‹ Mémoires secretsChapitre 4 sur 15 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DB Là RBU610N Blf FRANCE,

Àb Jove principium. Le Christianisme primitif jeu dans les Gaules de profondes racines. On a dit que ce royaume avait été fondé par les évéques; et en effet, de Clovis à Cliarleinagnei de Charlemagne à Saint-Louis, de Saint-Louis aux temps de Luther, combien puissamment les évéques et l'Ordre politique dont ils étaient les chefs agirent sur le gouvernement, sur l'administration et sur les mœurs ! Les guerres de la réforme religieuse ébranlèrent leur influence; elle se releva sous le régime des puissans cardinaux de Richelieu et de Mazarin. Alors elle lit ombrage au plus impérieux de nos monarques; et Louis XIV, un moment frappé des laleas du cardinal

àt Jansou , lui refusa Tenirée de son conseil , parce qu*il s'était , disait-il , imposé la loi de n'y jamais admettre les chefs de TEglise. Bossuet ne tint, sous son règne, que le sceptre de la science et de 1 éloquence. Il est probable que si Louis xiv n eût pas survécu à son petit-fils le duc de Bourgogne, Fénélon eftt reçu de son élèye la mission de remplir les cinquante ans de bonheur qu*il airait, disait-il, /i/v/ia/vj à la France. Moins jaloux ou moins circonspect que son bisaïeul, Loilb xv remit toutes les rênes de Tempire entre les mains du cardinal de Fleurj. Pacifique, vieux, plus sage que profond, Fleury trouva, comme sans y songer, le secret de donner plus à la France que ne lui ont laissé toutes les conquêtes de Napoléon. Le conquérant Napoléon, il faut bien le reconnaître , n a rien laissé ; au contraire , Bel* gique, Louiûane, Antilles, en tin de c«impte il a tout dissipé. Étonnant parallèle! un cardinal octogénaire, presque imperceptible entre nos ministres, Fleury ajouta la Lorraine à nos provinces et le royaume de Naples aux trônes où s*asse^t la race des rois de France. Tant les empires trouvent souvent mieux leur compte en bénéfice dans Tobscurité que dans le faux éclat, dans la sagesse même en sts vieux ans, que dans le génie sans règle même en son zénith !

Dans un royaume ainsi façonné durant un long cours de siècles par Thabileté du sacerdoce et de l'épiscopati le Christianisme a di\ et devrait encore tout ombrager de ses rameaux tutélaires.

Il arriva , en effet, qu*aucune hétérodoxie n y prédomina ; l'Arianisme introduit par les Visîgoths fut repoussé par le corps épiscopal; l'Islamisme fut écrasé sous le marteau de Théroique père de Pépin, Le schisme des

Grecs tenta en vain d'ëblouir les regards par la perspeo* tive des couronnes de Tempire d*Orient. Vinrent ensuite •Luther et GaWin; pour t)u contre leurs sanglantes banilièreè coulèrent des flots de sang français. Mais en définitive, et de part et d autre, les dogmes fondamentaux du Christianisme s*affermirent dans les esprits au milieu des luttes corporelles les plus acharnées.

Les esprits fléchirent quand le protestant Bayle déclara, du fond de la Hollande, qu*il * protestait contre toutes les religions * , et quand Voltaire se fit de sa mobile imagination un levier pour soulever contre la loi chrétienne toutes les passions des temps énervés.

Tout prit alors le caractère d'une subversion morale ; tout y aida.

Le régent et sa cour y aidèrent par leurs débordemens , et Louis XV , par son imprévoyance , non moins que par sa propre corruption.

Le cortège doré qui, depuis Louis xiv, abandonnait imprudemment les manoirs paternels des provinces pour venir en poste , à Versailles , *

Essayer des mépris

Qu'il rercnail soudain renilre ea poste ^ Paris,

ce cortège crut pouvoir professer et propager des doctrines qui laffranchissaient de liens génans et laisser commodément la religion au peuple.

