CHAPITRE II
DB t ATRBfSffC ÉH FBÂlYCB.
Au terme des ykissitudles que le Christianisme a su* bies en France depuis cinquante ans, sous des gouvernemens si divers , mais tous ou ennemis acharnés ou amis languissans, nous pourrons évaluer Tintensité dehi fol chrétienne, en Veiaminantà Paris, dans les provinces du Nord, de VOuest, de TEst et du Midi; dans le commerce; dans la bourgeoisie; dans les artisans; dans le peuple inférieur; à Tarmée; dans la magistrature; dans les chambres législatives; dans la législation qui en émane; enfin, datisle gouvernement qui donne à tout rimpulsion et la direction.
Balançant les r^ultats de cet examen au poids du sanctuaire , nous jugerons alors si la France est chrétienne, si elle tend vers une autre religion , si elle s*éteint dans l'athéisme, ce dernier abîme sans fond où le néant dévore les nations putréfiées.
Paris est-il chrétien ? Voyageur qui arrivez des rives du Bosphore , dites-nous : Quand vous pénétrâtes dans les murs de Bizance, vous fîtes- vous cette demande: Constantinople est-elle mahoniétane? Les mille tours de Minarets, ces voix retentissantes qui appellent sans cesse
le peuple à la prière, un regard du dernier musulman, auraient leyé vos doutes.
Allez à St-Pétersbourg et à Moscou : le prêtre de rOrient y manifeste partout les symboles de son culte. Il y a peu de semaines qu'à Pétersbourg Teropereur Nicolas a inauguré un monument en mémoire de son frère Alexandre 1*''. Toute la Moscovie semblait y assister; cent mille soldats remplissaient la place , le monarque à leur tête, ce monarque dont Taspect rappelle ce Vers célèbre :
Le monde , en le ? oyant , a reconon ton maître.
Mais Usait, lui, reconnaître un maître qui le domine. Par quoi voit-on commencer une solennité en apparence profane? par loffice des morts; la voix grave du clergé le fait entendre au loin; partout règne un recueillement profond : Nicolas descend de cheval, écoute l'office à pied, s'agenouille à la dernière prière; et ses cent mille guerriers mettent aussi genou en terre à Texemple de leur chef, rendant du fond de leur âme un sincère hommage à leur créateur. Vous figurez- vous, pendant la prétendue Restauration, un roi de France et une armée française en cette attitude?
Tandis que le culte grec opère ainsi à Pétersbourgi vous voyez à Vienne ou à Madrid , à Madrid même actuellement plombé au jacobinisme, vous voyez le cm* tholicisme se produire le front levé , du trône à Téchoppe.
Et à Londres même où le commerce du monde accumule tant de trésors et tant de passions, le dimanche fait sentir profondément sa solennité divine.
Et, s il faut remonter jusqu au temps où Rome ido»
lâtre était parvenue à lapogée des grandeui^ y de Topu* lence et de la perversité, aurait-on questionné sur leur culte ces romains dont la vie était comme entrecoupée de rites religieux, consacrant tous leurs actes et jusqu'à leurs festins par des ablutions , par des sacrifices, par des hommages rendus de toute sorte à la divinité ? Que pouvait de plus Rome païenne?
Que peut de moins Pans chrétien , s*il Test encore ? L'eau du baptême est jetée sur le front de l'enfant qui vient de naître; aux pieds de lautel s'agenouille une fois le jeune homme qui se marie; quelques cierges luisent une demi-heure autour du cercueil de l'homme mort. Retranchez ces trois époques obligatoires de la vie humaine ; où est la religion de Paris?
Cité imprudemment colossale , elle renferme environ six cent mille adultes. Pas cinquante mille ne partici* pent aux deux plus grandes solennités du culte ohrétien , la naissance et la résurrection du Médiateur. Comptez cent mille, en y cottiprenant les cultes dissidens : à quoi et à qui croient de fait les autres cinq cent mille âmes qui nagent au hasard et s'engloutissent tour à tour dans le gouffre du temps ?
Le dimanche pour le Parisien consiste à se parer, à voir, à se faire voir. Aussi quel spectacle enchanteur offre à l'œil, dans un beau jour de printemps, ses boulevards , ses Tuileries, ses Champs-Elysées: les Champs-Elysées toujours et partout si voisins de ce Tartare où Thésée , assis sur un roc, « et assis pour [éurnité^ dit Virgile, » criait aux mortels et de sa déplorable voix et de son terrible exemple :
• Apprenet U jotlice et le retpect des dient. Pi«C4t#7'««lcfisii MOniti ft non Umn$f Hiroê» •
Vain ftyerHsseniéTit pour le Parisien ! Pour lui , le di* manche n>st pas même un jour de repos légal : je n€ dis pas de repos absolu;car, véritahlement^il est comme impossible qu'en ce tourbillon d'hommes et d'affaires, un seul jour sur sept soit retranché tout à fait du trarail et du mouTement sans compromettre le sort des uns et le cours des autres. Mais qui veut ou peut se reposer trouve du goAt à enfreindre la loi religieuse pour le pisisir de Tenfreindre : voilà le sel de sa dépravation. Gonsidémà Paris, et dans picf sieurs villes de France, la foule des ouvriers : travailler le dimanche, se reposer, rire et boire le lundi, est leur règle pratique.
TbA voulu , à cet égard , me donner un spectacle «e> compli. Depuis la révolution de juillet, j'ai visité Varia quinze jours. C'était à Pâques, en 1833. Déjà près de trois ans avaient passé sur la grande effervescence et ses glands résultats. Quelques pierres de l'archevêché de Paris subsistaient encore. Voir, un jcnir dePàquea, et ai long-temps après la tempête politique, des ouvriers de Paris arrachant, au prix d'un salaire régidi#^r que le gouvernement soldait, la dernière pierre de rédifice où les siècle avaient vu mourir tant deTeques, et on Napoléon voulait placer le Pape, me parut chose curieuse en fait de christianisme. Des torrens de pluie déconcertèrent , en cette solennité , le voyageur et le démolisseur. Mais au dhnanche suivant, à l'Octave de Pâques, l'expérience était belle encofe : jaHai sur les Keux ; je demandais à mes propres yeux la conviction, elle fut parfaite. Oui ; l'ouvrier creusait et extirpait les fondations. Rien ne se fait avec phis d'ordre et de sang froid. C'était le chef-d'œuvre du genre.
Et UQ fiHinfi j ug i il à a» ohm tfm je méiais pas
an inspecteur ofBcid de tes chéfs-d*œuTr^1ft , me dit de « lui-même : « Ah ! j j étais; la foule s*ëtendatt jusque « là-bas : il j ayait trente hiille démolisseurs et deux « cent mille spectateurs ? »
Les exemples de Timpiété franchement frénétique ou froidement spectatrice | pourraient se raultipUeK
Bornons-nous à deux grands faits patens pour aToir fne vue nette du degré de christianisme qui êfàtaé
Et d aliord , comptes le nombre et obsenrex Fâropleuf des Basiliques que sa foi voUe au culte diyin. Vous JMir* tex de la rive droite de la Seine et marchex au nord à travers ces longues rues qui , telles que les rues de Riche*» lieu ou de Montmartre, renferment chacune isolément la population d'une grande ville. Vous traverses les bj>à« levards ; vous atteignes les quartiers neufs où afDoe Topu» }ence des métaux et qui , de merveille en merveille j sépra* longent jusqu'aux barrières. Disséminée dans nos Cttli* pagnes, cette population construirait et occuperait deuit cents églises. Mais là , deux basiliques dignes de ce nom^ St-£ustache et St^Roch suffisent. S^Germain-rAuxefroM était de trop. Les Vandales Tout mise en lambeaux, et dé ses débris tentent de faire une mairie. Peut-être àthévera-t-on la Magdelaine par vénération pour léS beaux: arts qui 1 élèvent ; et bon gré mal gré, ce monument tiendra au secours. Msus passé lé boulevard et dans la maghtiique Chaussée*d'Antin, que voit-on ? trois chapelles de village, jp crois : rien , pour mieux dire. « Le fils de Thom- Qie ïïkj a pas où reposer sa tète. • En sorte qu*on ent é ibrcéuient dans ce ccrrie vicieux d*idéi*s funestes et déplorables : Paris sans églises parce qu*il ne veut pas de cuhe , H staa cake parce qu'il n'a pat d*égBiea.
