‹ Mémoires secrets relatifs à l'état de la révolution du Piémont, de l'esprit que règne en Italie et des sociétés secrètesChapitre 14 sur 26 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'avocat Àcotto. ■— Val commis dam la prison, — La note du comte La Tour-du-Pin. — Lettre semi-officielle du syndic de Génère, M. de Miehieiî.— L'archevêque deTurin. — Mise en liberté du chevalier Isidore Palma. — Le chevalier Bevilacqua. — Interrogatoire du sénateur Fontantlli. — . Assassinat du prélat de police a Modéne. — Présence d'esprit du baron Sixt. d'A... de S...

Pardonnei-leur , mon Père , ib ne savent ce qu'ils font»

Evang,, Sairt Loe , a3, vs. 34.

Au bout de quelques jours passés dans ma triste demeure, je vis arriver un nouvel hôte; c'était un avocat dlvrée, appelé Acotto, le • plus bénin et le plus sot des conspirateurs. Tout le crime de ce petit homme était d'avoir ri et même d'avoir dansé un soir. Un de

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ses ennemis qui convoitait la place de substi* tut de l'avocat fiscal qu'il occupait, fit connaître à la commission que : » Acotto , qui » était autrefois d'un tempérament phleg- » matique, mélancolique, et par conséquent » toujours sérieux , renfermé en lui-même, » ennemi de tout plaisir bruyant , avait » manifesté l'humeur la plus gaie pendant » toute la durée du régime constitutionnel, » et qu'il avait assisté à un bal donné par » les autorités, où il avait beaucoup ri et même » dansé vers la fin de la soirée j^e qui con- » statait suffisamment son attachement au » gouvernement constitutionnel qui existait » alors. » Ce malheureux se vit enlever, sur cette accusation ridicule, sa place avec tout ce qu'il possédait. Il fit huit mois entiers de prison, et finit par être réduit à la mendicité, avec sa femme, une comtesse de Mosca , et sept enfants en bas âge.

Au reste, la fortune ne voulait pas me gâ-

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ter, elle se proposait de m'instruire. Je nedevais plus goûter long-temps ce que ma si-? tuation pouvait avoir d'agréable. Nous avions coutume de prendre tous les jours notre café dans notre lit ; un matin , voulant prendre ma bourse pour payer comme à l'ordinaire, je ne la trouvai plus. Je restai comme foudroyé; tout mon avoir, qui s'élevait à environ 800 franos, avait disparu. Je ne pouvais avoir perdu mon argent, il m'avait donc été volé. J'étais assuré, d'un autre côté, qu'aucun de mes compagnons n'était capable d'une bassesse de cette espèce; aussi mes soupçons tombèrent-ils exclusivement sur un prisonr nier de la classe des filous, que nous payions pour balayer notre chambre, laver notre vaisselle et vaquer à toutes autres fonctions de cette nature. À l'instant même je fis connaître à Bagnasco le vol qui venait de m'ôtre fait, et je lui signalai celui que je soupçonnais en être l'auteur. Il eut dû. le faire fouil-

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1er sur-le-champ ; au lieu de cela, il entama une longue procédure, multiplia les formalités, et ne découvrit rien.

Plus tard, j'appris qne c'était Bagnasco lui-même qui , d'après un ordre supérieur, m'avait volé mon argent. On voulait connaître , parmi mes compagnons de captivité , <œux qui me témoignaient le plus d'intérêt, et ceux avec lesquels j'étais le plus intimement lié. Oh voulait aussi savoir si je n'avais pas à Turin des amis qui me feraient passer de l'argent. Ma fierté me servit seule cette fois ; elle m'apprit à éviter le piège que me tendait un noir artifice ; car, bien que tous mes compagnons m'invitassent à considérer leur bourse comme la mienne , bien qu'en ville mes amis m'offrissent tout l'argent dont je pouvais avoir besoin , je refusai constamment tout, et vécus de pain grossier et d'eau. Pour ' ne pas troubler par la vue de ma misère les petites jouissances que se procuraient mes

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camarades d'infortune, je demandai à retourner dans mon ancien réduit.

