‹ Mémoires secretsChapitre 12 sur 15 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DU COmiBKCB.

L*in<iustrie reçoit de l'agriculture ses principaux éléniens. Elle les transforme; puis, elle les livre au commerce : celui-ci les appocCe à la consommation. Telle est la longue ligne dont nous continuons à suivre les progrès ou le déclin.

Parvenus au point où le commerce s*en saisit , nous distinguerons le commerce par terre et le commerce ''maritime.

Dans Tun et Tautre, nous distinguerons encore le gros négociant, le marchand en détail, et le banquier qui| la bourse à la main, se présente comme intermédiaire entre tous , fabricanS| négocians , consommateurs.

Mais une considération première doit se rapporter aux denrées de première nécessité, telles que le blé et le vin, que Tagricultare, ou, pour mieux dire, la bîenveilbnte nature soustrait à industrie pour les livra* dans leur état [yrimitif au commerce, et leur donner, dans la hiérarchie des développemens, un degré d'avance en faveur de la consommation*

Gomment ? la liberté rendue 4 la consommation des vins influerait sur la morale du peuple ! influerait sur sa vigueur en développant ses muscles I influerait sur son bonheur I en satisEaisant chaque jour à l'un de am besoins instinctifs !

Oui , et ces résultats philantropiopes réagiraient , d'une part, sur Fagriculture; de ràutre, sur le vrai commerce ; et toute la machine sociale s^animerait du branle donné à Tun des plus communs et des plus beaux dons de la nature.

Cest une étonnante manie que cette contradiction perpétuelle entre les mots et les choses, entre les prestiges et les réalités. Prêtez l'oreille : entendez-vous de toutes parts j retentir trois mots : Nature ! peuple ! siècle des lumières ? Maintenant comparez ces mois avec deux faits palpables. Le peuple français a besoin de vin et de sel. £a Nature providentielle semble dire au quart du vaste territoire sur lequel ce peuple vit ou végète : R Ouvrez votre sein à la vigne ; elle ne domicn que trop de fécondité à vos plaines, et elle fera verdoyer vos coteaux les plus caillouteux : et en mène temps je lui dispenserai, je lui mesurerai la chaleur sur les points divers, si bien que là elle en aura assez pour mûrir, iri p«is assez pour surabonder en esprits. Les vins français seront ou légers ou généreux, mais aussi diversifiés que salutaires. Ce n*est pas assez, contmoe la Nature. J'embrasserai deux côtés du territoire par des mers qui déposeront le sel sur leurs grèves; et là encore, je mesurerai la chulcur de manière qu'il y ait dans l'air assez de puissance évaporatrice et dans le sel pas trop de faculté corrosive. Le sel des rivages de France sera comme le vin de son sol, aussi salutaire

qu*al>ondant ; et encore il ne suffira pp i mes libéralités. Loin des mers, dans les entnûlles du terrain qui compose une province intérieure, je placerai un Uoc de sel tout fait : le transport de FOcéan à la Lorraine est long. Je veux obvier à cet obstacle : et la Lorraine pourra être un centre de distribution pour le Nord et TEst, comme la Bretagne pour rOuest, comme le Languedoc pour le Sud ! et la provision que je lui ai faite n*est pas une masse de quelques quintaux; mes procédés ont plus de grandeur : sachez que j*ai donné au bloc de sel dont j*ai gratifié les souterrains de la Lorraine, plusieurs lieues d^étendue compacte.

Si le peuple entendait ce langage, il y répondrait par des acclamations joyeuses : ah ! nous allons avoir du vin et du sel y en abondance, à bon marché !

Je crois bien qu*il en serait ainsi dans un siècle barbare. Mais les phaëtons du siècle des lumières répondent autrement. Du haut de FEmpirée, ils prodiguent les mots brillans de nature, peuple j progrès; et les voilà qui parviennent à si lumineusement disposer les choses en France, à si bien organiser Fimpùt, à si lûen combiner les dépenses et recettes de FÉtat , que dans Fabondance du sel et du vîn , le peuple en progrès n a ni vin ni sel.

Le fait est patent : on a restreint et comme annulé les inépuisables salines de Moyenvic, et on met à Famende le |)èclieiir qui cherche à saisir dans un verre d'eau de mer un peu de sel. Point de sel pour les bestiaux : ils pâtissent. Point ou peu de sel pour les salaisons du pauvre et pour ses provisions dliiver : il s*en passe. Le peuple du Nord et du Centre se passe de vin aussi. Dans le Nord, il a la pomme , et en fait une drogue

qu on appelle ddre. Au Centre, il a des itiissefliix, et y puise (le Teau pure.

Et le commerçant I le vrai commerçant| cdai qui se rend médiateur entre le produit et la consommarion , celui qui aurait fait mouvoir ces masses épormes de sel et de vin , qui aurait mis en jeu tant de bateaux et tint de charrois, et qui aurait déposé o^ abondans produits du sol français aux portes de QÎnq millions de ménages français, n'a pas lieu d*j songer. II dort ou rêve de rAmérique ; il rêve d'expéditions brillantes et hazardeuses dans Tlnde qui nous est close: tandis qu'à travers nos trente mille lieues carrées, il obtiendrait des bénéfices petits, mais mulripliés, mais infinis, mais doublement utiles par ses deux bouts de départ et d'arrivage, par Tun au producteur, par l'autre au consommateur. Le bien-être d'une nation : tel est, tout déduit, dans Fordre matériel, l'objet des agrégations politiques : voilà ridée simple. Elle comprend avant tout les matières de la vie commune. Ainsi ne l'entendent pas les gouverneurs français du xix' siècle. Pour eux, eh ! que dis-je? pour à peu près tous les observateurs, le but et h gloire de la société, c'est d'acquérir plus d'acajou et de schalb ; plus de chapitaux ou de peintures ; plus do ces harangues ou buUcs-d'air fugitives qui s'en vont gonflcles et diaprées s'évanouissant l'une contre l'autre dans le vague de l'oubli ; de l'or surtout, de l'or en barre, en lingots, palpable au doigt et à i'cril : voilà le grand objet de l'administration publique.