Enfin, TEgltse elle-même et ses chefs aidèrent à la décadence religieuse. On les vit user leurs forces dans les combats stériles du jansénisme , où déjà s*était consommé, sans fruit pour les vérités fondamentales, le mâle génie d*athlètes chrétiens tels que Pascal et Arnaud; et, sous

les rvgirds moqueurs du philosophismc) on vit et l'é*

glise gilticané et les parlemens qui 66 diment leê éékn*^ teure de cette église^ se provoquer, se heurter, s'engager av«o TÎolenee dans une arène où les deux partis^ le dergé en exigeant des billets matériels deeonfesâoni les tëmëraires parlemens en faisant communier les mou^ raaa par arrêt | donnaient au public des scènes àttsn ri^ dîcules quinsensëes.

Et d'ailleurs, du sein de l'église de France ne s'ële^^ dans la vraie lice où le philosophisme combattait si ar<» dmiment, aucun athlète comparable à Voltaire et à Rousseau.

Ainsi, dans le clergé les talens pâlirent; dans le^ pTfft* miefs ordres de la société, le Christianisme s'altéra; et^ au contraire , une doctrine afft*anchie de tout joug , libra do tout lien , livrant le cœur, Vintelligence et les sens à une complète anarchie, rayonnait à Paris et des féûX du génie et de la splendeur des rangs.

Bientôt le philosophisme ne crut plus devoir accorder l'égalité au Christianisme. Laissant le paradoxe , il saisit la hache, égorgea les prêtres, brisa les auteb, adora des femmes érigées en image physique de la raison humaine ; puis , reculant quelaues pas en arrière de cette extravagance, il proclama Y Etre-Suprême et donna au dieu retrouvé un étrange prédicateur et un étrange grand-prétre : pour prédicateur, Robespierre; pour grand-prètre , la Revetllère-Lépaux : incroyables spectades que nous avons pourtant vus ! de nos yeux , vus !

Avec des pensées bien plus profondes, Napoléon aperçut dans le Christianisme , au moins un instrument de puissance. Son impérieux génie subjugua jusqu'au fanatisme avant lui dominant. Indécis dans ses propres opinions, fl fit| toutefois, fléchir sa cour révolutionnaire

et 668 soldats fanatiquement impies , sûus le nom dédaigné ou abhorré du Dieu des Chrétiens. Il conduisit luimême ses généraux à la métropole de Paris, opposant la jubilation d*un front triomphateur aux contorsions de leurs traits convubifs. De gré ou de force, il mit fin aa schisme constitutionnel , institua des sièges épiscopaux, et il s'avança jusqu'à imposer un catéchisme. Singulier monument des infirmités humaines que ce catéchisme où le plus vain orgueil et la plus basse adulation représentaient, en langage religieux , Napoléon comme Venvoyé spécial du Très-Haut , comme ime sorte de messie moderne ! Là, il y eut faiblesse dans le conquérant qui ordonna de tels blasphèmes; faiblesse dans l'épiscopat qui les reçut de sa maiq. Vain et faux calcul des uns et des autres ! la foi chrétienne ne s'inspire pas ainsi ; et cependant , il j eut cela de vrai que le Très-Haut a signalé Bonaparte dans des vues de bonté sous le rapport religieux, comme il l'a envoyé sous d'autres rapports dans des vues de sévérité et même d'extermination.

La réalité de la foi et des pratiques chrétiennes remonta sur le trône de France avec la race de saint Louisi» Mais qui l'eût dit? Quel effet inexprimable! les destins du Christianisme suivirent dès-lors un cours tout opposé à celui des probabilités morales.

Personne n'est moins que moi disposé à reconnaître un saint dans le roi Louis xviii. Imbu de tant d'idées fausses, où se jouait son esprit orné et brillant, avait-il sauvé du naufrage des opinions bien fixes sur les vérités religieuses dont les Bourbons avaient conservé jusqu'alors, avec tant de soin, le fil traditionnel? Je ne saurais Taffirmer; mais toujours est-il que Napoléon, plus ou moitischrétieii)|!était moins en apparence que Louis xviu }

