‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 11 sur 26 · J* HT · texte numérisé non relu

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duc de Dalberg. Enchanté de jouer un mauvais tour à l'Autriche, en répandant ces principes, il eut le tort de vouloir recueillir avant d'avoir semé; son impatience lui fit trop brusquer leschoses. Des hommes de marque, qui au fond n'étaient pas ennemis des innovations qu'on se proposait de faire , l'abandonnèrent, parcequ'ils craignaient sa précipitation. Tek furent, entre autres, le ministre actuel des relations extérieures à Turin , le comte de Latour, et le gouverneur de Gênes, l'amiral desGeneix. D'un autre côté, il se lia avec de jeunes téméraires toujours prêts à adopter des idées exaltées, comme le grince deCisterne, le marquis Caraglio (1), et le prince de Carignan.

Ces jeunes gens, issus des plus anciennes familles du pays, et parvenus aux premières dignités de l'État, n'en étaient pas moins dé-

(t) Fils du fameux marquis Saint-Marsan.

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vorés de l'ambition la plus ardente. Frappés du même vertige qui avait égaré leurs nobles voisins en 1 789, ils ne voyaient dans le bouleversement qui se préparait qu'une occasion de gloire , un moyen de prospérité ; la liberté , l'amélioration du pays , les inquiétaient peu ; ils songeaient à leurs intérêts/ le bien public n'était qu'un masque qui servait à couvrir leur égoïsme. Les idées libérales étaient à Tordre du jour; ils ne parlaient plus que de gouvernement constitutionnel , d'états représentatifs. En un mot, le bien général était la base de tous leurs entretiens. Ajoutez à cela leur haine héréditaire, comme Italiens, contre l'Autriche, haine alimentée encore par le duc de Dalberg, et partagée par le roi lui-même, vous trouverez qu'il était facile d'amener le prince de Carignan â un changement de choses.

Il ne se bornait pas à se regarder comme roi d'Italie , il revendiquait déjà le titre de

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régénérateur de l'Europe. Si, d'un côté, ce prince fut séduit par ses partisans, on doit, de l'autre, le considérer comme séducteur, car peu d'hommes auraient eu assez d'audace pour entreprendre un mouvement sans lui. La plus grande partie des meneurs pensaient qu'il ne pouvait rien y avoir que de légal dans une entreprise dirigée par un prince du sang royal ; l'amour de leur devoir, l'attachement à la légitimité, les rendaient révolutionnaires.

Dalberg agissait dans l'intérêt de sa cour en cherchant à former un parti constitutionnel en Piémont; on ne saurait, à cet égard, lui faire le même reproche qu'au prince K***, prédécesseur du comte Mocenigo, qui, pendant toute la durée de son ambassade, ne chercha qu'à fomenter des troubles et à exciter le peuple à la révolte. Il mit en usage, pour parvenir à son but, tous les moyens imaginables ; lettres anonymes , faux bulle-

papi ■.

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tins de l'armée, tout fut employé, il se conduisit, en un mot, en jacobin forcené. Dans la suite, il entretint, durant son ambassade à Saint- *** , une correspondance séditieuse avec le marquis Asinari di Caraglio, adjudant général du roi. L'explosion de la révolution eut lieu ; il écrivit alors de Vienne une lettre dans laquelle il désavouait la révolte et se déclarait contre elle ; mais cela ne répara pas le mal qu'il avait causé, et quiconque connaît le prince K***, doit être intimement convaincu que cette lettre ne fut qu'une feinte , un tnoyen d'échapper à la disgrâce à laquelle l'avaient exposé son cynisme effréné, ses dépêches de Saint-*** et le général B***. Le duc de Dalberg avait le malheur de déplaire souverainement au roi. Malgré toute la protection de Decazes , il ne se fût pas maintenu aussi long-temps à son poste, si son épouse (noble génoise, de la femille

des Brignola qui avait exercé une si grande i. 6

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influence dans les derniers temps de la république) n'eût été honorée de l'affec^ tion particulière de la reine. L'assassinat du duc de Berri avait renversé le ministère Deçà zes. La cour de Turin réclama l'éloignement de l'ambassadeur qui résidait prèsd'elle, etle duc de Dalberg fut rappelé ; d'un autre côté, le comte d'Osasco, qui avait reçu M. de Serre d'une manière peu convenable, fut révoqué de son gouvernement de Nice. Richelieu ne pouvait souffrir Dalberg! qui s'était formé à l'école de Talleyrand ; aussi abandonnait-il bientôt tout le système de Decazes, ets'appliqua-t-il à unir étroitement la France à la Russie. On donna pour successeur à Dalberg le comte de La Tour-du-Pin, homme honnête s'il en fut jamais, sans opinion fixe, et toutà-fait gouverné par sa femme. Mes lecteurs se rappelleront sans doute le rôle pitoyable que joua ce diplomate au congrès de Vienne, à côté des autres membres distingués

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de l'ambassade de France (Talleyrand, Dalberg et Alexis de Noailies) .

