CHAPITRE VII
La belle signera Angelina. — La généreuse comtesse Barber ini. —Les conjurés Lombards. — Désir et volonté de mourir. — Lettre au comte de Bubna. — Dé-
part pour Milan. 1
Ce qu'il y a de bon dans la Tie, c'est que personne ne puisse tous forcer à vivre.
Quiconque s'y sent contraint par sa propre lâcheté est son bourreau moral et son juge le plus sévère.
Seume.
Pendant fia détention k Turin, il m'arriva deiSfévëîitures , dans lesquelles les dames jouèrent les rôles principaux, quoique d'une manière, bien différente. Une grande partie des prisonniers dont les procès étaient terminés, et qui n'attendaient plus que leur sentence, jouissaient, comme je l'ai déjà re mpji&ré, d'une liberté complète. Le geôlier,
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lorsqu'il s'agissait de son avantage, n était pas scrupuleux, et permettait , surtout après les décisions de la commission, que Ton reçût des visites. Il semblait presque vouloir renoncer envers moi à sa malice naturelle. Il vint me trouver un jour que j'étais plongé dans mes réflexions noires, et s'affligea nt de mon abandon, m'invita à descendre à la chambre des étrangers, où au moins si je ne recevais pas, de visites, je jouirais de celles des autres. Cette offre était aussi inattendue que souhaitée : je me voyais déj à, r moderne Orphée, attendrir les cœurs de bronze de la f+ famille iBagnasqo.^ , * o ,
Une dame que je n# veux pas w^p^imerv, pour ne pas la livrer au supplice d@4a {publicité qui cependant lui serait bief* du, visitait ohaque . joui: cettç, chambre. Sa présence étppnait d'autant moins qu'elle y trouvait plusieurs parents, et surtout, qu'elle avait, comme membre délia Societa délia Miwrù
te*
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cordia, ses entrées parmi nous. Angelina (c était le nom de ma nouvelle connaissance) était bien, et paraissait à mes yeux (Tune beauté ravissante; car un prisonnier est souvent dans la disposition que vous donne cette boisson dont parle Méphistophèles.
Elle me sembla admirable et d'une amabilité peu commune > lorsque je remarquai qu'elle me distinguait. Mon cœur n'a jamais été insensible ; H Tétait encore moins à cette époque où le regard attiical d'un passant , où uA mot bienveillant prononcé même par un inconnu, suffisaient pour exciter mon caractère aimant , et ni'inviter à la recoto naissance/ Je cherchai et trouvai bientôt l'occasion de parler' à ma charmante Àngélina qui, en vraie Italienne, ûe me déguisa pas du tout son- pfcHdhaiit pou* \flrfoi. Elle m'offrit de se charger de: ma cjortësporidancé que son parent; le banquier Nëgri, ferait, disait-elle, parvenir k sa destittâtton.
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Bagnasco> autrefois le soupçon même,' ne parut pas remarquer la longueur de notre entretien. Accoutumé à ne voir que les visages repoussants de nos valets de guichet, et te physionomie triste de mes compagnons, il était naturel que mes traits eussent également pris ub caractère sombre. Il dut donc paraître surprenant de me voir traverser le corridor à une heure asfcez avancée du soir, le teint animé et les yeux étirtcelants. Bevilacqua me regardait aller et venir, secouant 4a tête d'une manière significative ; enfin il »e put se contenir et trépigna- dçs pieds lorsqu'il m*en tendit siffler la Mar&iilaise : «Qù'as^tu donc? lui dis je: -*- îTexigë ùhe chose deu toi-, me répondit-il, c'est dfc ne dèsceft-' dîreati parloir nidettiâin ni à^rès-dertiain. » Quelque insignifiante quel 'parût cette demande-, elle ne l'était 'cependant pas pour mai y ptisquè j'avais l'espérance de revoir les jours suivants moin Angélina. Je m'y refusai
