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àkm les maxiiiies , dans les Motions de h reuse, hëlas! de nos nuiheurs.
Tel est le dommage : uHe est rexccplkiB a« bsea, leqael ici malheareusement n*csl Im-mêne ^e rcxccp> tien au mal généraL Cest on Taste et soadvetaUeaB «à le bien domine en nn coin de la scène, et oà, mènK cb ce coin moins obscur, faut encore faire urne paît an temps, aux passions humaines, aux timali o iif indinduelles qui assombrissent Ta^iact de rarcnir.
Mais toujours est-il qu'en ces tci^M d^sastresx le bien préraut de beaucoup sur le mal , dans les diyo s i tiont politiques et religieuses oà la réroiation a conduit la moitié féminine de la nation frinçaiif ; et pour opiner adns , je m'élère à des ooosidéniîoiis col* lectÎTes; j'iippelle en parallèle avec nos Françaises Tctat moral des Romaines au déclin de Tempire. Qodk différence! Quand cet empire soccombait et mmB Tathéisme épicurien des hautes classes, et sous le parlage sophistique des rhéteurs, rit-on les feoMMS libres de Rome et des prorinces, opposer une digne au torrent des rices publics? Vooaîent-dles à lemn dieux un culte plus constant ? Veillaîent-eUcs an bcr* ceau de leur fils ? Et obsenrait-on en elles des matmn moins lubriques ou moins féroces que les actes habituels de leurs époux et de leurs percs? !fon : rEljsee ni le Ténare ne les touchaient plus; leur culte me fut constamment fid^e qu'aux mystères de b ITiinnii Déesse; et bientôt l'efFrontcrie en effaça jusqu'à la mjsténeuse ignominie. Voyez Sénéque et JuTénal. PotbUœ cœremanût: mmgna aduUeruijàix Tacite. Déjà en effet éperdues à la chute de la répubCque, les mœurs des femmes acherèrent sous les Césars de se £ssoo4r«
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en des vices sans remords. Que devenaient leurs enfans? Livrés aux esclaves , ou aux affranchis pires que les esclaves, ils devenaient dignes de telles mères. Pour celles-ci deux choses composaient la vie : le cirque et l'arène. Là se repaissaient leur ouïe et leur vue ; l'ouïe, au cirque par les obcénités; la vue, à Tarène par le sang humain épandu à flots sous leurs avides regards. Dani ces monstrueux spectacles , les vestales brillaient en tète de leur sexe. On leur y décernait le premier rang, la place insigne et commode. L'instinct de la nature semblait vouloir décorer en elles le dépôt exclusif de la pudeur. Mais, ô honte ! quel genre d'hommage ! quelle espèce de prix imaginés pour compensation de leur violent sacrifice ! On leur disait officiellement : Nous voulons vous combler d'honneur et de bonheur 5 et, pour preuve, venez, siégez à notre tête; ouvrez bien les yeux. Voyez à votre aise sous la dent de ces magnifiques léopards le captif et le chrétien tomber en lambeaux sanglans.
Certes , à l'aspect de telles mœurs , on ne sait qui étonne le plus, ou du public qui créait ,.ou des femmes qui acceptaient, de telles distinctions. Mais on voit quelles étaient la pudeur et la douceur des six dames romaines à qui était dévolue la profession extraordinaire d'être douces et pudiques. Au degré de leurs vertus exclusives, on peut mesurer celles qui, alors, caractérisaient leur sexe : immense et intime dépravation qui , telle qu'une lèpre, adhérait aux provinces romaines non moins qu'à Rome, s'y dissimulait vainement sous le vernis alors si brillant des beaux arts, y desséchait tout le système nerveux, et n'opposa plus sous les pompes de la civilisation que la débilitation consommée aux peuples nouveaux dont la Providence ysa
sitôt après pour exterminer jusquau nom de la nuse
romaine !
Non : rien de comparable , rien qui ressemble de loin même à cet affaissement, ne caractérise le déclin actuel de la nation française. Vers la fin du roi Louis xv , il est vrai, les dames de Paris louaient sur la place de Grève, aux plus cliers deniers, les fenêtres d*oii, assises en grande parure, elles voyaient à Taise abattre la tête de l'infortuiié Lally. Plus tard, on a connu des me'gères qui tricotaient en face des échafauds de la révolution ; on les nomin^ Juries de la guillotine. Ce fut une horde à part : horde affreuse ! Si je la mentionne ici, c'est pour épuiser les termes de comparaison, et incidemment pour rappeler Vabime où la brutalité des femmes elles-mêmes pourrait descendre. Sous les orgies du Directoire, à la férocité succéda Teffronterie, et la dissolution des dames romaines f}ut, non surpassée, mais presqu égalée par les Parisiennes. La loi du divorce autorisait celles-ci, comme Tidolâtrie de Vénus autorisait celles-là. Loi et culte, aux deux époques ces deux freins du vice furent traînés et maculés dans la boue du vic« même.
Aujourdhui, du moins pour le moment encore, reconnaissons que le principe chrétien n*a pas perdu son ressort en France dans Tesprit des femmes. Au premier degré de leur vie, Téducation tend avec quelque force le ressort préservatif. Au second degré, quand Vâge. avance, alors même que grondent les orages les plus disparates , la Providence y rappelle leur raison par un merveilleux instinct. Au fonds de leur intelligence est un sentiment habituel : la faiblesse de leur sexe. Cet instinct les pousse à chercher en lieu sûr la force et
Et comme il faut aujourd'hui tout soumettre à Taiu* lyse, analysons ce mot d'instruction.
L'instruction se divise en plusieurs branches.
Elle est technique : c'est la main de l'ouvrier qui l'applique à ses œuvres.
Elle est physique : c*est le savoir qui applique à des œuvres matérielles les lois ou les corps de la nature matérielle, comme la chimie, les arts médicaux, la mécanique, l'astronomie, l'agriculture, la navigation.
Elle est libérale (et j'exclus aussi l'équivoque de ce mot libéral si prôné et si usé de nos jours) : c'est le génie des beaux-arts donnant à la matière la forme que l'imagination perçoit dans sa vue intérieure, que le goût exprime et épure au gré de la vue extérieure. Ces arts s'adressent aux sens; tels sont la musique, la peinture, la sculpture , l'architecture.
Enfin, elle est morale : son objet alors est de fortifier l'intelligence, de la meubler en souvenirs et en réflexions , dé l'embellir par les arts de l'esprit exercés en prose ou en vers , de la redresser par le goût suprême du beau et du bon ( que je distingue pour me faire entendre) , vers la fin unique de l'homme, vers le perfectionnement de sa substance spirituelle.
C'est la dernière qui m'occupe : car c'est d*elle seule que dépendent la destinée de l'homme , soit isolé , soit collectif, la durée des empire et la vie des nations.
Là donc se borne la question première que je pose ainsi; l'instruction est-elle en France réelle ou durable."* et par suite , l'instruction propagée amorti ra-t-elle l'impubion donnée à la France vers son déclin ?
Que l'instruction technique soit plus répandue en France qu'autrefois, on peut l'admettra Les BH^tMX
sont mieux travailles; les outils meilleurs; et la main de TouTrier connaît des procédés pliis expéditifs. L'établissement en plusieurs villes des leçons de dessin et de géométrie appliqués aux arts pratiques a, ou doit avoir, pour heureux effet des ouvrages plus réguliers et plus faciles. Aussi ai-je favorisé aux lieux dont Fadimoistration me fut confiée , Tinstitudon des écoles de géométrie usuelle. L ouvrier, me suis-je dit, fera mieux et plus vite et à meilleur salaire, tandis que le puUic jouira plus vite de choses meilleures entre ces petites choses qui rendent à Thomme son pèlerinage doux et commode. Le talent comme le sort de Touvrier paraissent donc améliorés : et cependant , même à cet égard | mon esprit tombe dans le doute, lorsqu il substitue l'évaluation des faits aux espérances. Imaginez des an^tectes animés encore , au fond de nos provinces , de ces inspirations qui firent élever ça et là , dans les temps gothiques, les basiliques de Bourges ou d'Amiens ; dans les temps fécMlaux , les châtellenies colossales dont les ruines hérissent le sommet des collines; dans le temps de la renaissance des arts , le château de Chambord, ou bien d'autres merveilles qui, malheureusement, furent moins habiles que ce manoir royal à éluder le marteau dont la furie des destructions les a frappées et dont elle ^ie Chambord. Naguère chaque lieu possédait une œuvre imposante des anciens temps. Le goAt des arts na pu les sauver : j*ai vu , par exemple, et je citerai comme un dû ces étonnans débris de lart ancien, les pierres du château de Pompadour, aussi délicatement découpées ep dentelles par le maçon limousin, il 7 a cinq cents aja#, qu aujourd'hui la dentelle flamande est tissue par l'ouvrière de Malines. Or donc, foit^ on voudiAÎt i prêtent
relever ou créer des monuoiens semblables* Voilà ees grands architectes^ pleins de génie et ardens à louvrâgei ressuscites dans nos provinces^ Y trouveront-ils des charpentiers et des maçons aptes à les comprendre, ainsi que la Touraine, le Berrj , la Picardie, le Limou«m en fournirent sans nombre à leurs devanciers ? Sans doute ils existent, ces ouvriers habiles; mais sitôt qu'ils tentent leurs forces, ils accourent à Paris; ils s*y concentrent. Paris, et toujours Paris ^ dépeuple les provinces d'ouvriers comme de monumens. Il est peu de propriétaires qui, résidant sar ses terres, n*ait ressenti la lacune des talens pratiques dans les divers métiers, quand il a voulu animer le travail par le salaire et obtenir des ouvrages complets. Rusticité, grossièreté, imiperfection , c'est là ce qu'il a trouvé pour construire , non pas une basilique , mais une maison. Et c'est à la vue de ce fait, à peu près général en France, que je ressens aussi du doute , malgré mon préjugé contraire , tur les pr<^[rès actueb de l'instruction technique.
