DE LÉDUCATION EN FRANCE
Au second rang des conditions morales qui doiTcnt maintenir ou renverser la société française, est Tédu* cation.
Uhomme nait merveilleux composé de deux substances. Uune et Vautre appellent des alimens corrélatifs.
Les alimens empoisonnés tuent le corps : salubres , ils le développent; et le développement des organes prospère en raison de la puissance nutritive des alimens. S*il j a dans ces alimens défaut de quantité ou desalubrité, les organes souffrent; mais toujours guidés par l'action exclusive de la nature physique , ils ne se dévient point de leur objet : ils ne se trompent point dans leur destination. L*œil voit; l'oreille entend; le poumon respire.
La substance spirituelle ne suit pas des lois absolument semblables. D'une part, le poison la déprave sans lui donner la mort ; d autre part aussi, douée de libre arbitre , elle en peut user contre ses lois même : elle peut se fourvoyer totalement dans les actes qui sont ses organes patens. Son cœur doit aimer; son intelligence, comprendre. Mais libre à elle d*aimer de cœur ou de saisir en esprit des choses qui ne sont dignes ni de son intelligence ni de son amour.
Echappés aux vagissemens et aux périls physiques du premier âge, les enfans demandent bientôt l'aliment destiné à leur substance spirituelle. Parvuli petierurU panent : et non erat quifrangeret eis.
Saisissons vite ces âmes neuves et voyons quelle direction leur est donnée en France dès Tâge où leur âme en quelque sorte respire. Le poison corrupteur est-il écarté d'elles? La sagesse est-elle le guide de leur liberté ?
Qu on les suive dans les campagnes et dans les cités.
Jadis , au village , sitôt que la raison commençait à poindre , le curé et le magister s'emparaient des jeunes esprits^ le curé faisait un choix. Il enseignait à ses enfans adoptifs Tart de lire et d'écrire. Quelques-uns se poussaient jusqu'aux élémens de la langue latine. Près du curé, ordinairement un magister ouvrait une école; ses leçons obtenaient plus d'auditeurs et moins de succès. Ceux des enfans quon laissait hors de ces deux bandes d'élèves , ne savaient que garder les troupeaux. Mais ar« rivait, pour tous, Tâge de la première communion où le pasteur, initiant Tâme à tous les prodiges de Tordre spirituel, frappait d'une empreinte en quelque sorte sacrée et généralement suffisante , les intelligences même les plus limitées.
Aujourd'hui, le curé ne pourrait instruire des élèves sans un diplôme légal. Il n*a donc pas d'élèves , sous peine de vexations ou d'une dépendance au moins équivoque. Ainsi, le soin de nourrir au pain de la science l'enfant du village est dévolu à un xnsùixxlCMV imposé à la commune. Imposé est le mot : car il faut que la propriété acquitte un impôt annuel et spécial en francs et centimes pour V instituteur communal ^ cet impôt est tout neuf: et on y ajoute encore des francs et des centimes
pour solder une instruction gratuite en faveur des jeuneé villageois. Et pourquoi un tel tribut? Cest, ont dit les faiseurs modernes, c'est que la propriété a le devoir dlnstruire à ses dépens le non-propriétaire. Ce devoir , je rignorais. Un champ est à moi , et pour le défendre J« paie tribut aux soldats et aux juges qui me protègeilté Mais d*où me vient Tobligation de soldoyer une armée d'instituteurs comme une armée de soldats? Que, toucha a laspect d'un spirituel enfant J*aide à son éducation , j*à» gis en bienfaiteur, non en débiteur. Le caractère de débiteur m'est imprimé par cette vaine utopie qui tend à faire instruire tout le monde aux frais de tout le monde* Là est une attaque à la propriété , sujet auquel je serai dans la suite ramené encore. L'attaque est d'autant plus vive, qu'en soldant l'instituteur sans le choisir, car le cure serait naturellement l'homme de son choix, le proprié» taire hasarde cruellement l'emploi de ses fonds. Il met du feu à la portée de rélève rustique. Ce feu n'allumera-t-il qu'une lampe obscure, ou serait-il l'étincelle de la torche qui incendiera le manoir du propriétaire bienfaiteur?
Là de plus, et dans les hypothèses les plus douces, sont l'irruption sur le domaine de l'agriculture et la dépo* pulation des champs. Elles sont bien pétulantes la vanitë et Vambition du Français, surtout au midi du royaume. Il n'en est pas de lui comme des cultivateurs flamands ou allemands qui, sachant écrire, n'écrivent qUe les comptes de leurs bestiaux et de leurs gerbes. Façonnées à la plume, ces mains de jeunes docteurs français ne croient* elles pas se salir en touchant de nouveau la charrue P
J admets que la propriété paie, que l'instituteur ins« truise, que le villageois apprenne. Au sortir des écoles rurales, qu'est ce villageois? Où est la règle de ses
mœurs? Où est le frein de sa volonté irritée par des lueurs de savoir ? Qu il reste aux champs , il peut y être dompté par le travail champêtre si artistement combiné, des mains de la Providence, pour toutes les saisons. Mais un attrait puissant le pousse à quitter ses foyers et à demander la fortune aux villes , et il y court; et lance dans une arène de vices sans Tarmure fortement trempée dont le pasteur n*a pu le revêtir , il y accroît les embarras du travail commun et la masse de la perversité progressive» A cet égard , les en fans des villes sont mieux préparés» sans doute , ils ont plus jeunes des exemples plus pervers que leurs contemporains des champs. Mais iksont mieux protégés par des instituteurs plus habiles, et surtout en bien des lieux, par cet admirable institut qui, sous Thabit et sous le nom les plus modestes, ont fait de Fart d*inculquer la doctrine chrétienne aux fils du peuple un chef-d'œuvre de talent comme de vertu.
Atout prendre, Tinstruction des enfans mâles dans les classes inférieures a gagné en étendue, perdu en solidité. Leur vue s'allonge , leur probité se rétrécit. Hommes faits , ils sont dévorés par la soif d'être mieux à tout prix. Plus d'intelligence, moins de vertus; y a-t-il bénéfice dans l'échange ?
Le dommage est sensible ; et tout faible qu*il soit par individu , multiplié par huit millions d'hommes qui apportent chacun de sa chaumière un tribut de désordre au chaos social , ce dommage aggloméré , ce tourbillon passionné, forme le torrent qui se précipite, inonde et submerge ses rives : rives déjà lointaines et bientôt imperceptibles.
Dans les classes supérieures , à l'éducation élémentaire succèdent les études classiques.
Je n examine pas vers quel esprit politique sont dirigées ces études. Bien d'autres avant moi ont observé, avec une amère et équitable censure la prédominance qu y usurpait l'esprit républicain. Assurément on n a qu a prêter l'oreille aux chants d'Homère : leur suavité se répand d'elle-même sur la monarchie patriarcale. Ecoutez ensuite la délicieuse élocution de Tite-Live : En vain elle se mêle aux clameurs grossières des séditions démocratiques : il eût été facile de ne pas confondre l'harmonie d'une prose cadencée avec les rugissemens du tigre. Tacite inspire avec raison l'effroi et l'horreur des tyrans romains; mais ses noirs tableaux reproduisent avec un éclatant relief la grande et belle physionomie de Trajan. User et ne pas abuser aurait dû être, et ne fut pas l'axiome constant dans l'art d'appliquer les chefsd'œuvre de l'antiquité à Véducation des Français. L'impulsion généralement donnée par les maîtres , avant comme depuis la révolution , tournait l'imagination des élèves vers les exploits et vers les personnages des républiques.
Et pui^, dans l'éducation classique, l'antiquité fut tout; les temps modernes peu de chose; la France à peu près rien ; et notre généreuse chevalerie est tombée inconnue ou défigurée; et lirs exploita de Du Guesclin , et de Bayard, et de Henri iv reluisent à peine de quelques pâles rayons; et nos guerres anglaises, italiques^ religieuses demeurent ensevelies dans les nuées de poussière qu'élèvent autour d'elles les Grecs et les Perses.
Quels tableaux Tite-Live ou Tacite auraient tracés de cette Jeanne-d'Arc brûlée «î petit feu par les Anglais sur Téchafaud de Bouen, après avoir, le glaive et la bannière en main , entraîné son roi , si long-temps
Taincu , à travers les provinces couvertes d'escadrons anglais , jusqu'aux murs de Rheims où elle le fait sacrer sous cette bannière triomphante qu elle-même tient et abaisse au pied de Tautel royal ? Un poète philosophe s*est trouvé, le meilleur poète du xviii* siècle, qui n'a TU en ces tableaux sublimes que matière à des traits sales et hideux. Ni la poésie ni Thistoire n*ont vengé Thé- Toïne du patriotisme français. Cest au nom de Clélîe , de Coclès, de Brutus, héros vrais ou fabuleux du républicanisme naissant , qu on fait palpiter le cœur des élhves. Dix heures d études sont données à la république romaine : une à la monarchie de France.
Laissant à Técart, toutefois, cette direction injuste et fatale, je ne songe qu*à examiner la face morale des études classiques. Quels en sont les asiles P Quels, les hommes ? Quels, les fruits ?
Les asiles de 1 éducation classique sont ou descoU^[ies splendidement dotés par TEtat, ou des établissemens hasardés par des associations religieuses, ou des pensionnats péniblement fondés par des instituteurs laïcs.
Aux premiers sont dévolus l'action publique du gouvernement, sa force, son argent, ses puissans moyens de communiquer physiquement la science.
Aux seconds , le gouvernement n'accorde que la suspicion publique et l'opposition secrète.
Pour les troisièmes, il y a dans le gouvernement tolérance ou indifférence, ou faveur légères en bienfaits, ou contradiction active en moyens, suivant que ces pensionnats fléchissent le genou ou redressent la tête en face du matérialisme. La société agit sur une ligne tout opposée. Les faveurs se portent aux établissemens relîgieus , se refusent aux collèges de l'état , se bakn-
cent entre les pensionnats dons Le sens inverse du gouf vernenicnt, suivant que ces pensionnats laïcs se montrent ou propices ou hostiles aux doctrines de la religion.
Par sociècc^ j'entends ici la France dans ses elé* meus les plus sains et les plus purs; cest Tagglomeration des chefs de famille; car de là dérive la société politique.
£t eu expiixuaut ces voeuX| je les pui^e là où ils sont les moins contestables et les plus solennels. Tout père veut que ses enfans soient élevés le mieux possible. U veut que son iils soit respectueux et sa fille vertueust. Sur ce point t la nature domine les passions. Tous les préjugés s effacent ou s affaiblissent. Un tribunal secret te forme dans la conscience du chef de famille , tout ravolutionnaiie qu il noit. N'y vit-il point Tintérét de ses enfans, il y verrait \e sien propre. Dans ce colloque intime, l'intérêt réclaire ; le cœur Tcntralue.
