‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 12 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Arrivée à Turin. — Le ministre de la police, -i- La maison de correction. — Bagnasco. — Le cordonnier Tubino. — Inspection de mes papiers. — • Procédés révoltants. — Avis mystérieuV. — On me conduit dans une autre prison. ,.-•-;<»/

JNuoyi tormenti e nuovi tormentati Mi veggio intorno , corne ch' i* mi mûova, E corne ch» i' mi volga e ch* ? mr ÇU^U Dartb , delP Inferno, canto VI.

D'après des ordres supérieure , je ne fus pas transféré de suite dans une autre prison ; on me conduisit au chevalier Roget de Cholex, ministre de la police, C!estun$a* voyaïd dont la probité est généralement reconnue, tant que l'esprit de parti n'influe pas sur sa conduit$>r J'en reçus d'abord «un

fort bon accueil; il me dit que mon innocence lui était connue et que mon arrestas tion ne provenait pas de lui ; que cependant il n'était pas en son pouvoir de me relâcher avant de m'avoir.iait subir un examen,

qui au reste n'était que pour la forme.

«Cependant nou^, savons, ajouta-t-il, que » vous voyiez à Paris MM. Bardaxi et Dalberg, » et que plus tard vous entretîntes des liaisons » avec ceux de nos révoltés qui s'étaient ré- » fugiés dans cette ville. Il y a, dans vos pa- » piers, des notes qui concernent nos affaires » politiques, écrites de la main des marquis » Saint-Marsan et Priero, et de celle des comptes Santa Rosa et Morozzo. De tout cela je » dois conclure que vous êtes instruit de leurs » desseins. Parlez et la liberté vous sera aus- » sitôt rendue. »

Je me contins avec peine à cette basse proposition et lui répondis du ton le plus décidé : « Monseigneur, ce n'est pas à mes

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» révélations, mais à mon innocence que je » devrai mon élargissement. J'avouerai d'ail-* » leurs à votre excellence que j'ignore abso- » lument tout ce qui pourrait avoir rapport » aux vues supposées des exilés piémontais. » j

Le ministre me regarda avec étonnement; et dit, en tirant la sonnette : <c II paraît , mon- » sieur, que votre mémoire n'est pas trop ! » fidèle : or vous mènera quelque part oui » vous aurez tout le temps nécessaire pour » réfléchir à ce que vous savçz ou» ne sâveai » pas. » Il me congédia de la sorte, en me^ laissant entrevoir une perspective affreuse1. ' Les gardes qui m'avaient escorté m'attendaient; mais la voiture était loin : il fallut: donc se résoudre à faire le trajet à pied.

On me rendit .ma longue chaîne; j'étais obligé de la soulever afin qu'elle n'entravât: point ma marche. Cela néanmoins ne suffit pas , on me passa une corde au bras et

on me fit cheminer. Le bruit de mes fers,

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celui des sabres de mes sbires attirèrent le monde aux fenêtres. Je ne pouvais supporter l'idée de paraître dans un tel état, là où peu de mois auparavant j'avais fait une tout autre figure ; mais je devais être encore plus profondément humilié. Je rencontrai une jeu ne dame de Nice que je ne connaissais que trop bien, la petite comtesse Camberçan, tenant le bras d'un officier qui non plus ne m'était pas étranger: Dans le premier moment de joie que me fait éprouver la vue cf un être dont j'attends quelque bienveillance , je veux lui parler; elle se détourne avec mépris. Son digne cavalier me rit sans pudeur au nez; et, pour surcroît de honte , mon guide m'alonge . quelques coups de crosse. Dieu ! Dieu ! si je pouvais briser mes fers i Et alors je maudissais une destinée qui m'exposait à de si cruels outrages !

J'arrivai enfin , et dans les dispositions les plus noires , à ma nouvelle demeure ; c'est-

à-dire à- la maison de correction : quelle entrée ! quel spectacle I quel accueil l Le geôlier , homme d'une quarantaine d'années , colosse d'un aspect révoltant; sa femme, plus âgée de dix ans , difforme et présentant un visage couperosé et bouffi , en un mot l'image de la grossièreté et de l'abjection ;; ses enfants, aux cheveux roux, aux yeux louches surpassant encote leur mère eri maflice : voilà les premières choses qui s'offrirent à ma vue. La femme jugea au mieux à mes joues creuses et à mon habiHertieflt plus que modeste, de l'état de mes finance». Les paroles gracieuse» dont ^lle me salua , -furent : assassin! brigand ! Malgré mes chaînes et ma faiblesse, il était prudent que je me rappelasse que c'était une femme que j'avais devant m&i. ce Déshabillez-vous, que je » vous visite , me cria eh nasillant mon » aimable hôte. — Très volontiers fut ma réponse; passons dans une chambre à côté. »