Et de là vient cette opposition constante entre les mots et les faits ; de là , cettc^ méconnaissance envers la nature ; cette oppression du peuple en ses premiers besoins ; cette obscurité en de décevantes lumières.

Qymd 1# cMltel è$ SMMliib lUotlrdiiitlliJitii» siècU, que riinpôt êUf U ttl ëttât è la Fiate* of i|ii*^ taient les galioiii d* Amérique au roi d*£i|iagna i il m^ teodait pourtaDC que le prix de cette deDréë deràit être modique et aim débit rapide i et toutefoia il ne étn^ naissait pas les carrières de sel placées naturellement dana nos soittenraina i de sorte que» par Theureux can* coura des mai^ salans et des carrières^de la Itorràine^' oÉi polirraiti en baissant bcauopup le tarif de l'impôt^ décupler simultanëdfl|l|^ denrée ^ le commeroe, k ceo^ommation $ et cnm^ fetronver au terme, dana les fileta du 6so, mieux que les galiona américains , par la multiplicité de tributs plua légers, mais réitérés, maia innombraliles.

Ménagée de même n ses rapports finanders, la defirée du ^in obtiendrait les mêmes résultats i peuple et fisc y profiteraient d'accord i chose rare.

Moins chargées d'entraves que les Tins, les eaux*<ley\e ont plus «l'aise pour occuper le commerce, du moins à l'extérienn Grâeea à elles, la vigne a pu se jouer des intendons hostiles. JUIe a conquis, elle conquiert chaque jour le terrain que la France embrassé sur le littoral de la Méditerranéa Le Bas-Languedoc n'est plus qu'un riche vignoble; et là, florissante, opulente, sous la double influence de l'humidité nuirine qui nourrit son. grain et d'un soleil ardent qui mAril son ileoot) ettsu éMiulfa le froments Le vin même n'est plus ponr^eDe ^un ^Mcasoîve ; elle en exprima l'e#» prit, et U i&ilisrion fiât sa richesse. Oet aride distilier appartient moina au dbmaine de Ibidustrie qu'à cekrt de lagriculture. Il s>xeree en une seule et simple opération : le dMllaleur eit au fruit de la vigne» ce qu'est

le charbonnier à la dépouille des forêts. Souvent le iDéme propriétaire produit et distille. Mais le procédé accompli , aussitôt le commerçant se présente. Il trouve le produit de la vigne réduit au sixième, même au dixième de son poids ; car plus le vignoble est d'ordre inférieur, plus la distillation enlève de, poids au vin brut. Ainsi le commerce mobilise à peu de frais une denrée que tant de régions sollicitent. D^ ports de la Méditerranée et de l'Océan partent les navires qui sont assurés de leur débit dans le nor||^^e l'Amérique , dans le nord de TËurope , et même dans le nord de la FraiMce.

Voilà une mine d*or ouverte au Midi du royaume : le conunerce a su l'exploiter ; l'administration a su ne pas la clore. Elle enrichit ses possesseurs, tandis que le vin, dans son état brut, appauvrit souvent les siens; et cependant le vin brut doit être pour la France une richesse plus solide, plus utile, plus étendue.

Plus solide : car sitôt que les deux péninsules, qui séparent TEurope de l'Afrique, s'occuperont à extraire l'alcool de leurs vins spiritueux, combien leur sol et leur climat abonderont en eau-de-vie ! Le vin de Rous» sillon fournit, dit-on, en eau-de-vie, le tiers de son pmds. Pense-t-on que le revers méridional des Pyrénées ne soit pas plus ardent que l'aspect septentrional ? Il ne faut donc à l'Espagne, au Portugal, à l'Italie, que la volonté pour dominer, par l'affluence, sur les marchés du monde , les eaux-de-vie françaises. Les vins français paraissent défier cette concurrence : moins liquoreux , ils répondent moins à la distillation , mais mieux et beaucoup mieux à la consommation usuelle; désavantage d'une part , mais avantage de l'autre; et avantage assuré^ pernisuient, contre lequel ne sauraient lutter que les

latitttdci pànllilesf la Hongrie, JMif exemple. Or, la Hongrie a-l-e&e deux mers à ses ordres ?

En outre, les Tins offrent une richesse plus utile ; car ils sont bien plus salutaires à l'hcimme, c^fafOÊièê par la nature, que réduits par Tart en pur alcool.