L'autre fait patent résulte des détails statistiques de Fadministration. On assure, jai peine à le croire, qu'il existe à Paris quarante mille ménages fortuits que n a unis, non seulement aucun lien religieux, mais même aucun lien civil et légal. Ce sont des accouplemens de bestiaux qui se rencontrent, s'abandonnent, s'échangent, mettent au jour des petits qu'ils délaissent. La charité inépuisable des instituts religieux les recueille , les allaite, essaie de les élever. A leur tour, ils entrent dans le monde sans y avoir connu ni les sourires de la mère ni les leçons du père. Ils y entrent marqués au front d'un signe réprobateur qu'ils fécondent et qu'ils propagent^ Ces milliers d'êtres accidentels dont nulle loi divine ni humaine ne scella l'existence, que sont-ils? que serontils.»* où les emportera le soin d'une vie qui, fondée hors de la société domestique, ira s'animalisant de jour en jour? Enumérez ces milliers d'humains; supputez et pesez leurs races ; le vice y a jeté tous ses élémens; l'âgé donne à leurs organes une fermentation violente. Apostats-nés, séditieux-nés, armés d'ailleurs de toutes les passions éminemment parisiennes, ils doivent méconnaître, ébranler, tendre sans cesse à renverser non seulement le Christianisme, mais l'état civil et Tétat politique des autres honmies.
Paris, disait pourtant l'empereur de Russie Alexandre étonné que Napoléon eût quitté un tel séjour pour aller se confondre à Moscou, Paris est un paradis terrestre. Paradis terrestre en tant que nul autre lieu sur la terre n'émeut si vite et n'assouvit si aisément tous les vœux soit déréglés, soit raisonnables de l'opulence; oui, sans doute. Londres même, où le sensualisme anglais a épuisé les combinaisons, ne réunit pas au même degré tous les
fruits du génie social. Mais, ainsi que dans le paradis terrestre il fut un fruit qui donna la mort, de même à Paris, Tarbre du bien et du mal, si explicite en ces deux branches, produit le fruit mortel de Tathéisme pratique dont cinq cent mille âmes sont empoisonnées.
Enivré et comme hébété par les facilités de la vie physique, considérant la nature comme son tributaire obligé, ahuri à la moindre de ses rigueurs, ne sachant d'ailleurs comment croissent ni le pain ni le vin, faisant, lorsqu'il est professeur de sciences, des expériences agricoles dans un vase de fleurs, le Parisien écrit en vers et en prose :
Ou ne TÎl qa'i Paris et Ton végète ailleurs.
Il vit, si vivre c'est dissiper chaque journée dans le vagabondage des courses et dans l'inanité des discours \ si vivre c'est diviser son être et avoir sans cesse étouiv diment une oreille, un œil, un pied, un regret, une pensée où Ton n'est pas; il vit, bien que chaque matin soixante mille liabitans de Paris demandent au soleil levant d'où leur viendra le pain de la journée : car ils sont soixante mille à qui la veille n'a laissé ni une obole d'ar* gent ni une once de pain; il vit, si vivre c'est toucher sans souci sa rente à l'expiration du semestre, et moisson*» ner sans culture, et jouir sans travail, aussi insouciant de l'autorité humaine que de l'autorité divine. Le dieu du monde, le roi de l'état deviennent pour lui des êtres réels alors seulement qu'ils offrent à ses sens blasés des spectacles nouveaux. C'est toujours comme il fut à Borne, comme il fut à Bizance, l'une et l'autre condamnées à mort , panent et circenses. La divinité accable Pa-
!fe.
ris de ses dons ; il ne songe à elle que de loin ^ loin. La Royauté I a entouré de prodiges : il la brise ^uapd bon lui Semble. Et cette vie brutale qui n*est dans*ia nature ut physique ni morale de ihomme^ il la pousse jusqu'au cercueil, à l'aspect duauel, enfin réveillé de 9e^ r^yes d*oi|[ueil et d*ighorance, il aper^*oit obscurément où est là v&étation , où est la vie.
Des considérations politiques me ramèneront plus tard à cette cité dominatrice. li ne s'agissait ici que d evalaar en quelque sorte sa température reli^euse: les degrés métriques n'en sont pas nombreux.
L'atmosphère de Paris se développe hors de son enceinte; elle embrasse les campagnes lointaines; un rayon de trente lieues en éprouve l'influence. Là aussi les soins de vivre sont plus nombreux qu'aux anciens jours^ les besoins plus compliqués, les goûts plus raffinés; et là aussi r«s[>rit se détourne de son principe , oublie ses Ir^* ditions, s'appesantit dans le matérialisme; non que les édifices consacrés en ces florissantes campagnes au culte religieux ne soient pas en nombre suffisant; mais Iaso« litude règne au sanctuaire; l'instruction s'y raréfie, s*y évapore; et hors les lal>oureurs, la classe populaire elléméihe y incline systématiquement vers rindifTérence.
Éar-delà ce cercle de trente lieues , la perspective re» l^peuse varie; elle s'étend ou se resserre, elle s épure ou , a*«flface suivant et les distances et divers incidens qui on^ . plus ou moins ralenti les progrès de la dépravation morale.
Vers l'Est, ki race allemande, plus avancée dans les arts de l'industrie, parak avoir aussi rétrogradé dans les Toies chrétiennes. Aux œuvres on peut juger la Fui. Les dispofitîoiis révohitioiU)aires soûl plus «iiracui^ là
i|ii^tn«iivs 1 •*«t| un fuit notoire* Or, là revohilioa tsi de sa nnture anti-chrétienne. Qu*en conclure? En ceci lo oonna mHnduil à Tinconnu; ei, en effet, il est raisonnable de présumer que la lente influence des doc^ trines de Luther a dû, en ces régions où elle s*est pro« pagée sans action républicaine, ouvrir un accès facile aux doctrines subversives du Christianisme.
Un résultat contraire, il est vrai, s*obsenre au centre et au midi du royaume, où le Protestantisme a fait de longs et terribles efforts sous la bannière républicaimo de Calvin. Le fracas des guerres de religion, les ruines queUeaentruînent, les bahies qu'elles suscitent de race en race ont laissé dans la croyance catholique une in^ pression qui dur^. On s y est tenu comme en présence de l'ennemi, plus vigilant sur soi , plus attaché à aon dr^* peau. En ces pays, U foi chrétienne, le prêtre, Té^ise, ont une vie propre et permanente.
De sorte que le Protestantisme aurait pi^opagé le Pbiloeophisme à l'est du royaume, lauraii au contraire, sinon réprimé, du moins ralenti dans plusieiurs sections du sud et du centre.
