , je me trompe, il me semble!

Disons mieux : y a-t-il en France une propriété foncière ? ou bien , le possesseur est-il propriétaire ?

Penn et ses quakers abandonnent TAngleterre, aboiv dent aux rivages de TAniérique du Nord , abattent dés bois vieux conmie le déluge, découvrent le sol, le défrichent, j édifient des maisons, s*unissent en corps de peuple pour protéger leurs familles et leurs champs contre les ennemis étrangers ou intérieurs : ces champs , ils les circonscrivent; ils marquent à chacun sa limite.

Suivant le plus ou moins d'habileté et de force attribuées par la nature à chaque cultivateur, sa pordon territoriale ou prospère ou se détériore.

Suivant le plus ou moins de constance dans la lignée des races, ces portions territoriales s échangent, se vendent, circulent; ou, si heureusement une idée religieuse s attache aux antiques manoirs, elles demeurent héréditairement possédées par les générations nées dés familles primitives.

En Aoiérique | cela s entend ; et malgré la rigidité ik

quakerisnie y malgré la sécheresse ou la jalousie du républicanisme , on y donne aii droit primitif et à la reconnaissance publique un sceau consécrateur. Cette contrée était sans nom ; Ton veut que la postérité sache à tout jamais qu'elle fut hérissée de forêts incultes à l'époque où Penn y porta lagrirulture comme Osiris en Egypte, comme Cecrops en Attique. Les quakers américains ne veulent pas nier qu'un nom puisse être une propriété glorieuse : ils ne vont pas voir dans un nom laggrégation insignifiante de quelques lettres de l'alphabet, ou le signe avilissant d'une féodalité odieuse. Deux idées simples s'unissent dans leur esprit, le bienfaiteur et les forêts : ils les réalisent ; ils nomment leur pays , en face de l'avenir, Pensjrlçanie : et, chose inouïe, après cent cinquante ans de durée répubUcaine, la république na pas substitué au nom de Penn le nom sonore de quelque rivière , équivalant aux noms d'Ain , de Doubs , de Lot, Sarthe ou Meurthe.

Et Guillaume Penn lui-même, tout quaker et chef de quakers qu'il est, tout pétri quil est d'idées républicaines, veut aussi immortaliser sa race en lui conférant le droit héréditaire de nommer le gouverneur de la république naissante : tant ces idées monstrueuses de famille et de noblesse ,ySont vivaccs dans les esprits même les plus forts ; esprits si dignes d'en extirper les épouvantables germes !

Mais voici maintenant un Français du jour, qui, délégué par des citoyens ou par des savnns, aborde à ces rives fortunées. Dira-t-il aux fils ou aux successeurs des premiers colons : De quel droit t-tcs-vous ici ? Vos pères vous ont transiLis ce sol : quel droit y avaient vos pères? AquelqtieS'Uns , l'usurpateur Penn le donnait pour rien :

à d autres îl donnait pour 500 francs mille acres. Hé bien ! soit; le prix d'achat, nous vous le rendrons. Mais non : pour 500 francs mille acres de terre! A 2 francs un acre de terre ! c'est folie. Il y eut de vous ou des vôtres , surprise y iniquité flagrante. Vous en avez trop joui : un an de jouissance vous a soldé : c'est bien assez; et Penn, après tout*, quel droit lui-même avait-il de vendre ou de donner? La terre appartenait aux sauvages indigènes : Penn a cru Tacheter d'eux par quelques morceaux d'étofle ou de verroterie. Qu*est cela ? et n'est-ce pas avoir trompé ces intércssans et bons sauvages? Retirez-vous; il est temps. A nous , le sol; à nous le fruit de l'habileté et des travaux de vos ancêtres.

Je ne sais trop de quel air l'aréopage de Pensylvanie entendrait ces harangues. Je ne sais pas davantage si à Philadelphie (cité, comme son nom le porte , vouée i la tendresse fraternelU) il existe des hospices tels que Charenton en France , et fiediam en Angleterre. Seulement je me permets de conjecturer : Taréopagiste pensylvain froncerait le sourcil, et le Charenton pensylvain s'ouvrirait pour donner asile au fraternel orateur des temps primitifs.

En France, il n'en est pas ainsi. Livres et journaux, savans et citoyens, écrivains et orateurs, attaquent depuis cinquante ans les droits des propriétaires, ou les sapent sous main , ou les heurtent de front ; et il ne s'est trouve ni aréopage pour juger, ni hospice de fous pour renfermer d'insensés et de coupables agresseurs.

Les savans d'abord, déployant sur la toile une fantasmagorie enluminée, ont ressuscité sous les yeux des spectateurs ahuris, deux immenses fantômes, les Francs et les Gaulois. Les Francs spoliateurs ! ce sont les pro-

priëtaires actuels et surtout les nobles. Les Gaulois spo« liés ! ce sont et le peuple et surtout les écrivains qui ont une plume et n*ont point de champs.

Voilà qui est entendu; et parmi les plus éloqucns proclamateurs du système, brille éminemment l'un des plus renommés professeurs d'histoire et des plus habiles ministres du plus grand propriétaire français, M. Gui- 20t, ministre de Louis-Philippe P'.

L'histoire véridique, un peu plus digne d'estime que l'histoire poétique, a bien ses réponses : car elle a les faits et abandonne à sa rivale les espaces de l'imagination.

Elle répond donc :

Les Francs conquirent sur les Romains le nord des Gaules, et, sauf très peu d'exceptions, ils ne se partagèrent en propriété que les terres qui constituaient le domaine public de l'empire romain.

Les Visigoths au Midi, les Bourguignons à l'Est, conquirent aussi sur les Romains les autres parties des Gaules, et opérèrent dans la même limite sur le sol conquis.

Quand la lutte entre le Nord et le Midi, entre les Francs et les Visigoths eut été tranchée à Vouillé par le cimeterre de l'heureux Qovis, la Gaule entière devint France; mais Clovis ne fut pas plus que les Visigoths , ravisseur des propriétés privées.

Que la Gaule, assujettie par lesRotnains, ait été affranchie de leufr joug par les Francs, et que le nom de Francs ait même été la racine étymologique du mot iiffranchir^ certes rien de plus légitime; rien qui à ce titre ifattache à leur nom une vive reconnaissance. •^Ilib £re qu'alors il n*y eut en France que deux

classei d*hoinfnes,Ies Tainqueurs et les vaincus , synonimes de libres et de serfs; les spoliateurs et les spoliés, sjnonimes de Francs et de Gaulois; voilà qui est d*un6 fausseté et d'une iniquité également monstrueuses.