Le rappel de Dalberg fit perdre à la France l'influence qu'elle avait obtenue en Piémont; les efforts que fit M. Roy pour la conserver furent inutiles. L'Espagne, au contraire, augmenta de jour en jour la sienne. L'ambassadeur de cette puissance , Bardaxi , qui plus tard succéda au marquis de Santa-Crux à Paris, semblait fait pour diriger une conspiration. Il avait au plus haut degré cette impassibilité, cette réserve et ce sang-froid que possèdent communément les diplomates autrichiens et espagnols. Par sa feinte hésitation, une lenteur affectée, il atteignit plus sûrement et plus promptement son but, que le duc de Dalberg avec sa pétulance et sa précipitation.

Bardaxi fit entrevoir au parti aristocratique révolutionnaire qu'il s'était trop avancé

pour reculer, que son intérêt, maintenant

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qu'il ne pouvait plus rien .se promettre de là France, exigeait qu'il se jetât dans les bras de l'Espagne. Les insinuations produisirent leur effet; tous ces nobles roués (1) (car je

(1) Pour justifier cette épithéte qui pourrait paraître un peu sévère , et pour mettre au grand jour les principes sociaux de ce noble parti , f 1 me suffira de rapporter une petite anecdote dont je puis garantir l'authenticité , car je la tiens du comte M**** , colonel des chevau - légers du Piémont. Une chose qui la rend plus piquante , c'est qu'elle m'a été racontée en présence même du héros de l'aventure, qui, tout fier encore de la présence d'esprit dont il avait fait preuve , en tirait vanité. Un soir» le marquis de P*** rentre de bonne heure chez lui , et passe , sans se faire annoncer, dans l'appartement de sa femme. Il jette un regard furtif sur u$e glace , et la gkce perfide lui laisse apercevoir madame la marquise dans les bras d'un heureux mortel, le marquis Saint-M***, ami du marqui» de P***, Voua croyez peut-être qu'il va jeter feu et flamme , qu'il va se venger en mari outragé ; nullement. Sans témoigner le moiddréétonnementtU s'approche de la glace , tousse, ajuste sa cravate pour avertir le couple amoureux de sa présence intempestive, et l'amant fortuné s'échappe. Il entre alors dans le boudoir, et se contente de dire à sa femme a demi morte de frayeur : « Quelle* imprudence , madame ! laisser la porte ouverte ? Si quelque domestiqué était entré !»

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ne puis malheureusement leur donner un autre nom ) s'abandonnèrent corps et âme à Bardaxi , qu'ils ne aavaierit pas lié avec les principaux chefe de là véritable conspiration. L'ambassadeur d'Espagne n'épargna ni promesses ni récompenses, et une grande, partie dé l'emprunt d'Espagne fut envoyée à Turin.

. Les sociétés secrètes qui, en France et dans la basse Italie, avaient pour but un changement politique , s'étaient répandues depuis quelques années dans l'Italie supérieure. La nombre des initiés y était moindre , parcequc la surveillance de là police autrichienne les contraignait à se faire recevoir avec la plu* grande circonspection. Les sectes qui tfjtejS çaiènfcle plus d'influènee étaient, indépendamment de la franc-maçonnerie, celle des adelphes ou philadelphes et celle des carbor nari. La plupart des membres qui les composaient étaient des hommes qui avaient joué

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un rôle sous Napoléon, et qui regrettaient la considération qu'ils avaient perdue. Une partie des nobles lombards que l'Autriche avail dédaignés se joignit à eux.