et quant aux autres membres de la famille royale, cet autre frère de Louis xvi, comme lui symbole rivant dû candeur y cette angëlique tille du roi martyr , ce pieux gendre du juste couronne^ ne formaient-ils point un groupe de chrétiens de la primitive église, offerte fimitation , à Tadmiration , à Texpiation de la moderne Babylone? En ces grands personnages , j'observerais plutôt Texcès que le défaut des exemples religieux; et si , d*uR côté, j*admire l'imposant et céleste spectacle qu'offrait leur communion pascale aux autels de Saint-Germain* FAuxerrois , peut-être blâmerais-je l'ascension trop pa« tente, non pas des princesses , mais des princes à traveri les degrés rocailleux du calvaire du Mont-ValéricD. Peut-étre la piété elle-même invoque-t-elle des exercices plus mâles; mais quel défaut , en un tel siècle, dans les premiers rangs d'un tel peuple! Et si, au contraire, lut* tant avec eux-mêmes, ce que Dieu seul a vu et su, les princes voulaient commettre un acte masculin de vertu dans un défi porté au respect humain, quel ne fut pas'êtt ce fait leur courage !

Près d'eux un cortège, où se remarquaient beaucoup d^hommes sincères, reproduisait en partie leurs exemples. Là se voyaient surtout deux noms qu'une intime et tendre amitié aime, en ce moment, à rappeler de leurs tombeaux trop tôt ouverts : le duc Mathieu de Montmorency, le duc de Rivière.

De ces cimes du Liban découlaient les eaux pures de la religion antique; elles s'épanchaient de degré en de* gré; elles allaient sourdre au loin dans les provinces, et elles y fécondaient des germes qui tendaient ensuite à se faire jour par la chambre des députés : de là, en i8i 5 et 1816, jaillirent d^ beaux discours, quelques bons ré*

Démonstrilioivi toutefois infructa^nse^S. fusant à ^%u\9^ plmnea le mmh de développer des causes qiii m'^traineraient trop loUi du point où je in'arrite, '^ m^ born^ a moatc^ 1^ effets; ils sontçoimae ine^prim^ ^^l ^ntre ce qui fut e| c^ qui wvM àA $tre , il ].eu| ^/Bk contraste efffayant.

lYfpoléoo aYM^i saos le moiudr^ ^ort^ détrôné YqI* li^Q ^ Rous«<^u<, Au ttiéâtre, leprçpii^ «^oibUH B*4(r^ p)«s <|u une p4tur^ pour k^ critique Uttéraire \ «es tragé- 4WM jou^iept r^em«;ut, «t Ma/um^ devrait ipiulellîgîlilç. Le «^ppnd pe voyait plus t^ua lf# tH>udQirs St*ou^ irm à sou fUhi^ 9 e; ne voyait que peu d^ cenre^^i^ ^f ui r^clifrcbef encore sou Em^U el suu Contre sodÊiL Consultes! le# arcbivea de la Ubrainc : plus de nou-r ^lle% éditiou% fu bunuf ur des oquvf^ de ces ifiau^ pbUAftopbee de Ferucy ff^ de^ Genève; tout au plus lea fPfCiennes s* écoulaien(-eU^ péniblement. Pour Diderot et Helvétius , bien plus encore pour BayU et Spiuosa > ^uiil« bibliotbèqua nouvelle étalait eu ses rayons leurs pékans volumes? En un mot, spectateurs et lecteurs, tousi sous Napoléon, reuieut ou cacbent les idqles du pbilosopbbme.

Quelques aunées plus tard , observez de uouveau les faveurs de la presse; à peine a-t-elle assex de types pour reproduire par tous les caractères, sous tous les fonnsts, les paradoxes de Genève et les bouffonneriei de Femey]: las éditions marchent par centaines ; Ice volumes circulent par millions; on ne vend plus , on donne , on pro^ digue les blasphèmes accumulés en Jbrmê cQmpaçt€. L'Gtenffile mdme u'est pae plui UMioag^ pour )e celviuisie

que pour le catholique; de nouveaux Procustes ralott<* gent I le rapetissent , lui donnent leur nom ; il surgit un Évangile-Touquet. De telles rapsodies, que n*assaisonne aucun sel, qui n'offrent au goût que le suc acerbe d% l'impiété brute, inondent les quais, les faubourgs, les boutiques de Paris ; et les Bourbons j régnaient !