Sans doute on continua de trouver sur le territoire franc des hommes libres et des serfs; car les Romaine domiciliés avaient, chacun en son manoir, des troupes d*esclayes. Cet usage domestique, ce droit de la guerre^ ils les tiraient de Rome où tel magnanime républicain, sans excepter le vertueuâc Caton , possédait en Sa maison . jusques à quatre mille esclaves dont il usait à son libre arbitre. Le Franc, le barbare^ n*empléta pas sur [cettô propriété du Romain , son nouveau compatriote dans les Gaules. Il laissa les serfs au maître. Quand il en adopta Vusage, il ne fit qu'imiter un exemple; et quand b servitude , usitée danS tout le monde a|ors connu , s*adoucit eé'ènfin s'amortit, ce fut l'effet combiné des mœurs et des lois franques épurées aux rayons libérateurs des institutions chrétienne^.

Il y eut donc en Fratice, dès les premiers temps dé la monarchie, trois classes d'hommes libres , trois classes identiques de libres propriétaires. Cétalent P les habitans d'origine purement gauloise ; 2^ 1^ habitans d'ori* gine romaine ou titrés dé citoyens romains ; 3^ lés hommes d'origine septentrionale, soit Francs soit Visîgoths : n'importait leur race première.

Ainsi Gaulois et Romains , Visigoths et Francs vivaient ensemble, distincts, mais paisibles, mais libres en leurs possessions. Chacun avait sa loi civile ; mais tous vivaient sous l'empire de lois qui reconnaissaient et protégeaient la propriété privée : et même insensiblement la loi romaine prévalut comme plus nette et plus tutélaire.

Cet ordre intérieur subsista quatre cents ans après la conquête de Clovis , et ne changea qu à Tépoque où Charles-le-Chauve établit la féodalité. Il changea y dis-je, mais il ne fut pas renversé ; et la féodalité , ce thème étemel de conter subversifs, d'iniques sophismes et d'injures déclamatoires , ne fut qu une hiérarchie fondée pour donner au faible le droit d être protégé , pour imposer au fort le droit de défendre le faible. De degré en degré, chacun donna sa foi; de là vint le nom^ fides data : féodalité; et chacun fut et protégé et protecteur : protégé par la force supérieure y protecteur de la faiblesse inférieure : d ailleurs voués Tun et lautre , corps et biens, à la défense de la patrie commune : et comme ce vœu d'immolation à la patrie a été accompli pendant une durée de mille ans ! !

Prenez du régime féodal telle opinion qu'il vous plaira : qu'il ait produit plus de mal que dç. bien , ou vice versa , n'importe. Il n'altéra pas le droit des propriétés privées ; je veux dire : il n'en disposa pas arbitrairement ; et quand il y eut des spoliations légales, elles frappèrent ordinairement les possesseurs les plus élevés en dignité , en puissance. Elles étaient d^ailleurs légitimées en principe par la loi féodale elle-même. Les spoliés avaient d*avance et accepté et imposé les conditions sous lesquelles , désormais , la transmission héréditaire de^ biens était ou garantie ou révoquée. Fidélité ou infidélité, service ou félonie, loi observée ou enfreinte, tel était le sceau dont chaque terre fut marquée, libre, en conséquence , à tout propriétaire de régler sa fortune : à chacun l'option d'agir de manière , ou à livrer ses biens au suzerain juge de sa félonie, ou de les transmettre à sa famille héritière de ses loyaux ser-»

TÎces: le principe était juste et légal : loyauté dérivait de loi.

En tout cela concoururent et Gaulois et Francs et Romains. '

Et il y a plus et mieux encore. Non seulement la H-* berté civile, mais la liberté politique fut confirmée, dans le Midi surtout , en faveur de plusieurs cités grandes et petites. Elles continuèrent de vivre suivant leurs lois anciennes, de nommer leurs magistrats, de régir leurs intérêts, de les défendre même en levant des troupes que les magistrats commandaient. Là surtout la liberté se maintint dans sa vigueur ancienne. Elle céda peu de terrain au régime féodal ; elle osa , sans crainte, marcher près des ducs et des comtes, suzerains' de vastes états , et suzerains non moins bienfaisana que belliqueux. Elle fut par eux reconnue, honorée, agrandie. Or, quelle race habita de préférence les libres cités ? Peu de Francs ou de Visigoths a*j établirent : leurs foyers furent ou dans le château ou sous la tente. Agriculture ou guerre, tel fut leur lot en général, k moins que le suzerain ne les appelât spécialement à Texercice de son pouvoir civil. Les cités libres étaient donc peuplées de Gaulois et de Romains. Cest aux Romains que la Gaule avait dû, jadis principalement la connaissance et le goftt du régime municipal. Ils y accoutumèrent les Gaulois, Sénat, consuls, édiles, on avait fait luire en chaque ville comme un reflet de Home. Ces villes florissaient ainsi, quand les Goths et les Francs arrivèrent. I^e chef goth ou franc prit pour sa part le pouvoir qu'exerçait le proconsul romain. Quelquefois même, dans les anciens actes, le nom de proconsul est donné au comte ou vicomte suzerain de

4, v.vimre«w On troute ainsi le vicomte de Bevers qua* 'lue de proconsul même dans le xii^ siècle, c*est-à^ire ytus de sept siècles après la chute de la puissance romaine. * Ces dénominations , restes du peuple-roi , rap* pdaient la dignité du commandement* Mais le fond des libertés communes et les formes municipales s'allièrent dans les villes au droit féodal* Elles jouirent de la sécurité^ sous le bouclier du souverain ou du suzerain I de la liberté sous Tégide de leurs propres lois : en sorte que les Romains et les Gaulois, non moins protégés par le droit féodal que les Francs et les Goths, mais moins assujettis à la charge du service militaire, usaient de la vie à leur gré, plus heureux, plus tranquilles, et réellement plus libres que leurs vainqueurs, parlons nettement, que les vainqueurs de Bome et les libérateurs des Gaules.