Enfin, ils ouvrent une source de richesse plus étendue ; car le i!fn est préféré à l'ifiu-de-vie dans la double progression et de kr latitude méridionale et de Télévation des classes sociales. Pour peu que ceà classes spient élevées au-dessus do vulgaire , la préférence , en fait de bél^ ^ sons, j^ est générale; et Tex tension usuelle âbL vin n'y attend que la baisft c(es urifs imposés éêHé gSOlfê et aux iMSoins. Quant aui Intudes, la préfiâHUce donnée an vin naturel sur son brûlant extndt est lensible sJH Midi. ^^jt Français du Centre aussi , réduit maintenant dans ses uipgeft à l'eau potable , userait, librt'èn son choix , abon» damment de vin , rarement d^eau<de>Yie. Pli», il est vrai, vous avancex vers les régioiÉÉ boréales, plus 4a proportion entre les deux liquides se rapproche dans les goAts du consommateur. Peu à peu la liqueur forte 0U préférée à la liqueur naturelle. On peut dire'que la torpeur croisante des sens au sein des frimats, exige un stimulant plus actif. Mais on peut ajouter que là, au Nord, force est maintenant de suppléer dans l'usage dfes boissons spiritueuses à la quantité par la qualité, par la concentration , par la violence de l'art. Que la quantité des vins français afflue dans le nord de l'Europe , qu'en ces âpres et tristes climats Fhomme puisse aisément ^demander sa force et sa Joie au fruit simple de la vigne ; et aussitôt le vin, dominint son extrait dans toutes les classes, sera poër la*France une source de richesses et pour les

pays moiiil'^fiivorisés du ciel une source de santé.

Hélas I nu coninire ^ le rih, dont le ciel grtHflà là France en qudque aorte pour le repartir entre dHren peuples, est , d'une part, dénié par la France aux Fran- ^^ et aux étrangers $ est, d autre part, repoussé parles étrangers eux-mânics.

Son usage est dénié aux consommateurs nationaux par Texorbitance des droits intérieurs qui entravent son cours.

Il est repoussé des étrangers par la concurrence d'autres droits français, combinés, ce semble, exprès pour nécessiter la répubion. Les étrangers n'entendent pas recevoir, ni les Français faire, un don gratuit. Pour tous il s*agit de vendre. Vendre, c'est iitre payé. De quoi les septentrionaux peuvenUls pajer les vins de notre Midi ? Avec de Tor? ils n'en ont point; avec leurs denrées r elles sont refoulées por nos droits rigoureux; et, à IMIM exemple, ils doivent repousser les denrées de notre sol. Ils ne peuvent nous vendre ; ils ne doivent pas nous acheter.

Le Suédois a du fer : on n'en veut pas; et dés-lors son gouvernement a dû lui interdire, par ordonnance, l'usage (lu vin. Le voilà donc condamné à consumef dans SCS étuves les longues nuits d'hiver, sans connaître ce ressort vivilicateur que l'Ecriture appelle : La réjouissance du cœur de l'homme; lœtificans cor hominis.

L'Irlandais non plus , autre que l'habitant des ports, ne comprend pas de la Dible le passage où Noé planta la vigne. I t l'Anglais qui opprima l'Irlandais, maintenante son tour enfoncé par légions dans les cavernes où l| explore des fdons de fer et des mines de houille, ne connaît-il pas moins encore ce don des deux ? Peuple de mincui-s, immense et infortuné fragment d'une nation

mA ÔMvolta le lucre à tout prix fins trop calcmler lé pâÉ dis hommes ! des deux choses qui soutiennent la Tiêy l'air et le TÎn , aucune n'arrive i ée peuple enfoui vi- Tant et qui croît sous terre, qui s'j mukiplfe sans mesure y à proportion que l'extension indéfinie de Lon« dres e» des cités Miv^ntes exige la hqgfi^ démesure» ment Dans sa végéution souterriutt0]i|jj|mnre vjdné* ment et à la clarté du Jour et au fruit dfe la vigne. Le liquide régénérateur est encore plus que Tair supérieur dénié à ses labeurs monotones. Ge qu*un pa jsan de Lan* giiedoc obiient pour la valeur de deux à trois sous, un litre de vin généreuX| Fouvrier anglais, dans hL\ffTt ou hors h terre, ne l'obtiendra , s'il succombe à son penchant, que par le prix d'une journée. Au midi de la France où les vins sont autrement toniques qu'à Blois ou à Surène, sans être excessifs comme en Portugal, les cellim regorgent ; ils sont vides en Angleterre. Et pourquoi ? ce n'est pas le moyen de payer qui manque i l'Anglais comme il manque au Suédois. Si la France refuse le fer et la houille extraits du sol fngbis, elle ouvre les mains à l'or de l'Indostan. Mais l'Angleterre solder en or les produits du sol français ! Tadministration britannique n'y saurait consentir ; elle y croirait la sûreté de TKtat compromise. Ici encore se reproduit TefTet déjà remarqué d'une exubérance dont elle n'a su ou pu régler la mesure. Maîtresse de Tlnde et des stations qui y con* duisent, ce n*est pas assez : seule elle doit régner; seule être riche ; seule multiplier sur A>n territoire une population qu'elle ne peut ensuite codtenir, occuper^ consoler. Alors il faut que le monde soit sa proie, que sa population indiscrètement progressive s*ensevelisse dans len creux de la terre, et que les contrées autres que

la Funce, où la vigne prospère , deviennent par adresse ou par force , ou ses tributaires ou sa conquête. Ressort en vérité trop tendu ! plus de jalousie que de raison en raffine le jeu périlleux ; et en attendant Texplosion de ses effets, la plupart des hommes qui s'accumulent sur le territoire anglais languissent dénués et aflamés d*un des premiers biens de la vie physique ; et des deux peuples voisins, Tun a trop, Vautre trop peu, de la denrée vivifiante que la nature libre et non avare en ses dons, prodigue à la France, refuse à l'Angleterre, tout en soUîritant l'une et l'autre d'en faire un moyen de salubrité, un gage mutuel d'allégresse et de paix.