d'abord, et n'y consentis que parcequ'il pelv sistait à exiger de moi ce sacrifice , et en me parlant d'un ton solennel. J'avais peine à réprimer certain , mouvement d'humeur, pré* sumant qu'il y avait de la jalousie sous jeu ; mais l'énigme fut bientôt expliquée. Deux jours après, Bevilacqua me remit un petit billet où étaient notées les choses que j'avais dites à ma belle : elle était évidemment un es* pion de police. Elle espérait , en jouant un rôle si bas, rendre la liberté à son amant, à ce parent qu'elle visitait tous les jours. On ne saurait se faire une juste idée de ma surprise et de mon désappointement. La joie d'avoir pressé contre le mien un cœur aimant et sensible était dissipée, et quel échee encore pour mon amour-propre ! Je m'étais cru, le coq du village, et je n'en étais que le dindon. Mon premier sentiment fut héroïque,, je voulais descendre et exprimer à cette jple trompeuse tout mon mépris et ma haine ; mais la
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réflexipp utfipspira un avis plus «âge. Mtepx. vaut,, pqnsfli-je , uj} espion que tu connais , etdçjrçt tu tp méfies* qu'un autre que tu4 aurais à découvrir. Jç ppuvais à jnorç gcé mystifier liji h#ute police ; ce que je fiq en effet- Je comblai de marques, de confiance ma belle qui me croyait ivre d'amour, tanr dis que j'élus aupsi calipne que possible. Je lui remis un jour des lettres adressées à des individus doi>t je connaissais à peine Je i*om , peççuadé- qu'elles n'iraient pas ailleurs que dajis , le portefeuille du ministre. Le bravp cheyplier de Çholç^ , dont la sagaç£t£ e$t souvent en défaut, $e romjpit vainerçierçt la têtç ; il ne put comprpp^jç ,ceWe démarche mystérieuse. On regarda, la chope commç assez impo^nje pour en Mire l'objet d'un conseil i^nbtériel ; mate l'esprit réuni (fc tous ces mçjaiçurs ne parvint p^s à pfrtpqic la précieuse découverte. Jamais mystification
ae fut plw?/ cajnp^cjte. Jje tirai de, cette ayeni. i3
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ture plus d'un avantage . ma détention devint moins rigoureuse, on pourvut à mon entretien, et je reçus du ministre lui-même ce qui me fallait pour écrire.
Si j'ai offert à mes lecteurs le modèle d'une femme abjecte et déchue, je veux réparer cette impression désagréable en leur dépeignant un de ces êtres qui n'ont d'autre but que de faire le bonheur de leurs amis, et souvent au prix des plus nobles sacrifices. La comtesse Barberini (c'est elle dont il est question) me rendit d'importants services , non 'seulement pendant ma détention, mais encore après ma fuite de Milan. Hélas! elle mourut d'une affection de poitrine peu de temps après. Elle vivra pourtant éternellement dans le souvenir de ceux qu'elle a aidés de ses conseils, honorés de son amitié, et auxquels elle apparut à l'heure de la néceslMi site comme un1 ange consolateur.
Elle était d'une délicatesse extrême, et
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rappelait ces sylphides que nous dépeint la brillante imagination des poètes. Elle avait été mariée à l'âge de quatorze ans avec un vieillard de soixante - dix ; et ces hommes qui, selon l'expression de l'Écriture, voient une paille dans l'œil de leur frère, et n'aperçoivent pas une poutre dans le leur, prétendaient qu'elle s'était dédommagée depuis son veuvage des privations d'un ennuyeux hymen. Que cela soit vrai ou non, cette veuve brillante de jeunesse n'en fut pas moins notre ange protecteur. Elle prodigua, pour alléger notre misère, son temps, sa fortune et son influence. Par la puissance que ses charmes exerçaient sur le président du tribunal , elle parvint aussi à adoucir plus d'un arrêt. Le monde qui ignorait la cause de ses relations avec des hommes repoussés de la société, la jugeait sans ménagement; mais ses actions, ses efforts avaient une direction fixe dont ni désagréments ni obsta?