Ori c est toujours vers les établissemens dirigés par des corps ou par des hommes empreints du sceau religieux, que les pères de famille, en tous les états et dans toutes les opinions, tournent leurs regards inquiets et 1 éducation de leur postérité. Il est peu d'exceptions à ce fait.
Qu il y ait contradiction tuitre les opinions de Tesprit et les mouvemens du cœur, soit. Une contradiction! n'est-ce pas Thomme tout entier.'^ Chez les modenief, J'inslinct moral domine parfois les actes; chez les Païens, il dominait jusqu'au culte. « L'intrépide Humain, observe *- très-bien Jean-Jacques Rousseau, divinisait la peur, - lui offrait des sacrilices; > et moi j'ajoute : « Le fana- • tique philosophe sacriiie à la tendresse paternelle, »
i^est que les passions aveugles poussent Ibomme |iu
philosophisme et que la nature clairvoyante ramène le père au Christianisme.
Aussi , tyranniser les pères dans le choix des hommes et des moyens auxquels ils veulent confier Tèducation de leurs enfans, c*est porter la tyrannie dans le sanctuaire du cœur, dans le siège de la nature humaine.
Le Français en est là pourtant. Déclamateur de liberté, il subit au fond de son être, en sa postérité, Tétreinte d*acier de la tyrannie. J'ai remarqué déjà que Téducation populaire n était plus le domaine des pasteurs de paroisse. L'éducation classique est également imposée en de tels modes, en de tels lieux, par de tels hommes spécialement brevetés, sans que les familles puissent éviter le joug dont elles font elles-mêmes, chose étrange ! les firais pécuniaires , en subissant le double impôt mis et sur la personne et sur la propriété.
Que Napoléon ait voulu plier, dès Tenfance, la génération nouvelle à ses formes militaires , à son fantôme àe grand-empire ^ on conçoit ses motifs; ik expliquent sa vaste machine d'Université impériale : mais ils confirment aussi l'assertion que nulle part la tyrannie n est si dure et si pénétrante que là où ses sentes aiguës s'enfoncent dans la famille pour y saisir ses victimes.
La Russie , aftirment les gazettes , opère ainsi en Pologne; elle saisit les enfans polonais à leur début dans la vie, et elle en fait des Russes; mais du moins elle n'inscrit pas sur ses drapeaux, et sur ses nionumens, et dans ses oukases, en lettres majuscules, le mot: UBBRTÉ ! Mais elle laisse à Tinconséquence française le soin de violer le respect di\ aux peuples et aux familles, et de proclamer ensuite, au son d'rloquens tambours : yU'c. rive lit nationalité polonaise!
Miera-t-on que les familles françaises se détournent des instituts publics et qu elles préfèrent les établissemens privés et religieux ? Il faut ou se résoudre à ne pas nier le fait que je pose , ou laisser les choix libres : liberté que Napoléon repoussait, et qu à son exemple tous les gouvernemens ultérieurs ont également repoussée et repoussent encore.
Pourquoi la craignent-ils cette liberté, la plus sainte assurément de ces libertés dont le mot résonne à tant d*échos ? C est que la nature appelle ailleurs les choix libres des chefs de famille.
La Restauration, confiée en ce point à ses habiles mi» nistres de [instruction publique (et d'ordinaire on entendait par ce mot un ministère dé remplissage et le talent propre à soutenir ou à repousser un amendement), la Restauration , dis-je , avait vu avec mollesse ou insouciance les familles s*ouvrir une issue secrète vers laflfraiichissement. A force d art et d'abus de mots , les familles avaient trompé la loi trompeuse : sous les vains titres de petits séminaires et de petites écoles , s'étaient agrandis de vastes collèges où les familles envoyaient en foule les rejetions de Tavenir. Le fils du libéral y croissait sous le même ombrage que le fils du Vendéen. Amiens surtout vit s'élever sur son territoire le gigantesque édifice de Saint- Acheul où mille pensionnaires, accourus de tous les coins du nord , étaient simultanément initiés aux études littéraires et aux doctrines morales. Près du Français s'asseyait le Belge; et la Belgique et la France renouaient, dans le silence de l'ordre et du bonheur, des rapports intimes que la diplomatie plus habile n'aurait pas dû voir avec indifTérence. Toute assistance de gouvernement avait manqué à ce bel institut ; il s'était créé
d'immenses ressources; il les développait mieux eocore d'année en année.
Eh ! quoi ! mille élèves internes dans un lieu nu et sous un climat âpre, tandis que nous, possesseurs dm édifices créés par la munificence royale, dispensateurs de riches tributs, appelant à nous les familles, par mille avantages, et externes et internes, nous ne pouvons allécher ou commander la confiance des familles!
Ce cri poussé par l'Université Royale fut un arrêt de mort. La violence Texécuta. En peu de jours quatre mille jeunes gens que Tordre desBourdaloue et des Maccarthy, relevé de ses ruines, formait eu divers lieux, suivant sa mode, dont personne ne conteste rhabileté ni la douceur, furent repoussés des asiles choisis par leurs pères et leurs mères. Ces asiles, clos et déserts, ces maîtres fugitifs, ces enfans sur qui les païens iovoquaieiit le respect {debetur puero reverentia) , refoulés de Tombre des autels dans la fournaise des passions, ce fut là un singulier trophée élevé par le libéralisme uni- ▼ersitaire à l'honneur des familles ! Il faut l'avouer; le jour qui vit un tel acte proposé par un évéque français et signé par un roi de France, vit un acte de délire.
Les jésuites, je le sais, ont fourni un bien bel épisode à la comédie de quinze ans. 11 est dit, en ce drame, qu'ils enseignaient à tuer les rois, non pas précisément Louis XVI, mais tel ou tel autre; et à l)ouleverser la religion, non pas précisément le Christianisme , mais l'église gallicane. Aussi Tinjurc du mot jésiutej eut chez un peuple plein d'esprit un succès digne de cet esprit. Ce peu» pie, si monarchique et si religieux, n aperçut en son effroi rien de pis que les jésuites. Comment un jésuite étaitil fait? Avait-il un grand œil au miUeu du front ."^ l'oo ne
le savait pas. Mais était jésuite quiconque inclinait à droite ou à gauche de la ligne tracée par les rigoureux comédiens. J ai vu, à Tulle, un bon militaire de Napoléon, le général Hugo, fort surpris de s'entendre qualifier de jésuite parce qu'aux élections des députés, il préférait un candidat de son choix au candidat du choix d'un autre. Or donc ici, comment viens-je remémorer les jésuites et honorer leurs services? Ce n'est pourtant pas en qualité de leur élève que je leur rends hommage. Elevé, au contraire, par les oratoriens leurs antagonistes , je n'eps point de prévention bien propice à écouter; et, si je ne craignais de porter une atteinte fort déplacée et fort inique à l'honneur de niahres, la plupart aussi vertueux qu'habiles, j'ajouterais qu'entre les maîtres dont mon cnCance entendît les leçons, furent et le fameux Fouché et le conventionnel BiUaud-Varennes, hommes les moins jésuitiques du monde. Certes, il est vrai, grande était Im distance de ceux-ci aux vénérables chefs du collège de Juilly. Mais les uns pas plus que les autres ne songeaient à incliner mon cœur vers les jésuites vaincus par eux et alors d'ailleurs anéantis^ Si donc ma voix murmure ici contre les destrucûons aussi sauvages qu'impolitiques dont levéque de Beauvais, l'inconsidéré Feutrier, frappa, en 1828, les établissemens des jésuites au gré du libéralisme aussi surpris que joyeux d accomplir le plus cher de ses triomphes sous les auspices d*un prélat ( triomphe si horriblement ensanglanté naguères à Madrid), c'est que je hais les préjuges^ entendant ce mot dans son sens logique, c est-à-dire, lesjugemens irrationnels. Quoiqu'on dise la vérité est bonne à tout, l'erreur à rien, c'est par la recherche approfondie et impartiale de la vérité scrul«« jusque dans \^ plaidoyers de
la Chalotais, qu'il me fut donné d apprécier les folles calomnies dont les jésuites , en tant qu'ordre religieux voué àVéducation , à la chaire et aux missions lointaines , furent le merveilleux objet, depuis Louis xv qui les proscrivit jusqua Charles X qui, en réitérant l'arrêt de mort, en dépeuplant les collèges des enfans qu'ils lui formaient, a jeté sur notre postérité et sur la sienne, le poids d'une faute incompréhensible.
Les jésuites abattus, les oratoriens né cherchant point à renaître de leurs cendres, les doctes bénédictins ne pouvant réussir à rassembler leurs élémens, tous ces corps religieux et enseignans mis en poussière par le souffle même du pouvoir royal , il a Uen fallu que les familles , violenunent privées de feu et d*eau , demandassent pour leurs enfans un toît hospitalier, soit aux établissemens privés, soit aux collèges dits royaux. Car réducation domestique la plus sûre aujourd'hui , quand elle est possible, n*est possible en tout son cours que pour si peu de familles, pour si peu de maîtres, pour si peu d'élèves !
Plusieurs instituts privés ont fleuri. A leur tête ont été vus des hommes doués de vertu et de science. Mais comment auraient-ils pu imprimer à leurs œuvres l'ensemble, le concert, la grandeur, la durée qulroprimaîent aux leurs les ordres religieux forts d'une éternelle jeunesse et d'une subordination exquise ? Comment pouvaient-ils, isolés, délaissés, souvent vexés par le pouvoir public, soutenir une lutte avec l'université, leur injuste et impitoyable rivale ? Intentions excellentes, mais effets avortés: tel a été trop souvent le spectacle offert par ces instituts particuliers.
Tous les avantages extérieurs, propres aux corps en-
ftcignans, ont été comme accumulés sur les collèges confiés par TEtat au corps universitaire. Aussi est-ce l'appât tentateur présenté aux familles. Jardins, bibliothèques, instrumens de physique, ont relui de Téclat de l'opulence. Plus de marge s'est trouvée dans le choix des professeurs ; et conséquenunent , les collèges privilégiés ont reçu des professeurs plus habiles. L*aptitude au savoir était séduisante. Mais au-delà de Técorce, qu*a-ton en général aperçu ? Des maîtres professant par métier; des élèves libres de se prêter ou de se refuser aux leçons; entre ces élèves, faveur exclusive à ceux dont les succès ont pu faire briller les maîtres : indifférence ou abandon pour les autres ; abandon surtout pour les vices du cœur et du caractère ; point d'esprit de famille du maître à l'élève ; discussions d'argent sans cesse renaissantes entre le maître et le pensionnaire, entre le maître et le conseil municipal. Qu'a di\ alors présenter en résultat le long cours des études classiques ? Eclairs d'imagination, lueurs de science, ténèbres de morale. Ces trois mots sont le tableau réel des collèges régis par l'université royale, trop pleine encore de l'esprit de son fondateur.