Dans les temps de Napoléon et même sous le Direc-* toire, pendant que le philosophisme encore honteux des saturnales sans-culotides s'imposait un profond silencei le Christianisme enfantait les œuvres les plus insignes de la littérature récente. Il révélait dans M, de Chateaubriand le don d'user de la langue française comme Arophion de la lyre, et dans M. de Bonald une forée de tête qui, appliquant le principe chrétien à la légiS" Uuion primitwe et à la théorie des pouvoirs^ a enseigné à ta France et à l'Europe réfléchissantes, soit des vérités nouvelles, soit les raisons religieuses des vérités re-' connues.

Voici venir au trône, tour à tour, les frères de celot qui monta de l'échafaud dans les cieux ; et un seul grand écrivain publie l'un de ces livres qu'inspirent les peuples en déclin et qui leur survivent. M. l'abbé de La Ménnais s*essaye à remuer le siècle en ses mortelles hingueurs. Il attaque avec vigueur \ indifférence religieuse; majs il se hàte,il ne publie avec rectitude que le premier volume; il se détourne au second , et puis il s*arréte, il s'égare, il tâtonne, il tombe.

Le xviii* siècle avait donné au philosopliisnic Tascendantdu talent, le xix^ le rendait au Christianisme; et pas un homme du parti adverse ne pouvait disputer U palme à ces trois hommes illustres.

Sous Napoléon probablement , concentrés dans k

proptgation des grandes vérités, ils auraient éclairé la scène du monde par des lumières qui auraient illustré notre littérature, agrandi leurs noms et surtout senri le genre humain.

Sous la restauration, on les détourna de leur vocation divine. L'aridité de la politique, des honneurs indiscrets ou des procédés insensés changèrent en filets d*eau de larges fleuves. On vit M. de Chateaubriand vainement ministre, M. de Bonald obscurément député, M. de La Hennais cité en police correctionnelle; tous trois, ou trop empressés ou trop obligés à amortir sur des bancs décorés ou hideux le glaive dont la Providence avait armé leur intelligence! Et M. Frayssinous, autre homme aupérieur en son genre lorsqu'il exerçait , par l'art oratoire, un merveilleux ascendant sur la jeunesse studieuse, passa, de la chaire où il rayonnait, dans les tribunes el dans les conseils où il disparut.

Je ne sais quel avortement stérilisa tous les dons du géaie en ces temps où l'orgueil, ivre de ses piopres fu* mëes, jeta péle-méle le sort des humains à travers des ▼cnes si trompeuses et des chutes si rudes.

Dans les chefs du pouvoir, il y eut défaut de discernement dés hommes; dans l'homme, il y eut défaut de discernement de soi-même: ces deux nulUtés ont été bien fatales.

Reporapées ainsi de tous les points par la vanité aride, les sources religieuses que la révolution avait rouvertes par l'effusion du sang, et dont Napoléon avait recreusé les canaux, se desséchèrent; les sources du philosophisme, au contraire, se remplissaient en sens inverse. Aux débordemens des vieux livres s'adjoignirent les journaux quotidiens, la jeunesse des écoles savantes, les

professeurs salariés par l*écit pour les bames chairea. L'affluence produint an torrent. On n*j distingua pas deux ou trois hommes dominaleurs, comme au temps de Voltaire et de Jean-Jacques; ce fut comme une plaine de tout point submergée , où les flots battaient les hauteurs. Là furent les masses, la génération vouée aux arts libéraux , les portions les plus vivaces de la société. De toutes parts retentirent de nouveau les accens du fanatisme. Parti-prêtre^ eongrégaiîon^ jésuites : ces insipides roots furent le talisman véritablement burlesque que les habiles imaginèrent, que les prosélytes affamés propa* firent, que les sots en foule adoptèrent.