A Toccident aussi la foi chrétienne vit dans les classes laborieuses des races vendéennes et bretonnes.
La race flamande conserve assez, dans la mansuétude
# 4^ ses mœurs, l'esprit catholique du Belge empreint
kii*méme encore des traces de la doMunation espagnole.
La race méridionale qu entourent de leur imposante ceintura les Alpes, la MéditenraMe et les Pyrénées» ré^ iéchit dans sa physionomie mâle et rude bien des analogies avec l'Espagnol et l'italien. Comme eus, elle a dérivé aeb idiâam cki latin et sa foi de Borne cbréûenn^^
a pas effkcés, et Taccent religieux est plus prononcé là qu'au nord et à l'est de la Seine.
Des traits si généraux toutefois ne sauraient portei l'empreinte de la vérité exacte : il y a erreur à délimiter ainsi la situation actuelle du Christianisme en France par zones territoriales. Que n'est-ce en effet ! Que ne pouvons-nous dire avec assurance : Hors Paris et la trop ▼•ste circonscription de son influence et l'orient du royaume, le Christianisme est demeuré victorieux! Non : l'Ouest et le Midi et le Nord ne sont pas chrétiens au XIX® siècle comme ik l'étaient sous Louis xiv; le mal relatif y est moindre, mais le mal absolu y remplit de grands espaces; et pour apporter à cet examen une mesure plus précise, apprécions , sous le point de vue religieux, moins les surfaces du sol que les classes diverses entre lesquelles la société se divbe.
Voici la bourgeoisie et voilà le peuple.
Je distinguerai dans la bourgeoisie trois positions : le commerçant qui habite les grandes villes ; le propriétaire qui réside dans les petites; le lettré qui exerce lea professions libérales.
Par commerçant j'entends cette foule d'hommes dont les uns façonnent, dont les autres échangent les pi^ duits que la consommation demande à l'industrie.
C'est une chose singulière comme entre ces hommes ^ plus ou moins habiles à mettre en œuvre les dons de la Providence, il en est peu qui remontent de la matière brute à son suprême auteur. Mesurer et calculer , c'est l'emploi de leur temps. Dans la circulation rapide des métaux monnayés qui glissent chaque jour entre leurs mains, il semble que ces mains contractent une souillure acre et irritante. Il en est beaucoup pour qui user de l'or
n*est que le second but : leur première joie , c est de voir Tor, de le palper, de le groupper^de Taccumuler, de le rouler, de le dérouler. Le métal quon croit posséder, et qui au contraire possède, devient culte. N'importe ici comment ni pourquoi : que le moraliste explique le fait ; mais le fait est qu eu général fabricant, négociant, banquier, attachent bien peu de prix à la conservation en France du Christianisme.
Des villes d*ordre inférieur jusqu'aux bourgs à peine naissans, suivez lautre classe delà bourgeoisie : une partie du jour, le bourgeois propriétaire se promène les mains au dos , sous les arcades de la balle. Il a lu la gazette en son obscur café. Doué d*une mince instruction, il puise en un i*épertoire d*erreurs ou de mensonges une poU tique orgueilleuse ou niaise. Il s*y livre avec bien plus d*attraits quàla culture des terres. Il va et commentant et raisonnant et s'échauffant. Sa vanité se complaît en lui-m<}me où la naturea souvent mis peu , où l'art et letude ont mis bien moins encore; et il se croit l'esprit aussi fort que celui de Voltaire, lorsque remémorant quelques scandales vrais ou faux, il attribue par privilège exclusif aux rois, aux prêtres, aux nobles, tous les vices dont le genre humain a sali son histoire. Quelle place occupe le Christianisme dans ce cerveau étroit et dans ce cœur à demi-pervers dont , même aux champa, l'orgueil a faitsa proie!
L'orgueil a subjugué avec bien plus d'empire encore la troisième section , celle des hommes que j'appelle lettrés. Ceux-ci , disséminés dans les villes et dans les campagnes, semblent n'avoir rapporté de leurs études que des gennes de choix pour dépraver et annuller l'intelligence. Quand Galien eut décrit le mécanisme du corps
humain y «Voilà, a*écria-t-il, le plus bel hymne à la dirinité! > Plus savant encore , Hyppocrate aurait descendu r^'clielle des siècles pour unir sa voix à ce cri d^admiratioq. IVIaint^nant , une foule de sectaires d*Esculape qui peuplent pos villes et nos bourgs, mécréent le spiritualisme et honorent la Nature. Qu*e^-ce que la Nature ? Est-ce un être vivant, un être mort, un être actif ou passif? Us nen savent rien^ mais c'est leur mot;^ et sous cette grossière enveloppe, Tathéisme est sinon leur foi, du moins leur vœu.
Moins prétentieux en hautes sciences, le notaire, l'avocaf , Tavoué, comptent leurs actes, leurs paroles, leurs écritures. C'est leur champ ; c'est leur savoir faire. Ils en cultivent le sol trop fertile avec une ardeur qui dé* Tore leur existence et abâtardit leurs pensées. L'ordre moral s'efface à leurs yeux : ils ne placent qu'en eux Tordre social. Déviation inexprimable! la propriété foncière, origine et fin de l'ordre social , ne leur inspire qu'une considération secondaire. Eux, s'intitulent: Capacités; ils se jugent prédominans. La propriété, le territoire, déjà saignées de toutes veines par le fisc, •ont desséchés par ces classes qui ont entrepris et en partie réalisé sans loi agraire , l'étonnante opération de délacer les fruits du sol ou ses possesseurs.
Non , et je rappelle avec énergie mes premières paroles, non qu il n'y ait en tous ces états des exceptions dignes de tous nos hommages. En ce médecin , je vois briller la vraie science , la foi et l'honneur, qui régalent aux premiers rangs de la société; en cet avocat, l'éloquence sincère et appropriée au barreau ; en ce notaire , des vertus douces, modestes, désintéressées, ornées de talens
Mr qui repose la paix des (aaùUes. Mais, encore uq#
fois, j'omets les Thrts^s; j^mets ceux qui sarnagml [rari Plantes !) sur le vaste Océan. Gr, et sauf les excep» tions, qui méconnaîtra dans les professions libérales lar prédominance de l'esprit irréligieux ? Qui, du haut du Niagara , ne jugera pas Tirrésistibilité du torrent et Tim^ mensité des vapeurs dont ses tourbillons rempUssenl Tatmosplière ?
De Fanalyse de la bourgeoisie, passez au peuple. Il se diviseaussi en deux sections , les artisans , lescultivateiirs.
Placé dans les villes grandes et petites, Tartisan enf contracte vite et les vices et les opinions : sans doute opinions négatives; car si parfois il fait le savant, d^QnKnaire il s*en tient à nier ou à oublier les levons primitîreë qui le gênent. Mais cette nuance de perversité suffit à sa corruption. Livré sans grande peine à des labeurs sédentaîres, il y recueille un lucre plus fort que celui des champs. Il connaît donc le repos des classes plus fortu* nées, en même temps qu*il boit à la coupe de Taviditil satisfaite : coupe enivrante! la soif du mieux s*en irrita sans mesure : il faut monter de plus en p^us et de jour en jour. A proportion quils^élève, sa fbi consciencieuse décline ; et, dans la plupart de nos villes , Partisan com^ me le marchand sont parvenus à ce terme fatal oà riiomme matérialisé ne se réveille qu*au sinistre appel de Tinévitable mort.