: Ils se déterminèrent, soit par leurs propres lumières, soit par les insinuations des émissaires français, non à faire une révolution quelle qu'elle fût, mais à préparer unordre de choses déterminé, pour une époque donnée. Une nouvelle société s'organisa dans le Piémont et la haute Italie. Cettç association secrète qui s'appelait fédérés, du nom dé son modèle (les fédérés qui s'étaient formés en France pendant les cent jours), prospéra au point qu'elle comptait, au commencement de 1821, cent mille initiés. Ils étaient partagés en deux. classes : la première et la plus nombreuse se composait d'individus de basse condition , qui devaient toujours se tenir prêts à prendre les armes. On ne leur avait point parlé de gouvernement constitutionnel;

Qq leur avait seulement dit qu'on voulait chasser les Autrichiens, et le mot d'ordre était l'indépendance de l'Italie. Des hommes distingués formaient l'autre classe : ils se proposaient d'opérer l'union de l'Italie et de proclamer la constitution (J'Espagne.

Une fois l'insurrection consQmmée,lesuiu0ni$le$ devaient occupe^ toutes lçs places, et celles-ci rester dans les mains des Capitani dp* Çircoli qui communiquaient ayec la grande junte composée de carbqnari, dont les vues se rapprochaient plus des projets du Grand- Firmament que de ceux de la Haute-Fente. Les premiers conjurés piémontais étaient des avocats, des médecins et quelques officiers *t il n'y avait , pQur ainsi dire , pas de nobles parmi eux. Cependant le prince de laCisterne et le chevalier Collegno, premier' écuyçr du prince de Carignan, assistèrent quelque temps à leurs séances. Le comte Santa-Rosa. qui fut depuis ministre de la guerre, se dé-

clara pour eux dès le commencement. C'était, aussi le seul chef qui méritât une considération sans bornes.

Ce fut vers la fin de 1 830 que ces deux associations s'unirent. L*intrigue et la conspiration agirent de concert. On travailla systématiquement les troupes et les basses classes. On fît circuler les bruits les plus infâmes .on disait un jour qu on allait remettre au comte Bubna six millions qui entreraient dans la cassette de l'empereur. Le lendemain on racontait en grinçant des dents que l'Autriche demandait à occuper les forteresses du Piémont, pour assurer ses derrières, dans le cas où la guerre éclaterait avec Naples. On répandait des propos horribles stir la reine: ritî la traitait de messaline, oh prétendait qu'elle ruinait le pays et Qu'elle finirait par le vendre. À la sollicitation des conjurés parut là célèbre brochure intitulée :Des dessein* de V Autriche sur ïllaîie, dont M. de $**%

historien genevois, est l'auteur. D'une autre part, on irritait l'orgueil du bon , de l'imprévoyant Victor-Emmanuel , et on tirait parti de la faiblesse qu'on lui connaissait de se ewïre un héros, parcèqu'en dépit de âes formes de nain , il savait comme Alexandre dompter les chevaux les plus farouches.

Les réunions des conjurés se multipliaient de plus en plus : on contracta une étroite ai* liance avec les Lombards : les plus distingués d'entre eux étaient aussi les plus actifs. Ils déclaraient qu'il ne leur était pas possible ' d'éclater lès premiers; mais ils s'engageaient à organiser une émeute pour le jour même où les Piémontais franchiraient le Pô. Ik promettaient en outre de grands ëecOUrs d'argent.

On avait déjà nommé une junte provisoire i don Joseph Pecchio, devenu célèbre depuis; comme écrivain, était, en quelque sorte, son fondé de pouvoir à Turin. Le prince de La Cis-

go LES SOCIÉTÉS SECRETES

terne agissait aussi à Paris.. Une insurrection françaisequi devait seconder les mouvements dq Piémont exigea quelque délai. De plus, les Lombards voulurent attendre que lés troupes autrichiennes fussent engagées dans l'expédition deNaples. Cette conspiration était suivie si ouvertement qu'on s'étonnait de l'inaction du ministre de la police qui avait d$s yeux et ne voyait pas , de$ oreilles et n'enten-. dait pas. On était également étonné que les zélés royalistes ne l'accusassent pas de complu cité et de carbonarisme. La vérité est pour-r t^nt qu'il mettait le roi au courant de tout ; mais celui-ci ne voulait pas croire à ses rapports, se sachant adoré du peuple et partie culièrement de l'armée. Les rodomontades des jeunes gens envers l'Autriche ne lui étaient point désagréables, et il se croyait à l'abri de toute intrigue par l'élojgnement du duc de Dalberg. Le comte Bubn& connaissait tous les détails de cette affaire, qu'il regarr