L'on se plaint des maux de l'humanité. O nations ! vos passions font vos lois, et vos lois aggravent les misères de l'espèce humaine.

Qu'à cet égard on observe un instant la différence qui a dA exister dans le sort du peuple anglais, àPépoque où son roi régnait aussi sur l'Aquitaine. Alors Bordeaux communiquait sans entraves ses produits à Londres, et les deux peuples associés participaient ensemble aux bienfaits de la nature. Ni l'un ni l'autre n'y trouvaieat du dommage. En récupérant l'Aquitaine, Charles vu ne fit que rejoindre à sou royaume des provinces démena brées. En rompant ensuite tous les nœuds naturela, pourquoi l'administration anglaise a-t-elle fait perdre a« peuple anglais plus que des provinces ?

Que les barrières de la prohibition tombent ou s'abaissent en Angleterre: et le commerce, forçant de voileii rétablira l'équilibre entre les Jeux peuples, dont l'on jouira des fruits de sou sol, dont Tautrc éprouvera aussi une jouissance générale par la cessation d'un jeune pei^ pétuol que ne peuvent rompt* nser ni les vins ardens des

pays situés au sud des Pyrénées ou des Alpes | ni les li« queurs de Madère, ni moins encore Tindigène et triste fiQnnentation appèl^ej&iere ou cidre.

May, prenant les faits comme ils existent; résumant les observations qui précèdent, je me demande : Est-ce un grand objet de lucre pour le commerce français que le mouvement du produit des vignoUN ? '

Sur terre, non : trop d*entraves surchargent la circu* lation et interceptent la consommation.

Sur mer, oui : le vin pénètre dans le nord des deux continens ; et rcau*de-vie afflue sur tous les Kcux du monde. De là , bén^ce important pour le commerce français, mais bénéfice limité au temps où les pays plus méridionaux apprendront Fart de distiller les fruits eitcore plus liquoreux de leurs nombreux vignobles.

Cest donc une face avantageuse que présente à Texamen le commerce ejitérieur d'une des deux denrées premiâ*es du sol français, le produit de la vigne. »

Pour Tautre produit majeur du territoire, les blés, il en va autremeul^ Ni à l'extérieîn* ni & rihtérieur , le commerce ne peut plus soulever avanta|[ensement cette volumineuse et féconde denrée.

L'extérieur envoie au lieu de prenc^re, lève un tribut au iicu d'en payer un. Nous Ta? ons déjà expliqué. Reste seulement au dehors les contrées que la France doit nourrir par privilège ; ce sept les débris de ses Antillb. Jadis Saint-Domingue | dans sa splendeur, suf« jt iyit à dégorger les fertiles rivages de l'Agenois, à ocr^^Ufer les belles minoteries de Moissac. Un vœu sot et atroce " périssent les colonies plutôt qu'un principe I <• s'est accompli, il a exterminé ou expulsé de Saint-Domingue la population blanche. ]iorneii||Bit, Targueili

puis, unlùt insouciance, tanlât tyrannie de la JS^tfo-^ pôle dont les tendres orateurs 6*éyertuaient librement à provoquer au à maintenir les œuite^ de la Pythie piUlantropique, si bien inspirée ou ]àrop bien soldée par les sensibles Anglais i et cependant, tout près des An* tîUes, s'ëlevait l'Union- Ammcaine, riche en fromensjto en navures, en paiMiions ambitieuses. N*est*cepas à elle d'approvisionner en blés nos colonies défaillantes ? Tout 7 conspire. Les colons y goAtent l'avantage du prii^ moindre ; l'Union y ressent l'avantage d'un débouché de plus ; et le commerce français , à qui profitait si bien aiib'efois l'jB^rtation des fiirines vers le golfe du Mexique, n'a pl«s qu'à savourer l'avantage encore plus commode de n'avoir à peu près plus dl'affaires aux Antilles.

Les blés n'ont pas moins cessé d*étre un «liment poRir le commerce français dans l'intérieur do royaume. Couvrir à sa ruine n'est pas l'objet qu^le coti^ne(C4nt se propose; il s'aveugle parfois; il spécule dans rjigdl>re; il e^ère en des phénomènes. Mais à la longue il voit clair; et quand il voit la carrière où 11 court, 9e clore ou s'ouvrir, s'entrecouper de mille sortes, sans règle, sans mesure, sans donner jour aux calculs de la pré* voyance, il accorde enfin à la raisoti'qui l'en écarte, la victoire absolue sur les raisons spécieuses qui l'y ap* pellent. Telle est aujourd'hui le commerce intérieur dél blés. La raison y pousse le commerce ^r deoz iH^^^ palpables. Il est de fait i|«ie telle province surabonde «n grains, pendant que telle autre en a faute. Ilai% de^it encore qv'on laps de tel nombre d'ans renllnnetant d'an* nées f bondantes et tant d'années atériles. Les registres^!» passé éi^lairenr-TavemrXyest a«i fo mièenwt d*aHi«er k^hi

N*est-ce qu'une menace aux pas>iQu& UostUa^? Ruinant à la longue vainqueurs e% ▼aincus, elle deviendrait pire que Feffet.