Un sentiment plus intime de Tordre et de ses rapports subsiste dans Tesimt du peuple des campagnes. La régularité de ses travaux ly dispose. Pour hii le dimanche est un vrai jour de fête. Ce jour lui porte repos et dis« traction. Le Protestantisme qui abrogea presque tous les signes extérieurs du culte divin et en exclut tous les beaux art^ , traita cniellemeiit la tu^ui^ àe rhooMnew
L'homme doit travailler pour vivre, et le travail de la terre est son grand atelier. Voyez dans les campagnes cette foule de cultivateurs qui, en effet , composant la masse du genre humain. Chaque saison leur apporte ses intempéries. Il les subit avec une constance qui étonne ; il fauche et il moissonne sous le poids de trente et trente-cinq degrés de chaleur que lui darde le soleil de la canicule. Après six journées de tels efforts , luit le jour du Seigneur, Certes, il laime; il entend avec joie la cloche qui Tannonce; car sts muscles, violemment tendus, vont s'assouplir, et, s'il est fidèle à l'observance qui l'appelle à sa paroisse, il trouve dans son église le seul édifice décoré et plus ou moins doré qu'il connaisse ; ses yeux y aperçoivent quelques peintures dont les couleurs le réjouissent ; ses oreilles y ouïssent quelques chants dont l'harmonie, fût-elle rude, l'attire et le calme. Il écoute alors l'instruction du prêtre. Jamais les sept sages de la Grèce ne firent entendre des vérités si hautes et si sensibles que le dernier vicaire de nos paroisses rurales. Si elles sont couvertes d'un voile, la main du prêtre le soulève. Il est même remarquable que la plupart des paraboles dont le cultivateur entend l'explication au prône, sont prises dans l'ordre de ses mœurs ou de ses soins. C'est l'ivraie mêlée au froment; c'est le bon pasteur qui rassemble ses brebis; c'est la semence qui tombe et germe ou sèche suivant le sol. L'agriculture explique •tt cœur toutes ces allégories. Peu à peu au flambeau doux et pur que les prêtres chrétiens font luire en ces Ueox de réunion fraternelle, l'homme des champs reconnaît sa marche; il se résigne à travers les ténèbres d*une IFie incessamment fatigante. Son esprit s'étend par la ré« ^exîoii y et son âme s'élève par la prière.
Ainsi et les saisons, et les années, et les lourds travaux, et les légers délassemens se succèdent. Maintenu sous la dure loi du travail et sous la loi consolante de rÉvangile, le laboureur catholique cède à Vaccomplissement de l'une et de Tautre sans trop relever une tète superbe.
Telle est, en générmlîsant le point de vue, la situation actuelle de la population rurale; et là se révèlent des inouveniens de sève, quelques chances de salut. Dans les contrées où les traits que je viens de tracer s*adap tent le mieux, on aperçoit même, il faut le dire, des physionomies de paysans sur lesquelles la foi et la candeur impriment un caractère vénérable et presque auguste. L'homme des campagnes et le bourgeois des villes, lorsqu'ils demeurent incorruptibles, honorent la nature humaine, puisqu'ils montrent en elle le pouvoir de dompter les plus violentes des passions humaines. A cet égard, honneur à vous, noble Vendée, Bretagne et Flandre, Languedoc et Provence!
Toutefois, dans ce tableau des mœurs champêtres surviennent et des exceptions nombreuses et des chances contraires.
Ces habitans des communes contigués aux repaires de vices et d*erreur$ qu'on appelle bourgs, aux grandes fabriques, aux grandes routes, aux rivages des mers, ne sont plus les hommes de l'âge d'or. Ce soldat qui fit les guerres impies de la révolution et les guerres dévorantes de l'empire, a repris le soc; mais il o conservé d'autres idées, d'autres mœurs, d'autres goAts que ceux de ses ancêtres. Ce jeune paysan qui a appris à lire est certes bien savant; il lui faut un autre costume et un autre état.
Des érHptions souterraines ébranlent la chaumière ; la religion leur fait obstacle, soutient le choc, maintient encore l'équilibre. Mais qu une étincelle pénètre à ces tramées de poudre, que Tégalilé des champs soit prêchée comme Test depuis un siècle l'égalité des rangs, que la doctrine qui donne tout pouvoir a la majorité des nombres soit appliquée aux propriétés du sol comme à la manufacture des lois, l'explosion produira soudain d'étranges métamorphoses^ l'agneau deviendra tigre; ivre d'avidité et d*orgueil , le tigre mettra sa proie en lambeaux; et une fois le sang léché par lui, il ne voudra pas plus souffrir les chaînes de la religion que la personne de ses ministres. Le prêtre, il le dévorera comme il aura dévoré le riche; Téglise, il la renversera comme il aura saccagé et bouleversé l'élégant manoir ou le riche comptoir qui dominait la chaumière.
£h! que n'avons-nous pas vu? Nous ne sommes pas prophètes; nous ne sommes qu'historiens. En 1789^ plié à Tordre par des siècles de foi , le peuple des caniipagnes sommeillait paisiblement dans Tharmonie commune des états et des idées. Quatre ans après^ il assistait à la clôture de son église , bnMait au besoin les livres et les orneniens de lautel, et s'en allait, le fusil en main, chasser au noble et au prêtre. En 1830, après trente ans, dont quinze écoulés sous un joug fermement despotique et quinze autres sentimentalement passés sous un gouvernement par trop patriarcal, qui n eût dit le tigre apprivoisé? 11 ne s'est point jeté sur les hommes; on Ta tourné ailleurs. Mais voyez-le bondir contre les édifices religieux; voyt:z-le à Saint-Gerniain-rAuxerrois; •uivez-le à 1* Archevêché de Paris; remarquez bien ces Muta périlleux au dôme de Sainte-Geneviève, où, pour
rinsigne honneur d'enlever la croix suprême, il combina avec un merveilleux succès des prodiges d'équilibre et de frénésie. Au premier signe aussi, dans toutes les autres cités du royaume, il renverse ou mutile les croix ^ il outrage les pieux nionumens; ou bien, quand il ne fait pas, il redevient agneau pour laisser faire, sanctionnant rimpiété ou par la lâcheté ou par Tindifférence.
Toutes ces s: ènes hideuses , vous qui lisez ceci, vous les avez vues. Or, dites, pensez-vous bien qu'un tel peuple soit immobilisé dans la foi chrétienne? Attendez de nouveau qu un cri flatteur émeuve ses oreilles. Ce ne sera plus le cri de haro contre tes droits féodaux et contre les dîmes cléricales; ce ne sera plus la trompette du club, proclamant : «Guerre aux châteaux! paix aux » chaumières! » bien qu* encore tous ces mots usés de la vieille révolution ne soient pas sans quelque charme enivrant pour le peuple campagnard. Mais qu au lieu de cricurs viennent des arpenteurs; que les agens complai- «ans et méthodiques des contributions et du cadastre annoncent aux bons paysans qu il convient de toiser dans un meilleur esprit les domain(;3 territoriaux; le sol tremblera , le volcan éclatera ; et qu au fracas de Texploiion le prêtre catholique s avance et dise : « Le bien d^autrui lu ne prendras ; » ce prêtre , assailli de décombres brûla ns, tombera, périra, et entraînera dans sa ruine TautAfl du dieu qui a scellé de son sceau la distinction du juste et de Tinjuste.