Tadmets que l'instruction relative aux sciences physiques a obtenu simultanément et plus d'étendue et plus de profondeur. Je nomme ces sciences en général : car toutes n'ont pas marché d'un progrès égal. La médecine t*<msidérée dans son véritable objet , art de guérir les ^douleurs intérieures du corps humain, s'est-elle plus approchée du but qiae s'ien appro<^a , il y a deux uMe années I Fétonnanl Hyfk>crate auquel les vrais docteurs reviennent toujours? Ou trieti encore, en admettant tes progrès que certmwes découvertes et surtout la <4re^riâtion du sang ont ftëceasités, a-t^lle mieux atteint ce but que Boérhave, ttU mèole de Louis nrv; ijnt Aer-
Reconnaissons toutefois , il éàt juité , qae h médecine a gagné en étendue quant aux personnes ^ en moy^fiè curatiFs quant aux remèdes.
Reconnaissons qtie la chirurgie à tnieux fait encore, et la chimie encore mieux que toutes deux. En France, la chirurgie a trouvé dans la perfection de ses instrùmens un art nouveau. La chimie a pénétré profondément, par ses décompositions, dans IVssence des corps : c'est Livoisier qui alluma le flambeau dont elle brille; et elle devait à Lavoisier un brevet dlittitiortalité : dette acquittée sur les échafauds de la révolution par un arrêt de mort. Mais Fourcrojr, Chaptal, Berthollet et d'autres ont creusé ses voies , ont adressé leurs découvertes aux arts pratiques. Les mathématiciens ont également creusé les lois et étendu l'emploi de la ttiécanique. Archimède, sans doute , ne leur céda pas eti génie inventif. Mais ils savent ce qu'inventait Àrchîmède, et ils sarent en outre ce qu'il appartient au temps de révéler sate^ cesse. Mécanique, chimie, chirurgie, histoire naturelle, astronomie, navigation, toutes ces sciences sbnt filles du temps. Pour elles, chaque génération ajoute à la somme reçue des générations pfrécé<)entes : Vhomme donne à l'homme. Là , on découvre des matières meilleures ; ici , Ton forge de meilleurs instrumens. D^intèrvalle à intervalle surgissent en diverses contrées , soit par hasard , soit par réflexion , deux ou trois de ces idées fécondes qui impriment subitement aux scienciis physiques un progrès immense : telle la boussole ; telTe l'imprimerie; telle la vapeur. Ce sont les grandes et lofntaines conceptions du temps. L'homme s'en saisit , lés développe, les tourne au bénéfice Je Tinduàitriè humaine, n en résulte une pliis '^ruide quotité dé jd>i(!l-
sauces communes; ou est mieux logé et mieux vêtu ; on va plus vite; on va plus loin. Il y aurait injustice à nier cette dilatation de la science physique et ses avantages matériels. Beaucoup de Français en profitent; beaucoup possèdent dans ce genre une instruction élémentaire qui propage des améliorations en dirigeant la main , Tœil et le goût.
Voici toutefois, au sujet de ces sciences qu'on peut ^lire exactes et que je distingue dans Tordre physique , une observation qui montre la corélation intime des sciences, des idées et des mœurs. Parmi les sciences physiques , dîs-je, les unes sont vraiment exactes: l'esprit, assujetti à leurs lois, na donc qu*à y conformer ses calculs. Dans les autres qui ne sont pas sujettes au compas, l'esprit au contraire est tenu de manifester sa pcopre rectitude, tout en recourant aux appuis scientifiques qui le soutiennent. Ainsi la médecine, moins exacte en son art que la chirurgie, n'a pas seulement besoin de la science; il lui faut porter un jugement : il faut qu'elle devine juste par l'esprit les effets que ses yeux ne voient pas. Mab quand un siècle a l'esprit faussé en religion et rn politique, l'aura-t-il judicieux en médecine ? Du siècle passez à l'homme, et dites : ce médecin qui voit si faux ou qui ne voit rien dans les combimiisons de l'intelligence, verra-t-il clair et juste par intelligence dans les maux internes du corps humain ? Il est possible que les passions d'orgueil ou de cupidité l'aveuglent dans le premier cas, le rendent clairvoyant dans le second. Néanmoins compter sur des passions pour en combattre d'autres, c'est grand hasard. Il est plus naturel de présumer que l'étoffe est aussi fragile sur un point que sur laulre. L'homme, la profession, le siècle, eu ^ui Tes-
prit est faux ou faible, fausse ou énerve ses facultés : et comme il me parait que Tâge où nous sommes est incontestablement frappé ou de dégradation ou de déviation dans sa ligne intellectuelle, je m'explique ainsi corn* ment les sciences physiques autres que celles où la main est forcément contenue par la balance ou par réquerre, obtiennent dans l'application , malgré tout l'appareil des livres, moins de réalités que d'apparences. D'un esprit que la matière affaisse, comment attendre des mouvemens droits et si\rs ? Comment d'un outil émoussé por^ ter a l'arbre des coups forts et justes ? Et qu'importe l'espèce de l'arbre ?
Le relâchement dont l'esprit humain semble atteint aujourd'hui se remarque plus sensiblement dans les fruits de l'instruction libérale. Assurément ni musiciens, ni peintres, ni architectes tie manquent. De nombreuses écoles s'ouvrent à ces beaux arts. S'y livrer avec quelque succès, c'est obtenir fortune et renommée, Or^ comptez les œuvres et jugez les ouvriers.
J'entends dire à des hommes exercés dans l'art de la musique cfu'aujourd'hui la musique vocale est savante, est diflicile, mais n'est pas chantante : j'entends dire aussi que l'enseignement musical apprend ou autorise à ne pas articuler les paroles.
Qu'est-ce que la musique vocale qu'on ne chante pas, qu on ne comprend pas ? En s éloignant de la nature de riiomme, fait-on mieux que la nature ? Elle veut qu'on attache aux sons un sens qui le viviiie ; car a-t*elle fait du chant de l'homme le gazouillement de l'oiseau ? Qu'elle ait souvent consenti à séparer en Italie la voix et ridée, on peut l'imaginer. La langue italienne peut n'être qu'un instrument» Son génie l'y dispose ; et , par un pris»
tiltfge d'organisation qui aembke propre ans Italiens, l'an oa Vinstinct du musicien en tirent des sons qui vont à i^àme. Encore sans doute Tàme serait-elle plus émue, si elle j aperceT^it le rapport des mots aux sons. Mais •n France jamais danf les temps anciens Ton ne sépara ces deux élëmens de Teffet musical. La langue française, grave , nette , rebelle aux transpositions, fut tissue par la taiaon. Elle exige à son tour de la raison en tout ; dans tout elle observe le rapport de la fin aux moyens : et son génie appliqué à la musique veut que , sous peine de dégénérer en de bruyans et vains accords, elle ramène ses chants aux temps primitifs où la musique Oomme la poésie ne fut que l'expression tour à tour réactive des émotions de Tàme, ou des élans de l'esprit. La musique s'inspirait de Tâme : et Fàme et l'esprit s élevaient , se dilataient , s'enflammaient aux modulations de la voix correspondante. C'est par son alliance avec la parole que la musique obtint toujours ses plus insignes triomphes. Vous savez comme autrefois les accens de Tyrthée inspiraient le mépris de la mort , comme aujourd'hui tel chant pastoral charme le Béarnais dans ses montagnes, tel autre entraine invinciblement le soldat suisse à déserter son drapeau pour revoir sa patrie. Vous savez parque! abus, niaisavec qu elle force encore,aux premiers temps de la révolution , un hymne fameux précipita des légions de soldats français aux combats et des légions de bourreaux aux massacres. Maintenant quels chants significatifs la musique a-t-elle fait ouïr, de ces chants qui volent de bouche en bouche , émeuvent le cœur, satisfont l'esprit ? et quand on étend jusqu'à la musique le matérialisme qui réduit à des sons physiques sans concert mec les paroles, l'an fait pour donner à des paroles la
¥lé et h pùt^tidé de l'fttiie , tee ^mène^l^on pàà ce^ art aussi à cette impulsion gënérale qui donne en France l'ascendant à la matière sur Vfsprit, aux sens bruts sur rintelligence réfléchie ?