des ne pouvaient la détourner. Elle avait, malgré sa faiblesse, une fermeté incroyable au moment du péril; pendant long-temps toute la correspondance des prisonniers avec Milan passa par ses mains. La manière dont nous nous connûmes est assez singulière. Peu de temps après que j'avais été transféré dans ma nouvelle demeure, Bevilacqua, avec qui j'avais contracté une étroite amitié, s'approcha de moi, et me dit «qu'il vient d'arriver une personne de Milan , sur laquelle on peut compter; qu'elle est chargée de me fournir les sommes d'argent que je désire , ainsi que de faire parvenir à leur adresse les lettres que je voulais envoyer. » Je lui en remis pour le duc de Fra - Marino , le marquis d'Argenson, pour l'évêque Grégoire et le prince Paul de W.... Je refusai les offres d'argent, parcequ'il n'entra jamais dans mes idées de recevoir des secours de gens dont je partageais les vues. Lorsque, plus tard, l'im-
prévoyance et la trahison, livraient. ces mémes écrits au pouvoir de la commission directe de l'Autriche, je reconnus combien mon refus -m'avait été utile. Environ huit jfcurs après le départ de cet homme, la conduite de Bevilacqua me parut étrange ; ses réponses étaient laconiques, il évitait surtout de se trouver seul avec moi. J'appris en même temps, d'une autre part, qu'on venait d'emprisonner à Milan des hommes jouissant d'une haute considération. On nommait, entre autres, les marquis Visconti, Pallavicini, les comtes Castiglia et Castjglione, enfin le comte Gonfaloniere, chef des conjurés lombards, précisément celui auquel rnes tettres avaient été remises. Tourmenté pftr l'idée qu'on avait ptt les trouvée), carielles m'eussent préparé d&grap4B embarras, tant par lflur contenu que parqeqju'elles. étaient signées avec mol* chiffre jçoxnme principe wmmo Patriarche, j'en parlai à Bevilacqua
qui, au lieu de me répondre, me tourna le <lbs avec mépris.
J'avais passé huit mortels jours dans une angoisse inexprimable, lorsque Bevilacqua vint me trouver, et me demanda pardon de ses procédés à mon égard. Cette subite arrestation des Lombards dont on ne pouvait s'expliquer le motif, on l'avait d'abord attribuée aux révélations qu'on me supposait avoir faites , et on avait à l'instant même résolu ma mort. Bevilacqua m'avoua qu'il y avait lui-même donné sa voix : on était convenu de jeter du poison dans le vin qui m'était destiné.
La comtesse Barberini arrivait précisément de Milan , où elle avait acquis la preuve de mon innocence. Les Piémontais étaient encore parverïos à se procurer la copie de mon interrogatoire. Ils virent avec quelle fermeté j'avais refusé de parler des événements qui avaient rapport à leur révolution y et de don-
ner defc éclaircissements sujvile^pere^nrie^. Un jour gncore* et je p'^tajys plus» «Pçu&-§tre ton pourroux cofttfe .moi s^passera-t-iJ:; si <# descends* mei di$ ; Ifev#a§qu^y ;tu trfluyçras Une>&utm personne qui v§ut tç faire »a#i$}$le honorable» ?>. Je , vis donc* ppur, la premi^e fois ma iQhwwa^ çftmt^^,Jâqui,:me de- « manda de la ^iflpièr^ 1& pfôg • jtpi^hjatpfaG. ^je liji pardonner le swpççik idftRt jetais* fcwltf
être yictâpe* Dan^un, cqfps; £tè\ç,çl}p ^ perdait l'âme d'un homme. Je bénis lafci,rqç^ stance, quelque p^^blfbfl^ljer^i^d^ail.