Qu*un autre autel soit ensuite érigé à d'autres dieux; qui p^ut y songer? Où est le Mahomet qui puisse fonder une religion nouvelle? Ou bien, le Protestantisme a-t-il encore assez d énergie vitale pour réformer à sa
fttiit la nation c|ttî^ daoa aa verdeur^ «carta lot innovih
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lions, et qui maintenant tombe elle-même de vétusté? Mais une croyance nouvelle et active faite de main d*homme, est impossible ; mais le Protestantisme, plus décrépit encore que la nation française, se dissout dans tous ses membres. Nulle réalité en ces deux hypothèses. Dieu cru ou nié au choix de chacun , voilà tout. Un athéisme pratique, tout simple et tout net, est d*ailleurs si commode ! Ne serait-ce pas le lit de repos que convoitera le peuple français, tant celui des campagnes que celui des somptueuses cités ? Hélas ! cest le lit où Ton meurt. Les Romains y périrent ; et les Français y périraient aussi bientôt, s'ils nont pour délasser leurs membres fatigués du doute que ce lit glacé !
J*ai peint tout à Theure le prêtre enseveli dans les ruines de Tautel, victime de sa pieuse résistance : et en ceci nai-je pas trop présumé d'un héroïsme indécis? Ailleurs, je dois considérer le clergé français dans tous ses développemens ; mais à n'observer ici que sa composition élémentaire, je n'oserais affirmer quelle serait sa résolution dans une crise équivoque. Le jeune clergé est presque tout composé d'élémens populaires et quasi rustiques. La plupart de ses membres sortent de la chaumière ; ils n'en sortent souvent qu'après leur première enfance : et alors déjà leurs yeux et leurs coeurs ont partagé ces besoins, ces vœux, ces envies trop re-y doutables à la propriété dominante. Certes, dans la tribu des nouveaux lévites plus qu'en toute autre profession, les exceptions se présentent nombreuses et vénérables. Il en est beaucoup dont Tintelligence comprend Tordre social , et dont le cœur s'élève à la hauteur que la poésie donne au cœur des rois. Nombreux, ils ne forment pas, fai cru l'apercevoir, la majorité ; et plaise à Diea qw
ceux-là en qui les sentîmens et la science n'ont pas pris le même essor, ne soient pas mb au creuset du sophisme impie en face de la plèbe fraternelle soulevée par Tindigence et par la rapacité ! Est-il certain qu'ils se résolussent à distinguer le dogme spirituel des droits tem« porels ? D'insuffisantes études lutteraient mal peut-être contre d*éblouissantes et de captieuses illusions. Ils ne se précipiteraient pas; ils glisseraient : et leur chute n*en serait ni moins réelle pour eux, ni moins impul-> sive envers le peuple vers un commun abîme.
Clergé et peuple d'ailleurs ne manqueraient ni d'ez-^ cuses ni d'exemples. Que d'exemples d'infraction au droit de propriétaire ont été récemment donnés de race en race et de rang en rang ! En 1791 , la révolution a pris les propriétés d'autrui ; et le premier fait de Louis xviii, en 1814, sous les yeux des autres rois, a été de sanctionner ces prises. En 1830 et depuis, un budget de plus d'un milliard a absorbé les produits du sol français, et s'est fondu en grande partie dans les emplois publics. Ces emplois sont dévolus sous mille formes à l'indigence. Par eux, elle s'approprie, non pas le champ, mais les fruits du champ. Que peut-dle répliquer au peuple invoquant à son tour le partage des champs et des fruits! Que peut, d'autre part, répliquer au peuple la royauté européenne, après qu'elle-même a participé systématiquement et au partage de la Pologne, et au démembrement de l'Allemagne, et à l'escamotage de l'Indostan ! Suum cuique : telle était l'inscription dérisoire que le roi de Prusse Frédéric-le-Grand, faisait graver sur les poteaux dont il étreignait la Pologne» Suum cuique^ dirait aussi , en saisissant et possessions et possesseurs, lo peuple démuselé de tout frein religieux et n'invoquant
plus que la Nature : toujours la Nature ! ce dieu dm ceux qui n'en ont pas ; ce dieu qui érige le sophisme en oracle et le crime en dogme.
Au poÎDt où nous sommes, tous les droits sontiaus» ses î tous gémissent et souffrent violence. Le Dieu des chrétiens seul résiste dans les consciences. C'est Heiv cule encore aux prises avec Anthée. Si, dans ce long conflit de cinquante ans, T Anthée moderne parvient à s*appuyer de rechef sur la Terre envahie , ne roudniil pas s y affermir en étreignant d atteintes mortelles son rival vqué à la défense de tous 1^ droits, en rejetant l'Hercule chrétien dans des régions étrangères ? Et alors ne s evanouiront41s pas ces débris de Tordre ancien que remplacera un désordre effroyable ?
Reste à voir si la révolution religieuse où le peuple se jetterait de chute en chute entraîné par Vattrait im* périeux du pillage, trouverait un contre-poids dans les dispositions chrétiennes de ceux qui ont le pouT<^ humain de repousser le mal.
Quels sont ces contre-pcûds ? Cest la magistrature; c'est l'armée; c'est le gouvernement.
J'observe dans la magistrature et les hommes et lee fonctions.
Les hommes qui revêtent le costume redoutable •«• quel s'attache le droit de vie ou de bonne prise sur kl personne el sur la fortune d'autrui, sont d'abord re» oonnaissables aux trois ères de leur institution : Yèrt de l'Empire, 1ère de la Resuuration, l'ère de Jnillet.
A la première, peu de foi chrétienne ; à la dernière, bien moins encore. L'ère qui date des Bourbons j m plus d'affinité ; elle a plus de gravité aussi sans aspirer
nrfanqioîns à reproduire les temps sérieux oè le eliM*
(g^er de France n^ ehemmait qu*aii pas dana une toimre noire} et où le corps judiciaire adaptait Tensenibla de ses mœiir» publiques et même privées à la solennitâ de formes partout empreintes d*un caractère retigieux.
Plus nous avançons , plus l'influence de Tépoque derpàère doit prévaloir. En réorganisant sa magistrature. Napoléon y incorpora les débris des anciens naufrages, 1^ dépositaires des anciennes traditions : où sont an* jourd'bui les élémens des choix qui recrutent Tordra judiciaire ? Os sont dans la foule des élèves qu'ont formés les écoles de droit : et de quels alimens, de quels sucs, en quel esprit, les écoles disséminées en France ont-elles abreuvé leurs nourrissons? Paris, Grenoble, Poitiers, répondez!
Moins encore observera*t-on Tesprit religieux dans les rangs pressés de la foule d*hommes qui , en divers états , i divers titres, forment le long cortège de l'ordre judiciaire. N'opposez point an spectacle patent des masses le sophisme des exceptions , il a été déjà expH** que; c'est d'ensemble que nous considérons ce cort^fe, el nous le voyons encore plus près que le peuple de l'atbéisne pratique.
Ecartant d'ailleurs ces impressions relatives à la gé* néfaUté des personnes, mais contestables en tel et tel' lieu par tel et tel magistrat, ne nous arrêtons qu^ deux £ûta sensibles.