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Un éclat de rire se .fit entendre : on trou* vait comique que je prétendisse, prisonnier comme je Tétais , imposer des conditions ; mais comme je persistais dans ma demande, on m'arracha mes habits ; ils étaient réservés, comme je le sus plus tard, aux menus plaisirs de dame Catherina ( c'est' ainsi que -se nommait la femme du geôlier ), qui présidait à la Visite que les nouveaux débarqués avaient à subir. Une heure ainsi écoulée , Bagnasco détacha une clef de son paquet et m'ordonna de le suivre. La prison avait été autrefois un couvent de jésuites, Au lieu de n\e conduire directement au gitequi m'était -destiné, il me fit passer et repasser de chambre en chambre, descendre, remonter les escaliers rem plis, d'une multitude de prisonniers de toute espèce, et je n'arrivai pas sans peine au réduit qui constituait ma nouvelle demeure. '

Certes, il était préférable à celui oùjV

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vais débuté à Aprtecy; mais il était Picore trop affreux, même pour recevoir tes; plus grands criminels. Il était èb peine éelai*é par une faible ljueur qu'une ouverture pratiquée dans le haut du mur y laissait pénétre* . Cette chambre avait autrefois fait partie de la cellule d'un moine; elle était voûtée et, d'une élévation prodigieuse ; elle, était ^i .ob^cuïe qu'il me fut impossible de distinguer, en entrant, si elle était déjà habitée; mais je ne demeurai point long-temps dans l'incertitude; car BagnaseCK poussa quelque chose avec le pied et dit : Lève-toi y maudit cordon* nier! J'entrevis alors dans l'obscurité se? mouvoir des formes gigantesques, et une voix répondit sur le même ton : Enfant de Satan, laine au moins les gens dormir. Mes chevieux se hérissèrent en pensant que c'était là mon compagnon futur. Restez ici > me cria B^gnascô, en refermant sur moi avec force des portes à doubles gonds. , , -..-.•

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Je -demeurai sur te sea il y immobile comme la femme de Loth, jusqu'à ce qu'enfin mon nouvel h&e^ que je rie pouvais voir, mate que Je pouvais entendre et setttîr, vint à moi et m'invita amicalement & me reposer *ur un mauvais lit. Plus sa réponse grossière au geôlier m'avait été pénible, plus iha joie fut grande lorsqu'il $e fit connaître pour iranc^méçon . H s'appelait Tubiho; détenu depuis' le mois de mai , il étaiï en état dé me trader la conduite que je devais tenir et »de m'înstruire des règlements de là prison.

Dans lefe chambres, ou mieux dans les cachots de ceux qui étaient comme moi au ttëfcrtet, tieSé trouvaient ni table, rii lit, ni cfhâisfe, de craîrite qu'ife ne $Wfls»enVdes àtttltei contre les guichetiers; pbur éviter les ifrceAdîes , on ûe "pèfcrrtettait pas non plus efu'on eût dé là lumière, et aucun de ces tristes réduits n'avait ni cheminée, ni poêle;

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cependant il régnait en hiver un froid et une humidité insupportables dans ces lieux pavés et élevés en forme de voûte. Enfin , pour qu'il ne vînt pas à l'esprit de se casser la téje ou d'avaler du verre, on n'avait pas jugé à propos d'établir de fenêtres. Les ouvertures, pratiquées dans le mur, auxquelles on donnait ce nom , étaient fermées par une toile imprégnée dé cire qui ne laissait pénétrer que très peu de lumière. Ce n'était pas «ncore assez de nous priver des vases en verre ^ ceux en terre étaient également prohibés-, et une seule espèce d'éèuelle avait <x)rirs patmi ndus. C'était une grande faveur lorsqu'on obtenait des valets de guichet une cuillère ou mne fourchette «n bois. Le tendesmain de mon arrivée, on m'arracha les boutons de mon habit; mais mon cordonnier y suppléa par quelques filaments de sa cou* verture. '

D'après ce préambule , je ne pouvais

guère concevoir de grandes espérances ; je me flattais cependant qu'on m'apporterait quelque nourriture et surtout une paillasse. Quelque précieux que m'eût été ce dernier objet, je ne l'obtins que beaucoup plus tard. Huit jours écoulés, on répondit sur les demandes réitérées que j'en avais faites : « D n'y en a point. »