En vain il se forma (dusieurs sociélés de missionnaires pour opérer dans les masses populaires une réac-. tion propice au principe religieux. Elles ne se contentèrent pas d attaquer tous les villages du royaume ; elles affrontèrent hardiment les plus grandes villes. Deux chefii-lieux des prtfectures que j*ai occupées, reçurent des missions de mon temps. Non seulement comme chrétien , mais comme homme public, j*en suiTis atten-, tivement les exercices. Cétait un spectacle prodigieux ! Il y avait prodige dans la multiplicité et dans la diversité des talens oratoires, dans la ferveur et dans la force physique de ces nouveaux apôtres ; il y avait prodige aussi dans Tempire absolu et soudain quilt exerçaient sur les flots d'auditeurs de tout rang, de tout sexe, de toute opinion, accumulés dans leurs églises. On aurait dit le fer se liquéfiant dans la fournaise. Mais en reconnaissant et bénissant ces émotions propices à Tordre moral , j*en observais aussi les résuluu réds. Ils ne laissaient guères d'impressions profondes ^ il €^ s'explique.

Les misncimaîres s-adlressaient et à rintellîgenc6 et au cœur. Ils voulaient prouver et reformer.

Prouver le Christianisme en quelques conférences ! Irviier éti Dieu, de Thomme et du monde visible et hivirible en quelques heures ! cMtait prendre un cadre trop étroit pour y placer en reKef la solution de toutes les difficultés.

Réformer en ce même cours d'heures fugitives les mœurs d*une ville, les habitudes invétérées de ses efaisses diverses, les vices cachés ou patens que Tâge actuel infuse, pour ainsi dire, dans chaque auditeur par tous les pores, hier, aujourd'hui et demain! c était demander aux eaux purificatrices du Jourdain l'abondance de rOcéan.

Le divin esprit du Christianisme opéra ainsi dans son eommencement. Mais ce que Dieu fit pour le genre hu« Hiain tout entier, l'eùt-il fiiît pour un seul peuple? et devait-il cette fiiveur au peuple français, saturé du sang ée ses martyrs, moteur criminel ou criminel instrument de tant de désordres ?

Les misions ne répandaient que des semences fructueuses. Quelles mains ensuite en développaient la culture ? Au départ des missionnaires, ne restait que le dei^é ordinaire : faible en nombre, souvent faible en talens, absorbé par des fonctions saintes et pénibles et ternes, il voyait s*étioler, languir, se flétrir et périr les plantes si subitement nées dans ses sacrés parvis. Les villes ébranlées jusqu'en leurs fondemens,sous les coups accumulés des vérités chrétiennes, retombaient comme affaissées sous leurs propres efforts. Peu à peu les églises se dépeuplaient ; les heures du jour reprenaient leurs occupations profanes ou pires, U rsuah eepeii*

dant 11119 impreanon ^igiMiieiit reKgÎAiise, quelques pratiqueft respectables, des cbanis àe cantiques dont les airs délicieux devenaient populaires : c^dfait mieux qu'auparavant ; mais de ces menus effets à la reforma substantielle d*un peuple, quelle dbtance ! Des éclairs avaient brillé : leur slUage s'évanouissait dans la nuit profonde.

Quelquefois la nuit s'obscurcissait davantage, non seulement par les oppositions du contraste soudain, mais par l'effet de deux contradictions morales.

Derrière les fervens missionnaires, souvent auprès d'eux et quelquefois jusque dans l'enceinte de TégUse ouverte i tout venant, rugissait la secte qui, sous le nom de libéralisme, reproduisait par indivis les démons incamés du philosophisme et du jacobinisme. Timide d*abord , elle s*enliardit à mesure que la prétendue Restauration lui permit de r^rendre vie et force. Des écrits calomnieux, elle passa aux interrup« tions verbales-, aux menaces, aux violences; elle en vint même à assiéger et à occuper corporellement jus ' qu'aux sanctuaires : violences qui , transformant nos' temples de paix en arènes de scandale, dénaturaient dans son essence l'œuvre religieuse.