Qu'il existe au sein de ce vaste corps des hommes d'un mérite transcendant, d'une science vaste et même d'une haute vertu; eh! qui en doute? Mais, a dit le poète législateur :
Chaqae âge a son esprit , tôt lalens et set mœart.
Chaque corps aussi : à chacun l'esprit qui l'a créé, qui le dirige, et de qui découle un ensemble d'actes décisifs et de résultats palpables. Les fleuves ne remontent
point vers leur source ; et Tuniversitë suit et suivra toujours riîîipulsion qui lui fut donnée vers un docte matërialisme dont le propre est de diviser l'être indivisible, ITiomme, en ne portant des clartés qu'en son esprit ^ tandis que la raison s'obscurcit dans les doutes et le cœur s'abrutit dans les passions; impulsion si puissante qu'elle fait souvent fléchir (et j'en ai vu des exemples) jusqu'aux prêtres vainement introduits par des mains plus ou moins adroites, dans l'université, pour infuser en ce corps matériel quelques sucs vivitians de l'esprit chrétien.
C'est là le principal fléau dont est frappée en ce moment l'éducation de la jeunesse française. La science et la morale ont été, en quelque sorte, scindées. Aux collèges royaux, la science; aux collèges privés, la morale. Quelquefois (le dirai-je? et ma voix se refusera-t-elle à être équitablement sévère?), ni Tune ni l'autre, dans les uns ni dans les autres. Mais, en général , tel est le principal trait de leurs physionomies.
Quels fruits donc en attendre ."^ Là, des fruits salubres sans saveur; ici, des fruits peut-être savoureux, mais dépourvus de salubrité; ici même, des fruits pénétrés de plus subtil poison. Qui n'a ouï parler de ces prodigieux sacrilèges, organisés par des coalitions d'enfans, ourdis habilement dans l'ombre, exécutés effrontément au pied des autels; bizarre et monstrueuse conspiration de ce qu'il y a de plus faible contre ce qu'il y a de plus fort, de Tenfance humaine contre le Dieu vivant ? On les attribue aux collèges de Paris. Les faits publiés sont-ils faux ou sont-ils vrais? Faux, ils sont donc réputés indifférens; sinon, pourquoi pas démentis? Vrais, qu'attendre?
A ces vices prèsens de Téducation classique, qu'on
ajoute la faiblesse des parens qui concourent avec rin« souciance des maîtres pour dissiper l'esprit, ënerver les cœurs, ramollir les volontés d'enfans tour à tour appelés du rigorisme plus ou moins lourd des collèges aux dé* lices prématurées et aux pernicieux exemples des so* ciétés mondaines. Plante délicate, Tenfance est destinée par la nature à mûrir longuement. C'est le contraire, en nos jours oii Ton veut brusquer la nature. Il faut que Tenfance, transplantée çà et là, subisse alternativement et bien vite les sols les plus divers; tantôt la glace des collèges, tantôt les rayons briMans du monde; ceux-ci prévalent : elle se hâte, elle s'étiole, elle avorte.
J'ai vu des temps plus robustes et des effets plus mAles. Une enceinte de hautes murailles, un séjour de huit années sans re\;\che , la distance de parens qu*on ne voyait plus, Tapplication constante à des études sagement diversifiées, telle fut l'éducation ancienne. Beaucoup d'heures, trop sans doute, s'y absorbaient dans les langues anciennes; et là encore, pourtant, se trouvaient des résultats profondément utiles. La poésie de Virgile, par exemple, attendrit l'àme et charme le goAt; lutter ensuite avec le cigne de Mantoue n'est pas facile; et néanmoins le tenter avec effort , se heurter , se raidir contre la versification latine, c'est chose encore d'un effet très fécond. En pâlissant sur des dactyles et des spondées, le jeune athlète se plie et se replie en mille sens; son esprit acquiert de la souplesse; sa volonté, de la constance : souplesse et constance qui, dans l'usage de sa vie ultérieure, répondront à bien des affaires plus ardues que les dactyles.
Sorti enfin après tant d'années de sa retraite scolasti* que, le jeune homme apparaissait sur la grande scène |
aux manières d'écolier, aux formes gauches ou rudes, mais au cœur droit et à Tesprit orné. En peu d'années ou de mois, la lime du monde, appliquée en temps op» portun, avait poli les formes; et la rudesse n était plus que la vigueur; et la sève de la vigueur primitive circulait dans la direction salutaire donnée d avance au cœur et à Tesprit.
Alors aussi aux études proprement classiques succédaient les études logiques. Celles-ci comprenaient l'art de raisonner, la science de Dieu, la science de rhomme.
Lart de raisonner se déduisait dans des formes si exactes et si précises que Fcsprit s*y rectifiait nécessairement. L'éducation moderne a demandé cette rectitude aux sciences mathématiques. Les mathématiques n'ont donné à Fesprit que la sécheresse ; car la géométrie n a pas deux routes , n*en a pas mille ; elle en a une; Fesprit la voit et y entre de force ; il n'a besoin d'aucune lumière propre pour examiner, juger, marchera son choix. Le vrai se présente à lui, tout fait. Au contraire, dans l'ordre moral , le mensonge et l'erreur ont mille routes ouvertes. Des milliers de sophisme y font briller leurs fausses lueurs. Où sera le fil qui guidera lesprit en ces labyrinthes? La logique le lui remet. Syllogisme, dilem* me, enthyméme, ces mots sont durs à l'oreille; mais ils sont un flambeau pour les yeux de l'intelligence; flambeau si net que son usage se retrouve dans tout le cours de la vie, et éclaire les objets les plus divergens , tandis qu'on reconnaît presque toujours à un air vague et né> buleux les esprits qui , en leur adolescence , n'ont pas appris à user de sa lumière.
Dans la science de Dieu , les études logiques et vraiment philosophiques exposaient son existence , son
sence, sesattrîbuu. Limaginaiion et la vérité, appuyées là Tune sur Tautre, s*y jouaient, pour ainsi dire, et, sans s*y ^rer , dans Fintini. A la science de létre incommensurable s'adjoignaient aussitôt la science de Thomme et de ses devoirs. Ce nétait plus le sec catéchisme de Tenfance; faites, croyez, obéissez. On argumentait sur les profonds motifs de croire et d*agir. En ces vastes déve* loppemens de la métaphysique et de la morale, la raison s'étendait; la doctrine s'épurait; l'esprit s'aiguisait, et même, en s'élançant dans ces hautes régions, l'esprit purement littéraire rencontrait encore parfois de douces ou de sublimes jouissances, ainsi que le voyageur parvenu à la ctme des monts, parmi les rocs et les nuées, y recueille encore quelques fleurs ^ couleurs vives ou à parfum suave. Car plusieurs méthodes , et notamment celle de Lyon , avaient bien applani les routes et émoussé les épines des procédés scolastiques.
De quel air la génération qui a reçu ou qui a pris le nom grotesque Ae jeune France^ entendra-t-elle ces observations? ou avec dérision ou avec pudeur. La pudeur fera rougir les fronts de ceux qui ont cru tout connaître ayant si peu et si mal appris , mais assez intelligens pour comprendre les défauts de leur premier savoir. Aux autres, la dérision; ceux-ci, pipe à la bouche, chapeau surToreille, s'engoncent, se bouffissent| se saluent eux-mêmes avec respect. Du respect à d'autres que soi, jamais. Ils n'écoutent pas , ils insultent : car Finsulte et la dérision sont plus commodes que l'étude et plus faciles que la morale , cette fin dernière de l'homme à tous les âges.
Il est de fait qu'aujourd'hui peu de jeunes gens embrassent le précieux complément des études logiques,
comprises sous le nom collectif de ptUtosophie. On ne Texige que des ëièves du sacerdoce : étonnante rencon* tre! \k philosophie prépare les voies à la théologie! Dans ce rapprochement se manifeste toute la vérité; mais la philosophie, au lieu de nètre que le portique de It théologie, devrait s*élever en dôme qui cou ronn&t tout l'œuvre de l'éducation classique. Bornée à peu près aux séminaires, elle doit communiquer aux élèves du sanc* tuaire, si d'ailleurs leurs talens naturels j concordent, plus de vigueur d*esprit, et plus de dextérité dans le raisonnement.
Dénués de ce puissant auxiliaire, abandonnant à h hâte les divers instituts où leur enfance a trouvé peu de supports, où leur cœur a été mal gardé et où leur intelligence ne s'est développée qu'en raison des dons qu'ils ont reçus de la nature, les jeunes gens de la générsdon adolescente se présentent, sans garantie certaine, ait société dont ils forment l'avenir.
Plusieurs, faiblement dotés et en science et en mo» raie, vont, drs l'abord, dissiper leurs chétivcs prarisions dnTin Irn régimens, dans le négoce de terre ou de mer, dam l'oisiveté de la famille.
Ceux que favorise un tour particulier d'e^irit, tendent vers les emplois secondaires de la diplomatie : ib •ont en petit nombre.
L'administration , en toutes ses hiérarchies , ouvre des rangs plus larges. Multiplier les fonctions publiques fat un des moyens de despotisme absorbant imaginés par Bonaparte. Beaucoup d'emplois ont survécu au grand empire réduit en niiiiiuture^ et tout l'attrait, toute l'iniportance qui leur furent donnés i\ Toriginc, ne sont pas efTacéi, A lentrée de leur carrière orageuse et mobile ,
§# preMeni des jeimeft gens que Wur {y)fi(iod sodak ea ivpproche. Les heureux «ont admU, lU subissent aussitôt l'effet immédiat de Temploi obtenu.
Ces emplois sont de deux genres > les uns, administrali(s; les autres, financiers.
Ia gravité de radministratîon cirile sa concilie av^ le nuûntieo du principe religieux. £lle j ramène pUitdft quelle n*en écarte ceux que ne séduisent ni Timposture des hommages, ni Tinsolence des formes; mais le sahU des mers n'est pas plus mouvant ; et la haute adminisdratîon suppose, ou l'inglorieuse flexibilité de systèmes politiques en celui qui s'y maintient , ou une grande abnégation dans celui qui, fidèle à ses propres doctrines, s'expose, en chaque secousse de l'ordre poUtique, à perdre en un seul jour les fruits d*une vie entière. Quelle 8^{ion exerceront^ils l'un ou l'autre sur la cou* sistance morale de la nation ? Dans le premier cas, mauvais exemples j dans le second, infructueux exemples*
La finance agit autrement sur les jeunes gens qui parviennent à en pénétrer les emplois. C'est là que Ja cupidité siège sur sou trône d'or. Elle s'y environna d'un aimant irrésistible. Le jeune homme qui se dévoue à son culte , arrive ou corrompu ou pur* S'il a été dé* pravé d'avance, le mal est fait, et, bien loin de se gu^ rir, il s'aggrave. Si le souvenir du collège a laissé dans son ccBur une impression de la Bible, dans son esprit une teinte de Virgile et d'Homère ^ oh! comme l'arithmétique ef&ce vite ces précieux vestiges! En fait d'impôto, on perçoit ou Ion régit. Le jeune homme est-il percepteur d'impôts? 11 contracte l'obligation et les ha<» bitudes de la dureté. Ëstril préposé à leur régie? il n'a pkii4*yaiMi«l4*OTeiUes, dfS oorps el d'Ame que pour k
positif des chiffM^; son imagination s'y éteint, son cœur s'y sèche, son esprit s*y rétrécit; car est-il un esprit plus étrangement dur, sec et stérile, que Fesprit fiscal?