— Mon cordonnier possédait un cœur compatissant; il m'offrit la moitié de son grabat. Ma faiblesse et l'épuisement où j'étais réduit me plongèrent bientôt dans un sommeil qui ressemblait fort à un évanouissement. Un son aigu, des coups redoublés, enfin un bruit horrible m'éveillèrent en sursaut; je me soulève épouvanté et reconnais le signor Bagnasco accompagné de ses deux éecondini, tous aiv mes de longues perches en fer. Ils faisaient la ronde nocturae. Dans cette visite, qui se renouvelait de deux heures en deux heures, ils ne manquaient jamais d'exairikier les,

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murs, le plancher, et de frapper contre les barreaux, afin déjuger par le son s'il y en avait de limés. On ne peut imaginer rien de plus affreux que d'être éveillé de la sorte; le souvenir suffit encore à présent pour me faire tressaillir.

On vint me prendre un matin pour me conduire au ministère de la police , où je devais présider à l'examen de mes papiers. A ma grande surprise, une voiture m'attendait, et trois carabiniers étaient chargés de m'accompagner. Je ne doutai pas qu'on n'ou* vrît les portefeuilles que j'avais cachetés à Mornex; mais je devais aussi présumer qu'on se bornerait à noter les papiers qui s'y trouvaient* Je n'avais pas encore été à même d'apprécier la conduite illégale et arbitraire de la police piémon taise. A mon arrivée, je trouvai les sceaux rompus et mes papiers étalés sur une grande table ; en vain je me plaignis de cet abus, en vain je refusai de

reconnaître des pièces qui avaient pu subir en mon absence des altérations. Qui empochait en effet que l'on ne m'attribuât des choses qui ne m'appartenaient pas ? On rît de ma plainte, et on refusa même de la con* signer dans le procès-verbal. Après troië heures de contestation et l'inspection de mes papiers, on me permit de retourner dans ma prison ; mais quel fut mon ëtonnement lorsqu'on me dépouilla pour les frais de voiture, du peu d'argent que je possédais î Je reçus vecs les six heures du soir un morceau de pain noir qu'on me jeta à travers une ouverture de la porte. Comme je n'avais pas été présent à la distribution de la soupe , je n'en eus que le lendemain. Malgré les plus vives sollicitations , je n'avais pu encore obtenir une paillasse; j'insistai avec humeur, et taxai d'inhumanité la conduite avec laquelle on me traitait; je menaçai en outre d'adresser une plainte au miriistre;

sur quoi dame Catherine me rit au nez , et secouant les clefs qu'elle avait à la main , die ajouta en ordonnant de m'enfermer : « Ici ce n'est pas le ministre , mais moi qui commande* » La fièvre que j'avais eue à Mornex me reprit ici accompagnée de symptômes alarmants. La majivaise qualité des aliments et l'humidité de ma cellule m'a* vaient causé deux fistules aux gencives; ces petites incommodités ajoutèrent encore à mes souffrances. Je ne quittais plus le lit de mon généreux cordonnier, et je ne prenais point de Nourriture que ces abcès ne s'ouvrissent et fie remplissent iiia bouche dé éang. Ceperidant on s'obstina ! à ïhe fefus&r le secours de l'art, La seule cftoSfc qui jiro* terigea mofc < existence et 'frfê' tînt,* d'àptièS toute* les probabilités', lieu de médecin , fût du raisin doht ïrton compagnon m'exprimait de temps à autre *è ju3 entre les lèvres.

Dans les premiers jours de ma détention > il me survint un accident qui fut une des causes principales des mauvais procédés que j'eus à souffrir. Deux guichetiers qui s'amusaient à mes dépens , disaient avec dérision « qu'il serait fâcheux qu'un coquin tel que » celui-ci fût pendu , au lieu d'être déca- » pité , attendu que son long cou paraissait » fait pour la hache du bourreau .» Cette arrogante plaisanterie m'irrita au point que je m'élançai dans l'ardeur de la fièvre, me saisis d'un de ces misérables et le frappai si rudemept à la tète, que lie sang lui ruisselait de la.hpuche et du nez. J'étais épuisé par cet effort ; ils se rendirent facilement maîtres de moi et me lancèrent avec une telle brutalité coqtre le mur> que je tombai sans connaissance et demeurai comme mort* J'ai souffert bien dçs années des suites de cette chute ; étant tombé précisément sur un crampon en fer , il résulta du coup que

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j'avais reçu à la tête une exostose et un tumar seysticus.