Les peintres pullulent et VEcole française a produit naguère des tableaux dignes d'admiration. Quel peintre français pourtant, si estimable qu'il soit , aceepterait ^ sans Yoiler son front de pudeur et de remords , un parallèle avec Raphaël ou le Dominicain ? Quel architecte n'abaisserait son nom sous celui de Michel-Ange de toute la hauteur dont le dôme de Saint-Pien*e domine le sol infime? Quoi ! Raphaël et Michel- Ange, ces artistes des temps demi-barbares , semi-féodaux ! Et s'il faut remonter aux lemp^ gothiques, quel architecte en France élèverait avec tant d* élégance et tant de justesse et tant de solidité , ces colonnes sveltes qui portent aux nues les édifices religieux dont j'ai précédemment cité les noms entre mille autres ? Je disais que l'instruction technique ne laissait plus dans nos provinces , des ouvriers capables d'exécuter ces ouvrages à la voix des architectes : je dis maintenant que l'instruction libérale ne crée point d'architecte capable de produire et de livrer aux ouvriers ces ordonnances sublimes. Habile Souffiot ! nul architecte des temps présens ne vous disputerait la primauté : hé bien ! à peine j a-t-il cinquante ans que vous avez élancé dans les airs le dôme de Sainte-Geneviève : et pour éviter sa chute , de quels massifs de pierres a-t-il fallu , sous peine de la vie , affermir et défigurer vos œuvres imparfaites ?
Au surplus , le progrès des beaux-arts , fussent leurs ouvrages merveilleux , innombrables, objets du goût général, soldés au poids de l'or, ne serait certes pas un
symtpme rassurant pour la durée de la nation française. Il faut toujours en revenir à cette question fixe : De quoi vivent les nations? qui les conserve ou qui les tue? Si les beaux-arts ne les tuent pas en plongeant les sens dans l'ivresse et les âmes dans la léthargie, du moins ils ne sauraient allonger leurs destins. Consultez Tétat de l'empire romain au moment où il ploya sous le faix de Topulence et sous le sabre du barbare. On aurait dit que de TEuphrate au Rhin le Génie des arts littéraux avait semé en son vaste essor, dans toute la domination romaine, les merveilles de l'architecture et de la sculpture. Ce ne furent pas Rome seule et Tltalie qui en furent saturés. La superbeltalie semblait n'être , il est vrai, qu'une galerie de statuaires, qu'un atelier d'architectes; et les monumens de ces architectes n*étaient pas des édifices de carton , comme on a fabriqué naguères à Paris de singuliers vaisseaux et de singuliers obélisques. D'autres temps, d'autres travaux! l'un des empereurs voulut préparer un asyle à ses cendres : il s'était construit d'avance un tombeau. Il l'avait orné d'or et de porphyre. L'or et le porphyre ont disparu : le tombeau reste, privé d'ornemens comme des cendres qu'il a dd recueillir ; il se tient nu : et qu'est-ce dans le dénAment, dans la mesquinerie actuelle ? C'est encore la citadelle de Rome ! maist>utre Rome et l'Italie, et leurs gigantesques magnificences, dans toutes les cités de l'empire, des milliers de peintres et de sculpteurs faisaient respirer la toile et le marbre. Dans l'Ionie comme dans les Gaules, en Lybie et en Grèce comme dans la Germanie , que de temples peuplés de statues des Dieux ! Que dejbfum entourés de statues de citoyens! Que d'aquéducs et de portiques et darènes ! Chaque ville
avait Son musée , chaque musée son prodige. Les simples particuliers animaient leurs jardins par autant de statues que Louis xiv en a dispersées dans son Versailles. Voyez Atticus et tant d'autres : ils avaient des esclaves sculpteurs ou peintres, et ces mains serviles étaient chargées de créer ou de copier des chefs-d'œuvre. Toute voie était ainsi ouverte aux beaux-arts ; et leurs œuvres, façonnées par des mains serviles ou libres , prévalaient dans tous les lieux, répondaient à tous les goûts. Rome moderne est encore insatiable de ces antiques. Elle fouille ses ruines ; elle en extrait parfois quelques restes de lancienne abondance; et le Tibre, que l'illustre cardinal de Polignac voulait dessécher pour rendre au jour ce que les (lots ont ravi ou reçu , le Tibre apparemment recèle en ses limons plus d*une preuve et de Vhabileté et de la prodigalité des beaux-arts qui décorèrent ses rives à la grande époque où il fut Pater Tjrberinus.
Hé bien ! Rome et son empire, si dorissans et si or< nés ne purent trouver, dans le fard dont ils se coloraient, lart, vainement cherché par la décrépitude,
• De réparer des ans Tirréparable outrage. •
Les ans avaient dissous les mœurs et corrompu l'esprit. Epicure et Zenon , et tant d^autres sectes philosophiques, avaient substitué le scepticisme à des doctrines qui, tout impures qu'elles étaient, du moins reconnaissaient le frein du Dieu rémunérateur et vengeur. Un grand vide fut creusé sous l'instruction morale; et l'empire s'abîma dans ce vide avec le Laocoon et l'Apollon , et mille autres chefs-d'œuvre* que le gouffre de la barbarie n'a pas rendus.
En un mot, les beaux-arts ne sauvèrent pas ; les so*
phistes perdirent*
Rome tomlM Hns eoup fénr;M «vant «Ue, AiUaet 4tût tombée , tout juste au moment où elle drouit à un aeul de se* concîtoyena , l'archonte Démélriui , quatre cents autues d'airain qu'elle fit pretqu'auMÎtât , arec sa constance exemplaire, renverser et fondre pour en décerner d'autres k d'autres citoyens. Certes, liaussi, ■t à Corinthe encore dont Mununius fit si bien les honneurs à Rome , le génie des arts ne manqua pas de fècondité.
Près de ces trésors , que la France est pauvre ! qu'elle est nue I qu'elle est stérile ! et par France , entendons Paris : car il n'en est point de la France comme de l'Italie et de l'Allemagne : de l'Italie ou les statues et les tableaux vivifient des lieux obscurs ; de l'Allemagne , «ù chaque dté un peu notable présente au voj'agcur des obélisques , des pyramides , des fontaines monumentales. Certes, en France, il j aurait abus de langage «t abus de temps , à rechercher sur les rives de la Garonne ou de la Loire les moindres traces des statuaires que laSeine emprisonne dans l'enceinte de son envieuse cité. Cette cité donc , que produit-elle de mémorable P Retranchez quelques tableaux qui surnagent au Louvre; et demandez au bon goût l'équivalent de ces flots d'or qu'elle aspire de tous les points du royaume. Comme elle en use pour électriser les beaux-arts dont elle exalte l'importance et les progrès! Elle a chargé un de ses ponts de douze sUtues d'hommes célèbres ; et la voili qui, à l'aspect de ces colosses , cherche en vain d'un œil confus un seul chef-d'œuvre.
J'arrive ainsi à ces deux conséquences de fait ; l'une, que les arts libéraux, cette partie de l'instruction où la main se prête à l'imagination et se conframe au goftt
ne pr^MBU ptùnt «■jouid'liui es Ffince une époque i» >plcndeur;reutr<,que leur ipleodeut même, quand die ^Veoenfl Tinuge d'Athène» et de Rome , ne pment»nit pas davanu^ k son aTcnir un sjniptânie de lou» fhUé.
Ctex que la m daa sodMi fauinaines «'«itrelïenti non des omcmeni qm plaÎMnt ans »ens, nui* de l'instruction morale dont il me reste à apprécier surtout la •ituaiion dans notre pays.
L'instntclion iporale, i^eat l'étude appliquée à ae-> croître on k diriger les forcée de l'e^ril. Elle comprend, d'une part, les belles-lettres { d« l'autre, les sciences que k pensée crée ou que la mémoire consar? a.