Ainsi s'exprime au sujet des Francs et des Gaulob rhistoire véridique. L*on conçoit qu'un choc de quatorze cents ans entre deux peuples domiciliés sur le même sol , commencé à Pharamond, terminé à Louis xvi, pAt être un assez riche sujet de roman ou de poème épique. Peut-être il serait mieux aux Pindares modernes de ne dédier en prose ou en vers que de simples dithyrambes aux héros de leur choix, Vercingintorix ^ Artevell^ ou les Jacques de Picardie, Une épopée, c'est chose bien longue. Le dithyrambe est au moins court. Mais Thistoire ! juste ciel ! faire de Thistoire un code de vol , un code de meurtre ! Ah ! sitôt qu'on l'écrit, et qui plus est, qu'on la professe, plus d'inven* tîon , plus de passions. Que le flambeau de la vérité

* HUlair« de Lasgocdoc , ton. 11 , pag. 59S.

luise leul à tra?er8 le cMdele des Ages; et li, où d*ac* cord avec la nature du coaur humain , elle vous montre en un peuple les causes de trouble communes à tous les peuples, telles que ces inimitiés accidentelles du faible contre le puissant, du plébéien contre le patrideii, du pauvre contre le riche , du débiteur contre le créan* cier, de Taspilant aux emplois contre le titulaire viager ou héréditaire des emplois, etc. : n allez pas scinder ce peuple en deux nations autorisées par un droit pri« niordial à sachamer Tune sur l'autre, jusqu'à exter-* minadon du petit nombre par le grand nombre, au gré des étranges principes de la justice arithmétique.

Des erreurs en calcul sont aisément réparables. Newton lui-même en a pu commettre : elles ne règlent point les compte^. Mais Terreur dans V histoire de son pays en*seignée à une jeunesse ambitieuse, hargneuse, sophistique, ne compte que trop : et quand un système tranv forme la lumière du savoir en brandon brûlant , quand elle investit d un droit mensonger la persécution et le pillage, quand elle évoque de labîme des siècles et de la poussière des tombeaux , Tinique vengeance, la guerre intestine, la loi agraire, Toppression révolutionnaire, il n'y a plus méprise; il y a crime : crime dont il faut ré*pondre devant sa conscience , si le remords y peut encore poindre; devant sa patrie, si la France doit survivre à tant de déceptions fatales ; devant Dieu enfin , quoi quil arrive ici-bas. Dieu auteur et protecteur de

toute vérité.

Il ne faudrait point alléguer qu'un tel système, en^^ fermé dans quelques livres ou dans quelques écoles de Paris, a dû y naître et y mourir. Ce fut naguère et peut-être est-ce encore un des leviers du nivelage. Q

La dégénëration du savoir par le tophisme fut sans doute aussi une des causes de la décadence des Romains. Néanmoins aux yeux des jeunes Romains rkW» toire antique de leur patrie fut respectée; et quand les plébéiens prétendirent et réussirent à envahir le sénat , ils alléguèrent la force, dogme incontestable. Mais s*éleva-t-il un rhéteur pour réclamer les droits des Albains aux dépens des Romains? D*un coté, les violences de Tullus-Hostilius,' de l'autre, le désespoir des Albains incorporés dans un autre peuple, c'était là matière à un excellent draràe. Un Tite-Live aurait eu beau jeu à se faire lorateur des Albains , les Albains à réclamer leur territoire. Du moins y aurait-il eu par les faits une apparence de vérité. Ni Albains ni rhéteurs n*y pensèrent. Quel donnage ! Et combien Vart est-il plus habile en France, où, sans ombre de vérité, les Francs sont peints dépouillant un à un les Gaulois, et les Gaulois sont investis du droit plus que millénaire de ravir aux Francs les dépouilles opimes !

Au surplus, une autre réponse de fait se présente aux paradoxes historiques s armant du mensonge pour autoriser le vol. Cestque, par vol ou par malheur, par justice ou par iniquité, les restitutions du territoire Gaulois sont depuis long-temps opérées. Les confiscations, les vicissitudes, cette roue de fortune qui va et vient sans cesse, les achats et les ventes, mille causes, ont jeté dans la circulation générale cliaque parcelle du sol envié. A cet égard tout est <K>nsommé. Où sont les familles qui ont conservé leur berceau.^ Peu subsistaient en 1789. La révolution a hâté le torrent des âges.. Elle a presque tout déraciné, morcelé, dispersé : et

même elle exagère, quand bon lui semble, le nombre,

àê ses ruines. A l'entendre parfois, il vfy a plus de ces Fianos, plus de races premières, plus de noblesse primitive. CTest au gré ou de sa fureur ou de son orgueil qu'dle règle Thistoire. Sa voracité a-t-elle besoin d'une proie? elle traîne les nobles à ses sanglans festins. Est-ce d'un feint mépris que son orgueil a besoin f il n'y a plus d'anciens nobles. M*** de Staël a écrit quelque part qu*à peine en restait4l cent cinquante fismilles : nombre qu'elle avait sans doute parfaitement calculé en Suisse ou en Suède où l'on connaît si bien les races bretonnes ou dauphinoises ! J'ai entendu soutenir le même paradoxe à Fabbé de Montesquieu , issu pourtant de ces vieilles races, et fort glorieux , fort hautain de la sienne. Mais, esprit à la mode, il fallait bien s'exprimer ainsi. Ministre du roi Bourbon , déprimer les soudens naturels des Bourbons était d'une convenance bien plus impérieuse encore. OoUaborateur à la charte de 1814 , il était bon de mArir de loin l'idée que la noblesse française était dans la chambre des p^rs, que hors les pairs il n'y avait plus, il y avait \Aen peu , si peu de raees nobles! J^ loi récitai à l'instant dnquante noms extraits de Toulouse seulement. Il subit le pénible aveu d'une étrange erreur.

Et, s'il fallait répliquer d'autre manière aux Acres propagateurs des envieux paradoxes, je leur dirais: les conquérans des Gaules dont vous déprécies ou epprimex les races, formaient suivant vous-mêmes un peuple nombreux, valeureux, puissant : nombreux, puisqu'il couvrit les Gaules; valeureux, puisqu'il abattit Gaulois et Romains; puissant et riche, puisqu'à vous entendre il disposa pour lui seul du territoire emier. Et ttu tel peuple est tout péri ! La guerre était son eeulflié^

lier I tt U guerre Ta tout dévore ! Ah ! honneur donc à son extrême et héréditaire vaillance! Et pourquoi la déployart41 sur tant d# champs de bataille ? ce fut pour combattre le Musulman, T Anglais, l'Allemand; ce Ait pour cimenter de flots de son sang le vaste édifice du royaume de France : Honneur donc à sa mémoire ! honneur et respect à ses généreux restes !