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dait comme de peu d'importance , à raison de la versatilité du prince qui la conduisait. M. deLaTour-du-Pin, ambassadeur de Sa Majesté très chrétienne joua à cette occasion un rôle vraiment comique; il faisait aller le plus innocemment du monde la correspondance des insurgés. Les courriers français portèrent presque toutes les lettres adressées au prince deLaCisterne. Le marquis Priero lui écrivait en i&ai et lui mandait de revenir promptement, tant le prince paraissait disposé à en

finir. Le bon La Tqur-du-Pin fit tenir cet écrit à son adresse. LaCisterne répondit en février, et fut d'avis de ne rien presser, vu le caractère incertain du prince. Les Français demandaient encore de nouveaux délais; ils voulaient attendre la décision du congrès de Laybach et le départ des troupes napolitain nés, pour ne pas risquer t#ut à la fois.

La Cisterne fit passer 5oo exemplaires de la brochure dont j'ai parlé plus haut ; Des

desseins de F Autriche sur l'Italie, Il indiquait les personnes qui devaient les distribuer. Il fit passer le tout par un (courrier du commerce , attendu que s'il était lui-même dé cidé à partir quelques jours après, il ne pouvait se charger d'un paquet si volumineux. Le prince fut trahi. Il était intimement lié avec madame de S...., épousç du gouverneur de Nice. Elle découvrit tout au baron Mouniçr, directeur général de la police. À peine Leblanc ( le courrier ) était-il au Pont de Beauvoisin , qu'on l'arrêta et qu'on lui prit ses papiers. LaCisterne, ne pressentant rien de fâcheux, le suivit à deux jours de distance, et subit le même sort. Par bonheur , il n'avait rien sur lui qui pût le compromettre ; «lais un agent de police, qu'on avait envoyé sur ses traces, conseilla de briser la voiture, et vo là qu'on découvrit dans les essieux les papiers qui dévoilaient les ramifications nombreuses de la conspiration, H y avait aussi

de» lettres du duc de D. . . .s , écrites en chiffres, ainsi que l'original d'une proclamation adressée aux Italiens, dont B. C. était l'auteur; une lettre du Romain Angelloni au comte de Giflinga, et quatre autres documents de haute importance.

Cette découverte causa l'arrestation momentanée du marquis de Prié et du chevalier Perron , cousin de la comtesse Latour-Maubourg. On les conduisit tous deux au château d'Ivrée. La Cisterne fut aussi privé de sa liberté. Alors l'effroi des conjurés devint général. On reconnut la nécessité de mettre le plus tôt possible la main à l'œuvre. On distribua de fortes sommes parmi les sous-officiers de la garnison d'Alexandrie, et on résolut d'éclater dans la nuit du 7 au 8 mars.

Mais le prince avait déjà perdu courage :

il tremblait, se plaignait, pleurait, montrait la pusillanimité d'un enfant. On n'osa passer outre : on expédia des officiers dans toutes

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les directions, afin d'ajourner le mouvement. Le 7, Carignan parut reprendre quelque énergie, et, maudissant son hésitation, la re«* jetait sur une indisposition qu'il avait eue. Il donna des ordres positifs au major Collegno, qui devait commander en chef l'artillerie. On résolut d'éclater le 1 o au matin ; mais à peine avait-on expédié.les ordres, que le prince retomba dans ses perplexités : il donnait des instructions, les révoquait, prescrivait en un quart d'heure les dispositions les plus contraires. On vit alors quel fond on devait faire sur un tel chef. On le décida encore à revenir sur ses pas : on prit des mesures en conséquence. Pour ne pas laisser languir plus long-temps les prisonniers, on ordonna au capitaine du cercle de les mettre en liberté ; c'était chose facile , car l'avocat fiscal chargé de l'affaire était un conjuré. Un accident faillit tout perdre.

Les deux courriers qu'on avait expédiés à

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ÏHossano et à Alexandrie ne firent pas diligence et n'arrivèrent à leur destination que le 10, fort tard dans la nuit. L'insurrection avait déjà éclaté dans ces deux villes. Le régiment de Gênes s'était emparé de la citadelle d'Alexandrie et avait proclamé la constitution espagnole. Le comte Saint-Michel , à la tète des chevau-légers du Piémont , s'était mis en marche sur Turin.