Mais la plupart des jeunes gens, sortis du collège, se précipitent dans les hautes écoles; ils demandent la fortune à une profession. Chacun choisit sa destinée et va se préparer à laccomplir. Les écoles de l'art militure^ de la médecine et de la jurisprudence absorbent chaque année trois légions d'élèves nouveaux.
Les rangs de Vart militaire sont restreints; en vain le génie, la marine et l'artillerie multiplient leurs denuindes. Cette légion est bientôt recrutée.
Entre les écoles militaires ou mixtes, deux surtout
méritent une sérieuse attention.
La retraite de Saint-Cyr, élevée par madame de Maintenon comme un refuge en faveur des filles nobles dont elle fut la patrone, après avoir subi elle-même , dans les vicissitudes de sa première fortune , l'abaissement où le plus généreux sang peut être précipité, Saint-Cyr, douce et royale idée de celle qui fut Tépouse de Scarron et de Louis xiv , a été travesti en lieu d'exercices et de discipline militaires. Là s'élèvent, sous les formes du soldat, les futurs officiers des armées françaises; là est la pépinière des officiers spéciaux qui , admis en* suite dans le corps d etat-major et perfectionnés en cette dernière école par de belles études, doivent, comme aides-de-camp , entourer les généraux , dresser les pIanS| guider les armées et les commander à leur tour. '
Que ce cours d'instruction soit bien tracé, comme élément de lart de la guerre, nul doute. Que les lieus destinés jadis aux écoles militaires, ce superbe hôtd de Paris où Louis xv éleva )e plus beau et peut-être l'unique
monument royal de son règne, ce vaste édifice de Brienne où les officiers des Bourbons formèrent Napoléon , Tun et lautre soustraits sans motifs à leur destination première, délaissés, délustrés, aient di\ nécessairement céder leur emploi à Saint-Cyr, et que les échos de Saint-Gyr aient di\ répéter en toute bienséance les tons rauques du commandement comme ils accentuaient jadis les célestes vers d*Athalie, il faut bien le vouloir aussi : car n*est-ce pas merveille que d*étre sans cesse occupé en toute chose à faire et à défaire? Etpuis, qu'importent les souvenirs à cette nation qui se dit la nouvelle nation , comme sous Tempire de Bona^rte elle se disait la grande nation ?
Mais réducation de Vofficier français ne doit pas être absorbée par Vart de tracer les cadres d*un pays ou les évolutions du soldat. Donner ou recevoir la mort ne sont pas non plus tout le développement des qualités de son cœur. Eh ! quoi? restreindre à la mâle intrépidité le mérite du militaire chrétien ! c*est rétrograder vers la brutalité des temps païens. La vaillance doit être en lui bien mieux que Teffet d*un instinct, bien mieux même que r honneur humain ; elle est un devoir et un devoir imposé de Dieu. 11 Taccomplit. Sous les yeux de Farbitre de la vie humaine, il offre cette vie fugitive en sacrifice. S*il succombe, il sait que le juste juge lui en tient compte; et, tant qu1l combat, il double par le sang-froid de la conscience les forces qui disputent à rennemi la vie et la victoire. Sa bravoure n*est pas la fureur d'Argant ; c'est la valeur dcTancrède. Le sentiment du devoir lui inspire de même la miséricorde envers les prisonniers de guerre destinés jadis par les païens, o\x à traîner sans terme la chaîne des esclaves ^
oti à s entr égorger bien TÎte en gladiatturs aeeouplës pour charmer les jeux du vainqueur par les grâces de leur mort Dans Fétat violent où la chute du premier homme a h\t choir toute la société humaine , la guerre , effet de cette violence , est comme une nécessité de notre espèce : l'histoire en fait foi. Mais elle ne légitime que les maux nécessaires. Le vainqueur chrétien vit aux dépens du pays ; alors même il ménage , il épargne, il ne saccage point, il ne dépeuple point. Admirable droit de la guerre introduit sur les théâtres die carnage par le Christianisme ! L'enfreindre, c'est rapp^ 1er les hordes de Gimbres et de Teutons, intrépides guerriers assurément , sachant tuer ou mourir, mais ne sachant que le droit du sabre, exterminant sur leur passage tout ce qui portait figure humaine , et exterminés à leur tour, jetés cadavre sur cadavre comme des monceaux de sauterelles, sous le sabre des Romains plus habiles et guère moins féroces.
Ces crimes des guerres païennes, notre époque, qui a vu tant d'autres crimes , ne les a pas tout à fait remis au jour. Les signes de l'empreinte gravée dans les mœurs par le principe chrétien , par la chevalerie qui en fut le développement,' par Thonneur humain qui y puisa des germes plus vigoureux, reparaissent à travers cinquante ans de vicissitudes. Ainsi s'aperçoivent encore, quoique à demi effacés, les types d'or empreints sur les monnaies antiques.
Deux sortes de gueiTC, en ce temps, ont toutefois bien affaibli ces efforts du droit des gens introduit dans les usages guerriers.
Voyez les pays étrangers spécialement catholiques où k révolution française a enseveli tant de bataillons et
tant de triomphes. On y a éprouva aussitôt quelque chose de pis que la guerre. Le jacobinisme-athée y a rallumé les feux destructeurs dont le polythéisme embrasait ses conquêtes. Que d'inutiles ravages, que de meurtres déloyaux et cruels , les Français victorieux sous le vent révolutionnaire, n*ont-ils pas commis et en Espagne et en Italie, où, par esprit de système infernal, il^ ont entassé dans les mêmes ruines tant d'hommes et tant d'édifices voués »i la religion de leurs pères !
Voyez aussi les guerres civiles de notre temps. Deux fois le démon de l'extermination déploya dans la Vendée ses ailes funèbres; et deux fois il fut de règle que les Vendéens, pris dans le combat, seraient égorgés; tandis qu'eux se contentaient de couper la chevelure de leurs prisimniers qu'ils renvoyaient sur leur foi : hélas! foi éteinte et aussitôt violée. Même contraste s'est renouvelé dans la crise passiigcre de 1832.
Je.^is qu'en Espagne , où le principe religieux a exalte tant de courages, le contraste de la bienfaisance et de la violence a moins adouci que dans notre magnifique Vendée les dissentions intestines survenues au sein de cette grande et ferme nation. Mais le premier signal âé l'cxterniination fut doimé par le jacobinisme espagnol, et les i'ieux chrétiens de Pelage, en y répondant, ont usé d'un incontestiblc droit de nature, le droit de représailles, la peine dîi talion: malheur donc seulement et opprobre à qui Ta provoqué !
En rappelant ici rinfluence du Christianisme et sur le «-aractère du guerrier et sur les procédés de la guerre, j'ai voulu dire quel esprit moral doit, sous peine de décadence vers la barbarie, se répandre et, pour ainsi dire, sHnfihrer dans l'éducation du militaire. Mainte*
nant dites si, avant, pendant et depuis la fausse ou tiniide Restauration , quelque suc de cette infusion salu* taire est apparu dans les écoles où les régimens français ont recruté leurs officiers.
Jai nommé Saint-Gyr; l'autre école dont je dois faire mention a des ramifications bien plus étendues : c'est l'École polytechnique. De ses rangs sortent non seulement les officiers de terre et de mer, mais les ingénieurs de Tordre civil, et une foule d'hommes appelés par la science mathématique à diriger les arts de la main. Cette science est d'une application féconde; nulle part elle n'est mieux enseignée; nulle part on ne sait mieux isoler l'intelligence, abstraire les idées, lire dans les nombres; et voici assurément un spectacle étrange : de savans professeurs et d'habiles élèves ne parlent qu'à l'intelligence humaine; et ils se taisent sur l'intelligence suprême, sur le principe intellectuel qui a créé, vivifié, ordonné les êtres physiques ! De l'espace illimité où, par la puissance intellectuelle, ils réalisent en chiffres les corps matériels, ils retombent sur cette matière et î|^ s'y enfoncent. Quoi.^ leur pensée est-elle si pesante qu'elle ne puisse réjaillir vers Dieu."^
Qu'on appelle et qu'on range en haie ces nombreux élèves de l'École polytechnique, de Sain^Cyr, de La Flèche. Voilà bien des jeunes gens élevés par une société chrétienne, avec des frais et des soins infinis; voilà les successeurs des chevaliers, la fleur et la tête des armées françaises. Qu'une voix s'élève et s écrie comme le Psalmiste : Ubi est Detis eoriimP Où est leur Dieu? A ce nom de Dieu, l'étonnemeni fera lever les têtes. Depuis le collège ils n'en ont ouï parler. Que si vous ajoutes \^ mots de médiateur, de Christ , de messe, d éternité.
oh ! quel rire misérable éclatera d'un bout de la ligne à Vautre ! rire dont Milton aurait tracé en couleurs de feu Texpression satanique. Absurde profession d athéisme î car, encore une fois, quel est leur Dieu? Aucun.
Quel est le Dieu des jeunes marins qui, en des rangs divers, commandent, soit les vaisseaux de TEtat, soit les navires du commerce? Même réponse. Eux aussi, pourtant, ont été en général élevés dans les écoles spéciales de rÉtat, formés à leur beau et rude métier dans les ports de l'État, et sont destinés à divulguer dans tous les pays du globe les maximes de TEtat dont ils arborent le pavillon. Or, écoles de mer, écoles de terre, même maxime : Exclusion de Dieu !
Vous qui lisez, rappelez tous les souvenirs de l'histoire païenne; rappelez le spectacle mentionné plus haut, des soldats anglais au Vendredi-Saint, et des soldats russes à lerection de la colonne Alexandrine, et répondez à ce cri de votre conscience qui vous demande quel fut ou quel est le peuple militaire ; dans les temps anciens, quel Grec, ou Perse, ou Romain; dans les temps modernes, quel Anglais, ou Germain , ou Russe, ou Turc, aurait voulu ou voudrait se reconnaître en cet abrutissement où s* effacent les vestiges décolorés de la nature humaine ?