C'est plus tard que j'aurai à relever la Noblesse fran* çaise de la dégradation où la tiennent les préjugés et les sophismes etëès propres Êdblesses. Restreint pour le moment à la question de la propriété foncière, je m'arrête à dire que les fractions du sol français ont mille fois changé de possesseurs; qu'à mille égards la possession du propriétaire actuel, fruit de ses écus ou de ses labeurs, est légitime; qu en conséquence Vérudition in-> cendiaire et l'imagination révoludonnaire doivent allu* mer leurs flambeaux de furie à des objets moins futiles»

« Le droit naturel ! le droit naturel ! » crient alors d'une commune voix, auteurs, orateurs, amateurs! « Le soleil » est à tous ; que la terre soit à tous. Jouissons à notre » tour de ce riche sol que la nature diversifie, féconde , » embellit, qui donnerait à la jeune France trop indi- » gente Theureux moyen de mettre au jour tant de ta* • lens et de créer tant de chefs-d'œuvre. »

On a vu quel accueil un délégué de ces doctrines re* cevrait de son frère aîné en niveiage, le quaker américain. Elles pourraient bien un jour n'être pas inefficaces sur un radical anglais, puis sur un penseur germain , et à la longue sur un marchand moscovite. Mais là elles sommeillent encore. En France, au contraire, elles ont reçu l'éveil; éveil formidable. A deux époques la révolution ofMt au peuple non plus seulement les sa«

▼antes doctrines^ mais Tappât réel et doré du brigan* dage légal.

La première est celle où fut proposé et rendu le droit qui expulsait de France tous les nobles, confisquait leurs . biens, leur accordait en échange une pacotille de draps et de cuirs de fabrique française. Ce baroque remueménage fut bien solennellement ordonné. Cétait, je crois, en 1 797. Boulay, député de la Meurthe, fut le rapporteur du bénin décret; il y mit de la verve. Je ne me rappelle pas trop quel rôle y jouait le souvenir des bons Gaulob et des terribles Francs : il devait y figurer in ex* tenso. Le dithyrambe du député Boulay qui, plus tard, se nobilisa jusqu'à accepter, en vile prose, le titre de Comte, eut, pendantdeux jours, un assez bel effet. Ou alla aux voix; on s'assit, on se leva, et un large vote travestit Tode en loi. Le spectacle fut donné de tous les nobles français sans patrie, sans propriété, suspendus entre le ciel et Teau : et déjà les anxiétés de naître, les créanciers de s'émouvoir. L'éloquence hardie et vertueuse d'un autre député, M. Sers (nom et action que je rappelle impatiemment de l'oubli où les ensevelit aussitôt 1 ingratitude publique), mit un terme aux an* goisses. La phrénésie des tribuns avait rendu le décret : il fut révoqué par la pudeur publique et par l'intérêt social.

La seconde époque est celle de juillet 1830. La po* pulace ne prend pas d'assaut les canons de l'armée, les palais des rois, un trône qu'elle ôte et qu'elle donne; ne maîtrise pas simultanément toutes les cités du royaume; . ne professe pas en dogme la souveraineté populaire ^ sans traduire ces hauts faits et gestes par une expression-, plus simple : droit au pillage des propriétés.

En ces deux tempêtes, le sable qui bouillonne au fond de rOcéan a été un instant mis à nu. J*ai observé de près le paysan des campagnes et Vartisan des villes : sur leurs visages j*ai scruté et lu leurs âmes. Parmi des hommes jusqu'alors probes et doux et modérés, un sombre et sinistre silence. Chez ceux dont la probité était moins rigide et Tâge plus inflammable, des physionomies bouleversées. Chez ceux, enfin, dont les passions étaient ardentes ou la misère urgente, des regards à la lettre flamboyans. Chez le bourgeois, lutte intérieure entre la joie d abattre suprà et la crainte d*étre abattu infrhy mais lutte où, même chez Thomme habituellement bon , la joie du mal d*autrui tressaillait d*aise. Oh ! qu'est tout homme en qui le frein de la foi religieuse se brise ou se relâche! et quelle puissance , pour briser le frein , que Vinfemal alliage de ces démons appelés la eupidité et Tenvie !

A cette double époque, l'appUcation populaire du prindpe aux voies de fait fut contenue, non par le sen* dment de l'équité, mais par l'instinct d'autres intérêts personnels et dominans ; savoir : à la crise de Boulay, en 1 797, par les sollicitudes des créanciers et par la répugnance des ouvriers moins dépravés alors qu'aujourd'hui; à la crise de juillet 1830, par la bourgeoisie ar* niée sous le nom de garde nationale, qui, absorbaoït la victoire à son seul bénéfice, écarta les chiens voraces de la curée encore pantelante et des propriétés bourgeoises non moins appétissantes.

Non pourtant que juillet 1830 n'ait vu des attentats sur les personnes et sur les biens. Qui ne se rappelle à Narbonne le meurtre de l'infortuné marquis de Gléon et de son fils assassinés l'un sur Tautre par les paysans de

leur comminie pour un fdit de propriëté, meurtre cité devant les tribunaux, et, qui le croirait? impuni, ac- ^itté ! Dans le pays de montaghes, avec quelle furie le peuple se précipita sur les usifies et sur lés forets, incendiant les forges, abattant les forêts, d'appropriant, sous le titre de âommunàuxy tous les terrains qui lui paraissaient bons à prendre , poursuivant à outrance les propriétaires qui en jouissaient ! Près de Paris, dans les palais du roi, le pillage s'opéra plus poliment, mais non moins rationtiellement : Oh! il faut bien que paille j)rmdre oh ilya^ disait à Saiht-Clôud, le 28 juillet, un ouvrier de la cour, payant ainsi de principe et d*exemple. Mais les attentats ftireiit courts et rares. Le gouvernement éclos en juillet fut à cet égard prompt et habile. Que justice lui soit faite \ il musela bien vite ses âpres auxiliaires. L'anarchie dévorante fut par lui surprise et étouffée* En lui rendant justice, je lui rends pour moimême, alors violemttient arrêté, des actions ae grâces : et tous sans doute , ainsi que feus Ilionneur de le d^ clarer le 6 août (tnémorabte époque) au prince qui n*était encore que duc d'Orléans, tous nous aurions secondé et dû seconder le premier et le plus grand propriétaire du sol français; tous, en ce grand naufrage, nous aurions saisi et suivi Tunique planche de salut, ai le flot l'eût poussée vers le port, si hélas! le lendemain 7, un prince digne d'un conseil meilleur passa le Kubicon , sous les auspices de la souveraineté populaire!