A peine ces événements furent-ils connus dans la capitale, que la junte centrale ordonna spontanément une insurrection gêné* raie. Elle se fit, parceque des conjurés de distinction (Luzi, Ratazzi, Appiani, Isidore Palma , Ansaldi ) étaient compromis. Ainsi «'est le retard de deux courriers, événement peu important en lui-même, qui fut cause que la révolution éclata ; car les Piémontais n'eussent pas été assez insensés pour faire une levée de boucliers , s'ils avaient su , comme ils l'apprirent quinze jours après ,

que le mouvement de Naples avait échoué. Tout allait à souhait en apparence ; le prince avait repris courage, et s'imaginait avoir amené les choses au point où elles étaient. On avait obtenu du roi une amnistie générale , et on se flattait de lui faire sanction ner la révolution qui venait de s'opérer. La plupart des soldats étaient même convaincus qu'ils enchaîneraient par la révolte la volonté de ce prince, qui se verrait sans peine poussé à une guerre contre l'Autriche. Les conjurés qui l'approchaient et qui étaient à même de le connaître, se persuadaient que sa colère une fois exhalée , il s'associerait à ce qui s'était passé ; car dans Tétat actuel des choses, il ne pouvait déployer soir génie militaire. L'amnistie accordée aux insurgés d'Alexandrie et de Fossano prouve qu'on n'avait pas conçu de vaines espérances ; mais le marquis de Saint-Marsan, par son retourdu congrès de Laybach, vint touttroubler.

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Cethomme, d'une loyauté sévère et rempli d'un esprit aristocratique, s'étonna de ce qui avait eu lieu , et gémit de la faiblesse du roi. Il lui fit connaître de quel œil les monarques envisageaient la révolution napolitaine; lui annonça que les puissances se réuniraient contre lui, décidées comme elles étaient à ne pas permettre que la constitution espagnole se propageât dans le reste de l'Europe. Le roi témoigna de l'émotion ; mais il était trop bon ou trop faible pour vouloir provoquer une guerre civile par des moyens de ri- f gueur. Saint - Marsan lui conseilla l'unique mesure qui s'accordât avec son honneur et son devoir de souverain.. ., l'abdication de sa couronne.

Victor-Emmanuel résilia son pouvoir, et remit les rênes du gouvernement au prince > jusqu'à ce qu'il eût des nouvelles de l'héritier présomptif du trône. Le chef des conjurés se trouvait à la tête de la nation ; on "• 7

pouvait donc croire que la révolution se consoliderait : il en fut tout autrement. Quelques partisans froids et réfléchis (entre autres Marentini, dal Pozzo) jugèrent que tout était perdu , et ne demeurèrent en scène que par respect humain . La force morale de l'armée était détruite ; celle-ci, en dépit des sqphismesdes conjurés, reconnut dans la conduite du roi le mécontentement que lui avait causé la sédition. Les anciens généraux se retirèrent, et furent remplacés par des jeunes gens qui n'inspiraient aux soldats aucune confiance > parcequ'ils n'en méritaient aucune. L'excessive indulgence du roi avait aussi, dès les commencements , désarmé plusieurs des complices. Le comte G***, officier distingué, et célèbre parmi les soldats comme adjudant - général d'Eugène Beauharnais , vice-roi d'Italie, fut compromis au plus haut degré par la lettre d'Angelloni dont j'ai déjà parlé. A peine eut-il reçu avis de l'arrestation

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de La Cisterne , qu'il tomba dans un paroxisme violent. Il se précipita chez Saint- Marsan, et laissa échapper ces mots : «Nous n'avons plus à hésiter ; j'y mettrai la mèche ! » Victor-Emmanuel le fit demander, et lui dit : « En parcourant les papiers qu'on m'a remis, je viens d'acquérir la preuve de votre culpabilité; mais je ne veux pas vous perdre. » Et il déchira la lettre. Je rapporte ce fait dans la double intention de faire connaître la clémence du roi, et de rappeler à G*** qu'il n'est pas en droit de se prévaloir de sa fidélité , encore moins de se targuer de ses principes.

A peine le prince fut-il nommé, que les Lombards demandèrent avec instance que les Piémoritais passassent le Pô ; mais l'irrésolution du nouveau régent ne permit pas

d'exécuter cette mesure énergique, qui seule pourtant pouvait le tirer d'embarras. Les forces militaires s'élevaient à 5o,ooo hom-

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mes; mais, d'après le système de ce pays, il n'y avait qu'un tiers de l'armée sous les armes; on voulait la porter au complet en rappelant les soldats qui étaient en congé. On perdait ainsi un temps précieux , et on laissait aux ennemis le loisir de se remettre de leur premier effroi .