On voit la raison , perfectionnée par Tàge , ouvrir à plusieurs ofliciei^s les yeux de Tesprit et pénétrer jusqu'à leur cœur; j'en ni déjà fait l'observation. Ceux-là ne craignent plus d'ctre appelés capucins par de fringans fanatiques, lesquels ignorent que les capucins étaient, par un vœu formel, obligés d'être braves, d aller au feu comme des artilleurs, de se battre corps à corps avec les ilamnies de l'incendie; qu ils accomplissaient ce vœu;
qu'il» mouraient hrfiUs sous les décombres ou sur les toits dont ils abordaient la défense, au bénéfice et sans solde du propriétaire. Ah ! il est vrai , les capucins portaient la barbe au menton ; grand vice abominable que le jeune officier ne peut souffrir, bien qu'il l'admire dans les Orientaux , qu'il le prescrive aux sapeurs français, et qu'avant dix ans peut-être la mode lui en fera un ornement ou la discipline un devoir. Plusieurs de nos vieux officiers apprécient mieux le grand vice et la grande injure; mais en vain, aguerris trop tard aux inepties comme aux boulets, ces débris de la guerre croient ostensiblement à Dieu. Dans l'ensemble des corps militaires, subsiste à jamais Timpression des écoles militaires; elle descend aux soldats, s'élève aux généraux; et c'est ainsi que doit se perpétuer l'état systématiquement irréligieux dont j'ai plus haut décrit les effets subsistans aujourd'hui dans les rangs divers de la force armée.
H en est ainsi des Écoles de médecine et de jurisprudence où se pressent les deux autres légions de jeunes gens sortis des études scolastiques.
A Paris surtout , les jeunes prétendans à l'un ou à Fautre doctorat, forment de bonne heure une sorte de milice civile armée contre l'état social de leur patrie.
Les étudians en médecine se préparent de tous leurs moyens à devenir bientôt tels que j'ai dépeint les docteurs en médecine: à l'école, ils aspirent par tous leurs pores la putridité du matérialisme. Hors de l'école, ils se grouppent, ils se passionnent , ils soufflent des bulles d'air pour former à leur orgueil naissant des sphères d'activité. Jamais à l'école leur professeur n'élève leurs regards plus haut que le cadavre. Hors de l'école , leurs
or
yeux montent lu dôme de Tëdifice looial {XMir épier les moyens d*en saper les bases. A Tëoole ^ divisés en £ic« tions médicales, ils voient dans les phénomènes du corps, tel système pour ou contre k bile ou le sang, qu'il leur plait de soutenir, vrai ou problable, ou faux| car le savant maître Ta dit : hier Bordea y aujourd'hui Broussais. Au delà de Técole, c'est la politique qui tour* mente ces esprits factieux et ardens, à mesure que le temps , l'indépendance , la présomption effacent les traces de l'imparfaite morale dont leur enfance au cok lége fut au moins effleurée.
Plus .de fougue encore et d'orgueilleuse acrimonie signale les Écoles de jurisprudence. Autre chose que le fibre et le scalpel , est offert à rinteUigence de leurs jeunes élèves: ce sont les lois qu on leur montre : c'est Tétat des biens et des personnes, coordonné par une foule dû réglemens. Une multitude d élèves qui vouent leur jeunesse à l'étude des moyens établis pour conserver Tordre dans la fortune et dans la situation des fiimil|ea| fai^re de premier mouvepient u» vif intérêt. D*oii vient , qu'au contraire, elle est si fiitale à la sodété civile et à la société politique ? D'où vient que lamukij^icité de< jurisconsultes plaidans, des eaustdisemn^ a été «n tout pay», et est encore , et sera toujours un symptôme certain de ruine sociale?
Le premier germe du mal en Franc«, est le sens mit tériel qu'on attache au root Loi.
Qu'est-ce que la loi?
C'est, répondent les sages païens, plus éclairés par la loi de nature que ces jeunes renégats du Cliristianisroe, • c'est l'expression des rapports que Dieu a établis entre « les hommes et entre les choses.
» Cest^ dit Gicéron y c^est la distinction des choses Ju$^ » tes et injustes , exprimée de la nature elle-même. »
La loi? répond en sens inverse la jurisprudence française; cest le suprême arrêt rendu par le gouvernement: et le gouvernement, qu est-ce? c'est une assemblée; ce sont deux assemblées ; ce sont deux assemblées et ua chef électif ou héréditaire ; un , deux , trois élémens do pouvoir législatif : n'importe le nombre, pourvu que les hommes constituent la loi. Dieu n*y est pour rien. JLéi loi doit être athée : contre sens le plus monstrueux qui ait jamais sali les lèvres de l'homme^. Il y aura donc une loi des suspects ; une loi des otages ; une loi pour déporter en masse les nobles et les prêtres; une loi pour célébrer pompeusement chaque année, l'assassinat jari* dique de Louis XYI; une loi qui met à mort la mère à qui son fils émigré a écrit une lettre indifférente , (mise à mort, légalement exécutée , soit à Toulouse, sur madame de Cassand , soit ailleurs) ; des lois pour confisquer et pour ne pas confisquer , juxtà-posées Tune à l'autre : lois de sang et de boue; lois de meurtre et d'infamie : fruits acerbes, mais naturels, du nouveau Pandemonium éca* bli sur la terre.
Ainsi s'est fondé l'ordre dit légaly enté sur l'ordre essentiellement légitime. L'ordre légitime émane de Dieu : c'est, dis-je avec les anciens, l'expression des équitables rapports ordonnés de Dieu entre les êtres humains ou choses tenant à l'homme. L'ordre légal est l'homme seul, c'est l'expression soudaine de ses p.issions mobiles : et
* Lex est jfittornm iojastoramqae dbtinctio , ad illam aotiquittimaiB •! reroiB omniam principcni «xpresta natnraoi , etc. (De Irgibat , Ub. Il, 9ê-^
*' Et U*ua orateur ao8>i iatcUis«at qoe M. Birrot !
cette mobilité naturelle qui veut et ne veut plus | qui prescrit ou défend au gré de ses caprices successifs , quelle rapidité dévorante elle acquiert lorsqu'elle est poussée, pendant un demi-siècle, par le vent J^rùlant des révolutions et de Fathéisme? Aussi, comptez ces volumes de lois qui encombrent les dépôts de lois : car ainsi s'appellent les lieux où on les entasse. U y en a pour piller, emprisonner, tuer qui Ton voudra de ces heureux et libres Français. Il y en a aussi de toutes les cres^ et de Tan m, viii, xii, et de 1830 et de 1830; et de germinal et de mai et des jours sans-culottides : et tout ce fatras est gravement, sérieusement cité par ou devant la magistrature française qui statue en conséquence sur les biens de la famille, sur là vie de Thomme, sur les traitemens dont il faut châtier, toujours légalement , les partis tour à tour vaincus et vainqueurs : burlesque et atroce spectacle !
De la confusion des mots est sorti le chaos des choses : hésitant entre sa conscience qui Téclaire sur le sens légitime du juste ou de l'injuste , et la loi écrite qui lui prescrit le sens légal du bien transformé en mal et du mal érigé en bien , le magistrat flotte, mécontent de lui s'il écoute sa conscience, criminel s'il méconnaît sa sainte voix. 11 flotte, il tâtonne à deux lueurs incertaines, et l'avocat légal tonne au nom de la loi; et l'avocat légitime subtilise au nom de la morale ; l'un déduisant d'un principes faux des conséquences justes; l'autre s'armant de subtilités et de sophismes pour faire accorder la loi passagère avec la loi éternelle , la passion avec le droit, l'homme révolutionnaire avec le Créateur de l'ordre moral qui régit par le devoir immuable les coeurs et les intelligences.
O ftftgèsnè thfUiblê f où dôtie tètix^a précipiter la tion qùt tû as jeté« entre les Pyrénées et les Alp«i|
Wire la Mëditerranëe et rOcéan ?
Faut-il plaindre ou blAmer la jeunesse des Ecolas de droit accomplissant le cours de ses études spécialeS| à Taspêùt de ce désordre flagrant, au bruit de cette caoo» phonie aussi imiliorale que rerbeuseP
Dài^s le livre de toute Térité, elle lisait naguères am collège : « Les fils honoreront leurs pères et YépmaÊè sera soumise à son mari. »
Dans le Code, évangile nouveau de Fétudieiit ea droit, elle lit, soit en propres termes, soit d'après Tce- |yrit des telles, soit dans lés jugeiHens rendus sur oee textes : « Point d'obéissance de la femme envers le mari , » de Tenfant envers ses parens. Les premiers liens se » rompent ou se dénouent , sinoti encore par le divorce, du moins par la connivence; les seconds s évanouis» sent au premier rayon de la Jeunesse. Que le divorce soit ou supprimé ou seulement sjoumé, assez pea importe; dans lapplication, la loi, ou les tribunaux interprètes de la loi, sont pour le faible : car, enten» dez bien , le droit mésuse toujours du droit; il coii> vient de lui 6ter la force : et , en conséquence , noue Jugeons toujours bon de désarmer le prince envers la peuple, le mari envers là femme, le père et la anèi^ envers les enfans, le propriétaire envers les pillarde. Puissans moyens dans l'attaque au droit ; nullité 4la moyens répressifs dans la résistance du droit : tel est l'esprit de notre Ck>de. Anarchie dans la famille , anarchie dans Tétat : tel est la conclusion. > Si le conflit entre le droit naturel et le droit écrit dé* concerte les magistrats; si, d*aiUettrS| la pe&te
les inoKné , marna à Irat propre iiMU , VêH l'âfAiibliiée^ metït de toute paisèance légitime dans Tordre doutée* tiqne ou politique, combien plus les jeunes apprentis de la jurisprudence seront-ils entraîna par les faussée lueurs de la légalité humaine? Gelle*ci est leur étude; c'est leur profession; cest leur fortune à venir. Eh! n'ont-ils pas récemment tu , dans les procès politiquet, des hommes de talent et même des hommes de cœur, investis d'un caractère public qu'on appelle mtniiùrôy transformant leur rôle en celui d'accusateurs ettréné^^ poussés par Tesprit de leur profession y et sous les auspices de la légaKté , jusqu'aux limites de l'extravagance en fait de raison , et aux limites de l'horreur en fiik d'iniquité? Quel exemple pour eux, quel texte pour les observateurs! que cette sorte An furibondage de m^ tîer qu'ont affecté, à tort et à travers, des hommea préposés à la défense de la société publique?
Piaignons*les donc, mais sachons aussi les blâmer; Car la pente est trop rapide en la plupart d'entre eut vers la perversité légale.
Un autre germe de mal , en ces écoles , c*est le grand nombre des étudians. Quand les rangs de l'armée sont remplis, il faut bien que le jeune militaire mette sôtk épée dans le fourreau et s'occupe d'autre chose. Il ne peut créer une guerre pour son compte. Le médecin non plus ne pourrait, en cas de surabondance, susciter des épidémies à plaisir et au choix. Plus pressés et moins gênés , que feront cette foute excessive de jeunes avocats poussés chaque année des écoles au barreau ? Ils créeront des procès où il n'y en a pas; ils allongeront ceux qui existent; ils prendront de toutes mains des causes quelconques, parlant, improvisant, sophisti*
quant. Leur talent oral se pliera dans rindiflférence à voir une question sous la face du vrai, ou sous la face contraire. Ils auront à vingt-cinq ans , et pour la vie, Tesprit faussé par ces dits et dédits contradictoires; le cœur faussé par des passions vives à froid ; le caractère faussé par la vaine importance donnée à de copieuses et vaines paroles. Quon leur présente la fraude, l'adultère, rhomicide à défendre : » Magnifique plaidoyer! s*écrieront-ils, et ik s'applaudiront; car dire, et beaucoup dire , c'est tout.