Qu'ârrivâ-t-il après la première crise ? que doît41 ad venir après la seconde?

L'impression de la première s'effaça vite, A M. Boulay, dit dé la Meurthe , Auccéda un conquérant d'une

autre itëihpBj Nàpôlëôti. éJè M ûétrtftiè j^Aiirâittme que Fanarchie, » &'À;na-t-ll; et, toùTtantlaëoutté àtouslc* droits , il réprima ou dëtout*na \éi pasnotiS infimes , rendît hommage au principe de propriété : et, sous sa rude administration , l*agrictilture fut opprimée comme tout le resté, mais non écrasée , non bouleversée.

De la seconde où nous sommes, qu'adtrlendra-t-il tôt ou tard ?

J*examine le principe et lé fait.

En principe, ta spoliation est légalisée par laxiôme tout-puissant de la souveraineté populaire, qui, né reconnaissant d*âtitre droii que la forcé, d'autre règte que la majorité deà notnbres, petit ëfivaliir tout A te inondé acquiert la force, tout depuis lé ttèné Jusqu'à la cabane.

En fait, troiâ fractlôfiâ divlsétiila nattôli française; on les carractétifte par trois trtdts phyéiqUèS : dMtê, milieu , gauche. Adoptons ces mots pour être compris.

La droite est convoitée; la gauche convoite.

A la droite e$i la possession ; A la gauclie un désir effréné dé possession, d'usurpation, dé jouissances : désir à assouvir, dAt le g(obe terrestre 4tré ébtânié de fond en comble.

Le miUéu flotte de Tun à l'autre. ^

Sî le Milieu déchaîne Tésprit de déprédation, lui-méitie deviendra portion du butin : car telle a été dqà la mobilité des richesses foncières, qu*en cinquante ans, dans les quinze années dernières surtout, la bourgeoisie a mis en sa possession une partie notable du sol français; et %e^ prés, ses champs, ses vignes, ses châteaux même (elle est châtelaine en beaucoup de lieux) n offriront pas aux afTatnés un attrait moins tentateur que les châteaux, vignes et prés des prétendus Francs primitifs*

D autre part, si le Milieu joint ses forces actives aux maximes essentielles de la droite , il répudie son principe populaire : et, bien qu*il y ait loin parfois de b logique du sabre à la logique de la raison , celle-ci pourrait ou annuler Tautre ou même Fentraîner, par la voie rectiligne des conséquences , jusquau point du départ, au point culminant et ardu de la monarchie française , la possession héréditaire du trône.

En quel bassin de la balance la Providence jettera-telle le poids décbif des causes secondes que Tavenir recèle?

A scinder la nation française en deux bandes, celle des villes et celle des campagnes, on pourrait dire que rintérêt propre incline les villes de tout ordre vers l'esprit de propriété et conséquemment de conservation. Là sont les fortunes récentes, les nouveaux possesseurs du territoire cultivé. Ces bourgeois dotés maintenant en domaines territoriaux ne voient-ils pas rugir à leurs pieds leurs anciens égaux? La jalousie qui les animait contre leurs supérieurs, ils Tinspirent graduellement à leurs inférieurs. Mais, étrange contradiction! en gour> mandant celle-ci, ils n abjurent pas celle-là; ils envient et ils se pleignent d'être enviés ! En leur cœur fasciné , Forgueil est aux prises avec Tintérét : de sorte qu'on peut considérer la bourgeoisie florissante dans nos grandes et petites villes comme anti-révolutionnaire par intérêt, mais révolutionnaire par orgueil , incorrigible par or* gueil : et n'avez-vous pas vu comme en ces cœurs malades Torgueil, disons mieux, la vanité prévaut surTintérèt? N*avez-vous pas vu combien Topulent banquier M. Laffitte a sacrifié de millions à une telle fantaisie? A quoi? à qui ? à quell!; fusée?

U serait donc à craindre que l'esprit c<»iservateur, même appuyé d*intérét8 nouveaux, ne subjuguât pas dans les TiHesTesprit déprédateur.

Dans les campagnes , Forgueil a bien aussi sa brutale énergie. J*en ai déjà esquissé quelques traits, et id n'est plus le contre-poids de l'intérêt; il est au contraire précipité vers Vassouvissement de ses appétits spoliateurs par l'exemple actuel et poignant de la spoliation la plus complète à peu près qu'ait vue l'histoire.

{ U y a vingt-un ans : Louis xviu reprend possession t de son trône légitime; et, restreignant tous les droits a ce trône qui n'en est que le garant, balottant à son gré de droite à gauche toute légitimité morale et matérielle j il sanctionne d*un trait de plume la transfusion violeflument opérée en son absence des propriétés territoriales.

Ces propriétés, comment avaient-elles été perdues? comment acquises ?

La perte était causée parle malheur d'avoir obéi à ses propres ordres , lorsque , réfugié à Coblentz , il y manda pour guerroyer sous sa bannière toute la Noblesse française.

L'acquisition n'était pas moins tachée à sa source. Je ne mentionne que la différence du prix intrinsèque an prix donné. Un paysan avait cent écus; il les échangeait contre des feuilles de papier nommées assignats^ wax lesquelles étaient gravés en beaux caractères ces mots magiques : valeur^ dix mille Jrcuics. Pour ces feuilles légères, on lui donnait un domaine valant dix mille francs effectifs, confisqué sur Témigrant. U entrait dans ce domaine, y trouvait un attelage de bœufs, le vendait au marché voisin pour dix mille francs en papier : son achat devenait tout af&ancbi } tout liquidé. Le donnine

Udcptts Âoldsit p9Lt déut toufs M (>r6pr« acquisition ; et de cette opération êôrtait, grâce an don fait du bien d*aatrui par 1 autorité publique, un paysan, hier simple ouvrier, aujourd'hui tranéfolmé d*uh cliii-d*œil en propriétaire bien logé, bien nourri^ relatirement riche.