Unxs pour ,mo}, sou^ ^a^tse§rappoptç,Fà laquelle je dçis; la ,wna?pssa»S£ jifi ™4f& ^intéressante perSQMMb t r n'::;-, [ , -/;■ y, . ■ • fî
. Depuis ce temps, j envoyais Bi^car4>aqn/e: jour, à moifts c^pÇ5?4«pt, quAm$s<foWPs ;i*e me permissent, pas de descendre. La mauvaise, ncrçiçr^rftq^ je prenais* l'état d'exaltation dan$> leqpiet je, me trouvais, m'affeiblirient peu à pey^au point que* je.flejppw-
4Q0 ttê àociivte SfetatxÉi
vm^m-qahtjer mon gîte sans aide. Ce 'Wfc^^pcKjfHfo àftoettàe £otfr*ioh Si mon Mfâctieinent tpbitt ■ ttik '- géttérëu&e » pf olfcctrteéîtrtie fdisrft iteftir' à'ià vîé> d'w> '«titré èôté{**é$ 'f&frfeiptar m'ittipteaifent le devoir Aè^mmTé finit uti ^tat* irfsuppoAabtev ije Mrp&'le plusf' ràiritttfc ^ë'^fertfrfait résister 'io^itéh î^ai^iii ev te kietitiftiéat îe livrant uh cokbatobwènu^I; à bten pïto "torts iiat-
IrrHâBiliK'dë^ë* Âtei^fe, qui; «pendant la dè-
fijttta^^WUSi^pë'f à«4is ^i '«t souffrf*,
alla souvent jusqu'à m'eftlfeVéf 4a ^êàewôe
'4A%Éipriff.> ' >l« ■ 3eVSi4M date ' lor airidte kfc. nMtre
•^'fètffottWtaftettlré tità Htofamêflhie j fet de lai$-
-^(êdhbpp&' dfe6t!pâ*ofc* ^tii'^^rtiaiétot ,
-foxi^ d'autre* 7! Mbit, de fàdHetW^ dôn»é-
tjiicîheès. Jè'ctfnfesse dttté:!fexbktt& qtririie
tW'ihhaWle à de g¥addfes «IttMtsv Ltlrs-
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qu*u#e indisposition nerveuse me retient au
lit^r je ne suis pas en état dé résister aux mar- (faes^affediûh qu'on me dorme; alors un espion m'arracherait aisément des secrets que je ne puis trahir sans blesser ce (ju'il y a de pînÈ sacré au monde. La rigueur, les mauvais traitements n'ont aucune influence sur ma conduite; mais la bienveillance me séduit fen dépit de ma volonté. Depuis longtemps, mes aliments se composaient, comme je l'ai 'dit, de pain noir et d'eau; je commençai à diminuer de jour en jour<ip a (ration, afin de 'teolmiiier de la sorte nia malheu- Yfeuse existehce. >Je» wutas ènicote faire' une nouvelle tentative '. pour! me percuter ma liberté; mais pi belje^ci échouait, <mà nésolution était irrévocablement prise. Tous mps fcpAïpagnoiisi Vétaicrit pas à même d'apprécier ' le caractère <e* - les ' talents det <eonite «de •Bubna, qiui commandait à la lois les troupes autrichiennes en Piémont et data l'Italie
supérieure ; mais tous convenaient qu'if se dirigeait d'après les vues les plus saine?, et quïl n'était en horreur aux ultra que parcequ'il s'efforçait de guérir individuellement les plaies qu'une politique insensée faisait à la masse. Bubna était franc-maçon , et déployait beaucoup de zèle pour les trois premiers degrés. Je prévoyais que mon nom ne lui était pas inconnu; je lui traçai donc un long récit dans lequel je. m'étendis sur les événements qui m'étaient arrivés. Je lui peignis ma position avec fidélité, et lui témoiignai le plus vif désir de l'entretenir un moment. Je lui envoyai' cette lettre sous le couvert du comte de Iilienberg,: qui commandait sous ses ordres r et qui avait son quartier-général à Alexandrie, >\ r ..<
J'attendis vainement une réponse , et je me disposai à exécuter mon dessein. On se f fait généralement une fausse idéed|6 la moi* que produit le défaut de nourriture ; on la
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croit douloureuse au plus haut degré, c'est une erreur. Si on ne se prive d'aliments que peu à peu, on s'affaiblit presque insensiblement. Au reste, on pourrait, avec de l'eau pure, prolonger sa vie des semaines entières. Cette mort lente m'offrait quelque satisfaction. Je sentais approcher l'heure où je devais à jamais être réuni à ma mère : je n'éprouvais ni faim ni douleur, j'étais continuellement assoupi, sans cependant perdre entièrement connaissance. Je tombai bientôt dans un épuisement total, et ne fus plus capable de mé lever ou de me tourner seul.