Mais encore, et après tous les procès pris et parlés, après tous les malades pris, guéris ou tués, quadviendira-t-il du surplus de ces deux légions d etudians?
En chaque année , l'Université les prodigue au monde. Elle n'en fait faute. Ignorans ou sa vans, elle accepte à peu près tout. On appelle cela prendre ses grades. La prise des grades rapporte des émolumens et aux professeurs qui examinent et à l'Université qui compte sur l'obligeance des examinateurs. Vraiment trop de sévé* rite serait ruineuse : de là, exubérance de gradués.
Qu'aucun ministre appelé à surveiller d'en haut la marche de l'éducation publique, n'ait mis d'obstacle à ces facilités désolantes qui confondent des cours faits à l'école avec des cours faits à l'Opéra et qui obstruent deux carrières où le mérite seul devrait surgir, cette omission est remarquable.
Qu'aucun des innombrables ministres n'ait voulu ordonner qu'on reconnût l'impression vraie et positive du sceau moral sur le front des candidats admis, cette omission-ci est encore plus singulière dans le royaume très chrétien livré aux vents et aux vagues des doctrines et des tempêtes.
Nul deux lia i\\ l« fiftiieux. dewcia de i^culer et à exhausser \ts grades; ou, si parfcm ils en ont gêriéraccès, ils n'ont eu pour objet que d inftiger quelques châtiniens, que de manifester quelque humeur , au sujet de quelques tk'arts politiques; jamais de ces vues hautes et générales dont Bonaparte abusait, mais Idont il faut savoir user.
£t cette omission et mille omissions ont prouvé qaTen fait de ministres, autre chose était le doa de la parole^ autre le coup-d'œil de l'homme d*état. ,
Ce n'est pas que Texubéi^ance dans les dem^csMrrièpQ$ ait préciâw nient atteint le point où tout meoccin aura un procès pour occuper son avocat, où tout avocat aura lu fièvre pour occuper j>oii médecin.
. Cet heureux temps nVst pas du moins encore arrivé pour la médecine; les voies du doctorat sont ici un peu moins larp[es. Une fois ii^corporés dans le docte corps, les jeunes médecins trouvent leur compte à peupler les villes. Le nombre de veux qui refluent dans les ( ommunes rurales est encore insuflisant : et bien des villages ou hameaux srmt desservis ou dévastés par les demi-praticiens admis à exercir l'ait de guérir s<nis le nom assez burlesque iVofficicrs de snntc.
Et pois la condition humaine assure «in\ médecins abondante occupation ; elle est en proie à une épidémie const«uite: souffrir et mourir, telle est la loi donnée à l'homme par son maître; ni âge, ni sexe, ni rangs, ni climats n'en dispensent. Or le cri de la douleur, l'approche de la mort, nécessitent rassi«>tance de celui qui pourra , on le croit, on l'espère, on l'en supplie, combattre ou rallentir la nature.
Mais bien des gens, hors de la Normandie , sont assç;^
iéréj^é\ et le jeane troctt sans câuâëi dont le tâlénè Utttfnnrè fîit cultirë au collège , en con^nrera plus long^ temps que le jeune médecin, l'impression entraînante^ et se précipitera plus résolument dans les tourbillons plus ou moins trompeurs où le monde lui montre àii loin aa pâture.
Qu'il se livre au théitre , il y portera le dévergondage du temps et dti lieii ; il l'accrottra pai* ses leçons funeste Observez les petits et même les grands théfttres de Parlé. De qui j part cette profusion éoit d'obscénitév soit dé liieurtres , touchés au doigt et à Tcèfl par cette multitude parisienne qui en sort altérée ou de débaucbe ou dé tàng? Le^ jeunes littérateurs, exclus des professions laborieuses et utiles, cti sont d'ordinaire les auteurs à la fois stériles et trop féconds.
Que la presse ouvre à ces jeunes gens sans frein sèi tangs bien pliis larges.' Romans licencieux^ compilations falsifiées en des vues haineuses ; mémoires apocrvphes do temps actuel où l'amitié, la vengeance, Terreur dlversiGées à l'infini, transforment le blanc en noir et le noir en blanc; brochures politiques qu'abreuve le fieï des passions ou que gonfle Finanité des théories : telles sont leurs œuvres.
Les plus habiles se jettent sur la presse politiquoi sur les journaux quotidiens. Dans leurs rangs, le^ gazettes royalistes recrutent les organes de leur puissante! dialectique ou de leur invariable énergie; et les journaux opposés n y trouvent pas moins, en toutes leurs divergences, des interprètes distingués par les formes d*un style élégant, var*^, lucide. Ce n*est point par défaut d'art que pèchent les plus repréhensibles des journaux. De vrab talena littéraires j étincelleot de sombres feiiz«
truction gratuite fut donnée par Tëtat à plus vil prix. Le iils (fun fermier exact, le fila d'un valet de chambre ha- Ule,s'j glissaient dans l'ombre sous un vénal protectorat: Incrojabioa be'vues que j*ai dû observer quand ma position m'en donnait le droit sans m'en kisser le remède ! Le pouvoir cl la pn>priété ont armé de la science les prolétaires affamôs de hions (*t do pouvoir : ils en ont désarmé leurs soutiens naturels. Aux vapeurs d'orgueil qui s atruniulaient de tontes piirts dans les entrailles du M)l , ils ont téméniircment ajouté des tourbillons de fumée. Ainsi j^onfbs crevassé, soulevé fie toutes parts , le
voiran pouvait-il ne pas s ouvrir un cratère.
Il fallait une isîsue à tant de vent et de souffre :
quelle issue? On une révulutioii, ou la guerre, ou
Alger.
La re^ululion ^ éclaté et a douné ou\erturc a lu
hourgcoii«ic. Si l« bourgeoisie > dégagée et jailliss^mte,
Quelle verve de tigre en ce poète qui ^ipiait le Triangle d acier! Quelle abondante et pittoresque élocution dans le journal intitulé la Tribune !
La plupart de.sj|tiupes littérateurs et des publicistes novices sont, mal en ,ce monde où ils trouvent les places prises. Le bouleverser pour s y frayer une route neuve et douce y abattre k&^s picdscequorine peut atteipdre, renverser larbrc pour eu cueilliir ^ fruit ^ToUà Tœuvre qu ils intentent. Ilaletans^du be^^.de vivre à leur ma* nière, les yeux liagiuxls et bràl^u», Us entrent dans la société qu ils trouvent désarmée^ desunie, pâle, timide, ignorant sa force et ses périls : ils l'assaillent n'ayant rien à perdre. Y perdraTent-ils la vie? la vie pomroune ne leur est rien; c'est leur fardeau : au-deLi, le néant.
Écoutez ces jeunes talens qui tonneqt et éclatent et dont rébuUition monte si vite du premier feu à lincandescence. Egalité des rangs! égalité des fortunes! c*est leur cri de fureur : cri répété par les semi-libéraux avec plus de sang-froid, et non avec pi U6 dapreté exécutrice. Car si les premiers aspirent à un nouveau partage matériel de champs et de prés, les seconds réalisent le partage du milliard où se fond la plus pure possession des prés et des champs. Mais ce succès éversif de la part des dominateurs du jour, cette spoliation systématique opérée simultanément par riiypocrisie et par la déprédation, oh! comme ils redoublent la soif irritée des talens nus, jeunes et fougueux, qui n'ont encore ni emplois ni rentes.
Parmi les mille imprduences qui ont caractérisé lepoque anlériourc à la catastrophe de juillet, n omettons pas, en lixaiit nos yeux sur la jeunesse insiruitc et cu* pide, la distribution étourdie et imprévoyante des
JàY^t ^ sou lour q^ ouvrir aux clauses înférieur^M la ciatère de la guerre, elle aurait probablement saisi la 3elgif{ue, touché tu ]p.kin, envahi ]* Allemagne et Tltalîe* Dans les vicissitudes des combats, cette dernière portion de lave aurait répandu ou X^n sa sur^affluence.
Satisfais de S4 part, lu bourgeoise a oublié ou ipénie a comp|i|n^ toi^te autre éruption .: mtiutenani donc CQpibien d'autres matières combustible s entassent dans les cerveaux effervescens de la jeunesse inerte et indigente ! nécessité est ou de pourvoir ou de se soumettra à ui^e explosion nouvelle.
Alger, et l'Atlas, et le continent africain, recevraient^ iltiliserai<snt ou consumeraient, du moins en partie, la surabondance de cette population nouvelle qui a multiplié ses têtes et énervé aes bras.
Sous ce point de vue , on devrait au roi Charles x , à son dernier ministère, au valeureux Bourmont, un véritable acte de haute politique. Tous lesijpropriétaires français devraient s y rallier : que disje ? tous les propriétaires de TEurope. Ils ont tous tm intérêt urgent à maintenir la propriété élémentaire sur sa base antiqua* et à en détourner le choc d'une multitude aussi impie qu'avide, aussi déréglée qu'oisive. Aux yeux de celle* ai, la propriété antique devient un sophisme. Incorporer la tourbe assaillante dans des propriétés nouvelles et lointaines qui absorbent d'dle ce qu'elle a de trop, ardeur, force, habileté, là est le salut commun. Ainsi las Romains colonisaient leurs bandçs noires, et ici , politique et équité seraient d'accord. La résurrection ou , pour mieux dire, la création de l'Afrique se concilierait avec les principes sociaux. Des usurpateurs n'y diraient fm à d'anciens colons : veUrês migmtê ooloni. hm co-
lOS
ions anciens de ees cUmats sont tombés ensevelis tour à tour par les Vandales et par les Sarrasins dans la pous« sière de Carthage, dans les ruines de la Numidie. Rani* mer les ossemens dont furent peuplées les deux Car-' thages , porter peu à peu Tesprit de vie, Tesprit chrétien par delà le petit et le grand Allas, quel système ! Il charme Timagination , il satisfait la raison. Grâce à ce vaste canal , la raison aurait un motif de moins pour se troubler à la vue de ces torrens de lave prèlsià déborder par des issues nuit et jour fumantes.