Le premier, c'est le serment Nul ordre dliommes n'ose plus du serment que Tordre judiciaire. Il l'impose à tous les témoins dans toutes les causes. Il le pousse au-delà même de ses limites morales, en contraignant à jttrer qu'on dira non seulement la vérité, mats toiU€ la virile : asfèoe d'absolulisme qni doit mettre aux prises
le serment et la conscience, le serment et la plus simple probité. Toute vérité î Quoi ? on révélera Thospitalité donnée à un ami accusé ! Quoi P on meurtrira une Victime innocente peut-être, et soi-même peut-être, d'indices suspects et souvent vains ! Soit, enfin : vous exigez, ô juges ! le serment qu'on dira toute la vérité. Mab ce serment, qu est-ce ? cest le nom de Dieu invoque; c'est la présence de Dieu appelée à l'appui des témèi^ gnages de Thomme. Il faut donc que Dieu dominé tos lois humaines ; il faut abjurer de toute votre énergie le principe infernal que : la loi est athée ^ et au contraire, voilà qu'appelé à revêtir la toge, vous prêtez vousmême serment à une série de lois constitutives, d'où le grand nom de l'auteur de Tordre, du juge des jv#> tices, est effacé. Plus de religion nationale en France ! Çonséquemment liberté à chacun d'avoir celle qu*il veut, de n'en avoir aucune si bon lui semble. Dès lors le serment n'est plus à vos yeux qu'une promesse humaine : vous ne pouvez sans inconséquence , comme juges, entendre autrement l'appel fait à la parole du témoin. Nul sceau divin ne la consacre : il n'y a plut de serment dans le sens strict de ce mot, sacramentutm. Son essence est détruite. Ainsi , de deux choses Tune : ou vous Reconnaissez un principe religieux , ou tous: le désavouez. Si vous persistez dans la foi de vos pères^ comment les tribunaux n'ont-ib pas réclamé contre TabcK lition substancielle du serment, contre l'athéisme dobt les lob ont reçu le sceau ? Et si vous la reniez, celMf étemelle croyance , le problème en question , quant à Tordre judiciaire, n a que trop reçu sa solution fatale» Le second fait patent qui m'éclaire dans Tinvestigatiott où je suis engagé, U^Hs^ufond que 1^ corolb^re de le
maxime fondamentale adoptée de fait par la magistratrature : point de religion. Il en est la preuve et il s^explique par elle. Jadis le Christ était figuré dans les sanctuaires humains où se rend la justice de Vhomme, et il devait être bien plus expressément invoqué que sur les monnaies courantes. « Le Christ règne et triomphe et commande. » Christus régnât ^ vincit^ imperat : telle était la devise de la monnaie ; devise ensevelie à présent dans Toubli comme tant d'autres symboles du peuple chrétien. A toute force, la monnaie et Tinscription pouvaient n avoir pas un rapport nécessaire. Mais au sein des tribunaux, au lieu le plus apparent, sur la tête du chef des juges, paraissait un symbole bien plus expressif : le Rédempteur des hommes attaché sur sa croix. On l'y voyait accomplissant son sacrifice volontaire au prix des plus pénétrantes douleurs. Là, plus d'erreur possible à Tceil et à Tesprit. Il y avait alors profession du Christianisme. Ce crucifix légal, partout vous lavez arraché de vos salles judiciaires. Il y a donc maintenant profession opposée. Pour vous, maintenant, ni la croix, ni le croissant; rien: pur athéisme; d'où suivent ces corollaires : au peuple, les théories de la licence; à Tavenir, les conséquences en faveur du désordre, ou, tout au plus, un ordre passager et imposé par la contrainte fortifiée de toutes les inconséquent i*es.
Maintenant que dirai-je de Tordre militaire ^ Est-ce eu lui plus qu'en Tordre judiciaire que la conviction consciencieuse placera un contre-poids aux passions subversives stimulées par le fanatisme irréligieux ? Adoptant le langage du paganisme, je dirai de Tun et de Tautre : le glaive dcThémis est émoussé, et le bras
de Mars , désarme. Supposer une Ae ces catâstrôphèit où les fermens de la cupidité immédiatement applicable soulèvent le peuple : quelle option ferait la force mM^ taire entre son devoir et les calculs de son bien-étr6 ? Où est, solde à part, le gage religieux de ce devoir?
Généraux, ofBciers, soldats, composent la hiérarchie de la force militaire.
Nous avons ouï parler de généraux chrétiens, et notre histoire nous les montre bien haut. Quel est ce Bajard, qui, les reins cassés, près de mourir, fait une croix de la poignée de son épée pour invoquer en sa £Eiveur la clémence du Dieu des armées ? Quel est ce grand Condé qui, victorieux dès son adolescence, fier et non pas ivre de sa première victmre, fléchit le genou ' sur le champ de bataille et remercie le Très-Haut de sa gloire ensanglantée ? Quel est, plus haut encore, ce Turenne qui, au ternie dc*s plus savantes combinaisons^ à la veille du combat où il est sAr de vaincre, reçoit TEucharistie et est emporté par un boulet de canon ? Quels honunes ! quelle dignité humaine en ces actes de soumission à la grandeur divine ! Ajoutons, pour ho* norer notre génératibn , un autre héros chrétien , le généreux Bonchamp, assez maître de lui au milieu des furies de la guerre du jacobinisme, pour consacrer sa mort par la liberté donnée à cinq mille soldats républicains, dont pas un n*eùt balancé à le fusiller, si la victoire eût transposé les rôles. Près de ces nobles, magnanimes et pures images, appelez celles des généraux qui ont illustré la République, l'Empire et même la Restaution; appelez leurs élèves, guides actuels des guerriers français : voyez-les agir comme militaires, et jugez slls ne sont pas dominés, subjugués et comme vaincus dans
leur conduite extérieure par le préjugé irréligieux. Tel officier-général, honnête homme et habile homme, croirait donner mauvaise opinion de ses talens, s*il professait avec quelque hauteur la foi de Charlemagne, ou même s'il manifestait la croyance en l'Être absolu qui donne «u ôte la vie aux frêles mortels.
En cette étonnante faiblesse, généraux et officiers réagissent les uns sur les autres. Ainsi qu'une terreur panique entraîne tous les rangs, la peur de je ne sais quoi les précipite dans la nullité du matérialisme. Moins fort en sa situation , le simple officier craint plus encore de paraître animé du soufQe de vie intellectuelle. Ti« mide et gauche, s'il croit; hardi ou effréné, s'il ne croit pas; en masse, indifférent et morne, il n'a pas l'orgueil de s'humilier devant Dieu; il a la vanité de croire qu'un genou en terre devant Dieu, au son du tambour, c'est beaucoup : car c'est une manœuvre. Là est tout l'hommage rendu au Très-Haut par cette chëtive créature.
lin signe de croix ^ un fredon de psaume, un livre à la main : non certes. Plutôt affronter une batterie. Si pourtant , ces hardis guerriers qu'un coup-d*œil à l'église déconcerte et trouble , s'honoraient d'un peu d'instruction, de littérature, de bon goiit, c'est chose assez sublime que le langage d'Isaï et de David ; c'est chose assez onctueuse que la moi*ale de l'Evangile. Non vraiment : Tattitude des bras croisés sans distinguer une des paroles cU>nt le son vient expirer à des oreilles sourdes, est bien plus relevée.
Mais qu'au moins les bienséances soient observées ! Nullement. L'irrévérence au pied des autels est, parmi les officiers français, un tic inexplicable. Plus ik son(
réunis et brillans de tenue militaire , plus le tic matériel obsède et possède leur être physique.