Lorsqu'on s'aperçut que je persistais avec constance dans le dessein que j'avais formé, on me surveilla' avec soin; on1 me présenta, par l'ordre du ministre , les mets les plus exquis, afin que mon appétit en fût aiguisé. Comme on avait reconnu inop attachemerit pour la comtesse B. .. . > on lui permit de demeurer sans cesse auprès de mon lit; mais il
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était trop tard. Ni les larmes de ma généreuse amie, ni les prières de mes compagnons de souffrance ne purent ébranler mp résolution» Il y avait déjà cinq jours que je n'avais rien pris, à l'exception de quelques gouttes d'eau de temps à autre pour m'humecter le palais, lorsque, au moyen d'une machine, on essaya de faire passer un peu de soupe.
Cette expérience est si affreuse, que je résolus de m'empoisonner puisqu'on ne voulait pas m'accordôr la faveur de me laisser mourir en paix. J'en avais le moyen , car je conservais depuis longt-tetnps, sous la formé d'un bonbon, un poison végétal, qui devait venir au secours de ma faiblesse. ...
J'avais fisé le moment de l'exécution, lorsque Bianca ientra d'un air triomphant, et tenant à là main une lettre du comte de Liîlienberg.Ce général m'annonçait queltobna avait pris les dispositions convenables pour me voir avantipeu de jours* On ne saurait s'i-
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maginèr la joie que j'éprouvai, car bien que ce ne fût, selon toute apparence, qu'une détention à la place d'une autre, je passai des mains des barbares Piémontais dans celles des Autrichiens, qui se distinguent par la douceur avec laquelle ils traitent leurs prisonniers d'état
Mon physique se ressentit assez prompteraent de l'heureux effet que cette nouvelle avait produit sur mes esprits. Je pris de la nourriture, et je me sentis soulagé par les aliments que , la veille encore , mon estomac ne pouvait supporter . Je remarquai que mes juges d'instruction devaient savoir quelque chose, car les lettres et les papiers que j'avais sur moi me furent enlevés. J'augurai bien de cette circonstance ; c'était un signe certain de ma délivrance prochaine. La haine que les ultra portent à l'Autriche ne me permettait pas de douter que l'on ne me remît que fort à contre-cœur en la puissance de cette
nation. Je présumai aussi que je n'enlèverais rien de ce que j'avais fait en prison sans qu'on me l'eût parcouru. L'opinion que mon départ s'approchait se fortifia lorsque je m'aperçus qu'on me facilitait les moyens de m'évader. J'étais trop faible pour le faire, et je ne voulais pas aigrir le comte Bubna par cette apparente mystification.
On ne me voyait pas avec plaisir partir pour Milan; on prévoyait bien que je ne peindrais pas sous de riantes couleurs la conduite du gouvernement piémontais. Dieu sait d'où me venait l'importance dont je jouissais; mais les ambassadeurs de toutes les cours, à l'exception de celle d'Angleterre, avaient des instructions à mon égard. La Russie même souhaitait mon élargissement par des motifs qui me sont inconnus. Le chevalier de Petit-Pierre l'avait obtenu, lorsqu'un commissaire autrichien parut et exigea que je lui fusse immédiatement remis*
Dans le courant de février 1 822, un jeune homme se présente dans mon cachot fort tard dans la soirée, s'annonçant comme le commissaire auquel l'on devait me remettre. Il me demande quand je veux me mettre en route : « Je partirai bien volontiers à l'instant même, m'écriai-je. » Mais le médecin ne le jugea pas convenable; en raison de mon excessive faiblesse, le départ fut remis au jour suivant. Je ne pus pas revoir ma Bianca, mon excellente Bianca. A trois heures du soir, le lendemain, je montai dans une bonne voiture que quatre carabiniers à cheval accompagnaient. Cette escorte, que mon guide n'avait point demandée, mais qui était la preuve de la prévoyance piémontaise, fut congédiée du moment que j'eus donné ma parole d'honneur de ne pas m* enfuir.
Mon compagnon , le baron Volpini de Maestris, était un homme comme il faut, qui
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ne laissa pas que de me faire remarquer la faveur qu'on m'avait faite en le choisissant pour m'accompagner, tandis que cela en* trait dans les .attributions d'un employé de la police.