Mais la France, mm l'Europe entendent^lles ce lan*' gage? Les possesseurs légitimes du sol européen, entre* voient-ils le voltui qui menace? Et T Angleterre surtout cessera-t-elle d'étrécir sa perspective dans les voies pe4 tites et jalouses du eonunerce, elle qui compte à la su-» perficie de son sol si peu de possesseurs et tant d*hommes avides de posséder? A la vérité, son commerce, qu'elle aspire à rendre exclusif, feit hausser ses fonds publics. La hausse des fonds écarte ou déguise les approches de la banqueroute; c'est bien là pour elle une question v»» taie; mais ce n*est pas la seule question. Le trop pllôn de sa population intelligente ou misérable en est une autre. En vain chaque année elle en verse une partie dans rinde et dans la Nouvelle-Hollande, en Amérique et au Canada. Deux causes font sans cesse déborder la lave humaine. L'une, c'est l'extension des mécaniques | qui laisse les bras oisifs; l'autre, c'est l'aflluence même des richesses, qui meut et irrite les têtes intelligentes. Aux uns et aux autres, quelle issue nouvelle donner? Le Portugal; commode conquête! On y aspire, tantôt clandestinement, tantôt àlacbrté du jour. Le dépeupler de Portugais, le repeupler d'Anglais, est une de ces
lot
combinaiscuis infernales qui prouveiu au motos dans le gouvernement anglais la volootë d^ouvrir 'chez lui une voit* au débordement progressif des têtes et des bras. Quil >v aitiiche. Ton ne peut trop ^*en étonner,- il y trouve
lAt^ltuuiiiMeiil doit poiter sur la cécité stupide de ses \ oîsius , sur U ix>m(daisaBiL^ désordonnée des autres EuiO(H%iis; euhu> sur U c««ifiiuic^ des^po^&essevQ^ an^is, qui ao wùt^ut pas derriècet eux: celtç. fouk^ de jeunes (uMHiucci lvtlré«>> pa&j^nnés^ ai9Ù(»> Ie9^^ nemigrant liask^ uc coluiii».jait pi»s> ue paidonnecopit point au soleil tu'il;iuuic|uo de ne hérisser qu a leur exclusion les clô«> luivsdc^hérùagev lUsonl plus nombreux. qu en France; iX Ik \entv> dsM>jit uioiiis hardis, moins acclimatés au|i ^i\uulc> iv^ voulions; iUsont encore un peu scrupuleux >m l\v^ vii\»Âu t^itx Mjùs leur nombre se propage en pro- ^4\>.\uui ^iH»iiictrti|uo« Ils semblent attendre que Taccur iMukuU'u |»i\^rv\và\e ait porté leur quotité à sa limite v'XUOuic ; cl i-e uc sent pas long : tandis qu'en France le V^UKu slu V Ici'^v lestretnt le débordement. La concenliMlKui i(c la richesse à Paris en rend d'ailleurs encorç taciuuoiùc moâis générale. Mais au. nombre et à retendue^ l\ui.\ supplée par lactivité, par l'intensité. Il y a U^k^ Iviii^^x quv le principe absolu du droit qui possède v CAi iiux eu fusion. De son foyer toujours bouillonnant M»u:« le ^\»uflte révolutionnaire, part la flaimne à laquelle r\ii^le4\ lie fournit des matières combustibles çxcellem» Uivui uiudsi^ui^ aux feux qui consument les états par la liuh\ vn "»iv^n de!* prt>priétés. Détourner cette flan^me et la
pousser en AlTHpie, serait donc salutaire à l'élat anglais comme à l'éui français. Lo^que et pourtant Taine conséquence 1 Je la vois qui ranime aussitôt toutes teï pri- Tentions, toutes les antipathies, toutes les pasùons anglaises; elles frémissent; elles obscurcissent l'entendeuent tlliommes prof on dénient habiles et ne leurmoR' treiit dans un besoin social et général qne rivalité eonfnicrdale et hostile. Les Aoglau s'imaginent (chose qui 4(lli reste torait uo petit malheur) que l'exubérance fra» çauc, dii'igé« sur l'Afrique, y produirait des Français. Erreur, ucriaînemeiit : elle j produirait bientôt Aé» Africains, ainsi que les âÇÛJtf'ii'^'? anglfûs ont enfante des Ain«?rîcaii>s. .■■'.,
Cruels et faux calculs d'industrie, dç coramerçe, d'etiuilibi't:! Votre sol tremble: déjà s'alonge sur Lon* drcS, comme sur Paris, le nuage de cendres qui ensevelit romptïa; il part de France. Eh! c'est assez d'ouvrir à vos niarcnnrds le reste du monde commercial ; n'éx' torqiiez pas dé la France un moyen de vous préserver vou5-mAnc d'une anarchie coinnmne.
Les journaux sont le réripientoù coule à Ilots Th.v>' meur du jour; niais ils ne la dissipent pas; au contraire, ili la mncinlieirt; les jeunes faiseurs y distillent leurs matières tiagrjntes; Ils les vaporisent, ils les lancent au sein de lullons qu'ils enibnbent, pour répandre partotft où les débris t<i;iili«nt, la flamme qui les dévore. En nâ mot, cVsi la lave sous les pieds et la foudre sur la tête, que colle géitération d'hommes inattentîls dort tnin-
Et ce» .uljsaus des maux futurs vieillissent à leur tour; ils n'agiioiit plu» bieulùt ea avenUiriers : ils saisiront ïm pouvoir légal. IVun côlé leur» «lUiée» ii'aoïToiwent ; fit
toe
Tautre } le cens législatif s'abaisse. Us approchent de cetta tribune toute puissante qui, par le mot légal y prétend donnejr de Tordre au désordre : et alors si la violence Q!ultima ratio^ mais d*un bien difficile accès pour Tesprit conservateur) ne rouvre un dernier refuge à la raison impuissante, on verra sous des eabalaisous frénétiques les lois* Athées se liquider en lois-Mandrin.
Tel est le point où nous mène linvestigation de Tédu* cation en France, de son état présent, de ses etfpft^ prochains : état d'embrftsement, perspective de ruinée ^ de décombres.
Expliquons-nous toutefob avant de détourner les yeux d'une race effrénée qui court au bouleversement de sa patrie et du monde peut-être.
Faut-il dans leducadon restreindre Tintelligencf^? qu*à Dieu ne plaise. L'homme a le droit certain de déver lopper les facultés de son esprit. Que la MMpice lui prodigue ses fruits, admettons ce vœu équitable; mais sachons y associer deux conditions que le géniQ inflammable ou, pour mieux dire, incendiaire de la nation françabe, convertit désormab en deux lois de néces* site.
La première , c'est qu'au savoir s'unissent des moyens internes et externes préventiCi et répressifs qui en compriment les écarts.
La seconde, c'est qu'il y ait, de manière ou d'autre , équilibre entre la science et l'emploi delà science*
Aux hommes d'état qui régissent et la France et les autres empires, appartient le soin judicieux de combiner d'abord le savoir et sa diradion, de mettre ensuite en équilibre la science aequise et la situation privée des
haipHieft formel par l euiMl* : contr^^cU difficUti ^ pourtant caose certaine ou de perte ou de salttt.
Au sein de ces embarras inextricables, se piéfliei^eii| devant leurs yeux des lueurs consolantes.
J'entrevois d abord parmi les classes ngnalées comme iastrument de ruine, les exceptions fortes et nom*. breuses.
Si les gouvemen^ens ont en tête de formidables adversaires dans la jeunesse studieuse trop inal disposée par les collèges, trop souvent pervertie ensuite par lee hautes études, ils jrencontrent aussi d'habiles défenseurs et de généreux auxiliaires. Car, justice à tous ! honneur à qui Vhonneur appartient! Tous les jeunes avocats ne sont point pétris d'orgueil et de lieL Cest de leurs éocH les que jaillissent avec d'autant plus d'élévation qu'il y a eu plus de compression , des talens nouveaux exclusivement voués à la défense de l'ordre, de la vertu, de Fin* juste infortuné. Là ont grandi récemment les Henné* quia et les Berry er, ainsi qu'auparavant s'élevaient comme de vénérables colonnes, les Bergasse et les Desèxe. La médédne, aussi , a ses martyrs , ses héros , ses anges oonsolatenrs. Ils ont été martyrs de rbumanité, ces jeunes médecins, qui sont tombés victimes du choléra dont ils ont de trop près étudié et combattu les fureurs. La peste et la fièvre jaune n'étonnèrent point l'héroïsme de Pa* riset, de Maxet, d*Andouard« Anges du devoir non moins que nmhres en savoir, et Destarac à Toulouse, el Sarrieu devers nos Pyrénées, et beaucoup d'autres bien^ fiiiteurs modestes de lears semblables , ont puisé dans le principe consciencieux l'art de verser tout à la fois sur les misères bomaÎBes les trésors de la science et le beaume des vertus. A leur école surgiront de dignes élà-
fOB
v«H. Tous les disciples de la médecine neflechiitmi p». le goiioii d(*vnnt le Daal de la matière; et, d'ailleurs, amst que j\*ti ni fait déjà la remarque, moins d'àcreté et moins d*ex|);uisic>ii sont à craindre en cette classe que dansi celle des jeunes jurisconsultes où la foule obstrue le }wu»age et où trop facilement les têtes s égarent au gréi de t«^nt d*illusions trompeuses.
Un rajon d'espérance plus vif et plus pénétrant peut luire au loin sur notre pays, de la situât ion où eic en. France le sexe féminin. Pour lui, Féducation publique, a cuaimis bien moins d'erreurs et préparé bien moins dei périls dans les campagnes. L'envieuse UnÎTersité ne disr puto pas aux pasteurs de paroisse le droit d'enscigiier ki murale aux petites tilles : à Tappui du curé^ s'établissent ca et là des institutrices qui marchent suiirant ses Toies' et n*é^rent pas leurs élèves hors de la sphère où les a pbi^ees la Proridence. Dans les villes, ce sont les &Uaf de la Oharitoqui ordinairement dirigent le premier âgo^ viv» lîlU^ du |H^U(4e. Des congrégations spéciales ooih. dutx^^il auvwi AV<v une instruction g;raduée vers le bien,. k> ivuiH^'^ pvm^nnes de la bourgeoiftie. Aux iilles qée»; vLu*.« .Ux vAMHtaiMtts plus hautes ou plus riches comesr pvMi4%'i«t >ur totts les points du royaume des dames lia-. UW'K ^viv ta«i4^ réunies en sociétés^, tantôt isolées, ne. ts>i tNoi |Sii^x uHWS soins à initier leurs jeunes élèves dîins, I ni .\^ U\sl^r> de peindre ou de danser, ngipis qui ion Im^^ .h smu.x leurs cœurs l'onction plus active de la piéuîi
l^ s*is*%ihHkW la première communion est le terme de V «.^ ..iA^^ii«A;K»iu viviiiantes : et il est regrettable que l'eu- \v«^»u .lu Ai4 dv> vertus ne soit pas coniié plus loog-tenipsi^i «l^^mv i i.^uh(V iW l'A solitud«*, aux saintes dames qui on
iléniMMl Àdi ittfQïï ti. L*ex«niple. L'impres&iotl pnc^ngée soAÎtipliift dui^e. Dans leurs familles ,, toutefob, 1 as j<)uae6,pei'sonnes trouvent encore, sinon Fart, siiloii jilén^e l'je^i^pie, du moias la volpntë de la vertu. Car>, 4)t nulle|faiaiOje4ie s ignore à cet égard, sur la renommée de lai j^iin^ élève reposent- la paix, la sécurité, et même 1 intjçi;^ pécuniaire de la famiUf ei^ière.
ntAJQ^ ^* ordre se perpélMe avec ensemble. Les opiiiions^, |(^ senumens, la conduite concordent au but çoiimiun,* et, deviennes mères à leur tour, les sages élèves transmettent le. ^QÛt de Tordre à la génératioik féminine quLlessuit» j,: . . ,
Tel est eii général {)e.co^jrs donné àleducation des ftinÈues : cour^.bien plus droit, bien inoins tumultueux »l bien moins ardu que la longue et épineuse carrière où le jeune homme s'essaye aux diverses professions de la vie sociale. .