Les belles-lettres ^exprimait en prose ou en vers.
Y a-t'îl progrès ou déclin dans les auvres que la prose on la poésie produisent sur l'arène littéraire ?
Tadmettrais que le talent d'écrire est beaucoup plus commun qu'autrefois, et que la prose française a aoqoia simultanément de la mélodie, de U précision , nne souplesse dont elle était peu susceptible.
11 faut oublier les passages oà elle se livre ft des coti~ torûons, où,.par exemple, elle ■ est êoutt palpitante daclaalité >, etc. Molière n'a pu les deviner t ils an~ raient enridii le réperture de ses Précieuses-ridicules. De n baroques choses ne sont pas communes. Ce qu'il est plus équitable de censurer en observation générale, c'est que la prose a moins qu'autrefois une exactknde sévère dans les termes de son langage, parce que l'esprit est moins scrupuleux , parce que les érrmologlee sont moins étudiées. Mais U phrase est mieux constmite; ses membres mieux scindés, mieux tranchés : et fc ce d«rmer égard , est-ce un aperçu vn^ ou actif que celai
dont je me trouve en ce moment frappé ? Entre la pé* riode nombreuse de Cicéron et le style haché de Pline le jeune, s*écoula Tépoque qui précéda la chute générale. Y aurait-il aussi une similitude de langage et de déclin dans la proportion remarquable entre les périodes longues et arrondies de Massillon, par exemple, et le style bref et saccadé qu'ambitionnent les harangues modernes ? Point de pesanteur y sans doute ; mais gravité suffisante. Or les discours d apparat que la tribune et les tribunaux admirent, tendent plus à la légèreté qu'à la gravité. Ils ménagent les forces de l'auteur, de l'auditeur, du lecteur, en multipliant les repos. N'y atril pas, en cette habitude, indice de faiblesse ou de fri. volité dans l'auditoire, conséquemment symptôme de la décadence qui se manifesta de Cicéron à Pline ?
S'il en est ainsi, on retrouverait dans cet aperçif fugitif une trace de la vérité reconnue par M. de Bonald, « que l'état social se réfléchit dans l'état littéraire. »
Toutefois ne subtilisons pas. Attribuons au besoin de la clarté les formes lestes et dégagéeîs de la prose actuelle. Qu'en outre, M. de Foptanes ait donné à la prose une harmonieuse élégance ; que M. de Châteaul>riant l'ait embellie de tours hardis, d'expressions neu- Tes, d'un admirable coloris : je goûte de la douceur à le proclamer. Ces deux illustres personnages me furent connus ; leurs œuvres m'ont été familières. Je me rap» pelle encore un discours habilement adulatoire que M. de Fontanes, président des législateurs du jour, adressait à Napoléon; discours enchanté où les noms éonores de Rome et de Tlulie , de l'Egypte et de Memphis, du Liban et de Jérusalem, se cadençaient dans une poétique prose avec une mélodie que n'aurait pas
déftavouée la lyre d'Orphée. Mais près de ces deux noms, appelez du siècle dernier Rousseau, Voltaire, Montesquieu , La Harpe ; évoquez du siècle antérieur Massillon et Fénélon , ces deux cygnes du grand siècle ; Bossuet non moins clair, précis et simple quand il veut^ que sublime lorsqu'il prend son vol ; Mallebranche appliquant à la recherche des plus abstraites vérités la limpidité d'une prose égale à celle de Platon. Voyez : mesurez le dix-neuvième siècle, et jugez vous-même où était le faîte, où est le déclin !
A tout prendre, je penserais que dans les livres du jour où la science professe ex cathedra^ elle donne à ses leçons plus de méthode grammaticale ; son élocution a plus de lucidité, et la disposition des mots donne plus d*attrait aux choses. Mais dans les ouvrages où le style est le mérite nécessaire, n est-il pas sensible que les écrivains supérieurs nont pas imprimé à leurs œuvres le sceau inimitable qui transmet les fruits du talent aux générations éloignées ?
Ainsi , bénéfice en superficie ; perte en profondeur : tel est, ce me semble, le lot actuel de la littérature. Cest Tonde, qui au lieu de former un fleuve restreint, mais profond , s*épand dans 1^ plaine ,Vinonde , s'y dessèche et y va tarir.
Omettre ici la poésie serait une abréviation commode et équitable. A qui ferait-elle tort? Qu'y a-t-il encore de poétique en France? La facilité qui multiplie des couplets ou des strophes, ne mériterait pas un temps d'arrêt dans notre marche pénible à travers nos décombres. Ces couplets même , rappellent-ils ceux de Boufflers et de l'Attaignant? La poésie lyrique a-t-elle ranimé» en une aérie de poèmes, la verve d'un autre je^-B^ptiste Rqm^
8MU? Et à ne citer même que des strophes partielles ^ quelle est TheuteuSe mémoire qui puisse rapprocher une strophe modetriê de celle où M. Le Frane-de^Pompignan comparait lé mérite calorafiié au soleil maoïth par le noir Abyssin , et disait si magnifiquement :
Tandis qoe ces monstres barbares Pooasaient d*insolenl6s damears»
Le Dien ponrsnltanl aa earrière Versait des torrens do lomière Sur ses obecnrs bletphémaieurs.
Vers I image, Tërité admirables où Voltaire se reeriatt d'enthousiasmé, vaincu dans sa haine pour le poète paqr la beauté de la p<>ésie!
Ces^qu'à l'épdque oà BoufRers Sd jouait dans des chansons, le irice arsit conserré uite aorte de griea; c'est qu'à celle où Rousseau et Lé Franc touchaient un« Ijre plus sonore, ils consacraient leurs chants par Tes* prit reHgieux.
Maintenant ni grâces, iii Ireligion : partant, plus dé poésie. Du moins les talens que la nature y convie, et que la Jeunesse enflamfhe dé ses phosphores, s'éiei* gnent vite dans Tenveloppe de notre sombre atmosphère.
Ou bien la poésie s'attache sur les objets de là nature Inanimée ou brute : elle les décrit en rimes ; elle les èofitoume ; elle les colore à sa manière ; et dans ses pénibles efforts, l'esprit tâche, le ccsur se tait. Si Ghenedolié né remue pas le cœur, ee n'est pas faute de bien beaux verSw Réduite à la versifi<ration , la poésie cesse d'être l'accent iMhétiqué et fâme humaine : die avssl paie en mm
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abûatement on tribut d opprobre éq maimrûiiisnie pour^ qui le sentiment c est la sensation.
Un poète pourtant brille aujourd'hui , M. de La Martine qui a ramené la poésie à ses anciens jourf et supaiw 1er à Vhomroe un langage humain. Sa voix a interpellé la nature morale , et la tristesse du cœur a pu â*en émouvoir. Quelque part il a dit :
• Jf pète dans met maiuf la cendre des héroé. •
C'est moins que le grand Bossuet, s'écriant en face des grands et vains tombeaux : « Oh I que nous ne sommes rien. » Mais c'est comme Salomon , s'écriant aussi du faite des prospérités royales : « Vanités des vanités ! » Un peu de poussière ! C'est donc là le héros d'hier i C'est là tout ce vainqueur de l'Europe , Napoléon !Tout homme tressaille à de telles images. Je me rappelle le jour et le lieu où ces vers de M. de La Martine m'étaient lus en téte-à-téte par un grand personnage : il répéta avec ré* flexion celui que je cite : il fit le geste de peser dans sa main et d'y trouver le néant : et ce personnage était M. de Tallejrand ! Tant le coup du poète avait porté jiMte et loin ! Tant la poussière des hommes qui ont cru peser dans le monde est légère ! O poètes ! ô orateurs ! dites, dites-nous souvent les fragilités de notre espèce; et peut-être ébranleres-vous encore la paralysie du dix* neuvième siècle. Les traits poignans dont M. de La Martine a plus d'une fois armé sa verve, combien ils sont plus vraiment poétiques que les enjolivures où, sous un luxe de mots plus usités en Syrie qu'en France , il nous décrit les petites coutumes de TOrient. les famées de son moka et les saveurs de ses sorbetsi
Stérile homtnage de la poésie énervée aux lecteuK épuisés !
La stérilité des poètes et 1 épuisement des lecteurs sont effectivement les deux traits qui maintenant caractérisent rétat de la littérature. Dans quelle position analogue peut-on remarquer une altération comparable ?