Sur tous les points du toyaumé, ces faits étaient flagrans : ils avaient amené dans leè propriétés foncières tine vaste subtëfsion de droite , dé rapports, de situations respectives. On fiè (^ôuVàii lès justifier par le droit âe conquête, td qu^ celui dont usèi'ent les Hébreux en C^aàn , GuilIauiUe de Normandie €*n Angleterre. Tout '■àVt ]^s pouvait-on leur comparer les dépossessions ordonnées par Auguste dans la Haute-Italie, par Henri ii MGrohtwell en Irlande; et celles-ci fd^ent d'Une iiitenéité bien moindre qUé \té tnm^tfhissionâ de territoire îfri|>roviàées en Fraiiee d*iiite fnàih à Fâutre, sans frais comme sans gloire.

Amsi avaient cotMtné disparu §6us les flots les im« menses et itmdmbrableè domainéè fonciers qui implantaient, jusqu^au cœur de la monarthie, le clergé et là noblesse.

Botiàpârte avait cicafrlté la plaie du elèrgé. Le Souverain Pontife avaât sanctloiiné au iioiH du clergé fraiiçais lès aliénations ecdé^astiqùes; lé èlétgé avait i^tifié le contrat , et rsltifié dé A bonue foi , qù*entre mes nudhs sont les décisions de dettt afcbeVéques fort opposés en toutes choses aux idééè nouvelleè. « Nos biens, y disént- OSySont entrés dan^ la citculàtion ; et répugner par conscience à les acquérir, c'èàt se faire une fausse cMiscience. »

Restait la plaie plus grave de Fémigratioil.

Qu'avait à ftbe Louis tvnt ? Se tdire tfabdrd. Sdft

silence eut été compris. Il ti*éiait pas rentré subissant lâ loi des révolutionnaires ; il pouvait la leur imposer ail contraire, du haut des débris de ce trône impérial que l'Europe armée venait d abattre. Etonnes , déconceHés , ils se seraient pressés dans la voie dés transactions vo^ lontaires et pacifiques. C'était le cri de la tlature , le cri de la justice , le cri de lâ sagesse : et, ^tisfaction aisemèilt donnée par lëmigrant aul droits dd posse^etlr tiéû^ veau , le pied de Tancien |}rdpriètairepôsé Sur le nianôit paternel aurait rafl^rmi au loin léS basés ébranlée» ié la propriété foncière.

Fallait-il des itiesures plus eTplicitè^ P Ne potlvaît-ôti faire alors ce qu on a fait si tard ensuite ? Et en même temps, pour rendre à la propriété son caractère sacré, indemniser plutôt TacquéreUr tibuveâu que le ptbprië*taire ancien ? A mon âtls ces deul dilposîtion^ étâleià possibles: intelligence, habileté, célérité, en étaieht leà conditions. L'indemnité ultérietifc a été fictivement dSïû milliard, réellement dés troi^ cinquièmes de cette somme. Une somme bieh moindre eût été heees^l*e |>oU^ Indemniser Facquéréuh Tou^ àf aient lotig-tcmps Vu dtAà leurs nouveaux biens un simple li^ii^it, dans leur jouissance une ferme temporaire. Ëonâpàfte avait Torfl sur ces dons gratuits dé la République : ilâ léè aurctit Remaniés pour le compte de ses propres finance^ ; Faequ^ reur s'y attendait, et il aurait obtempéré sans mot Are. L'attelage de bœufs était trop sur sa couseierice, ti^o^ dans la mémoire de ses voisins. Pris i temps par Lodis XVIII , il aurait cédé dé meilleure grâce encore au droit originel. Pour Yj résoudre sans effort , qu'étaient dix oU quinze millions de rente inscrits de plus sur le livre de la dette publique d'où lè^ banqueroutes révôladon-

naires avaient, à cette époque, arraché tant de pages? Quelles étaient légères en 1814 les dettes des finances françaises!

Désintéresser les acquéreurs, repousser Bonaparte de nos rivages: c'étaient là deux points éraiuens et comme identiques de la première restauration. Elle y songea peu ; les petits jeux de la tribune absorbaient roi et ministres. Un moment perdu, tout fut perdu. Les possesseurs se rallièrent sous le drapeau même des promesses royales, pour renverser le roi. Bonaparte revint et ils triomphèrent. Ce retour de Bonaparte en 1815, par ses conséquences incalculables en finances, en ordre public, en puissance extérieure, par tout ce qu*il a coûté, coûte et coûtera au royaume, est probablement la plus grande fiiute que Thistoire de France puisse imputer à un roi de France. Que n'eût-on pas fiût pour Tordre en tout genre, seulement avec le milliard pesamment soldé aux puissances étrangères !

Mais alors même, en 1815, après la seconde chute de Napoléon, Louis xviii ne retrouvai^il pas son trône placé de nouveau sur une table rase? Sa force était atténuée; mais sa politique était mieux avertie; il devait mieux voir où étaient amis et ennemis; il devait mieux s'apercevoir que la main-de-justice est un des attributs de sa couronne.

Le roi pouvait alors commander. S'il ne voulait commander, il pouvait concilier ; s'il ne voulait concilier, au moins fallait-il obtenir de l'ancien possesseur en faveur du nouveau un titre quelconque , une adhésion explicite; et il le pouvait. Que les anciens propriétaires eussent été convoqués en états-généraux, même en états-provinciaux , même en simples commissions ;

par des hommes grates , intègres et notoirement dignes de la confiance des victimes. L'enthousiasme dans ce mo« moment enflammait les vainqueurs ; la peur confondait les vaincus relaps. De part et d*autre aucun sacrifice ne pe-> sait aux volontés; et il est probable que la plupart das propriétaires confisqués ou des possesseurs à titre à pes près gratuit auraient scellé de leur adhésion écrite IV bandon sollicité, en échange de sonunes légères que le fisc aurait eu bientôt repompées par la plus-value dea domaines rendus à la circulation. La valeur vénale de ces domaines aurait augmenté au moins d'un tiers y même proportion aurait ao^ru les droits fiscaux sur les ventes; et le nombre des ventes se quadruplant désor^ mais par la levée de Vobstade que respectait encore la morale publique , il est sensible que le trésor comme la monarchie auraient fait un bon marché dans ce dep» nier sacrifice, imposé^de fait à la générosité, mais en apparence négocié, de gré i gré, avec les premières vietimes de la révolution.