Or, la mère n'agît pas uniquement sur la fille. Le berceau du tih est aussi l'objet de ses pieux soins. Elle y répand quelques germes de ses propres sentimens : elle soutient, elle dirige, elle redresse les premiers pro* grès de la plante qui s élève. Du premier pli qu'elle a donné, se forme dans la ilexible enfance un tour d*es* prit et de caractère, un penchant en quelque sorte naturel, dont les hasards de l'âge suivant ne dérangent pas toujours l'impression bienfaisante.
Ainsi la mère influe sur le fils; ainsi, en généralisant l'effet, les inclinations de la femme peuvent tempérer la rapide action que le sexe doniimiteur et plus pervers imprime au désordre moral contre la durée de la société politique.
Que les femaies soient géuéralim^nt mues par uti
{irtecipereUgieiix^ cfet un Mt ionitilt k toné ]m Mgirdi. L'Ég&« elle-méiDê ïohêétrt âTeb Faocent dé là rèHHinaissance : Profaemineo êi deooto iêxu^ dlt»6lle, ettêm inTôcations. L'huitiblé basilique des champs et la superbe Métropole tment également, toutes deux, le nombre des femmes prédominer dans leurs eiie^ntes. Serait-ce qu'un instinct privilégié, une Sorte dé lumière surnaturelle éclaire les femmes sur les dànjgers perftonnels où les expose le déclin du Christianisme eti FrittceF Et en effet, pou^ la femme il n'y t point de milieu : fl Ciut qu'elle soit chrétienne , Où qu^elle ne èoit rien ; que dis-je ? moins que rien. Hors du Christianisme, cTest une portion du troupeau domestiqué; e*est utie brute à Tendre; c'est le vil objet des capricéi ou deè rebuts du mâle; elle vit en esclave, on meurt sur un sighe de soA maître. Là n'est plus cette société conjugale dont le Créateur a donné le type dans Tunion d'Adam et d'Evtfr. L'homme reste seule. Chex les peuplades américaines, il condamne la femme à porter les fardeaux. Chez les nations asiatiques, il l'enferme s'il e^ riche; il la poursuit en vain de ses vœux, s'il est pauvre. Au nom de Mahomet, comme au nom de Brama, Fopulence s'arroge le droit de polygamie. Plus elle excfce ce droit destructeur , plus elle rompt l'équilibre admirable que la nature maintient sans cesse entre les naissances numériques des deux sexes. Isolés en leurs peines, désolés en leurs af* fections, effrénés en leurs désirs, des troupeaux d'hom* mes pauvres subissent à leur tour l'abandon ou les ou* trages causés par l'oubli des lois du premier maître; et d'indicibles désordres, altèrent, trompent et brisent tous les rapports établis à l'origine du monde pour là durée de l'espèce humaine.
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Gè§ impérieux ttpports, eoimhè le Christiàfiisme le^ â relerës , resserrés , régularises , embellis y ennoblis ! La société domestique est Une de ses merveilles. Et en France surtout, combien la loi chrétienne et les mœurs qu'elle a inspirées, ont exhaussé la compagne de Thomme!
Dans le droit public et dans le droit civil, les papes , alors puissance heureusement dominatrice, maintinrent Tunité du mariage avec une sévérité dont le dernier âiècle a trop méconnu les causes. Ils soutinrent des guerres; ils attaquèrent des trônes; ils renversèrent des rois que la licence des passions entraînait par de nouveaux et d^insidieux détours vers la polygamie. Au même temps, la chevalerie développa sa magique influence, célébrant les femmes sur la lyre du troubadour, les protégeant par la lance du guerrier. Phénomène dont Vantiquité n*eut pas Tidée , elle enchanta les deux sexes. Vaillance et courtoisie, furent ses deux attributs: ils embellirent la race humaine; et par eux la femme obtint presque un culte.
Plus tard, kf femme a usurpé la puissance politique. Paris a été son trône; elle y a régné sur les inœurs et même sur les opinions. Peu s'en est fallu qu elle n*cxcédAt bientôt les justes bornes de son doux pouvoir. Quand la reine Anne de Bretagne introduisit les femmes k la cour de France, quand une autre reine, Anne d'Autriche , y appela à sa suite les grâces et la fierté de la galanterie espagnole, ces reines ne songeaient sans doute qu'à donner aux mœurs françaises raménité enchanteresse, la politesse exquise dont la vive influence a adouci graduellement jusqu'à la rudesse des classes dernières. Mais la Fronde accoutuma la cour aux intrigues des femmes; et sous Louis xv, leur suprématie a fait pis.
Taiiioty alors, elle a propagé le vîc€\ parUii^Hii^ exemples, et. Ton vit la suprématie féminine tomber jusqu'au nom de Dubarry ; tantôt ingrate envers son libérH^r , elle a oublié que s*armer contre le Cliri^tianisQic, c était (le sa part lever un étendard parricide. Des mains de It^ mode, les dames de Paris et de Versailles (^cçieptèrent les grands livres; elles croyaient les compfrçndre; e^les se glorifiaient de Tascendant reconquis par le matérialisme abject. Les plus spirituelles formaient le cortège d*Helvétius, de Diderot, de Dalembert., de Raynal; et quand la politique devint mode aussi, et mode anglaise surtout, d*autres grandes dan>es commirent d*autres grandes fautes; et la révolution s*étonna^de voir son berceau festoyé par des dames de Tessé, de Beauveau, de Staël, etc. Excessives, impatientes, presque idolâtres de M. Necker, et fascinées au point de se pgrtçr juges en systèmes de finances, parfois coupables d'ingratitude envers leur belle et auguste reine Antoinette, elles con-r fondaient la politique avec lamitié, une coterie aveq l'État, les prestiges de Timagination avec les succès de la pliilantropie. Mais telle fut Terreur du très petit nombre. Avec quelle mâle vigueur tant d'autres ont scellé de leur sang la vertu politique ! O filles de Verdun! O Elisabeth de France! O Sombreuil! Et plus récemment, depuis madame de Larochejacquelin jusqu'à mademoiselle de Fauveau, que de malheurs et d'héroïsme! Que de pesans devoirs imposés à la faiblesse physique et hautement accomplis par la force morale} Leur foi et leur roi : telle fut la devise de rimnionse majorité clés femmes françaises. Dans les provinces surtout, dames et paysannes ont accueilli d'un front hostile là
révolution en toutes ses phases, surtout quand elles ef(
montrée impie ou barl>are; avec joie, avec transport, la Restauration ou ses apparences. En vain Napoléon éblouissait les yeux par ses pompes triomphales ; jamais il ne put réaliser Tallégoric de Vénus et de Mars. Les dédains des femmes répondaient à ses victoires. Il s* en vengeait en faisant couler par torrens les pleurs des mères ; et à leur tour , les mércs le punirent en précipitant sa ruine avec autant d*ardeur que les armées étrangères.
Qu*en cette disposition, à la fois instinctive et traditionnelle, les femmes étreignent de leurs bras les atiteb protecteurs à Tonibre desqu^s, et malgré toutes les furies du Paganisme, TUnivers vit rendre à la liberté, non seulement les quatre- vingt millions d'esclaves da tout sexe accumulés dans Vempirc romain, mais le sexe féminin tout entier, elles ne feront qu*obéir à leur raison, à leur intérêt, à riiistoire. Qu'en ce concours soit un élément de durée pour le Christianisme en France on peut le croire. Qu'il ait même pour heureux effet d'atténuer les principes désordonnés qui dissolvent tout l'édifice social , c'est là encore une chance de préserva* tion qu'on peut admettre. Ranimées h la vue des maux passés et éventuels, des périls généraux et domestiques, les femmes, dont le cœur est droit et l'esprit juste, circonviennent leurs luaris et leurs enfans ; elles veillent désarmées, mais non inactives, sur le sort moral de leur patrie ; et la voix pénétrante que leur donna la nature n'est pas toujours ni partout sans écho.
Non certes que Paris et les grandes villes n'aient à ensevelir dans l'ombre de monstrueux désordres ; mais les grandes cités et de la pieuse Italie et de la phlegmalique Germanie, en sont-elles donc exemptes ?
Non que la multiplicitë des soldats français qui sont revenus des confins de l'Europe à la chaumière de leurs pères, n'aient trop fait connaître aux foyers rustiques là licence des camps ;
Non que l'esprit général d'insubordination ne se propage dans la famille d'un sexe à l'autre, et n'y altère parfois la docilité d'épouse à époux, et, qui pis est, de fille à père et mère : rapports qui constituent la hiérarchie nécessaire de Tordre domestique ;
Non encore, et ceci n'est pas la considération la moins périlleuse, non, dis-je, que la révolution n'ait souvent renforcé l'orgueil brutal des hommes par les transports effrénés de la vanité féminine. Ces époux et ces enfans transposés d'un rang obscur aux premiers rangs, ces honneurs inconnus, cette fortune inespérée, que de fois n'ont-ils pas causé l'ivresse et l'emportement de fenunes pour qui le char révolutionnaire prenait l'appft» Tcnce d'un char de triomphe ? Le fruit du mal, une fois goûté , a paru savoureux : saveur mortelle dont la sensation trompeuse dure encore. Licence, cupidité, envie, exaltation aveugle et souvent cruelle contre les adversaires de leurs bouleversemens , tour à tour des futilités puériles et les prétentions du faux savoir : à ces traits qui ne reconnaîtra bien de ces physionomies où jadis la nature n'aurait gravé que le calme des vettus domestiques ? Observez les doux visages des filles dé la Charité : Raphaël y trouverait les types extérieurs de la sérénité et de la candeur des anges. Près d'elles, voyex les airs de la femme qu*ont déplacée et élevée les roues du désordre social. Ces ébranlemens soudains en décolorent les traits par des traces visibles et quelquefois rt^ poussantes qui s'impriment bientôt daos le discoiMi '