Nul autre temps n'eut plus d*analogie avec le nôtre que celui où Rome dépravée s'affaissait dans l'ennui de ses propres félicités : analogie qui, sans cesse, me ramène au parallèle. Or, sous le rapport de la poésie, quelle différence de l'une à l'autre chute ! Car encore cette période où le froid de la mort saisissait déjà Rome épuisée de jouissances, fut celle où non seulement Ju« vénal
• Poussa jusqu'il l'excès sa mordaulc bjperbole^ »
où Martial aiguisait ses épigraninies, où Glaudien célébrait en beaux vers le châtiment de Rufin et absolvait les Dieux ; mais où des poètes à plus longue baleine osèrent jusqu'à trois fois parcourir la vaste et épineuse carrière de la poésie épique : et ils ne l'osèrent pas sans succès ! Et le siècle ne fut pas pour eux sans oreille et sans âme ! Lucain ne chanta pas en vain Jules-César. Ses triomphes éveillèrent la jalousie de Néron ; et Néron trouva plus facile de le tuer que de l'effacer dans l'opinion publique. Domitien honora dans Stace l'auteur de la Thébaïde. Silius plut à Trajan , et ses vers rappelèrent aux Romains de l'empire les brillantes luttes de leur république avec l'opulente Carthage. Ces poèmealà n>urent assurément ni la douceur de f Enéide j ni la
Tigueur de l Iliade : mais encore ëtaient-ik actes de puissance, symptômes de fécondité. Oh ! que la poésie française essaye en un siècle trois poèmes épiques !
Par qui, d ailleurs, seraient-ils lus? Rome lisait en* core. J ai montré que les beaux-arts j florissaient : et les fruits littéraires de Timaginatiou germent aisément sur la tige des beaux-arts. Le bel esprit j gâtait le goût^ le sophisme y abrutissait les pensées. Mais la France est riche en ces deux fléaux ; et elle y ajoute aujourd'hui deux autres causes que Rome connut peu , qui achè« vent de pétrifier la littérature française. C*est l'aridité des discussions politiques ; c'est la sécheresse des sciences mathématiques. Supposez Racine faisant entendre pour la première fois à un auditoire français les vers les plus mélodieux que la poésie ait modulés dans aucune langue, les chœurs d'Esther et d'Athalie : quel ennui ! diraient les électeurs et les éligibles. Qu'est-ce que cela prouTe ? répondraient aux choristes les savans de l'auditoire.
Si Molière a des auditeurs encore, il doit ce pririlége a ses excursions scabreuses contre les nobles, les dévots et les maris. Biais a-t-il un imitateur ? Y a-t-il un poète comique à qui échoient comme à lui le talent et la volonté de censurer les travers dominans ? En vain ^ par exemple, le charlatanisme défigure tant de visages; se trouve-t-il un auteur capable d'arracher le masque au charlatan ?
Dans le fait, ni un poème en douze chants ni une comédie en cinq actes ne sauraient s'improviser. Que le génie s'éteigne dans l'adolescence ; que le talent s'étiole et meure dans la sombre atmosphère où nous vivons : c'est probable. Hais la nature n^e^e un effort envers
ses fttvoTÎs, rhotnme à talent ttiit-il à titâturité, encore faudm-t-il à ce phénomène du tenips et du soin poui> accomplir ses œuvres. Rarine ne s*èst immortalisé qu'après avoir appris de Boileau à versifier difficilement. Boileau .lui-même employa onze mois à fabriquer sa dernière satyre : il employa trois ans de plus à la polir, avant de la mettre au jour. Juste ciel ! s'écrieront nos auteurs : « Quatre années de là vie à rimer trois cents vers ! — luste dd ! trois cents Vers à lire ! • s'écrienâeni les lecteurs.
• Là ptreMé oppreisée • Dans M boaolbé k om mois aent sa langue glacée ; t Et lasse de tiravail , soccombant tons l'effort , » Soupire t éteod les bras , ferme resti et sradort •
Le travail e^ uh effort. Ueffbrt ne s'obtient pas de Fépuisement ; et nos étiques poètes, s'àmaigrissatit, les uns dans l'olympe de là tribune ou de la bourse, les autres dans Tolympe moins radieui des étages de Pârii, ne sauraient pas plus s'efforcer pour polir un cbef* d*ieuvre| que les lecteurs blasés, mathématisés, matérialisés, ne sauraient atoir la force de ne pas s'endormir aux chants exquis déé pluii laborieux poètes.
Mais c'est assez et trop parler de la poésie. ITést-il pas convenu entre les âavans qu^ la poésie ne convient qu'à la jeutlëssé des pettpleé f O, disen^ils, nous sommes dans Tige tiril : et bléil que la jeune France dût- rigoureusement appartenir à cette jeunesse dont le goftt se fermé et s'épure aux reflets de bi poésie , elle est naturellement si pensante j A réfléchissante j si peu poétique, que nous Fadmettons de prime abord aux solides sciences de là tiritlfé.
Elle est done bièfl hàUlé, detrioM-nona Hiduirè de
ces oompUmens, bien bâUle et bi«n csperM eu ces no« blés et grandes partiea de riititmolion morale où Tima* ginatîon cède son r^e à la refleidon ! Sur ce point en« core^ un moment d*exâmen.
La plus facile et la plus attrayante de ces soiencesi c'est l'histoire ; j'ajouterais qu'eUe eal la plua utile à utiè époque où la politique absorbe la foule des esprits. As»* sûrement la politique rencontre en ses faiseurs des ta^ lens infinis. Mais encore faut^il bien qu'elle demande à l'histoire un flambeau pour se guider en ces nombreux et ténébreux essais où, malgré les lalcns infinis, elle ne peut tout deriner, tout préroir, tout créer pour l'heureux avenir, sans rendre au passé le ittoindfe petit hom« mage, m sans connaître les grands peuples qui eccU]^nt le globe.
Or, obaerres, soit à Paris, soit| comme disent les parisiens, en paoviNcs, la plupart de ces esprits qui ét^ lent leur saroir et en politique et en histoire et en géographie, jeunes ou mûrs, appelés on aspirans aux em^ ploîs. Qu'il y M dans leurs rangs peu de Malte-Brun et de Champolion : on le conçoit, et je suis loin de prételi» dre à la multiplicité des phénomènes. Mais qu'entre les esprits enclins à l'étude, si peu atteignent à ce degré de science moyenne que possédaient au siècle dernier une foule d'hommes Toués aux foneliona ecclésiastiques (Et judiciaires I et même un grand nombre d'honmies ém monde, le fMt eM patent. Prêtes ForeiUe et tous enten*drez la preuve; ounei les yeux et vous verres le tu& Et ce n'est plus le mot science, c^est le mot {gnoranœ qu'après quelques épreuves l'observation inspire à la plume équitable. Si le premier a moins de politesse, il a phu da propiiété.
A Paru y fturtoat y les esprits reçoivent une longue superficie et peu de profondeur. Combien peu de ces jeunés hommes creusent le sol et puisent aux sources tî* ▼es! A ceux qui s'occupent deVOrient et de Tantîquite, ne demandez pas s*ils ont lu ce qu ont écrit sur la Chine les savans pères Du Halde et Parennin ; ce qu'ont publié de nos vieux diplômes, les illustres Mabillon, Clément, Montfaucon, Vaissette, et tous les érudits de la congrégation de Saint-Maur. Les premiers sont des jésuites j les seconds des bénédictins. C'est assez. Premier motif de ne pas lire une ligne de leurs ouvrages. Le se* cond motif, c'est qu'en vérité on se contente du savoir sans prétendre à l'érudition.
Alors demandez-leur s'il ont lu la Bible, et don Calmet, et l'historien Joseph, et Bossuet, pour connaître un peu, au moins, d'où vient le monde. C'est de la théologie, répondent-ils.
Mais l'Histoire Grecque, l'Histoire Romaine, l'Histoire des Empereurs et celle du Bas-Empire leur sont connues : ik les ont lues. Quoi, cent cinquante volumes ! oh , non ; un abrégé suffit.
Mais l'Histoire de France, de votre pays, de cette patrie qui invoque à grands cris vos rares talens, elle TOUS est familière! vous l'avez étudiée dans Mézerai et Daniel , dans Velly, Villaret et Gamier, sans omettre les observations de BoulainviUiers et de Mably; peutétre, même, en remontant aux archives obscures de cette histoire, en fouillant les Chroniques de Saint-Denis, en scniunt Joinville et Comines : qu'est-ce, enfin, qu'une dnquanuine de volumes pour un Français tant jaloux de la gloire et du bonheur de la France ? Non , pas tout cela. Nous connaissons , disent les plus fringans ^ le règnf
àe Charles yii par un fameux poème qui enseigne, tout ensemble, Thistoire et la poésie. Nous, disent ceux ijue Tâge commence à mûrir, nous avons étudié la cour de Louis XIV dans les Tableaux Historiques où M"* de Genlis a peint M^'* de Clermont, M"*^ deLa Yallière et de Maintenon : ouvrages précieux ! Et nous, ajoutent les profonds , nous avions fait une étude des Mémoires du cardinal de Retz : c'est Técole du politique; mais iln*a plus rien à nous apprendre; nous saurions mieux opé* rer que lui. Nous ne lisons plus ni lui ni Saint-Simoa et moins encore Sully.