II existe à Bourges, métropole andenne de la Gaule centrale, une antique et vaste basilique, à cinq nefs, à colonnes sveltes qui élèvent bien haut une voûte imposante et brunie par les siècles. Bourges est un chef^lieu de division militaire, et j*en occupais la préfecture en 1816. Jamais je n'entrai dans ce temple auguste et sombre sans éprouver quelque chose de cette impression intime et comme divine qui pénétrait nos ancêtres dans les forêts profondes. Cest là qu en nos jours de solennité chrétienne, je voyais arriver bruyanunent, brutalement, j'ai presque dit insolemment, des corps d'officiers qui semblaient , pour cette circonstance expresse , frappés d'animalisation. Ils prenaient comme à tâche de replier leurs Iiabitudes au rebours. A l'exercice, l'officier français observe le plus grand ordre : ici, le désordre et la confusion. Ailleurs, l'attitude ordinaire de l'officier est la station debout ; ici , s'asseoir avec mollesse et jambes croisées , était son seul mouTcment. A peine accordait-il une légère inclination aux momens les plus impérieux du sacrifice ; bien vite , il reprenait son siège : ses jarrets las paraissaient lui ref u* ser tout service. Sous le drapeau, silence respectueux; ici, par exception, des conversations continues et tumultueuses. Sortait-on du temple en ces fêtes encore plus solennelles où des processions publiques reunissent tous les corps investis d'un caractère, et où lès mœurs publiques exigent encore plus de régularité extérieure ? décence impossible dans les officiers d'étatmajor; un troupeau de moutons n'était pas plus désordonné que leur marche ; une légion de femmes n'aurait
pas eu plus de langues intempérantes et mouvantes ; une troupe de forts de la halle neAt pas plus grossièrement cloué sur sa tète les chapeaux ronds que blanchit la farine. Leur général (triste personnage au reste) croyait lui-même du bon ton de m'adresser sans cesse la parole. Il ne voyait pas qu on le voyîût ; il le sentait moins encore; et il me fallait quelque fermeté pour |ie blesser le public quà demi, en ne lui répondant que des monosyllabes.
Au contraire, je me trouvai un jour dans Tarmée anglaise, au moment où, sous les ordres de l'illustre Wellington , elle venait en 1814 camper sur la Garonne. C était le Vendredi-Saint , surveille de la bataille de Toulouse. Midi sonna. Je m'entretenais avec le lieutenantgénéral Allen, commandant des corps hanovriens et anglais. Tout à coup son visage prit une teinte sérieuse et grave. « Pardon , me dit-il : cVst aujourd'hui un » grand jour dans ma religion ; mes bataillons m*atten- » dent pour le célébrer. >" Ma religion ! Sans doute il me considérait, moi Français, comme étranger au Christianisme, et sinon adorateur de la déesse Raison, du moins indifférent à l'anniversaire du jour où l'Homme- ^ Dieu consomma son ineffable expiation. Sans autre re- 4 marque, il partit d*un air pénétré. Ses soldats, éblouissans de propreté, sous leur uniforme écarlate, formaient un carré immense. Un aumônier y préparait la prière. M*y associer nVtait pas licite ; je m'éloignai avec respect et avec la réflexion qu'inspirait un tel contraste entre ces guerriers venus des frimats du Nord, et ces autres guerriers qui , comblés par la Providence des dons de la nature physique, garnissaient sur la rive en face, dans le plus profond oubli des devoirs chrétiens, le
coteau hérissé d*artîllerie où le surlendemain allait ou* vrir tant et de si amples tombeaux. « Morituri salutamus tâj Cœsar », disait le gladiateur romain au maître orgueilleux qui le vouait à la mort. Il me semblait entendre les Hanovriens et les Anglais dire aussi , en ce jour sinistre , au maître du monde : « Nous te saluons , » b Dieu ! en allant mourir , si tels sont tes ordres ». Triste, mais pénétrante soumission ! Acte digne de Vhomme et de son auteur, du guerrier et du suprême àlrbitre des combats ! De Vautre coté , au contraire , en ce Nombre silence,ou quel blasphème ou quel abrutissement ! Chose étrange que, de toutes les armées d'Europe et du monde, Tarmée française soit la seule où Vofficier â'ait pas le courage, le très petit courage, de braver le respect humain si mal entendu !
Chose étrange encore que ces mêmes officiers français dont Tirréligion extérieure est si peu digne de leur bon sens et de leur résolution , d ailleurs civilisés, polis, instruits, ne soient plus reconnaissables quand ils ont quitté Tuniforme ! Sous Thabit civil , Tofficier croyant est obseiTateur des bienséances; et, parvenu au terme de sa carrière, Vofficier vieilli est d'ordinaire un modèle vivant et vénérable de probité mâle et d'exactitude sévère. Il en est dont Vattitude religieuse a même quelque chose de plus solennel et de plus imposant que celle du plus rigide magistrat.
L*uniforme semble être le talisman qui égare la raison du guerrier en action. Mais qu est-ce que Vuniforme militaire, sinon le cachet public qui caractérise le rôle social du guerrier ? Le sceau public est-il donc le sceau de Vathéisme !
Que Vuniforme empoisonne vite le soldat qui le re-
vèt, hxiXrW s*en étonner, lorsque les chefjt font le poison et Timprègncnt de leur virulent exemple ? Le soldat a ses jours et ses lieux de licence. Hors de là, il ne serait point habituellement irréligieux. Il n*attabhe point ordinairement à cette faiblesse Vidée bizarre de belesprit. Mais la voix des chefs le domine : elle commande Tomission des devoirs. L*omission amène Toubli, et Thabitude de Toubli est bientôt prise. Qu'importe mainte^ nant aux troupes françaises de n'avoir plus dans les régimens un aumônier qui leur retrace les rapports de rhomme à Dieu ? Leurs messes militaires ont cessé ; leur concours ne s'associe plus aux grandes solennité chrétiennes : que leur importe ?
Il est vrai que, leur temps de milice accompli, ils retrouvent sous la chaumière les habitudes de leur enfance et qu'ils redeviennent paysans plus que soldats. Ceux qui veulent mourir soldats, ont à l'hôtel deft itfivalides un refuge illustre et souvent pieut. Qui n'a tu avec vénération dans cette noble église lé parvis couvert d'invalides agenouillés ? Qui n'a admiré leur silence, leur simplicité) leur calme et Tapplication méditative de leurs prières ?
Mieux guidés, les soldats français pourraient ne pas dédaigner Talliance des devoirs divins et humains : mab nous considérons ici ce qui est, non pas ce qui devrait et pourrait être. Or, il est trop sensible que les régimens français ne donnent aucun signe extérieur de croyance religieuse : spectacle hideux que ne présentèrent jamais ni TFgyptien de Sésostris, ni le Grec d'Alexandre, ni Tlndostan, ni l'Amérique; specucle que repousseraient les hordes du Baskir et les clans de l'Ecossais et les tribus de l'Arabe.
Que le camp ou la caserne ne soient pas un monastère : eh ! sans doute on Tentend bien ainsi. Mais ce n'est pas de rigorisme qu'il s'agit : c est de Thommage dû par la créature intelligente au Créateur qui le fit à sa similitude : et n'est-il pas tout ensemble et odieux et constant quen France aujourd'hui , cet hommage est ou omis ou renié par les corps appelés à ceindre le glaive et à exercer la force physique ?
Surpris d'un tel aspect, quelquefois je me suis demandé si Taversion pour le Christianisme n*étaitpas dans le^ officiers français un raffinement de l'honneur. Accomplir ses devoirs, est la loi essentielle du militaire. Le Christianisme en impose de pénibles ; le Catholicisme en est le strict et rigoureux surveillant. Il y a hypocrisie , aurait pu se dire le génie militaire , à les reconnaître et à les omettre. En les bravant tous , nous ne trompons ni Dieu ni les hommes. Vaine argutie ou vaine excuse ! Le faux honneur ne peut aller jusqu'à la profession apparente des doctrines glacées qui dissolvent et l'être humain et la société humaine. Nulle part probablement le soldat n'est, comme guerrier, meilleur que le soldat français. Mais en s'appropriant l'impiété patente , le soldat français se fait pire aux yeux de Dieu qu'il outrage, et de la société politique qu'il frappe à mort.