Ceux-ci s'étaient d'abord imaginé que tout était perdu. Une terreur panique saisit l'archiduc Ray nier, qui ne crut pas suffisant de s'éloigner avec sa famille, mais qui fit encore, par son gouverneur le comte Saint-Julien , vendre à l'encan ce que contenait le palais impérial; on enleva tout jusqu'aux lambris , dont on se défit comme combustibles. Si les Piérnontfcb eussent mis ce découragement à profit , c'en était fait des prétentions de l'Autriche.

Le gouverneur général de l'Italie supérieure conjura l'orage; instruitduproj et qu'on avait formé, il résolut de mettre Fennemi

DE lEHAHqE.fiff ^ITALIE. I*fl

hors d'élftî di) l'ejtécuter. San» attendre-l'avie dj*-ooWMiLa.uUqJue? U. aî&emble ses troupees ef appès avpir injutiAeineot teste ufidi»ccominodemcnJ;, se.jcUe.&Uf'Buffaliirflfc SesfDroeB étaient peu nombreuses,, et sa démanche doublement hardie, en ce .qu'il laissait t;ai>£ .garnison Milan ,. dçnt la m^lveilUnce llû était .connue, et où. (1 savait /ju'od ayjjjtconyu Je dessein de l'assa^ner . Les no,u.Yieftujt échecs ;4m p^riLçonstHutionQeJli^itiiacèffifltJajpoute .qu!i!.dev^it suivre. Il ouvrij. des. négociations a,wfile pr^e^ il )e trtayjaill^, l'effrapaiBj, bien, ;(ju'il ffi^Ja fui^e pa^une;belle puit^etj, ,aç- «om^mmé du.gpuyerneur.de laprpyinefcj.^e iveRdi^NovaFe,.QÙ,^ia^nt,lp.AuM-liflbiç»ejyes pluSj édités dçs.conjurésjepcipeot courge: ils.s'imaginèrentque la réypIuUpn.piér nRc^jse.,éfàit,;S^raplable k cçllede, ?rance^ .gw$ rfyiamy fttà organiser un co?«té4e jsal&t pi^ifi j, imais,(les.étément5 de l'u,ne man- (jlMÛent,àraiilrJsMïci,lp rnpssedu peuple pra-

Q02 USB BOCIÉJTÉS SEkÏP(ETES

f>remerit dit ne prenait paVti1 Ai pour ni contre; et les troupes qu'on avait séduites par des espérances chimériques furent bientôt désabusées. La junte nouvellement formée était composée d'hommes à talents;

mais ils n'avaient ni la force, ni la volonté de pousser les choses à l'extrême. Le roi actuel (Charles- Félix) fit de Modène plusieurs proclamations, dans lesquelles il s'élevait vivement contre les événements qui avaient feu Heu ;^et rëcommandait-son pays^ la protection toute particulière de la Viérgè. Là France ; sur laquelle! o& ^Mi dfabôtfd compté, demeura paisible lôi^'eHe vit< là to(iYriùire que "prènaifent lers affaires; quant à -l'Espagne, elle était trop éloignée pour prêter aucun appui. L'empereur de Russie étàît le seul qui fût favorable au 'nfiôuvement*: peut-être ne voyait-il pas avec plaisir, la £uî&sance de l'Autriche dans la: pébiflfefcte; p&& être aussi le désir d'empêcher une effû-

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sion de sang en était -il Tunique cause. Des négociations secrètes furent entamées: Alexandre se présenta comme médiateur, et promit de nouvelles institutions au parti libéral , à condition pourtant qu'il renoncerait à la constitution espagnole. Tout aurait marché à souhait, si l'ambassadeur russe, le eomteMocenigo, eût dirigé cette affaire ; malheureusement ce fut un jeune homme qui en fut chargé. Fier de l'emploi dont il était investi, il se conduisit avec arrogance, demanda une réponse décisive et prompte! ; il refusa avec opiniâtreté d'expliquer quelle était la nature des institutions libérales qui avaient été promises. '

Un vice radical de l'entreprise, était que les meneurs l'envisageaient comme purement italienne, et ne faisaient pas attention que la Savoie est étrangère à la péninsule, par son langage et sa position : ce qui indisposa fortement les conjurés français. Si la