Par ces transactions, le titre auquel les propriété foncières sont transmissibles, n eût pas été mis en lam* beaux; il aurait, au contraire, été scellé d'un sceau récognitif et itérativement conservateur.

Nullement : la politique mit l'équité hors ligne, le droit de propriété hors de cour. Elle se rappetissa daw, des calculs numériques sur la quotité des contens et. des mécontens , sur la force d'un levier qui, de l'une ou de l'autre manière, demeurerait aux mains du gou-. vemement constitutionnel pour mettre en oeuvre sa lourde et criarde machine. On écarta la justice qui. dure; on lui substitua le mécanisme qui s'use. La mî»; nute où Von vivait parut l'éternité. ,

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L'on a d'ailleurs trop va combieo pat Lsws xrm était convaincu des droits d'aotmi. Il oonocntraît dans le trône toute possession légitime, toute Ugitmàé : et c'est ainsi que dès son avènement en I8I49 dans won premier acte, le monarque , source et princqM de la magistrature, interdisais à ses magistrats toute oonnaîs* sance de faits survenans entre les dépossédés et les dé* possesseurs. Protection aux premiers, compression des derniers, telle Ait sa loi première; (en afi^quant au mot loi l'acception sacrilège de la volonté humaine) \ et elle prévint en 1814 les vœua et la foi des possesseurs nouveaux. W'

Dix ans plus tard 9 une indemnité en rentes est venue consoler les anciens propriétaires , si non tous, du moins ceux du Nord et les situations privilégiées. Bien que ce grand acte grevât l'innocent comme le coupable , il Ibt sage et salutaire. Il a remis le niveau entre les propriétés d'origines diverses ; il a rétabli la paix entre leâ propriétaires concurrens; il a rendu presque au fisc en droits éventuels les fonds qu'il lui prenait en rentes. Biais il n*a pas raffermi le titre originel des propriétés agraires. Qu'il y ait eu dans les premiers titulaires, soumission à la nécessité ou adhésion à un mode condliatoire, il n'en subsiste pas moins en résultat général que la pierre angulaire de Tordre social n'a pas été rétablie sur sa base profonde, rinviolabilité.

Qu'elle opinion avaient du droit de propriété fon* cière les peuples païens? Ils le divinisaient. C'était le dieu Terme. Assis sur la borne sacrée, il protégeait tout héritage. Nul autre que le propriétaire n'eût osé comhiettre le sacrilège d'une transposition. Qu eût donc jugé ' ce dieu Terme s'il eût vu transposer jus^'au' droite*

Ifl

trinsèque dé la naê pvopriM? Qa*«A»4l jngéy s^il eAt TU l'empereur Auguste en sa toute puissance transporter en don les champs des soldats de Oéan aux levons de Pompée? Minerre, lliémis, et Iqiy qu'aun&entils prononcé du haut de TOI jrape ?

Deux observations incidentelles conviennent ici.

Uune, en deux mots, concerne robsérrateur lui«méme. Dans le monde , il semble quVin ne puisse Aire équitable sans être intéressé. Aux raisonnemens qui pres^ sent trop l'opinion contraire, on oppose Molière^ et Ton croit avoir fini en disant comme lui : f^ous êtes ùrfh" vr€. Non ; sur ce texte délicat de propriétés territoriales déplacées ou compensées , je n ai persoAndlement ni réclamation à exprimer ni regret à ressentir.

L'autre observation se rapporte au sujet qui m'o^*cupe. Que tels ou tek soient vrais propriétaires de têts ou tels biens, ma question n'est point là. République, Empire, Restauration, un laps de quarante ans l'ont ou tranchée ou dénouée. La transfusion est consommée. C'est dans les conséquences actuelies et futures d*un fait si vaste que je pose ici la question. Pour me servir d'un terme logique, je l'examine , non h prhri , mais a posteriori.

Ces conséquences, appliquons-les, suivant que mon sujet m*y porte , à la propriété foncière dans son élat présent, à la cukure de cette propriété, à Faction de Fagnculture sur le progrès ou sur le déclin de l'Etat français.

Voici donc un pajsan seul et pensif à son foyer. Il se dit : mon père et son frère étaient tous deux de bons laboureurs. A l'époque ou se vendirent les biens du' chftteav en ce village, mon père eut du scrupule, ir n'acquit rien; son frère passa outre, et il acquit pout'

rien et le château et les domaines. Tous deux ont parié devant Dieu leur conscience. Mais moi, je laboure encore ; et le fils de mon oncle haUte le château pendan t que d*aa« très labourent pour lui. Ses enfans sont au collée; ils vont devenir avocats, électeurs, législateurs; les nnena seront-ils donc voués par le scrupule de leur aïeul, à labourer toujours?

Qui va répondre à cet homme bourrelé par le spectacle des justices humaines?

Ah ! Je sens arriver sous ma plume ce fameux mouvement oratoire de Jean-Jacques Rousseau : « La ams- 9 ciencc s^iteve et murmure contre Pautear de la jus» » iice. EUe lui crie en gémissant : tu m^as trompê^^'-^ 9 Je t*ai trompé , téméraire! et qui te Va dit? » Répond , non certes pas le jusie juge , mais Fanimosité jalouse et avide : « Qui t*a dit que la conscience dAt être immuable? Ton aïeul a erré. Sois moins scrupuleux que lui; fuis ta condition obscure; dans la ville ou aux champs, remue, agis, bouleverse ; apprends à mettre â profit tant de leçons, tant d'exemples, tant de circonstances nées ou à naître ou à faire naître; et la fortune aidera tes bras robustes à cueillir le repos; et toi et ta race serez à votre tour pour les autres un objet d*envie, comblés de Inens rayonnans de gloire. »

Comprenez*vous que la morale du laboureur résiste à des tentations trop artistement colorées ?

Il attendra le moment opportun ; mais en attendant, il attaquera, il minera par le détail la propriété dont il ne peut saisir encore Tensemble. Au vol patent et sanctionné par ordonnances sera substitué le (pillage occulte.