PTest^e que lobligation de rallier beaucoup d'officiers au nouveau drapeau; à la révoluticMi, beaucoup d'hommes, bon gré, malgré? Une telle n^oeiBÎlé, à quatre cent millions par an , serait trop chèrei

Non sans doute qu'une révolution , si brusque et si complète, ait pu se, tenir, sans armes répressives^ en face de ses ennemis intérieurs et extérieurs, liais dans la lame du sabre n'est pas infuse toute la force des États. Elle est aussi dans les finances : user ses trésors jusqu'au bout et au-delà, c'est prêter ilanc à l'adversité; et pens^ t-on que l'ennemi du dedans ou du dehors n'ait pas bien calculé si le progrès de la force miUtaire n entraînait pas le déclin de la force financière? Des deux cotés de la balance, quand ^unmo^tait, l'autre descendait; et l'ascension n'était que comminatoire et transiUNre : el le déclin a été positif, et il est permanente

Dans rultcmalive, entre les qualifications de nécessaire ou d*iiisensé, applicables à un teléui de guene, Toptiou , je ravoucrai , nie paraîtrait appeler la seconde : et toutefois quand je pèse en ma pensée solitaire la foule d'hommes qui appuient le nouveau trône, je rc*. connais en eux le jugement qui discerne, fliabileté qui prévoit. Mais tout à coup les qualités s'effacent. Le gouffre lies finances est devant eux; ils en détournent leva regards. Leur inadvertance rélargit; leur avidité le creuse. Est-ce donc iûnsi qu ils se portent pour fidèles conseillers dune nouvelle dynastie? Non; ils cherchent Tenncuii dans la Vendée; ils y envoient dix mille gendar* mes qui représentent encore vingt milliuBa; et puis, ila

miiitipncnt ns pomp^nic Tefjinsiloimj ni ciuprismifimty ik s'agitent Yépie et la plume à kr Burin.,.. Triste rertige f L'ennemi est au trésor....

« Teê ploi grands ennemis « Rome, sont k tes portes.»

Yen prophétique fie Racine, auquel j'ajouterai ces deux admirables vers de Corneille» alors qu il peint kb iiouYclIes vicissitudes de Tempire ronuûu, les empereurs ri us et renversés, leur soudaine grandeur, leur chute soudaine y et, tout au travers des catastrophes, les amis dc''sabiiséi ou perfides qui

> S'cmprcMCDt «rdommont • A qnî dùvorcra lo règne d^nn moment. •

Uans le fond il importe assez peu, pour un règne, d*ètrc dévoré par les chiens de la maison ou par les loups de la foret. Et pour éviter l'un qu l'autre sort, le plus salutaire avis qu on puisse donner au trône de juillet, c'est de retrancher en hàtc dcuxct^iit niilUons à la guerre pendant la paix. Hors de là point de salut : telle est la loi des iiilloxibles chiffres.

Des objections se présentent en faveur du colosse do la guerre.

Lit premirrc , c'est de nier qu il ait précisément les dimensions supposées. Ce nu seront point quatre cent niillo hommes sous les armes : il uy en a peut-être, dans le mois où j'écris, que trois cent cinquante mille, sur U*sc|ucU encore on dj^lnhuc des con^^és de trois mois, niéiue de six mois. Kn(»rnic difliTcncc ! — ^ Hicn ! au lieu

>fit^

(le (juatre cent raillions, il tàui n'i-cmc (juc trois rem quatre-vingt-dix-nuaf millions. J'y consens. Un nouveau Sisyphe essaye de f^re gravir son roc au luul du Mont- BI.111C. Le Mont-Blanc a deux mille toises , dis«)l les iiud ^deux mille quatre cents, disent les autres. A l'uiàe ou à l'autre mesure, ijue gagne Sisyplie^ Tujijours son roc retombe.

Le budget h.ibituel de la guerre ne peut pas plus att^dre à troi.s cent qu'à (ju.itrc cent millions. Mais sans îniprudfijcc peut-un le rtiduire à deux Cent millions, et à moins peut-être? Celte autre objection est plus nilic, * Assurément c'est un problème que l'ait (J'eiitretenii-, dans un etai, les forces déFeusives en rac'nageiint les forces productives. Car truufonnçr dans la poix en soldats beaucoup de laboui-eurs et d'ouvriers, c'est métamorphoser ilaus laruclii; l'aboilU- < n fiil'iii. M.u^ •>ii m seraient toutffS les nu)nan■lllt'^ n^^nlj.ji ■^, -i un i.'l [unbliîme était insoluble ?

Admuitons dansforg-iiiisalion militaire en Framo Ira principes suivant :

Entretenir au complet le^'arniçs spéciales, telles <mc l'artillerie M le gt^nie, ces deux coips où la science i besoin d'un rttcrcice continuel ;

Entretenir A demi-nombre la cavalerie eu faisant alterner les cftTalicrs ;

Diviser la force armée en trois sections -■ artive, sédentaire, milice :

La section aelifV , iculç appelée pour garder tes forteresses, pour les rép.ircr, et, si elle a <hl loisir, pouf rendre eu travaux de route les frais de la solde:,

La section sée/entâirn assujettie seulement non loâi Je ses fiiycrs à des luanœurres temporaires;

La section de miliùêy égale en nombre à la totalité des deux antres 61 laissée constamment en réserve, exercée seiilement ààx chefa-lieux des cantons respectifs ;

'Bnfin, ajouter dans les plus grandes villes un gnet , nne'^jgfde aux frais de la cité, suffisante à la p<^ce et dégageant les bons bourgeois du rude et parfois bizarre impôt personnel et péeuniaire qu eduIcoreJnt en vain le nom de garde nationa)^ et les superbes épaulettes.