L'autre opposition fut celle du gouvernement royal. Que Napoléon, attentif et contraint de l'être à l'apparition de tout pouvoir excentrique, ait entravé l'action du pouvoir religieux des missions sur les masses, on le conçoit. J'ai vu i Toulouse celle qui, la première , éveilla ses ombrages. Un homme, le père Miquel, remua pendant quarante jours la capitale du LanguedoCi suffit seul à tout et à tous, et termina sa mission m faisant défiler dans les rues de la cité , comme une Wh

inée en bataille, quarante mille personnes. Surpris d un tel acte de puissance en un seul homme, Napoléon s'en inquiéta et prohiba. Les ministres des Bourbons ne prohibaient pas les missions ; mais, divisés euxmêmes en leurs confuses croyances, ils les considéraient au loin , quelques-uns avec répugnance , tous avec indifférence. Agens secondaires de Tautorité publique, nous, chefs des départemens, suivions les traces des chefs du gouvernement. Certes, libres à nous de nous en écarter : libre à chaque préfet d*aimer à son gré la musique, la danse ou les missions. On laissait à Thomme son franc arbitre ; mais du gouvernement royal à Tadministrateur provincial, ne survenaient ni instruction, auparavant; ni incitations, pendant; ni questions, après.- L*altératiou ou l'extension du principe religieux ne s apercevait plus de Paris.

A cet égard, je citerai ce qui m'advint en 1816. M. le duc de Richelieu était alors premier ministre : j'occupais la préfecture de Bourges. Une mission arrive : elle triompha de la torpeur propre au Berry, Paysans et militaires, hommes publics, hommes privés, presque tous en éprouvèrent Tinfluence ; et sa durée iut pour la ville une période de bon ordre, de paix et, peu s'en fidlait, d'extase religieuse. Tant que l'imposante basilique de Bourges retentit de ses terribles ou onctueux discours, le théâtre se ferma; les comédiens s'éloignèrent spontanément. La mission terminée, ils revinrent et, suivant les règlemens de police, ils me soumirent le répertoire des pièces qu'ils allaient représenter sur la •cène. Tartuffe y figurait en première ligne. « Vous avez

• trop bon goût , dis-je poliment au directeur, pour jouer

• JWt^^ le leodemniii d'une mission : attendes un mois,

> Pour les aiiir6s, comme il ^ui plaira* « Or, roiià que le duc (le Richelieu apprend , par Yune de ces bouches libérales qui avaient tant d* empire sur son faible esprit, apprend , dis-je , ce trait de despotisme oriental et de vandalisme gothique. Il rencontre le soir, chez sa sœur, un de mes cousins. « Ah ! ah ! lui dit-il en grin^nt le rire, M. de Villeneuve qui défend déjouer le Tartuj^i Ah ! ah ! le Tartuffe qu*on jouait devant Louis xiv ! défendre le Tartuffe] ah! ah! » Et obligation me fut imposée d autoriser les comédiens à effacer bien vite les impressions déjà trop fugitives, et à jouer leur Tartuffe sur des bancs à demi-déserts où étincelaient pourtant des regards démoniaques. Qui plus est , ces regards je dus mettre ma force à les braver; je cnis devoir assister en personne au spectacle, afin de déconcerter, par ma présence , les allusions de Voutrage au culte public. Au fait, en cet exemple, chacun joua un rôle naturel; llk comédiens trouvèrent du sel à lutter contre les missioii* naires; je trouvai du bon goAt et du bon sens à rendre au public un hommage que, eussé-je adoré la lune, j'aurais dîi lui rendre : M. de Richelieu trouva une ineptie de plus à faire, et la fit.

Ainsi , n'ai-je pas eu tort d*observer que les missions tentées par le clergé français , sous le règne des deux Bourbons, pour redonner aux peuples de France un es* sor général vers le Christianisme, éprouvèrent deux op* positions ! Tune violente, celle du philosophisme et du jacobinisme ranimées de leurs cendres; Tautre, sourde et irréfléchie, celle du gouvernement royal, assez maladroit pour tirer sur ses guerriers et pour miner ses propres bases.

Ainsi, encore, s expliquent ou du moinise conçotreni

les effets cohtrâdietoires ^e Nap<déon et des Bourbotia. Sous N&poléoTiy ^ fut musulman en Egypte, le Christianisme Se rallume : sous les Bourbons , qui , heureux ou malheureux I furent sans cesse fenrens catholiques, le Christianisme en France s attiédit, s'use et ya s*éteignant dans la foule où se pressent les classes moyennes de la société.

ArriTOhs maiatenlinti considérer son état pr^nt et les conséquences de son déclin.

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