Ici aux conjectures s unissent les faits que chaque jour <H chaque lieu réah'sent partout où la génération actuelle a renié Tesprit d'ordre respecté jusqu à elle , et où d'in« vincihles clôtures ne défendent pas la propriété. «

Y a-t-il dans une commune un vaste et important domaine ? le pillage y devient un droit : le père l'enseigne au tils de trois ans ; la mère en fait la dot de sa fille. Vous diriez un monticule de sahle à la basé duquel les pillards fouillent nuit et jour, dans Tintention calculée d*en faire ébouler la cime importune; et en leur systématique rapine , ils se croiront justifiés par deux maximes : Tune, disent-ils, c'est que le riche est le débiteur du pauvre; lautre, c*est que Tâge d*or est advenu où il ne doit plus exister ni pauvre ni riche , ni tien ni mien.

S*il s agit d'une propriété moyenne assez modeste pour ne pas dominer les possessions voisines , il y aura moins d*envie ; mais la rapacité du plus turbulent invoquera contre le supérieur le droit du grand nombre ; et appuyé, s'il le peut, sur ce grand pivot du jour, il luttera sans cesse pour s'approprier des moissons , des pâturages, des bois, des chemins , à sa convenance.

Que la misère ait été toujours avide, la rapacité toujours envahissante ; c'est l'histoire de tous les temps et de tous les pays. Mais l'histoire propre à ce pays-ci, à ce temps-ci , c'est la métamorphose de tels délits en droit connnun et respectable. Supposez un propriétaire assez impatient pour se plaindre. Il porte sa première plainte à ce magistrat des campagnes qu'on a nommé à l'aiiglaisc -juge de paix. Soyez sûr que, dix fois contre une, s'attrihuant un esprit de concorde arbitraire, le juge l)énévolc donne tort au plus riche , ou fait grâce au plus pauvre : sinon, il partage le vol en deux moitiés, dont i'

adjuge ttieoriquement l'une au voleur : cela s' partager le rlifferend. Poursuivez-vous plus 1 chetives doléances? Un procureur du Roi, qu'on charge essentiellement de l'ordre pni fronce le sourcil au premier mot Ucencieux c zette , sourira aux dommages de la propriété 1er Puis, le fribunal, s'il s'en occupe, opinera dans esprit. Le gendarme , si vigilant sur les g^randa rrôira perdu le temps donné aux petites rouif petits voleurs. Et si le délit atteint la police co nelle, le délinquant subira une répression qui tera le caractère ni d'une indemnité réparatrice chàtiraent exemplaire. C'e»t aux assiies set

quant

id le délit est assez

grave pour y parveni

sent l'inlluenee du juge propriétaire et qu'on d«s veUéités lépressives ou préventives. En& înQuence est atténuée, aujourd'hui qu'on rei jury propriétaire par des amateurs non-propri bénignemeut institués par le nom de capacité. auspices des capacités, la philaniropie fait pré douce voix ; et c'est une très belle chose que 1 tropie. Elle n' empêche pourtant pas le juré que système de l'impunité gratuite envers les voleu prédateurs , d'être ainsi et le complice du vol t de la propriété.

Et dans cet enchaînement d'omissions et d douceurs, se serrent deux anneaux qui en fon quelque sorte, le noeud. J'ai dit tout k l'heure maximes du peuple pillard : voici en deux aut: mes la contre-partie des pouvoirs chargés de battre.

■ Honorer par respect le droit du plus for

« le grand nombre a la force de tout envahir, trônes et « chaumières.

« Honorer par charité le droit du plus faible, quand « le faible attaque la propriété foncière. »

On sent bien que faible et fort sont synonymes ici. Dans l'application ils n'ont qu*un sens. Traduisez donc par respect a la pluralité du nombre. Voilà le principe absolu. Devant le mot magique de : pluralité, s'évanouit le vrai droit, le droit moral; et ainsi donc, tou* jours, toujours ce contre-sens mortel; toujours soumis* sion de la justice à la force, du moral au matériel! Agrandissez Tobservation : toujours soumission de TAme au corps; toujours subversion du Christianisme pratique, dont le principe essentiellement protecteur de toute chose est la subordination du corps à Tâme , de la matière à Tespnt , de la force au droit.

Le levain du respect à la force physique a tellement imbu la masse française qu*il a pénétré jusqu'aux magistrats dispensateurs spéciaux du droit moral. Eux qui furent institués pour interdire à chacun la tentation du bien d*autrui, ils Toublient ou ils s en lassent; et quand vient une circonstance franche où nécessité est au tribunal de sévir, on sent qu'il hésite, répugne, excuse; on sent que le père frappe à côté.

Le magistrat aussi a son excuse dans le silence des lois. Il existe en France je ne sais combien de lois, combien de codes distincts et spéciaux : qui peut en outre compter depuis un demi-siècle le nombre de gens qui se sont faits liants et puissans législateurs.'^ Entre tous ces codes, parmi tant de cervaux législatifs, comment n'a pu sortir un Code rural ? L'atelier des lois a été en permanence. Ni la matière n*a manqué à la forge ,

/ Jexiérité aux forgerons. Non : mais II ne s agissait ^ 1 «tP< ijî <fe np^oce, ni de filature. C'était le sol

, rfe rentes, w' ''« "''^^^

'"''I f liait voir, ie possesseur du sol qu'il fallait défen-

* I culture de ce sol , l'économie rurale, les rap-

' aadh éublit entre les possesseurs et les cultiva-

sont chose si mince qu'on l'a oubliée.

Ainsi pillée pikr les voisins, oubliée par les législateurs,

jjj^goée ou délaissée par les administrateurs, la pro-

jjg^^tif foncière qui devrait constituer l'État en est à peine

ua accessoire. On commence même à l'appeler, dans le

krgoD du jour, une industrie,

^Ijoutez à ces sollicitudes l'anxiété où la fréquence des crises politiques plonge, de période en période, le propriétaire déconcerté. Il peut ne pas craindre, comme le rentier, que de telles subversions anéantissent tout son capital dans une banqueroute. Quand la crise survient, on le dévaste, on le pressure : mais le fond reste; et pourtant il a contre lui ce désavantage comparatif , que le rentier, au premier éveil, peut exporter au loin sa personne et ses trésors, tandis que le propriétaire , encbaîné à la glèbe, ne peut éviter, en ces violences périodiques, ni de livrer sa personne ni de pàtir en ses biens.

Faussée dans sa source par l'exemple du passé, lézée dans ses jouissances par l'opinion présente , exposée à tant de chances depuis cinquante ans, la propriété du sol est donc privée de la sécurité qui affermit les Etats, Or, sans sécurité point d'agriculture florissante; et sans la prospérité de l'agriculture , point de prospérité générale et permanente.

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