N*appirai^il pas Qo'cm^ réunirait, par cet ensemble de prooédés^le nudntirarae la force numérique avec la réductioildè la moitié ,'"peîil4tre des deux tiers , sur les frais dé guerre pi temps de paix?

Ailleurs j'ai développé ce système : en exposer les détails ici serait déplacé : Tindiquer, suffit. '"^Celoi-làl ou tout autre, il n'importe : tel ou tel qu'on vDudnff pourvu qu'il concilie Téconomie avec la sécurité î et lés conditions économiques ne peuvent se réaliser amplement que dans la réforme aussi radicale du système militaire que du système administratif.

Le' malheur est qu'à cet égard deux volontés se combattent.

Dès long-temps il est, dans le militaire français, une telle habitude des formes-^iigués et tranchantes, que son intelligeace ne s'arrête guère ni aux frais, ni aux droits, ni aux dommages, ni même aux extorsions. La Vendée vient d'en offirir d'affreux exemples. Ailleurs, il n'aurait pas plus de réserve. Une sorte d'auréole arrête à lui sa vue que limite une sorte de mécanisme. Il comprend peu la propriété. S'il rencontre un champ semé de froniens verts, il aura une distraction ; il y ma« nœuvrera. C'est d^ Therbe : et à quoi bon l'herbe? \ la cavalerie, (^ notrt3 a son foin \ parunt rien. Un

rhinfftmr"* -y-fp— ■" tl« chau&suro, de fomcd coAUiia iJes millions. Qui paie? Cummc^nt paie-l-an ? Il n'y songâ pas; et sa voloiUe >iguë ordoiioe le diang»ment. En temps <le paix , c'est là une nunun-e d'a^i de conumuiflei*, iroWir} et tpiaiid l'admiliutiatioa supérieure (le la gueri-c aiioptc cette moiùènî <i«XHt«r, *Ha l'applique «a graud. Loin d'alléger ton budget, «Ue l'écrase.

Contre cette volooté, doit r«agîr C4>U<> «Iw rûntrîbuiibles, lU peuvent se dire : Si ncHU derrms filr9 rtri* lïés por nos guerriers comme par les Kuerritn ttxt». rieurs, à quoi bon payer bi taute-^nide ?

Dans Ui l^oliuicemeiit de ces deux volontéd contraires, il y a pression d'une part, Binbisr et irapaticnrc de l'auUv. Que l'épee de Brennos fasse pencher son bassin , le gouvernement militaire surgira alors doBi ton fc son extension ; et TeKlension pourtant aia Ihnite ; cqnt celle du possible, c'est la force productive da sol qui paie. Pour onedlir tous les fruits, aboRes tous les Ifr lires : les fruits ne repiiraltront plus. *

Qu'au contraire, la volonté conserver rice du eontlil>iul)l« pnhrale, elle ne sera point almsiTe, point enc»sire. Il sentira qu'une forée défensive ci n^guliPrc est néoefioaire k tout Etat : mais il la restreindra àtns une spliéra où la rUifeuse au dehors et b conservat»on au dedans se puissent eoDcilier.

£n France, aujourd'hui, la question est amen^ h ce ternie.

Le budget milîtatre avec ses act^ssoires eA Intnpportable; M U est tel «n temps de paix ! d'on suit, comme drjà noiis lavons déduit, ou que l.i fraction inilit^iru du budget général doit être Eiabilement et vi-

QtMé; A eet ëgard^mes coiiiiii88Éiioê8|feiwîih6Ue9«oiit hoftaffisantes ; et dons la retraite où fécrisi les docomens ofBdeis, les renseigneJhens ofScieiu, lès conseillers spéciaux , ne peuvent guider ma pliune. Mais 1Rq[>oser à grands traits les' faits patens suffit à mon triste sttjet Car, vers quel buf ai-je à difjjger ma pensée? Ce n*est point Tinventaire de TMMaes momentanées et fugitives qui m'occupe ici : j*iqvenloilè nos anxiétés raisonnées, permanentes, peut-Atre irrémédiables. Apprécier la puissance actuelle du commercé* français n*est donc pas Tobjet cie mon examen : c'est sa durée; c'est son aveniir; ce sont ses chances de ruine ou de prospérité que j'observe : c'est sa situation éventuelle, quand la génération ultérieure à qui je m'adresse recevra des mains de la Jeune'France , alors à son tour usée et déchue, les résultats heureux ou tristes des événemens au spectacle desquels nous assistons encore.

Eh bien ! et«en me restreignant de nouveau au qua* tre points principaux d'importation ou d'exportation que j'ai mentionnés, j a-t-il là plus de chances de gloire ou de lucre que de honte ou de dommage?

Nos ports septentrionaux ont recommencé leurs orageuses pêcheries dans VOcéan boréal. Mais ils ne sont que tolérés sur ces plages où nous régnâmes d'abord. Un ordre de l'amirauté britannique ne suffiraitôl pas à les en exclure ?