Et en ce coupable travers, j'observerai encore un contre sens : c'est que la profession miUtaire et la profession chrétienne ont toutes deux le même principe dominateur, le même fonds : c'est le mépris de la vie.
Mais, à son tour, le militaire peut récriminer et renvoyer à la société elle-même les griefs qu'elle déplore. Elle se plaint de moi , dira-t-il : mais ses propres chefs veillent-ils mieux à sa protection contre le tléau de l'a*.
théisme ? Que lui doit le soldat plus que les guides à qui elle-même a confié son salut ? Observez donc les assemblées qui lui donnent des lois sans compte et sans mesure. Méditez Tesprit de ces lois , et voyez en quel esprit Taùtorité suprême les propose ou les exécute.
Il est vrai que l'équilibre des torts pourrait absoudre larmée française, 8*il s'agissait de peser à part les torts et les excuses des corps militaires. Un soin plus général nous occupe. La balance est tendue et les fautes dtd guerrier comme celles de la magistrature ont été mises dans le bassin de Tashéisme. Mais combien plus sont lourds et aggravans les actes du législateur si , appelé et rémunéré pour cimenter l'édifice, il en précipite la chute k force de dissolvans !
Depuis la catastrophe dé juillet, peut-on se dissimuler la tendance législative ? Je dirai peu sur cet objet dont tous les jeux sont frappés et tous les souvenirs occupés.'
La loi anti-chrétienne du divorce deux fois proposée et deux fois péniblement repoussée, surgira encore. On a attaqué et miné la loi de Tobservation des dimanches; on a voulu supprimer des sièges épiscopaux. A chaque budget , le sort civil de Vépiscopat et du sacerdoce est mis en question. Un traité politique en bonne et dM forme aurait dû Vassurer. Il est sous la garantie iFti droit des nations, et il devrait avoir une garantie plus puissante encore dans Tintérét immédiat des gouverne* mens du jour; car ils ont trouvé la paix remise, par* ce traité solennel , entre les propriétés et les consciences; ils en recueillent les fruits succulens dans le surcroît des sommes que Fenregistrement des ventes recueille et transmet au fisc: fruits qui avorteraient en partie
bkntot comme abaUUf par la grêle, si l'imprudence
prisait l'œuvre de Napoléon; le traité est synallagnia* tique.
Et toutefois un fanatisme sourd , louche , honteux de l^i-nléme9 domine obscurément et les lois, et leura auteurs, pt leurs exécuteurs. On assiège de loin, on sape tout bas le roo sourcilleux où le prêtre a trouvé refuge, L'indifférence est dans le public assistant au siège. Mais l'hostilité constante anime l'agresseur. Au moindre wlice de résistance , l'injure est dans sa bouche. S'il s'adoucit, c'est artifice; s'il caresse, c'est contorsion: sa nature y résiste. Ses sombres regards ne s'édaircissent par momens que dans l'espoir de diviser le pasteur et les ouailles. Désoler leur patience^ écrivait le Directoire au sujet des prêtres fidèles; et les sbires obéissans enten^ daî^t avec finesse et accomplissaient avec rigueur ce engage des Juliens du jour. «N'abattez plus les oroix| c'est assez quelles n offensent j^us dans les villes lea v^ards des citoyens» ont di\ écrire les directeurs modernes du fanatisme moins brutal et plus savant. l^Iais, ont-ils ajouté, la bourse à la main, mais il nous importe qu'on chante à notre manière le Domine salvwn^ eit il faut qu'il « soit chanté sous peine du budget : ou la CMiine, ou le Domine. »
Çuomodb caataiimus in terra aliéna , ont dû répondre les forts en Israël : « Comment chanterions-nous pour vious les cantiques de Sion P Vous nous êtes étrangers. Jâiovah ou Bahal , croix ou turban , ne vous importent. lin seul mot , rw/i , est écrit au frontispice de votre ouvrage; tout est nul à vos yeux , la divinité y est nulle : seo nominême est effacé de vos codes. La Royauté est nulle : vous lui substituez le gouvernement. Trône et aetel sont pour vo\is choses fictives; ei votre gouverner
ment légal et abstrait a pour axiome fondamental de reléguer hors de la puissance agissante et le Dieu du monde et le chef de Tétat. »
Il faut admettre Tincohérence des volontés et Vincon* séquence des paroles , ou donner aux chants prescrits ce sens non moins littéral que blasphématoire : « O IXeu | « c*est par la miséricorde divine que lathéisme léga4 % « pris le gouvernement de l'état. Faites qu'il subsista « chargé de vos dons, vainqueur de &es ennemis, ar? 4 bitre de la terre. »
Des y OiViX politiques ne sont pas des vœux personnele^ De tout temps le Christianisme admit les vœux pouit les personnes ; mais toujours aussi il s'abstint de trancher les questions délicates de la politique. Là donc, où TEtaf pose en principe que « le roi règne et ne gouverne pas 9p conunent F Etat oblige*t-il le Clergé, comment le Clergé consent-il à reconnaître que, par la miséricorde divine^ tel ou tel prince a reçu le gouvernail de TEtat P fl'y a-t-il pas contradiction même dans les termes ? Et là surtout où TEtat est offideUement athée l
Mis en face de ces contre-sens, le gouvernement aé de la souveraineté populaire et de l'indifférence reli-» gieuse n'a pas reculé : il avait la forcer tout en abattaol ou labsant abattre des croix , il a prescrit des additioM au rituel. Le Clergé français a cédé; car, dans le délire des agresseurs, tout l'établissement religieux était mis presque à ce prix. Il cède aussi, contre sa convictioa^. aux anniversaires de Juillet. Jeté hors de ses anciennaa voies, faussé eu ses conditions et souffrant violence comme tout le reste, il céderait probablement à d'autres insistances; et, sans doute, il a jugé qu*en face d'un adversaire pour qui l'abrogation d'un traité solennel ne
serait qu un jeu , les mots perdaient leur valeur , cessant d'exprimer des idées ou des sentimens.
Je le veux bien : et, en effet, la condescendance de sa part a rappelé la prudence dans les rangs ennemis; l'esprit persécuteur s'est du moins concentré dans les rangs subalternes; mais, quant au langage , il fait résonner les voûtes des temples; il y est ouï; il n'y est pas compris. Déplorable extrémité ! La valeur et le sens ont été donc retranchés de la prière comme du serment ! Prière et serment ! Ces deux rapports de l'bomroe à Dieu ne sont donc plus que des sons insignifians du langage humain !
Et voilà précisément le témoignage substanciel de l'ascendant pris en France par l'athéisme légal. L'invocation au Tout-Puissant n'est plus qu'un vain apparat , tellement vain que , étalé ou omis, il n'émeut pas davantage les cœurs paralysés. Que, Anvers pris, un Te Ueum eût été adressé au Dieu des armées; que la session légblative s'ouvre, et qu'aucun appel au Dieu des lumières ne précède son ouverture, c'est la même impression. Que le chef de l'état ne déclare sa foi religieuse par aucun acte extérieur; que sa famille, au contraire, le manifeste avec empressement : même inanité dans l'effet micore. Les yeux de Paris et de bien des Français obscurcis et comme éteints dans le vague des perceptions matérielles , s'arrêtent stupidement derrière le voile épais qui leur dérobe lastre Inenfaisant ou terrible des mondes et de 1 éternité.