Savoie eût été travaillée d'après les idées constitutionnelles > elle se serait probablement insurgée, etÇhambéry fut devenu une place d'armes où se fussent réunis les mécontents : on eût pu aisément en former des régiments, qui eussent servi à appuyer les insurrections ménagées dans Les provinces voisines, On n'eût pas manqué de .chefs habiles. Le général ***, aussi »connu par ses faits d'armes que par sa haine pour les Bourbons, était prêt à marcher. Mais, comme je Yqà déjà dit, on ne s'était pas mis du tout en peuie de la Savoie ; les patriotes , parcequ'ils ;n'avaient en vue que l'Italie, et les intrigants, parceque le duc de Dalberg pe l'avait pas .prescrit , de crainte qu'il n'en résultât des troubles en France. On avait en quelque sorte fait de U cession de ty Savoie la condition que l'appui de cette puissance devait donner à l'entreprise. ,

On commit en outre la faute énorme de

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laisser l'ambassadeur autrichien (qu?on avait forcé de partir pour ses machinatians anticonstitutionnelles, deGoncert avec la comtesse de Truchsess-Waldburg) repasser le Mont- Cenis. 11 parvint à décider le comte d'Andezeno à faire connaître les prpclamationSk.de Charles -Félix, et à s'opposer, à Tétablisser ment du gouvernement constitutionnel»

Le& diverses négociation entamées par Bubtfa produisirent leur effet L'affaire d^l^ovare eut lieu , £t fut unç représ^n^t^R 4? «elle de Rieti,, où les /évolutipiinaire^^^dirent jusqu'à l'honnewç. Ces actions fi»$nt voir clairement cfue le soldat n'est qu'unp m^phine, qui produit pi us <ftinïoin$ d'effet, suivait la main qui Ja met en pauvre. Les Piémontais, si caillants sous Napoléon,, se conduisirent aypp uae lâcheté intima p&'rcequ'ils combattaient pour une îcause qui leur était étrangère , et sous des chefs qu'ils n'estimaient pas.

Le major Gatterburg prit d'un seul coup le régiment du roi d'Angleterre ; des hussards s'emparèrent d'Alexandrie , chef-d'œuvre de fortification .

Il eût été facile à Bubna de se saisir des chefs du parti vaincu ; mais sa prudence et sa grandeur d'âme ne lui permettaient pas de le faire. Il se rappela la maxime qu'on doit faire un pont d'or à l'ennemi qui fuit, et les laissa paisiblement gagner Gênes. 11 s'entendit en secret avec le brave gouverneur comte de Geneix pour faire préparer des bâtiments* tfù ih s'embarquèrent pour l'Espagne. Ce fut ainsi qu'ils échappèrent au bourreau. Le désintéressement des constitutionnels mérite de justes éloges. Ils s'enfuirent les mains vides , et cependant les caisses d'Alexandrie contenaient environ trois millions. Ratazzi lui-même se sauva avec quelques pièces d'or, et ne crut pas devoir se payer de ses appointements arriérés. Il n'y

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eut àma connaissance qu'une seule personne qui fit exception. î

A peine la révolution était-elle achevée > qu'on commença à en ressentir les tristes conséquences. Il en est toujours ainsi et dans tous les pays. Le roi envoya à Turin le comte Thaon de Revel, qui n'est pas à beaucoup près une colombe. Je ne veux pas le juger j car on pourrait croire qu'une hëine personnelle m'engage à le traiter avec sévérité, fbareequé) c?est à lui que je suis redevable de*ma-première>détèntion. Les feits seuls parT leronti 'La preipièrë *chosè tçuîil fit fut de nommer une commission, moitié ^militaire moitié ^civile, pour juger èans. révision et sans appel au roi. ii^

Les membres civils, qui avaient le cpmte Langosco à leuT tête, se montrèrent pleins d'impartialité , pareequ'ils n'avaient aucune haine personnelle, et qu'ils se dirigeaient uniquement d'après des principes d'équité.