Dès lors, je passai du purgatoire à l'enfer; on m'appliqua autour du corps un Ken en fer qu'on attacha au mur par une longue chaîne. Je ne supportais que bien difficilement un poids si considérable. On menaça mon compagnon de lui infliger le même supplice, s'il continuait à me témoigner le moindre intérêt; et on le transféra dans une autre prison , lorsqu'en dépit des menaces qui lui avaient été faites, on le vit s'acquitter avec le même zèle des devoirs que l'huma** nité lui prescrivait. Aucune position, quelque affreuse qu'elle soit d'ailleurs , ne peut être comparée à celle où je me trouvais alors. Je me voyais livré à un abandon affreux dont là mort seule pouvait me délivrer. Hélas ! j'enviais même lel sort des galériens : ils sont occupés, me disais-je, ils contemplent le ciel , jouissent d'un air pur et s'entretien «

nent à leur gré avec les compagnons de leurs souffrances. Une peine qui surpasse toutes les autres , selon moi, c'est l'ennui; c'est une torture , je l'avoue à ma honte , à laquelle je n'ai pas la force de résister.

Je me gardais bien de m'abandonner à mon imagination ; je craignais qu'elle ne me fît tomber dans des accès de folie : la peur de perdra l'esprit me l'enlevait souvent; je me jetais à genoux et m écriais ; « Dieul » Dieu ! Accable-moi de tous les maux, mais » épargne-moi du moins celui-ci. » Ensuite, passant par une transition rapide d'une opinion aune autre, je demandais au Seigneur, en agitant mes chaînes avec force, qu'il me reprît ce funeste don qui seul me rendait malheureux. « Enlève-moi cette étincelle de » Prométhée : prive-moi de la raison , mais » entièrement, entièrement, et que je ne la » recouvre jamais! »

Mais le Seigneur, sanslq volonté duquel

un passereau ne tombe pas du toit, ne m'avait pas oublié. Il voulait encore me réserver à de nouvelles joies, aux chagrins dont la vie se compose. On n'avait tardé si long-temps à m'intejroger , que parcequ'oj* avait fait traduire mes papiers en italien ; ce qui n'était pas un petit travail. Lorsqu'il fut achevé, on m'annonça pour le lendemain la visite du signor Angelo Romano. Le jour suivant cet individu se présenta en effet , et les guichetiers virçrent me chercher pour me conduire à lui ; mais, au mépris de toutes les menaces, des coups auxquels je m'exposais , je demeurai couché et et refusai de me déranger. « Si » M. le secrétaire , leur dis-je , a envie de me » parler, il peut se donner la peine de ve- » nir. »

Le signor Angelo, à qui l'examen de mes

papiçrs avait inspiré quelque intérêt poijr moi, suivit cet avis au grand étonnement et ay dépit du geôlier. Les larmes inondèrent

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ses joues lorsqu'il fut témoin de l'état où j'étais réduit. Il commanda à l'instant de m'en-

lever ma chaîne et adressa au geôlier les reproches les plus amers sur sa dureté. Celui-ci répondit avec tranquillité qu'il avait été contraint de prendre de semblables mesures, pour éviter que je ne blessasse dorénavant les valets de la prison. Romano, auquel j'avais raconté la chose, me promit de faire son possible pour adoucir mon sort. Mais hélas ! si la position des employés piémontais les met à même de préparer le mal , les moyens de faire le bien leur manquent entièrement. Au reste, Bagnasco exerçait un pouvoir sans bornes. Un jour il menaça de mettre à la porte le marquis de Sceva, inspecteur général des prisons , qui lui adressait quelques reproches. Le marquis se rendit auprès du roi et lui demanda satisfaction. Le monarque fit appeler le fiscal général, qui, comme chef des sbires, avait notre geôlier

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sous sa direction. « Votre Majesté, lui dit » ce dernier, cela ne m'étonne pas du tout. » Je connais encore bien d'autres traits du? » même genre de ce drôle : il n'y a pas un pire » coquin sous le soleil ; mais il est tout-à-fait » excellent pour son service, et si on léchasse »jene réponds pas un seul moment de la sû^ »reté de la prison.» Que Dieu m'en préserve ! fut la réponse du roi; et ce scélérat; au lieu de punition, reçut des éloges sur son zèle.

Comme les prisons n'étaient jamais inspectées, il possédait un pouvoir discrétionnaire qu'il exerçait sans discrétion :il agissait, dans toutes les circonstances, selon son bon plaisir, et se moquait des ordres du ministre qui ignorait ses atrocités ou qui se sentait hors d'état d'y remédier. Ce misérable n'avait en vue que ses intérêts. Un prisonnier payait-il bien , il lui accordait toute la liberté possible, fût-il dix fois condamné au secret; quant au

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pauvre diable dont la bourse était vide, il le plaçait volontiers dans quelque mauvais trou, où, selon ses expressions, il ne pouvait incommoder les honnêtes gens ( c'est-à-dire ceux qui avaient de l'argent). Dans les commencements, plusieurs détenus recevaient des vivres de leur famille ; mais comme cet arrangement était loin de lui convenir, il obtint l'ordre de fournir les aliments , sous pré* texte que tout autre moyen de s'en procurer n'était propre qu'à favoriser des correspondances secrètes.