Passe enfin pour les temps anciens. Mais tous les événemens qui ont précédé ou signalé la grande révolution de France ne sont pas perdus à vos yeux dans le vague des airs. Vous avez lu Vhistoire du xviii* siècle par La* cretelle : elle n est pas longue et a une teinte de philoso* pliie. Du moins, vous connaissez , avec quelqu*ordre , le cours des faits publics ou occultes qui, depuis le mois de mai i 789, ont si souvent changé la face de TEtat; les opérations de TAssemblée Constituante, de la Législa* tive, de la Convention , le gouvernement du Directoire, le règne de Napoléon ? -— Point : ces temps divers sont pour nous un brouillard. Nous ne savons nettement que les temps où nous avons nous-mêmes agi pour ou contre; et notre science s'arrête aux limites de la sphère plus ou moins étroite où nous étions acteurs. Avant nous comme après nous, le déluge.
Rien d'excessif en ces réponses. Elles se placeraient spontanément dans la bouche d'une foule d'interlocu* teurs prétendant au savoir, si la présomption de l'a' mour-propre et l'étourdissement des affaires se conciliaient avec la sincérité. Ils conviendraient qu'ils ont
lieu lu Thlstoire , même celle de leur pays [et de leur ^ède, même celle de Napoléon, qu'ils les connaissetit peu , qu'elles leur importent peu : ils se contentent de deriner Thistoire; ils la devinent, ils l'expliquent suivant leur intérêt, leur position , leurs passions*
L'histoire retranchée, à quelle autre source féconde aura voulu s'abreuver de savoir la généralité de ces hommes qui affluent dans le monde pour parler, discuter, décider ?
Vous yojei ce jeune homme, cet avocat, ce banquier, ce député, ce général. Pour lui, l'histoire ne paraît qu'un poids de volumes intolérables : volumes inutiles quand ils ne sont pas divertissans, et fastidieux quand fls ne sont pas scandaleux. Pensez-vous qu'ils trouvent le moindre goût à étudier d'autres sciences relatives à l'ordre moral ? Ouvriront-ils un seul livre de vraie philosophie, de métaphysique, de polémique? Si la science des faits accomplis pèse à leur application , auront-ils la Tolonté de prendre la force de digérer les ouvrages où la raison s'adresse à l'intelligence par le raisonnement ? M. deBonalda publié, sous le Directoire, deux ouvrages où il reporte la société humaine à ses élémens pour la conduire à ses fins. Ces ouvrages ne sont pas légers : La Théorie du pouvoir civil et religieux^ La Législation primitive. De tels livres, on ne les lit peint : on les étudie. L'édition du premier fut saisie et presqu'anéantie par ordre de Tinquiet Directoire. Car encore, sous le Directoire, on a pu s'inquiéter des gros livres. L'autre ouvrage eut le bonheur de se faire jour, et trouva en effet de nombreux lecteurs, et jeta dans le monde des idées neuves et des vérités fortes; il éclaircit les droits; il motive les devoirs. Rapports domestiques et rapports so*
lAlttt ) il M ëé^elopp« et HUâttve l«i A«itt||t« 11 espUqipe l'homme de la fiuiiille ti lliomme de VÉut. Or, Mffftons que la législation-primitive s^nprimll aujoutd'hui, quand plus de trente ans ont passé entre le Directobe et nous. Reposes-vous, dirions4ious aux argus d# la presse politique; dormez, ministres ou sarans de qui cette lé^slation combat sur tel ou tel pcMUt les systèaftes toujours exclusifs. Que craignez-vous du pubUc? lie public effectivement reculerait d*effroi à Faspect de rappareii mathématique dont s'y hérissent les vérités tt les pensées. Les pensées^ il ne les comprendrait pas; les vérités , il y regimberait; et le libraire désolé se morfondrait dans le silence de ses poudreux dépôts. Et pourtant répoqne du Directoire est considérée comme on temps d'extrême décadence : concevetrvous la rapidité du déclin?
Il ne me paraît pas sûr même, qutlt GénieiimCàrisiia' nisms eût aujourd'hui la même vogue qu'il obtint trente années en arriére. Là pourtant beau sujet et brillante plume : là figure le culte chrétien en descriptions bien poétiques ; là , René et Attala lui forment un cortège bien attrayant : mais cinq volumes !
Lorsqu'après le ré^me de la terreur^ ces insignes ouvrages signalèrent le premier réveil de la littérature , les esprits venaient d'être opprimés, courbés, meurtris, ai j ose dire. Mais ils n'avaient pu se détendre et se ramoHfc*. Les hommes mûrs, échappés d'une mer de sang, d^als. ses nus sur la rive , y recherchaient avec un reste de vv gueur leurs anciennes croyances. Témoins et victimes des nouvelles doctrines, ils jetaient sur celles-ci un regard d*effroi. L'horreur les animait à la résistance : et la lutte où lia avaient subi tant d'épreuves , animait pltta
qu'elle n'éteignait leur énergie. Après eux, autres tempti autres soins. L'Empire efEaça la haine des crimes; la Restauration considéra du même œil le faux et le vrai, le bien et le mal. Des passions plus molles qu énergiques reprirent un cours libre; ce sont elles quon favorisa. A la génération qui vit le déluge, succède la race qui a vu un instant l'oUvier et la vigne refleurir dans la boue ; qui veut dormir à leur ombre ; vivre en repos dans l'ordre ou le désordre, dans la foi ou le doute, dans la gloire ou l'opprobre, n importe; mais vivre riche sans travail, honorée sans sacrifice, savante sans étude.
Je mets en fait que, hors les phénomènes et hors les savans de profession ou d*obligation , tout ouvrage de trois à quatre volumes sur un sujet sérieux, excède la force des lecteurs français. L'imprimerie le sait : elle divise ses publications , en autant d'intervalles qu'il y a de volumes. Ne faut-il pas laisser reprendre haleine aux lecteurs essoufflés? Un in-folio ferait à Tinstant défaillir leurs mains. Elles ne supporteraient pas Tin-quarto une heure. Elles fléchissent bien vite même sous le poids de l'in-octavo. Ah ! pourtant, qu'on y voie reluire çà et là de ces jolies gravures où le burin perfectionné imite le pinceau ; les yeux éveillent l'esprit , et on le parcourt. Qu'il soit relié en écarlate, doré sur tranche; et il est admis à partager la poussière des bibliothèques. Il y repose à l'instar des livres ^lu maréchal Lefèvre très peu lecturier^ disait sa femme, en s'a vouant elle-même très peu Uzarde: expressions que rapportent les anecdotes de la cour impériale.
C'est la brochure qui triomphe, non comme étude, mais en passe-temps. Interrogez les libraires sur les ouvrages qui ont cours* UsTous diront; les mémoires récens,
vrais ou faux, anonymes ou pseudonymes, les voyages nouveaux, les romans neuCi , les notices assaisonnées de lithographies : et tout cela est pris pour lecture sérieuse ! £t encore, même en ces genres qui vont vite, si Vour vrage a trop longue haleine, on le laisse en route! Quel auteur ferait, quel lecteur lirait un romap en dix volumes, fût-ce Tinimitable et singulière Clarisse ? Walter Scott est lu néanmoins : car ses romans d'histoire ont, pour un siècle énervé et prétentieux, l'avantage de correspondre à ces deux choses , mollesse et vanité : ils amusent Tune, et donnent à lautre un air de science historique et géographique. En outre, ils ont pour un lecteur français l'avantage infini d'être anglais. Enfin ils créent ou embellissent un genre faux. Asservir l'histoire comme la fable , la vérité comme le mensonge , au sceptre de Vimagination , c est une usurpation comme tant d'autres ; cela sympathise avec les modes politiques de nos jours : cela doit plaire à une génération qui fausse et les faits et les idées, et les couronnes et les traités, et les propriétés et les ouvrages littéraires. La vérité rayonnante éblouit et lasse : tempérez-la en tout par la fiction. Demi-vrai , demi-faux , juste-milieu , nos langueurs s'en contentent. Walter Scott a saisi la nuance. Doué d'un talent rare et d'un tact sûr , il a donc pu, par privilège, occuper des loisirs ennuyés , des têtes et des cœurs ega* rés dans le vide. Mais l'esprit du lecteur y a-t-il retrempé la vigueur de l'intelligence ? Est-ce à de tels symptômes qu'un peuple apercevra un signe et un moyen de durée? Une exception utile est due peut-être à l'ascendant actuel de la politique dans la Uttérature. L'Histoire d'Angleterre , par le savant Lângard , a obtenu des lecteurs. Dans cet ouvrage opposé à Hume , ib cherchent et trouveot
.«. ^r 190 rtfrolations anglaises : Tordre politique,
yf^yir^ nêMpeux en profitent : c*est un bien à double ^mtÀ< «^ un bien limité à une classe studieuse, qu*on ,^i^>i%ii peu dans Timmenûté de Tignorance ou de l^^cmciance.