Mes idées d'indépendance peuvent bien , à cette époque, avoir eu quelque chose d'outré ; mais depuis l'instant où ma malheureuse destinée me fît homme de parti et de secte, je me proposai d'observer strictement deux choses: de ne jamais prendre aucun engagement spécial, soit par serment, soit par parole d'honneur, et de ne jamais accepter aucun service qui m'obligeât à la reconnaissance ou à là réciprocité ; et bien que j'aie eu besoin du secours ou plutôt du concours des sociétés secrètes pour atteindre le but illusoire que je m'étais fixé alors, j'ai toujours su, comme homme privé, me maintenir dans

un état indépendant à leur égard. Il existe pour l'homme d'honneur deux liens indissolubles , la reconnaissance et la parole donnée. J'ai toujours évité ces liens; j'ai raconté la seule obligation que j'avais aux Stélimi

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Maettri Perfettif et le seul serment par lequel j e me sois engagé dans ma vie , est tel que je

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Pin remit au secrétaire d'État piémontais, lé comte délia Valle, sur moi et sur mes rapports, une ample note dans laquelle on lisait entre autres : « Le gouvernement français » s'intéresse à tout ce qui regarde ce jeune » homme, qui a manqué d'y (à Paris) faire » beaucoup de mal ; il nous est d'ailleurs de- » puis long-temps connu comme un des plus » adroits propagateurs des sociétés secrètes de » l'Allemagne, de la France et de l'Italie (i).»

(i) N'ett-il pas pardonnable à un jeune homme de vingt ans d'avoir de la vanité en voyant peser un tel poids sur sa personne ? D'un autre côté, combien n'estil pas misérable l'État où un jeune étranger sans fortune, sans nom , sans rang , peut acquérir une espèce d'influence! — Sous ce rapport, le régime constitutionnel n'a rien amélioré en France , où les salons , et non l'opinion publique, ni les représentants de la nation, élèvent ou abattent les ministres. On est pris à Paris pour ce que l'on se donne, et qui veut avoir de l'influence en obtient. — En février 1820, immédiatement après l'assassinat du duc de fierri , je me rendis en poste de Paris à Nice. Un courrier de M. de Gazes y arriva presque aussitôt que moi, avec des dépêches pour le comte de Serre. De Gazes craignait que je ne fusse envoyé par le côté gau-

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K h im$me^vmzle synjliç de la garde, à» fierté, Mï'âb iMi^hieUy adressa à rapn oee*h ww.tme lôtU*e,r#u plutôt ^n, Rapport, :dan94 lequel se trouvait la phrase; suivante, q<jfe,jç dois citer ici, parcèqu'elle a ei* um grands influence sur ma destin^; «Cç faune bo^m^ x ^aill^rsMmqy^p d>sprit, etileit ;-*&}-> » lement irçsiçmant, qu'on^ nv s^ura sejg^it » der contre ses intrigues qu'en l'empêcha*** ^;d^ntfefipn;comi»upîcatiQft avec quique # ce , «oit. ». Çe^ ; dçux : dénop^i^on$, vtè'&fy xiVÏ . #u; pi ift. ;haut : (<fcgqék>& Jg$^ ,*cqim V^ctioa^e n^p fynntofi d$fftQ9ftttr}; mafc fi» irqnfidgaepM^f^ fuient çarçse qu<fr #cm s^ulç^pt.oa nsï^a^p^içpwpte^.^

cnë/ et* n'engageasse de 'Serre à sortir du ministère. II «Wppfait le corofc» de-sja piwprétier, l'ofetfto àmfes^roprfsitions, elt de conserver, le portefeuille. Cependant le Waï motiTcie mon départ prëcip'ité était la 'certitude -W6» J>pnfe)de m<m ^r*éU)tm& feocncintp As?ulé >nip faisait fuir devant, le ministre de la police «nî avaiilui-m^

1 • Il

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chaleur avec laquelle ij me défendit et réclama ma mise en liberté, mais qu'on lui refusa même la faculté de me voir et de me parler. L'exemple suivant suffira pour prouver jusqu'à quel point on poussa à mon égard les mesures de précaution, surtout si l'on considère le degré dé pouvoir auquel le clergé du Piémont s'est élevé dans ces derniers temps.