Ils envoient des navires chercher au nord des deux continens les munitions navales. N'y sont41s pas encore sous la dépendance du bon plaisir des autres puissances maritimes ? Et la Baltique, déjà citée en exemple, la Baltique où d'ailleurs si peu de vaisseaux français disputent la lice à la marine anglaise, ne deviendrai^eHe

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dissipateurs italiens. J*admets donc que la mise en circulation des espèces vaut mieux que leur immobile thésaurisation.^

Lors que sux?vient un de ces cas impàneux où il faut dépenser plus qu'on a reçu, il y a obligation légitime ,d*augnllentèr la recette en raisoii de la dépense.

Un impôt additionnel et temporaire est le premier moyen qui se présente. Il affecte le présent : c'est juste. A chacun spn sort ; et la génération sur qui pèse le surcroît en est plus attentive à en provoquer la fin, soit par la victoire, soit par la sagesse : elle p'émeut de ce vrai 'patriotisme qu*on sent, qu'on touche, qui fait corps avec chacun , mais qui , sons l'abus du crédit, n'est plus qu'un simulacre.

Limpot additionnel est-il insuffisant encore? L'em- . prunt, l'appel ou crédit, devient sans doute alors une au* tre obligation légitime.

H y a donc diéquital)les et d'inévitables emprunts, comme il y a d'inévitables nialheui*s.

Le charlatanisme de notre époque a présenté ces mal heurs sous des formes plus séduisantes et plus réjouissantes. Vous avez besoin de cent millions pour une guerre , a-t-il'dit ; je vous les donne, ces cent millions; je vous les échange contre cinq. Excelleût marché ! Pour cinq autres millions, je vous donne cent millions de canaux; pour cinq au plus, cent autres millions de routes; pour cinq encore, cent millions de monumcns. Rien n'est si doux : nos ressources vont à rinfini et ne vous coAtcnt à peu pri»s rien.

I^ bon sens reprend et dit : mais nous devrons un capital énorme !

Eh! non, disent les prêteurs. Vi\ cpnilal «M fond, c'est

fictif. Cest la nation qni doit h la nation, la main droite (jui paie à la main gauche.

En sorte, continue le bon sens, qu entre le voleur de grand chemin qui prend la bourse et le voyageur qui la perd , il n'y a pas proprement de vol. La même somme est dans la bourse. La même quantité d*or demeure donc dans hi nation ; et la nation qui vole étant la même que celle qui est volée, il nen résulte aucun dommage; il n'y a que déplacement; d*oii résulte que le vol est supprimé, est une fiction ; il n'est plus vol que dans le catéchisme : ccst merveille! mais encore, ajoute-t-il, voilà de tous ces emprunts une somme annuelle 'd'intérêts à solder, un accroissement substantiel de contributions.

Eh ! non, reprennent de nouveau les intrépides prêteurs. Vous acquitterez et ces intérêts qui vous semblent lourds et même ces capitaux qui vous font quelque ombrage par un expédient fort simple : c'est en dotant une caisse d'amortissement. Dans une quarantaine d*annéeS| intérêt et capital tout sera fini; et vous voyez que vos en fan s supporteront peu du fardeau que vous ne pouvez ni voulez porter seuls.

A ce point-ci , il est juste de reconnaître que le système inventé, dit-on, par M. Pitt et constamment suivi par lui et par ses successeurs, est spécieux. Cet bonnne illustre accabla l'Angleterre (Vemprunts. Mais sa patrie n'en j)eut charger sa mémoire. Vaincre ou périr : pas d'autre dénouement possible en cette guerre à outrance qu'elle soutenait contre la Révolution française appuyée d'une partie de l'Europe. Pour vaincre, il fallut fouiller toutes les mines où dormait l'or. En s'y précipitant tdle baibbéc, en recevant de toutes mains les monceaux dor

qnll jc^ît dans ti'amttes gouA**, M, Pitt «ntrevît lînc i«ue vers la lumière. Faisait-il Wi emprunt de cent tMlions? il y attachait un itupât qui soMait les int^ts a«nueis et <|ui en O^Étru apportait à Femprunt, tous les ans, le centiènye du ^capital. Ce centième, ce million sur cent, reprenait donc chaque ann^e une portion équivalente du capital emprunté, s'en appropriait les intérêts, se grossissait par les intérêts teompoe^, et opérait insensiblement la libération cdAiptète en quarante ou cinquante ans, suivant le faux auquel Temprunt s^était condii. Bref, un centième du capital était dévolu à son extinction. Ce léger surcroît devait suffire pour opérer presqu*à Vinsu des contrlbuaUes, la libération de TÉtat envers les particuliers.

On le TOit, ce mécanisme est ingénieux ; ses résultats sont attrajans} et, en le prônant comme une merveille, les charlatans à capitaux ont donné à leurs calculs une base solide.