On ne peut en dire antantrfe leurs collègues. On n'avait, à dessein, choisi que des Sàrdeq, des Savoyards , etc., pardeqùe peu d'individus de eeà provinces avaient eut part aux denniers événements. 11$ saisirent même' avec plaisir l'occasion qui ise . présentait de faire sentir le poids de leur puissance aux nobles Pié mon tais qui ne les regardaient autrefois qu'avec dédain. ♦;;.■ • : t

Quiconque ja donné qudque.atientiQil à oé .chapitre ne peut mîaacusericletreviBty partisan ou déttacteuâr ê& >lfiirwolu1io»npié> montalisé; Itixsçs 4ai vériié>:qui conduit cmd plume ^ui'dWige ,à <recQr*n*dbtre que la- ptou part de: ceiuc que Ja cojticabflioû ie€--eVisUfte le sénat condamnèrent soit à la. peine1 capfetale>soit aux galères ou a d?auireé ohâtimeji ts, étaient complètement innocents. En voilàlâ preuve. Le roi Victor, poussé par «lampante de son cœur, avait accordé >lai gràcç à tôui ceux qui avaient levé F-ctendard de te Tévoltie

à Alexandrie et à Fossano. Ce qui a eu lieu plus tard sous la régence du prince , et en grande partie par son ordre, ne pouvait être criminel ; car il était légitime souverain, du moment où le roi lui avait remis l'autorité. À la vérité , le gouvernement constitution* nel se maintint après la fuite du prince, et malgré les proclamations du nouveau roi*; mais celles-ci n'étaient valables à aucune époque; car elles n'avaient pas été datées du sénat , ce qui est indispensable en Piémont; en outré elles n'avaient pas été publiées , elles n'avaient que circulé en se cret. Dès qu'on en eut connaissance, on tint, fort avant dans la nuit , un conseil auquel assistèrent non seulement les membres de la junte constitutionnelle, mais encore plusieurs royalistes zélés, entre autres le comte Thaon de Revel , et il fut décidé à l'unanimité qu'on ne publierait pas ces proclamations, parceque la passion seule les avait

dictées. On craignit qu'elles n'occasionassenl une guerre civile. L'original de ce projet , signé de tous les individus qui avaient assisté au conseil, est dans mes mains.

Quelques membres de la commission , et nommément le comte Venançon, votèrent toujours pour la peine capitale. On raconte même qu'ils se l'étaient promis entre eux sous parole d'honneur. J'aurai plus d'une occasion dans le cours de mon ouvrage de revenir sur ces malheureuses circonstances.

Le premier effroi fut bientôt dissipé ; mais le feu couvait en secret sous la cendre. Les coupables que la crainte avait exilés ne manquèrent pas de se flatter d'un changement prochain, et de le faire espérer à leurs frères. Les chefs qui s'étaient fait connaître , ceux qui avaient pris part à des événements remarquables, s'étaient enfuis; mais plusieurs des principaux conjurés qui avaient évité de se mettre en évidence demeurèrent dans le

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paya sans être jmquiétés. Ils avaient dédaigné cette,gloire momentanée et vaine que les jeunes gens payèrent d'un exil perpétuel et de la perte de leurs biens. Il leur fut permis de rester aii sein de leur famille, où ils étaient occupés à méditer de nouveaux plans. Les mesures du gouvernement n'avaient point de but réel et ne servaient qu'à exaspérer les esprits.

Le nombre des exilés s'éleva à plusieurs mille , de sorte que chaque famille eut à déplorer, ou la perte d'un parent, ou le malheur d'un ami. La noblesse fut extrêmement maltraitée; aussi quelqu'un, dans un mouvement de colère, adressait-il à l'individu qju'il voulait outrager ces mots : « Va-t'en à la potence. « Celui-ci lui répondait avec calme : « Mais je ne suis pas noble. » Comme si le privilège exclusif de l'usufruit de la potence eût été conféré à la noblesse .

Victor-Emmanuel persista dans le dessein

de ne pas replacer sur sa tête une couronne qu'il avait déposée et qui avait été arrosée de sang. Les tentatives des Français à cet égard furent inutiles. Ils avaient déjà fait, avant l'arrivée des Autrichiens , tout ce qui dépendait d'eux pour le faire remonter sur son trône, ils hii avaient même offert leur appui; mais celui-ci ne voulait pas être redevable de sa puissance aux étrangers. Le chagrin termina bientôt son existence. Il fut sans contredit sinon un grand roi , au moins un homme qui mérite l'estime et Famour des honnêtes gens. Si Ton compare sa conduite à celle de tant d'autres , on y trouve une différence infinie. Mais je suis loin de vouloir juger personne; car Dieu seul peut sonder les cœurs. Au reste , je suis intimement convaincu que le défaut de loyauté des ultra-royalistes a plus compromis la cause de la légitimité et de la royauté que tous les efforts réunis des jacobins.

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