La solitude dans laquelle je vivais> et la profonde tristesse qui souvent s'emparait de moi, me ramenèrent à Dieu, dont le tumulte du fooride avait éloigné ma pensée, biert que mon cœur n'eût jamais pris part à cet ^fubU.'JFe m'occupais surtout de matières religieuses : désirant obtenir des lumières sur la doctrine!' et l'essence die l'Église cathol*que, j'écrivis une lettre for.t simple au digpe archevêque de Turin, 4e priant de m'accorder la faVeujj 4f? m}énf?£tepir ^vçc un epçl£siastique instruit. Je reçus l'avis que* ($otts

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peu dô jours le prédicateur des jésuites se rendrait auprès de moi. Il vint en effet, mais on ïui refusa l'entrée de ma prison. Peu de temps après, l'archevêque lui-mômç se présenta ; Bagnasco s*excusa sur l'iin* possibilité qu'il y avait à le laisser pénétrer jusqu'à moi. Le prélat, courroucé, se rend4|t sur-le-champ chez le roi , et se plaignit'dfe l'affront qu'il avait reçu. Le rôi fit venir àusL sitôt le marquis de Ragjgi; celui-ci apporta la lettre en question, avec u&ë autre lettre du chevalier Vignet 9 neveu du comte ©fc Maistre , qui s'opposait fortement à ce q£è l'on s'entretint avec moi de ririatièréë > rcliJgiéuses, parceque, suivant lui, je prettéîs èi prétexte pour enjôler les gens. « Prenfei » garde , dit le roi; ce garçon a fait iiH yy pacte avec le diable ! » L'archevêque, plttô éclairé que Sa Majesté^ répondit que cela ir était pas croyable, puisque je réclânïafe lëi "secoufs d'un ecclésiastique , et qu'il : pbrisàit

plutôt que mon intention était de rentrer

dans le giron de l'Eglise. « Nous le verrons » sous peu,» répliqua le souverain. On ap* pela alors Bagnasco, ce misérable, cet incrédule coquin ; on le chargea de mç demander, si je voulais abjurer l'hérésie, et de me promettre quç, dans ce cas, le roi lui-même Une» tiendrait sur les fonts de baptême et s'intéresserait à moi sous tous les rapports. Je répondis qu'il m'était impossible de rentrer dans le sein dp l'Église ayant que d'en connaître çjcactçment les dogmes et la doctrine, la conviction intérieure devant précéder l'abjuration et toute pvpfession.de foi ultérieure! liç lendemain > )& foi montra ma réponse à l'^rqhçvêque ; il , lpi demanda s'il doutait ftrçcoireiqije je fusse un damné d'hérétique , qui n€j cherchait que l'occasion de corrompre les ;, autres hommes. C'est ainsi que je fupjpriyé des consolations d'un prêtre pendant pas , maladie , car il ne fallait pas pen-

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ser aux ministres protestants de, >la mission anglaise. En Piémont > lès prisonnière sont considérés comme hors la loi;' on ne leuc fait pas même entendre^a messe, il n'y a^que dans le cas où Tua d'eux sécteurne les derniers secours de la religion qu'on laisee pénétrer jijsqu'à lui un vieux prêtre décrépit., Le, seul talisman auquel rien ne .résiste, c'est l'or.

Isidore Palma di Borgofranco, qui^ p$nt dant le gouvernement constitutionnel, corn-* mandait le régiment de Gênes, et Tiin des premiers qui proclamèrent la constitution espagnole , dans la citadelle d'Alexandriel, s'embarqua à Gêqes sur une fçlouque, ausr sitôt après la malheureuse Âs&ae de la h%taille de Novarre, pov*r,se,rpndre à Antibes* Assailli paij une tempête, ij fit; Tiauf rage près de Monaco, fut reconnu et arrêté. Le ier mai il fut conduit à Ni|C£,,où résidç spn beau-père. Je n'oublierai jamais que , j'ai vif promener par les rues cet Jiommfjiestimable ) chargé de.

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chaînes; toufe te mbnde était indigné de la conduite duchevalier de Salures, gouverneur delà p*ace .Ott transféra enduite le prisonnier à Turin, et l'on regardait sa mort comme inévitable. Cependant sa famille parvint, âo moyen de fortes sommes d'argent, £ faire omettre en vigueur une ancienne loi, d'après laîquelle l'État ne pouvant pas tirer avantage d'un malheur ôccasioné par un naufrage, n'avait pas le droit de faire mourir un criminel naufragé > mais devait le faire embarcîpier de nouveau à l'endroit même oit il •avait mis le pied sur son territoire. — AU reste, Palma était tellement aimé, qu'en -cas de non-succès, des mesuresétaîéntprisespouràssurer sa délivrance. Vèîci le plan qu'on avait adopté : on s'était procuré des armes, qu'on avait cachées dans les paillasses-. Au- jour fixé pour l'exécution dû projet, et tandis qtie Bagnasco ferait sa ronde •de «uit avec sea deux assistants, quelqu'un devait sortir du

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