Interrogez encore la librairie sur le nombre et sur le jnix des anciens ouvrages, les plus éloquens ou les plus solides, dont ils sont dépositaires. Edition, reliure, bas jprix, tout est, matériellement même, en leur faveur. Hais vainement : ils dorment sur les rayons , ou ils n*en sortent que pour tenter, à prix plus vil encore , sur Tignoble et confus étalage d*un quai , le goAt d*un aventureux passant. Il est tel in-quarto inappréciable des doctes Bénédictins, qui s*ofFre pour la moitié de la plus fugitive brochure.
Ne rien lire ou ne lire que des riens, est-ce là un puissant levier d*instruction pour l'avenir ? Est-ce une preuve sensible de Vinstruction généralement acquise ?
Jadis veillaient , pour sonder les abîmes de la science les communautés religieuses, circonscrites dansVambition de propager le vrai savoir, affranchies d*autre labeur et libres d'autre souci. Jadis existait un clergé nombreux, opulent, oisif parfois, dont beaucoup de membres se dévouaient aux études littéraires. Jadis encore florissaient des académies qui enrichissaient le monde savant des fruits d'un labeur consciencieux : et, par exemple, qui n'admirait la profondeur et la variété des mémoires publiés par l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres de Paris ? Maintenant tout se tait , tout dort. Nul éclair nouveau ne sillonne l'horizon des sciences morales. Abandonnées et des auteurs et des lecteurs, elles fuient en, d'autres climats, emportant loin de la so*
ciét^ qui les répousse , et la lumiète et la clialeur dont elles sont le foyer.
D'où vient ce crêpe sinistre? Pourquoi cet affaissement des esprits frappés de stupeur ou abattus de mol* lesse?
Observer Tatonie générale est dans mon sujet; en développer toutes les causes Texcéderait beaucoup. U en est une pourtant que je dois noter comme insigne par Si nouveauté et par son extension : c*est Taffluence des gazettes.
Quand , sous Louis xrv, le docteur Renaudot imagina de publier périodiquement une notice en prose des faits du jour, il ne pensait pas qu*il formait d*une plume une baguette magique , suffisante pour transformer un vice en vertu, une erreur en une vérité , un petit bomme en grand homme, et réciproquement; et que dis-je? pouf créer ou dissiper des mllUards, pour ébranler ou affermir des trônes, pour agiter ou calmer le monde, éteindre entin ou éclairer Tintelligence humaine.
Voilà où en est venue la presse périodique : elle règne ou va régner sur TUnivers : et, chose étrange, sa domi» nation va courber Thomme sous le poids despréventioàé et sous le joug de Tignorance.
Un moine inventa la poudre; un médecin , les ga« tettes : modestes inventeurs, bien éloignés l'un et Fautre d'imaginer la portée de leurs œuvres !
Deux épigraphes conviendraient aux gazettes , selon qu'on pèse leur influence sur les particuliers ou sur les masses.
Pour exprimer leur action sur les individus, je di^ rûs :
Ca^HU guitula rupem.
Chacune apprend , et trop souvent altère les ëvénemens du jour, les explique , les juge; met en scène , et trop souvent défigure les personnages dominans , et les juge aussi.
Aux nouvelles et aux discussions, chacune ajoute des articles plus ou moins long ou brefs, suivant 1 analogie du livre avec la feuille, sur les ouvrages nouveaux ou même anciens, sur l'histoire, sur tout objet digne d'occuper, ou capable de distraire l'esprit du lecteur qui cède à tant d'appas.
Beaucoup de ces articles révèlent des hommes supérieurs, doués, les uns d'une sagacité, les autres d'une fécondité merveilleuses : et en effet , des honunes d'un talent supérieur, pesant leur siècle et le trouvant léger pour leur talent , se jettent dans cette issue étroite , s'y rappeûssent, s'y décolorent, mais arrivent par elle à un but que tout talent cherche plus ou moins, et cherche en vain ailleurs de la fortune, de la renommée, et plus tard , de l'importance.
Voilà donc chaquejourapportant aux gens qui lisent, leur paAion toute satisfaite, et leur érudition toute faite.
Mon opinion ! elle est là très*bien raisonnée ; mes vœux! ils sont flattés; mon jugement! je ne saurais mieux dire. Ce livre, cet art, cette science, à quoi bon y consumer mon temps? on me les explique à merveille; Jusqu'aux anecdotes, aux suicides, aux incendies , ans débordemens à scènes dramatiques, on vient me lef conter, et cela distrait.
Rien de plus tentant pour la paresse , de plus spécieux pour la vanité.
Mais Us ! il n'en va pas s^insi j dfms l'ordre impérieuse^
hient établi par la Providence. C'est au prix du travail qu'elle vend tout à rborame. Son ordre suprême est que les facultés de Thomnie, soit intellectuelles, soit physiques, se développent par le travail, se dissolvent par iinertie.
Voyez oe forgeron aux bras musculeux. U soulève le marteau, et ses bras acquièrent un volume énorme. Voyez ce ricbe sédentaire qui use des jambes de ses che^vaux et jamais des siennes : il tombe de lassitude à quel^ ques pas de promenade.
L*exercice est à l'esprit , comme au corps, un instrument nécessaire d'amélioration progressive. (Test dans ses propres labeum que Tesprit grandit, se fortifie, l'instruit , acquiert du poids, double sa puissance. Il peut produire si l'instinct de ses forces le porte à les répandre; il trouve des trésors en sa mémoire, s'il ne veut que jouir intimement de son savoir.
En un mot, l'instruction qu'on s'est faite, dure : l'instiuction qu'on a reçue toute faite, s'évapore.
De cette observation résulte un £iit que je crois exact : c'est que l'extension prodigieuse de la presse périodique, épargnant à l'esprit français tout travail pereonnel, a contribué à en détendre les ressorts. Elle lui a prodigué les petites notions : il n'a pu s'approprier les grandes. Elle l'a dilaté commodément sur une grande •urface : il n'a plus eu la volonté ni la puissance de «reuser son lit. Là encore se reproduit l'image déjà pvéicntéede l'onde immensément diffuse, mais s'atténuant, s'évaporant sur l'arène, mais du moins impuis» iante à porter la moindre nacelle.
En généralisant l'observation , ne pourrait-on pas dire ^pe les peuples chez qui les gazeUM dominent , (kiivent
posséder une instruction moins profonde? Oui,û d*autres circonstances ne modifient point celle-là. Nul pays ne pullule en gazettes comme T Angleterre. Mais Vinstruc* tion s y approfondit dans les universités, dans les voyages , dans un genre de vie que les mœurs et le climal; rendent sérieux. Et puis quel Anglais lit en totalité ses énormes gazettes ? Et puis encore, quel Anglais , hors les hommes aussi saillans que M. Burke, ne dent, par une lourde ignorance, à mille préjugés même sur la France 9 sur le Pape , sur la religion catholique ? L'Allemand lit moins de journaux , et il pénètre dans la science. L'Espagnol ne lit ni gazettes ni livres ; il ne peut être ni énervé par les unes , ni éclairé par les autres. Mais sTii fallait conclure de son exemple , que mal savoir est pli que le défaut de savoir , que la mal-science énerve jAus un peuple que la non-science, serait*il malaisé d'ap* peler en preuve de la conclusion , l'énergie comparative de ce peuple le plus malheureux et le plus estimable de TEurope?