Il existait, pour prévenir la corruption, un ordre formel qui défendait expressément que les prisonniers conservassent de l'argent sur eux; cependant comme Bagnaseo était intéressé à ce qu'ils en fussent largement pourvus , il leur facilitait les moyens d'éluder l'ordonnance. Des visites avaient lieu de temps à autre, mais le malin geôlier avait toujours soin de les faire précéder des in-

structions convenables. Alors on lui confiait, sous quittance pourtant , les espèces dont on était muni, et MM, les commissaires s'en retournaient avec un pied de nei*

Le gouvernement était très sévère sur cet article, parceque l'argent que les prisonniers dépensaient était jutant de perdu pour le fisc. Celui parmi eux qui avait dix francs à consommer par jour > jouissait d'une grande liberté. Il y en avait qui étaient toujours au parloir, faveur qui était une mine d'or pour Bagnasco; car si les individus qui venaient visiter leurs amis ou leurs parents ne donnaient pas un riche pourboire, ils pouvaient être sûrs de n'être plus admis auprès d'eux.

On ne saurait évaluer le gain que le geôlier tirait de§ détenus, qui s'jSeyaiept biçn à cent; mais, pour se maintenir dans sa pflace, il lui fallait partager avec le secrétaire du fiscal général qui, $i fabula vera, prêtait ^on

nom à un individu d'une sphère plus élevée L'intervention du brave Romano meaauva l'existence, mes bourreaux n'osèrent plus me refuser les secours de l'art : en un seul jour le dentiste m'arracha cinq dents molaires ; ce qui me procura quelque soulagement.

D'une autre part mon ennui n'en devint que plus insupportable. Je ne savais: plus que faire du temps que me dévorait autrefois la souffrance.

Comme un jour au sortir de mon audience,

je rentrais dans mon cachot, je trouvai cet avertissement tracé sur mon lit,

Chi che tu sîa, in quetta dimora cki entre f Attente legge che sulla porta, sta scritto.

tU\ . • . h

Je me dirigeai à la hâte vers la porte , et j'y trouvai ces mots inscrits :

ColpevaP or innocente , mai tu conviene Del tuo delitto

(i) Les trois points (...) indiquent les Carbonari, les

Je ne saurais dire combien ces lignes mystérieuses m'agitèrent et me tranquillisèrent tout à la fois. Je me souciais peu de l'avis en lui-même, dont Dieu merci je n'avais pas besoin; mais j'obtenais par là la preuve qu'il y avait près de moi des bommes qui s'intéressaient à mon sort, et j'en acquis bientôt la conviction.

Le médecin, qu'on avait appelé, déclara qu'il ne pouvait rien faire pour mon rétablissement, si on ne m'accordait un local plus sain, une meilleure nourriture et quelque distraction. Mais, malgré les vives sollicitations de mon excellent Roma no auprès du ministre,. tout demeura sur le même pied. Cependant on mit çn mouvement tant de ressorte secrets, queje, fus transféré dans un

quatre (::) la société de la régénération européenne; le zéro avec trois points Ç.) la chiesa degli sublirni maestri perfetti ; le zéro avec cinq points ^J leur synode. ,

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autre cachot. Ce dernier avait seize pieds de long sur huit de large: j'y trouvai vingt comparions de souffrances, militaires de tous grades , depuis celui de colonel jusqu'à celui de simple porte-enseigne. Où pouvait ici s'assurer de la vérité de l'ancien proverbe:

Solamen raiseris sociura habuiise malorum.

Mon nouveau réduit était au moins éclairé d'une manière 'supportable, quoique les fenêtres eussent été établies à une hauteur &i prodigieuse, qu'il n'y avait pas moyen d'y atteindre et de regarder dans la rue.

Ma position était dé{jà connue de la plupart des détenus, auxquels je Vfenâre d'être réuni. Ils me reçurent avec la plus franche cordialité et m'offrirent de partager tout avec moi. Je ne fus pas peu surpris de voir ces individus, qui pourtant pouvaient atfnsi que iftoi $ç considérer comme des csndiçl^ts de Impotence, se livrer au jeu et àla plus folle gaifcté.

IMS fRANCE et D'iTALtÈ. l3?

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