Aussi, lorsqu'en 1815 jU falhit tenir tète aux exactions des étrangers, ils se prftentèrent et dirent au duc de Richelieu , meBeor de l'époque : « La France a eu des lilïérateurs , nuûs ils ne sont point venus à leurs frais. Entre 6111 sont les matadors qu il faut défrayer. La Russie, la Prusae, T Autriche, l'Angleterre, exigent de vous bien des millions. Ne vous en tourmentez pas ; les millions sont à votre service, »

Ils revinrent le lendemain et dirent : « Les puissances du second ordre, Bavière, Hollande, Wurtemberg, Toscane, vous demandent d'autres millions : ce n est rien ; donnez toujours. »

Le surlendemain , ils dirent encore : « Oh ! ce sont les uierahres du corps germanique, les petits souverains

d'Italie, même les Villes-Anséatiques qui ontsouffert de la France, et qui réclament dommage et intérêts; quelques uns remontent jusqu'à Louis xiy. Ils ti'ouvent l'occasion bonne. Payez, payez; c*est moins que rien. »

Les demandeurs se raillaient de M. de Richelieu. Il en était comme étourdi; il criait merci. On ne lui accorda pas le droit fort légitime de ne pas laisser con* fondre la révolution partout pillarde , avec la France soumise et non conquise. Un peu confus de leurs déri-* sions, les vainqueurs d'une armée qui avait aussi abusé de ses victoires , voulurent bien renoncer seulement aux indemnités des faits et gestes de Louis xiv. Mais pour le règne de Louis xviii , nulle grâce. De plus, on imposa aux Français 100 millions pour leur donner une ceinture de forteresses : et les préteurs étaient si cou* lans, si conmiodcs, que créanciers et débiteurs n*hésitèrent point , les uns à exiger, Tautre à souscrire , des engagemens pour, tout bien compté, à peu près un milliard : et ce milliard exigé : Quia nomînorleo!

Naguère N«ipo)éon, qui se nonuna lion aussi, avait conquis TAutriclie : il lui imposa une contribution militaire de 100 millions. C'était beaucoup, et beaucoup trop pour un peuple agricole et pour une administration si paternelle. Mais heureusement, le vainqueur ne songea point aux capitalistes. Ik lui auraient offert de prrtor à TAutriche 100 millions. Cliarmé de cette obligeance, le conquérant eut pris des gages et l'Autriche eût payé. Ainsi la France n*usa pas totalement contre 1rs vaincus des ressources du crédit : mais victorieux, ils surent eu user <*ontrc elle.

Vax ce contraste et en ces faits, Ton voit que devoir .lux étrangeiîk beaucoup plus qu'ils u auijiiiînt usé pré-

tendre, fut en 1815 le premier avantage ofFert par le crédit au gouvernement (Tançais.

J ai déjà mentioTiné quelle fut Tallégresse des organes du crédit r^^étant en chorus consolateur : « Mais ce n'est rien : ce n*est rien. Laissez>nous vous appliquer le sjstàme de M. Pitt. Vous paierez si peu , si vite , si doucement! »

Alors donc un fonds général tï amortissement fut doté, à vingt millions d*abord, à quarante ensuite.

Et ce demi^ taux reproduisaicplus que le centième des dettes totales.

£o 40rte que, vers le temps où nous s(mimes parvenus , la France aurait essuyé le malheur, le tourment , la faute de ne plus rien devoir; faute-qu elle ne fait pas, inalheur^qu elle n*éprouve pas.

Oli ! bien au contraire. Le mécanisme à laide duquel on avait franchi un déiilé scabreux , parut si commode ! On le jugea infatigable. Au gouvernement , il parut charmant de recevoir beaucoup en donnant peu; aux capitalistes, délicieux de toucher de^ leurs fonds un intér^ équivalent à de bonnes. '^^ures, de grossir ces fonds , de les réaliser à leur gré , de dormir en repos : et tous ces avantages, toutes ces douceurs, naissant tons à la fois du crédit !

Comme encore l^s Parisiens jouissaient seuls de tels bienfaits , on essaya d'y associer la province (c'était le mot de Rome conquérante) en y fondant les petitsgrands-livres; invention dont j'ai fait tous les honneurs à la brillante administration de H. lainé. « Inspirer le goût de la rente! >• G*était son mot et sa grande combinaison*

Pour concilier si bien doux classes d'ordinaire si in-

MU gouvernement, quHra fonès rien ne gène, que tont flatte ou abuse , et qitt en captivant dee votes peut captiver à la fois des appUudîssemens et des millions !

Et encore^ je ne suppose dans les gonvememens enclins à la dépense, que des vues bienveillantes quoique décevantes. Combien phis la dépense est-elle abusive quand le crédit publie devient la proie brute des dissipleurs ! Les Concini ' puisèrent dans les caves du Louvre : ils trouvèrent bientôt le fond. Mais le crédit d*aii£tat tel que la France, est bien plus profond au gré des Concini modernes et de leurs milliers d'assesseurs.

Le^ crédit public amènera donc la perte des Etats, en ouvrant aux gouvememens toujours si frêles et si vains quand ils sont purs, si destructeurs quand ils sont vicieux y l'arène des dispenses. I^rgc arène, où tous aioitnt à se lancer comme tous aiment à fuir les étroits et tristes sentiers de l'économie f

Le crédit épuisera TÉtat, l'exposera peut-être à la su!)version. Cet Etat a des prétextes ou sujets de plainte contre ses voisins. Entravé dans $cs velléités de guerre, il aurait offert ou reçu des transactions pacifiques. Mais le crédit lui sourit. Il lèvera une armée, quatre armées. Il se tienèra sur d'écraser son adversaire. Or, celui-ci reçoit do son cdté ks offres du crédit. Il oppose cent miUe hommes à cent mille hommes. Ce ne sont plus des soldats Ijui entrent sur les champs de bataille ; ce sont nations se heurtant contre nations ; c'est le retour aux temps primitifs des peuples barbares. A force égale, on sort (le la lice épuisés Tun et Tautre : à force inégale, un Ktat a subjugé l'autre ; il le détruit ; il l'efface. Gn\re au crédit, les guerres bout plus fréquentes, les armées

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