Aussi ^ pour arriver de cet exemple à une autre conclusion , je doute que l'instruction élémentaire offerte à la classe laborieuse , depuis quarante ans , par tous les ré-' gimes, et toujours par des moyens faux ou suspects ou incomplets, produise, ni pour le peuple , ni pour l'État | des résultats bien fructueux. U saura lire, écrire : qoi lira-t-ilP qu*écrira-t-il.' S'il accroît le nombre des l^o* teurs de gazettes, n'étendra-t-il pas d'autant le système d atonie que j'observe en notre nation P Puissant par 1# travail des wmnê , que pourra-t-il par le travail de l'es* prit ? Celui-ci du moins resta humble par le sentiment de sa faiblesse. Il croit aux vérités acquises par d'autre | el U ait foit de ceit* croyance ^ il ck^miot dnni •ur wi#
ligne frayée. Lorsque, vain du petit ou obscur savoir, il voudra user de ses denii-lumières pour guider luimême son intelligence, ne le verrez-vous pas se tourmenter dans le vague, tâtonner des routes nouvelles, s'y égarer, y consumer sans fruit pour personne les forces dont la Providence avait doté son corps , et les facultés intellectuelles qu un emploi plus modeste ou plus rectifié consacrait à sa famille? Dire qu en sachant plus le peuple sera moins instruit, est-ce un paradoxe? Non ; son instruction primitive, originelle, villageoise en quelque sorte, ou s'obscurcira ou s éblouira , si Tesprit des journaux et de certains journaux se fait un jeu de la curiosité du peuple pour émouvoir les passions populaires. Dans Tun ou lautre cas, Teffet sera semblable. Obscurci, ébloui, il y verra moins : il abâtardira davantage sa vigueur native. ÎTavez-vous pas remarqué déjà les cotteries d'ouvriers, à Paris, stipulant mi'un certain temps chaque jour leur serait alloué par les maîtres pour la lecture des gazettes ? Et à qui penset-on que Theure de la lecture aurait profité? £ût-ce été 4 l'instruction pacifique ou à Tâcre envie , à Tordre ou gu désordre ? Il n'apprendra de plus en plus qu'à briser 1^ freins religieux ou sociaux. Il connaîtra mieux les motifs ou les moyens du vice. Il saura être pire. Examines l'Angleterre : on y a singulièrement stimulé dans le peuple travailleur le goût de la lecture; surtout de u lecture des journaux si pleins de bons exemples ! et 011 vingt ans , période où la population ne s'est accrue quo de deux à trois, le nombre des criminels s'est aug- ^nealé de deux h sept. Quoi ! le nombre fatal a plus que tripla* ^^ "^'"^ criminels en 1812, dix-neuf mille en 18S8S ^^^ qu'on puisse apercevoir d'autre cause de
raccroissement du crime que raccrolssement d'une instruction vide , équivoque , nulle au fait , mais sombre inspiratrice d'efforts nécessaires pour trouver dans le crime l'auxiliaire ou le suppléant du travail !
Si telle doit être Tinstruction transmise au peuple français par des canaux autres que ceux où s'épure Tenivrante liqueur, malheur à lui ! malheur à ses philososophiques professeurs !
Ce temps n'est pas venu encore. Le temps transitoire où nous sommes encore pour quelques années est celui où le peuple, en plusieurs lieux de France, n'a pas eu besoin d'instruction pour être souvent criminel. Peu de leçons du moins lui ont suffi. Jusqu'à ce jour, il a su peu pourquoi il était tantôt sujet et tantôt souverain ; pourquoi il avait chaud sous telle latitude , et froid sous telle autre ; combien de degrés a l'angle qu'il forme du versoir de sa charrue avec son pénible sillon ,* pourquoi des sillons; pourquoi des journaliers; pourquoi pas tous les hommes propriétaires comme enfans issus d'Adam et d'Eve. Les stimulantes écoles n'ont pu encore aiguiser tous leurs dards. L'instruction philosophiquèmeut populaire débute, et il y aurait trop de h;\te à la compter dans le dénombrement de nos richesses scientifiques.
Mais laissons des questions contestables et peutêtre trop spéculatives. C'est l'instruction morale de la classe moyenne et maintenant dominatrice que nous devons apprécier, puisqu'entre ses mains sont la vie ou la mort de la France. C'est dans l'état actuel de l'instruction morale, exclusivement, qu'ici je considère un des symptômes de la vie ou de la mort sociales. Ces deui^ poinu fixés, les faits tranchent la question.
J'ai niiè en fait que la lecture profitable d'uu QUYrAgfl
en quelques volumes excède la force de la multitude des lecteurs.
Autre fait posé. Cest que le goût des gazettes et les conséquences de ce goAt sont plus propres à stériliser qu'à féconder les esprits, à éteindre qu'à propager l'instruction.
Mais encore un fait plus positif, c'est que l'extension acquise par les gazettes oppose aux études suivies et substantielles dont les effets restent, circulent dans Tétât et entretiennent en quelque sorte le capital de son instruction, leur oppose, dis-je, une barrière insur* montable. Cette assertion -ci est susceptible de preuves arithmétiques.
Les heures du jour qu'on peut donner à l'étude se calculent et sont limitées pour tout le monde. Dans le premier âge, elles sont nombreuses; mais le jeune élève apprend à apprendre : il taille , il aiguise l'instrument. C'est quand l'âge avance et mûrit, que l'instruction s'acquiert , se développe et fructifie. Alors les états sont pris. Or, les professions prises imposent d'irrésis« Mes devoirs. Elles sont ou actives ou sédentaires. Les professions qui exigent l'emploi des forces physiques , comme le service militaire , sont peu propices au travail du cabinet. Les professions qui occupent l'esprit , telles que l'administration et la magistrature , absorbent Fesprit par le travail quotidien. Dans les unes et dans les autres, peu d'espace libre est laissé aux travaux suréro* gttoires. Que pourra épargner au plus l'homme avare ileson temps? une ou deux heures par jour. 11 faut une \ifiare ou deux pour lire une ou deux gazettes dans les dîfliensions où s'est portée la presse périodique. Elles ^Igmineiit donc le teipps conquis sur les devoirs positifs
ou bienseans de la vie. Elles consument la volonté d ap prendre; elles épuisent lapplication que rintelligence y peut mettre : et comme, avec ces feuilles légères que le jour apporte et que le lendemain dissipe , s'évapore rinstruction dont elles n*ont pu offrir que les quintessences, rien de fixe ne demeure tu fond de rintelligence. Elle a cru se nourrir; elle a goûté à des mets assaisonnés avec art : ces mets s*exbalent en fumée. La substance a manqué; et les forces de l'esprit, frustrée^ et défaillantes en ces vaines pâtures, se circonscrivent de plus en plus, avec les gazettes , dans un cercle étroit d*idées fugitives, de faits contradictoires, de paradoxes, de sopbismes, de vérités étriquées, d'opinions fausses ou mixtes où à chaque pas le terrain manque et la lumière s éteint.
Ce fait-là, réduit à sa plus simple expression, savoir, que la lecture des journaux dévore chaque jour le temps réservé i l'instruction progressive , me parait incontestable. U résulte, en chaque profession où l'esprit s'exerce, des devoirs et des habitudes d état, de famille, de cité. La part de loisirs disponible pour l'instruction j est physiquement bornée. Quelques mois de résidence isolée dans une campagne, au fond d'une province inaccessible , peuvent donner plus de marge à une volonté constante. Cest l'exception. Hors d'elle, point d'autre lecture habituelle que la gazette et la brochure ; nuUf autre étude. Conséquemment point d'instruction. Par suite, science nulle ou fausse science, choses au moins équivalentes; par suite, ténèbres de l'esprit, affaissement du cœur, symptômes de subversion ou de dissolution sociales.
Et maintenant ai-je eu grand tort de poser d'abord
en question . comme sujet de doute , si l'instruction applicable à l'ordre moral, ornement de la mémoire, directrice de la réflexion , inspiratrice en tout du beau et du bon , si , dis-je , cette instruction qui améliore l'homme en le spiritualisant , peut encore s'apercevoir en France, ou si du moins l'on n'y voit pas de jour en en jour vaciller et languir son pâle flambeau ?
De la solution négative donnée par les faits à cette question , il faut tristement déduire que la génération dominante n'est pas plus en mesure qu'en volonté de défendre la société française contre les cbocs de la génération immédiate et déji virile.
Hélas ! vous les voyez toutes deux : vous vojez la génération qui règne en ce jour frappée au cœur par l'athéisme, k l'esprit par la stérilité. La seconde suit, impatiente , qui cherche d'autres cieux et d'autres terres , présumant tout de ses forces propres, ne voulant ni frein ni guide , demandant au matérialisme tous les combustibles dont il est prodigue. Du point où est parvenue sa devancière , elle prend un nouvel essor : elle s'élance dans un tourbillon de volontés ardentes; elle se prépare à consommer nos ruines et peut-être à couvrir le monde de nos brAlans débris.
Cependant examinons si les conditions matêirelUs de la vie des états balanceraient en France la décadence ou la chute des conditions moraUs.
PMTUirMU*ii|i-